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Arrêt sur images : les pieds dans le Paf

Depuis quelques jours, j’entends et je lis des trucs sur l’arrêt de l’émission de Daniel Schneidermann sur France 5, "Arrêt sur images". N’ayant pas suivi le dossier depuis le début, je m’y suis intéressé récemment pour savoir ce qui se passait. Car, à lire certains commentaires, j’avais l’impression d’être à l’aune d’une guerre civile, que la liberté d’expression était gravement menacée et qu’il fallait que tous les citoyens de bonne volonté battent le pavé sans tarder pour défendre ce symbole de la République, des droits de l’homme, des libertés fondamentales, et j’en passe.

Après avoir fouillé, fouillé, et refouillé, je n’ai trouvé qu’un animateur furieux et aigri de se faire virer de façon cavalière.

Tout d’abord un aveu. Au risque de déplaire à Daniel Shneidermann, je fais partie de ceux qui n’apprécient pas plus que ça cette émission qui met en vedette un animateur arrogant et pétri de parisianisme mondain dans une pseudo approche critique de la télé. J’y trouve un parti pris très discutable au gré des humeurs et des relations personnelles de l’animateur en question. Mais bon, j’imagine qu’il se fout de mon avis.

La question est de savoir si les dirigeants de France 5 ont le droit de supprimer une émission comme celle-ci. Très franchement, je ne vois vraiment pas où est le problème. D’autres émissions tout aussi mythiques et symboliques de la télévision se sont arrêtées un jour pour faire place à d’autres programmes. Cela fait partie de la nécessaire évolution des choses et je ne vois pas en quoi Schneidermann serait propriétaire de l’antenne et de son créneau. Dans ma culture télévisuelle, je pourrais citer des trucs aussi divers que les Dossiers de l’écran, Droit de Réponse, Nul Part Ailleurs, Lunettes noires pour nuits blanches, Le divan, Culture Pub, tous ces moments de télé qui ont été autrement plus cultes que ce magazine dominical relativement confidentiel. Arrêt sur Images a tenu douze ans. C’est honorable, je conçois qu’il faille proposer quelque chose de nouveau à l’ère de la révolution numérique et de l’expression des individus sur Internet.

Ce que je trouve grotesque dans cette histoire, c’est finalement la réaction de Schneiderman lui-même. Il commence par regretter le manque de courtoisie puis utilise la fameuse théorie du complot qui plait tellement aux gens tant ils sont persuadés qu’une main invisible instrumentalise tous nos dirigeants dans chacune de leurs décisions. Il se pare des habits du martyr sacrifié sur l’autel de la liberté de parole par le pouvoir en place, sauf qu’il se garde bien de prouver ce qu’il avance par des faits et des preuves tangibles. Est-il si libre que ça au point de ne pas pouvoir prouver ce qu’il clame ?

Alors, vous me direz qu’il y a cette pétition au nom de la "préservation de la diversité du paysage audiovisuel français" (Rien que ça !!!). 22 138 signatures validées à en croire le site sur lequel elle est hébergée. Ca fait du monde 22 000 personnes. Certes, mais ramené à l’audience d’une telle émission, ce n’est tout de même pas énorme. 1, 2, 3 % ?

Que Schneidermann soit furieux d’être viré, je le conçois parfaitement et je le respecte. Mais qu’il se victimise à ce point en utilisant le Web pour y déverser son aigreur est pitoyable. Arrêt sur Images a fait son temps, l’émission a été bonne, elle est désormais vieillissante, l’animateur aussi et il me semble normal de tenter d’innover en passant à autre chose. Ce ne sera peut-être pas un succès pour France 5 mais il est de la responsabilité des dirigeants d’essayer.

NDLR : Pour un autre point de vue, voir également cet autre article

par Christophe Ginisty (son site) vendredi 22 juin 2007 - 92 réactions
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  • Par cniko (xxx.xxx.xxx.135) 22 juin 2007 15:05

