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August Rush et le la 466

Je reviens sur le film intitulé “August Rush” qui date de 2007 (2008 pour l'excellente version française) dont j'ai déjà parlé dans mon blog.

C'est un des rares films qu'on peut à mon avis voir et revoir sans jamais se lasser tant cette aimable et très sensible fiction est bien ficelée dans ses moindres détails.

Seulement, j'aimerais interpeller ici ceux d'entre vous qui ont ce qu'on appelle “l'oreille absolue” c'est-à-dire ceux qui peuvent dire le nom d'une note entendue, que ce soit une vraie note de musique issue d'un instrument, ou la sirène des pompiers qui passent bruyamment dans la rue, ou encore le son obtenu en cognant un verre avec une petite cuillère.

Un des leitmotivs musicaux de ce film sont les cinq notes en sons réels entendus “sol dièse, do dièse, ré dièse, sol dièse, mi dièse”.

 
 
Ces notes sont discrètement émises au début du film dans une sorte d'arrière-son ; à la naissance d'Evan Taylor — le futur August Rush — la petite ritournelle jouée par la boîte à musique dans la nursery reprend ce thème agrémenté d'une suite simple ; ce seront également les premières notes qu'il jouera à la guitare dans la fameuse scène de slapping, terme qui signifie qu'on utilise un instrument de musique non plus seulement comme instrument traditionnel mais aussi comme outil de percussion.

Bien que ces cinq notes thématiques ne correspondent pas à des cordes à vide d'une guitare accordée normalement contrairement à ce qui nous est montré, ce n'est pas trop gênant visuellement d'autant qu'on n'est pas censé savoir comment la guitare est accordée.

Il est beaucoup plus dérangeant de voir trois doigts de la main droite d'August (pouce, index, majeur) aller à droite vers les aigus du piano, et entendre des sons aller vers les graves, en l'occurrence “fa dièse, mi dièse, ré dièse” en descendant, dans une tonalité apparentée au do dièse majeur, ou bien “sol bémol, fa, mi bémol” dans une tonalité équivalente apparentée au ré bémol majeur, thème de la quatrième partie de la rhapsodie, repris à l'orgue par la suite.

Pour ceux qui doutent d'une telle possibilité d'exécution guitaristique, voyez cette vidéo de slap où l'on voit en direct un jeune guitariste des rues : dans cette scène, le musicien se crée d'abord une rythmique avec son matériel de manière à simuler un accompagnateur avec lui, il joue ensuite quelques accords classiquement avant de passer au slap en mode horizontal.

Ces cinq notes seront in fine le thème introductif de la rhapsodie d'August qui se construit petit à petit au fur et à mesure que le film avance, d'où l'apothéose finale où la rhapsodie est donnée en son entier dans une démonstration fulgurante.

On peut se demander pourquoi toutes les notes sont diésés dans ce leitmotiv.

Une première réponse est qu'on est en do dièse majeur c'est-à-dire une tonalité où toutes les notes sont diésées.

Comme il y a sept notes dans la gamme, le nombre maximum de dièses est sept, la représentation précédente s'écrit plutôt avec sept dièses à la clé ;


 
ou cinq bémols, auquel cas on serait en ré bémol majeur, ce qui revient au même, et les notes sont alors “la bémol, ré bémol, mi bémol, la bémol, fa”.


 
Le problème est que la rhapsodie d'August est annoncée en do majeur : August's rhapsody in C major.

Si les Français commencent la gamme au do, les Américains, les Allemands et bien d'autres peuples, commencent la gamme au la qui se note A, ce qui fait que si sera B, do sera C, et ainsi de suite.

Ceci est fortuitement confirmé quand on verra les mains de Wizard endormi qui s'est fait tatouer les quatre lettres “F A C E” à quatre doigts de la main gauche, ce qui signifie “fa la do mi” c'est-à-dire les notes entre les lignes de la clé de sol, et “E G B D” à quatre doigts de la main droite, ce qui signifie “mi sol si ré” c'est-à-dire les notes sur les lignes de la clé de sol.

