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Attention, ça va trancher !

C’est LE sujet du jour. En fait d’hier, mais moi le dimanche, je pionce (ou je cuve, c’est selon le nombre de bouteilles de Jagermeister que les épaves me servant d’amis m’ont forcé à picoler).

En tout cas, merci à Orange d’avoir pu nous faire profiter de quelques heures de répit dans cette société de sur-communication (nous les 27 millions de coupés, de sectionnés, et (disons-le tout net) d’émasculés).

Enfin, je dis merci, mais je ne suis pas sûr que toutes ces soirées où les gens sont restés en bas de l’immeuble faute d’avoir le digicode, tous ces parents privés de résultats du bac, tous ces châteaux d’eau perdus dans la pampa qui ne pouvaient plus envoyer leur niveau (bonjour l’exemple), tous ces dragueurs virtuels privés d’adrénaline pour12 heures (une éternité pour un PU@), toutes ces femmes enceintes en lutte avec les lois de l’étanchéité pestant contre leur mari qui ne répondait pas au téléphone (c’est forcément leur faute de toute façon) soient d’accord avec moi.

Mais à vrai dire : je m’en tape (à part pour les femmes enceintes éventuellement, mais c’est vraiment pour pas buter mon karma).

Moi, ça m’a fait du bien (ok, ok, j’ai rebooté 15 fois mon BlackBerry avant d’abandonner, mais c’était plus par réflexe que par nécessité. Ok, ok, les gens étaient à l’heure à ma soirée, ils avaient DEJA le digicode (mon conseil : changez d’amis, pas d’opérateur). Ok, ok, j’ai déjà raté mon bac (plusieurs fois même), pas besoin de prévenir mes parents. Ok, ok, je ne suis pas enceinte (et surtout, ok on s’en fout des châteaux d’eau, ils avaient qu’à faire autre chose de leur vie)).

J’ai enfin pu prendre le temps de parler à mes amis sans checker mes sms comme un con toutes les cinq secondes (pour constater que je n’en avais pas, déception !), ce qui n’était pas le cas d’ailleurs d’une fille de la soirée que j’hébergeais (la soirée, pas la fille (enfin aussi, mais c’était pas prévu)) qui avait la bonne idée d’être chez Bouygues (quelle truffe !).

De même que lorsqu’il y a une inondation, on manque d'eau potable, il est amusant de voir que lorsque le réseau de communication tombe... Les gens se remettent à parler.

Joie du monde moderne où on commande ses courses sur internet (ceci dit, faire la queue derrière une mamie chez Leclerc me branche moyen), où l'on rencontre la femme de son lit à distance, et où le dernier chic est donc de communiquer avec la bouche (vous excitez pas, je parle de communication orale, pas buccale).

Wikipedia (et accessoirement une bloggeuse des Inrocks) nous apprend que cela s’appelle la nomophobie. Pour les grecs, c’est plutôt la peur des lois, mais on s’en tape (bis repetita), s’il y avait des gens cultivés et maîtrisant les langues anciennes sur ce blog, ça se serait remarqué (depuis le temps). Pour les autres, c’est une contraction (rien à voir avec la femme enceinte de tout à l’heure qui a dû accoucher depuis le temps) de No Mobile-Phone Phobia. On aurait pu appeler ça « nomophophobie », mais reconnaissez que ça aurait fait légèrement crétin.

Soyons clairs, il ne s’agit pas non plus de la peur des nomosexuels (ha ha). Ceci dit, si j’étais vous, je me méfierais quand même de certaines liaisons vachement dangereuses (« oui, je l’avoue, je suis un nomophobe » dit à haute voix risque de passer moyen à la machine à café).

Evidemment, on a tous une raison de se plaindre (celle-là fera très bien l’affaire).

Déjà qu’il fait moche, si en plus Orange nous sectionne la ligne (façon de parler bien sûr, il n’y a pas plus de ligne de téléphone qu’il n’y a de 5ème roue dans nos carrosses modernes (moi, j’ai un kit de gonflage (comme si j’avais besoin d’un kit pour être gonflant)), ou de calendes chez les grecs du jour (même s’ils connaissent toujours en dette)), où va-t-on ?

Mais nulle part, chère amie. Notre vie n’a pas plus de sens que la femme de base n’en a. Nous tournons en rond, comme des cons, pour revenir à notre point de départ (ou juste en-dessous de l’autre côté du même ruban, à l’instar d’une fourmi-mouton d’Escher marchant sur un anneau de Moebius).

(Purée, ma souris est en train de me lâcher… je ne finirai jamais cet article, additionné au fait que je me rends compte que je ne suis pas seulement dépendant du réseau, je suis aussi sujet au stress du clic-gauche qui flanche, bordel je suis un aliéné sur pattes !).

Bon revenons-en à nos moutonnes. Ce qui m’a légèrement fasciné lors de cette soirée, c’est qu’une fois la cause du désordre ambiant annoncée (toujours par cette même truffe chez Bouygues qui s’est transformée en reine de soirée car elle détenait l’information (personne n’aurait parié dessus en la voyant arriver)), et même si aucun délai de résolution n’était annoncé, il y eut comme un gros « ouf » de soulagement. Deux secondes avant, on attendait les sirènes, une guerre nucléaire, ou pire la retraite de Michel Drucker. Juste après l’annonce, c’est comme s’il ne s’était rien passé.

- Alors docteur, c’est quoi ?

- On a trouvé, ne vous en faites pas. Vous avez un cancer généralisé, vous allez mourir dans deux semaines.

- Haaaa, quel soulagement. Je me sens déjà mieux. Merci docteur.

Dans notre monde contemporain nourri à l’information non vérifiée et surtout non vérifiable, plus grave encore que la perte de réseau (« merde, j’ai qu’une barrrrrrrre ») est la sensation de ne pas savoir ce qui va se passer, de ne pas maîtriser. Peu importe que l’on crève tous de la maladie de Creutzfeldt-Jacob (ça s’écrit comment ce truc ? La prochaine fois, je prendrais plutôt la grippe du poulet), l’important c’est de le savoir à l’avance. A l’instar des financiers qui abreuvent leur feuille Excel de chiffres improbables dans un chamanisme de pacotille (« l’inflation sera de …. 0,78% », et là le patron satisfait d’avoir embauché un polytechnicien), l’homme moderne a besoin de croire qu’il sait.

L’homme du XXIème siècle n’a même pas atteint le premier stade de la sagesse Socratique.

Mais quelque chose me dit (genre mon petit doigt en liaison bluetooth) que si Socrate avait eu un portable, il aurait moins fait le malin samedi soir.

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Retrouvez les articles de Jean-Fabien sur son blog : http://www.jean-fabien.fr




par Fabienm (son site) mardi 10 juillet 2012 - 9 réactions
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