    Les révélations n’ont pas besoin d’être fracassantes pour être utiles à la démocratie. Que France 5 demande au producteur de trouver une nouvelle formule s’il estime l’émission vieillisante serait légitime. Mais de là à stopper net cette émission, qui était la seule à porter un regard critique sur les médias, leurs mensonges et leurs manipulations, il y a un pas que la direction de France Télévision a franchi sans se poser plus de question. Alors on nous répond qu’un talk-show sur le même thème va remplacer l’émission. Soit. Mais les débats du talk show vont ils permettre la même analyse en profondeur des images qui nous sont véhiculées.
    Que l’animateur ait une personnalité criticable et des partis pris, c’est certain, mais je préfère un parti pris qu’un béni oui-oui de l’information comme on en retrouve bien souvent à l’antenne (de TF1...).
    Si à cause d’un parti pris on devait arrêter des émissions, il faudrait interdire TF1 dans son ensemble. Juste comme ça, comment se fait il que Sarko soit montré 14 fois à l’antenne lors du match France Ukraine ?
    Que des émissions cuturelles quittent le PAF est dommage, mais qu’une émission qui met en exergue les petits arrangements journalistiques pose des questions surtout lorsque l’on sait que le pouvoir actuel communique avec excellence sans toutefois faire preuve d’une franchise exemplaire (cf. les vrais résultats de Sarko au ministère de l’intérieur qui sont mauvais mais dont personne n’a parlé. Les rapports indépendants commandés par le ministère sont restés dans les cartons etc etc)

  • Par AL1 (xxx.xxx.xxx.154) 22 juin 2007 15:10

    Arrêt sur images, a une spécificité toute particulière, c’est la seule émission qui nous révèle que l’information n’existe pas en tant que t’elle, mais quelle est tout autant le résultat des choix éditoriaux, que celui de la valeur intrinsèque des évènements. En cela elle est indispensable, car elle est unique en son genre. L’analyse comparative des différentes présentations d’un événement, constitue le fil conducteur de cette émission Si l’audience de l’émission s’est un peu émoussée, n’est ce pas plutôt du a l’éloignement de ce fil conducteur. Plutôt qu’a un manque de renouvellement ? Le sujet n’est pas tant de prendre la défense de Daniel Schneidermann que de défendre l’existence d’une émission de décryptage des media, cela peut se faire sans lui, cela peut s’appeler autrement que arrêt sur images Mais cela doit se faire.

  • Par Arret (xxx.xxx.xxx.228) 22 juin 2007 15:16

    Ayant lancé l’une des pétitions, je me permet de réagir à vos propos.

    Tout d’abord, je respecte totalement votre opinion personnelle. Et je dois même dire que cela fait du bien de lire des choses un peu différentes de ce que l’on voit en général.

    Je réagirai d’une part à la remarque « Rien que ça !!! » concernant l’un des intitulés de la pétition : ayant moi même choisi cet intitulé ; je crois pouvoir dire que la diversité c’est justement et aussi des idées qui divergent des "vôtres". Je ne vois donc pas en quoi il serait choquant de considérer que cette émission était importante pour bon nombre de personnes ( je prend l’exemple de professeurs qui l’utilisaient a des fins pédagogiques ).

    Concernant le nombre de signataires ; je trouve que votre remarque manque de respect envers ces 38000 personnes ( sans compter les deux autres pétitions qui circulent ). J’ajouterai le fait que l’audimat d’Arrêt sur Images n’a également rien a voir avec les émissions de certaines chaîne comme TF1. Pourtant, est ce une raison de ne pas considérer cette partie ( même faible ) des téléspectateurs. Ne m’attendant pas à un tel succès ; je trouve pour ma part que 30 000 signatures en trois jours c’est quand même signifiant.

    Monsieur Daniel Schneidermann n’a rien a voir avec ces pétitions. Au moins deux d’entres elles sont l’initiative de « simple citoyen ». Elles sont arrivé suffisamment vite pour considérer qu’elle sont « spontanées »

    Je trouve pour finir fort intéressant de voir comme un public peut être désireux de préserver une certaine télévision. Je parle même de « téléspectateur-acteur » : car justement, pour une fois, le téléspectateur ne reste pas passif devant son écran.

    En espérant que mon message sera bien interprété.

    Cordialement,

    Anthony

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.14) 22 juin 2007 17:39
    Voltaire

    Si je n’apprécie pas plus que cela le personnage, je suis en revanche en désaccord avec votre analyse sur l’émission. Même su les partis prix sont parfois dérangeants et orientés, j’y ai vu néanmoins de très nombreux "décryptages" passionants, qui font honneur à la télévision. Il est rare qu’une émission prenne de temps de décortiquer les ficelles et dessous du média le plus influent. En ce sens, même si une plus grande neutralité eut été appréciée, cette émission qui n’a pas d’équivalent fait honneur au service public (une autre émission, que je trouvais exceptionnelle, était le dessous des cartes, dans un autre genre bien sûr).

    Je pense que la chaine aurait pu demander un rénovation de l’émission mais conserver le concept, quitte à en changer son auteur s’il ne réussissait à effectuer cette rénovation. Mais cette suppression est une déception.

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