Comment donc concilier le fait que la rhapsodie est annoncée en do majeur alors qu'en sons réels entendus nous sommes en do dièse majeur c'est-à-dire un demi ton au-dessus ?

Mon hypothèse est que le la utilisé comme référence de diapason n'est pas le la 440 mais le la 466 c'est-à-dire un la dièse.

En effet, si le la dièse est pris comme référence de diapason, un do naturel (ou do bécarre) sur la partition s'entendra do dièse en son réel : il en résulte qu'avec un la 466, la rhapsodie d'August est bien en do majeur comme annoncé.

Il est très facile de hausser ou de baisser logiciellement d'un ou de plusieurs demi-tons tout son, qu'il s'agisse de musique, de voix parlée ou même de bruits quelconques : dans le logiciel gratuit d'enregistrement Audacity, il y a dans le menu la fonction “changer la hauteur”, il suffit d'indiquer pour une sélection donnée un nombre de demi-tons en plus ou en moins à partir du nom des notes ABCDEFG pour guider la différence.

J'ai donc l'impression que certains passages du film ont été rehaussés d'un demi-ton avec une technique de ce genre, ce qui expliquerait que le la du diapason devient la dièse.

Ce la 466 est totalement récurrent dans tout le film : au début par exemple, la violoncelliste joue en soliste, dans une version savamment orchestrée, le prélude BWV 1006 de la troisième partita de Johann Sebastian Bach : ce prélude est à l'origine pour violon, Bach l'a lui-même transcrit pour luth référencé avec un petit a supplémentaire pour le différencier : quatrième suite pour luth BWV 1006a.

Or, au violoncelle, ce prélude devrait être à la quinte inférieure (en plus d'une octave inférieure par rapport à l'alto), donc, comme il est en mi majeur au violon, on devrait l'entendre en sons réels en la majeur au violoncelle.

Mais on l'entend bien un demi-ton au dessus du la majeur soit en si bémol majeur (le la dièse majeur n'existe pas car il y aurait dix dièses à la clé, ce qui serait aberrant puisqu'il n'y a que sept notes, ce qui fait que trois notes seraient doublement diésées dans l'armature).

Le début de ce prélude BWV 1006 sera d'ailleurs la troisième partie de la rhapsodie à titre de mémoire intra-utérine ou de plagiat involontaire, comme très bien expliqué dans Wikipédia : détails techniques sur la rhapsodie d'August Rush.

Et quand la petite fille, qu'August introduira avec la plus extrême élégance dans sa rhapsodie en voix soprano à titre de remerciements intuitifs pour lui avoir prêté si gentiment le piano, quand cette petite fille joue des gammes élémentaires en do majeur n'utilisant manifestement que les touches blanches du piano, ces gammes sont en do dièse majeur en sons réels entendus.

Notez que ce thème de trois notes “fa dièse, mi dièse, ré dièse” évoqué plus haut (quatrième partie de la rhapsodie) devient tout simplement “fa, mi, ré” dans une tonalité apparentée au do majeur c'est-à-dire en considérant un diapason au la 466.

Que les oreilles absolues veuillent écouter la rhapsodie en do majeur d'August Rush interprétée par l'orchestre philharmonique de New York à la fin du film, et conclure qu'on est bien en do dièse majeur (leitmotiv de cinq notes joué à la harpe dans l'introduction).

Je jette ce message comme une bouteille à la mer et n'ose croire ni espérer qu'un responsable ou musicien du film, sans même parler de déchiffreurs d'énigmes, s'échoueront ici au hasard d'un surf électronique virtuel et prendront le temps de répondre quelque chose y afférent, ni même qu'une oreille absolue veuille participer à ce fil pour confirmer ou infirmer ces miennes assertions auditives.

Pour les ouïes relatives, indifférentes ou oublieuses, voir, revoir, et revoir plus que derechef ce film : pour la première fois un guitariste qui sourit, un organiste qui sourit, un chef d'orchestre qui sourit, magnifique trouvaille du directeur artistique qui change tout.

Thank you very much for your smile, dear August.




par durae.leges.sed.leges (son site) mercredi 27 juin 2012 - 6 réactions
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