La campagne des régionales serait, selon un avis général et partagé par nombre d’analystes et autres médiocrates, ennuyeuse, oui, barbante, chiante au possible. Le journaleux de service évoque les boules puantes lancées par les chefs de campagne. Mais doit-on s’étonner. La politique, c’est comme l’andouillette, ça doit puer la merde mais pas trop, disait Edouard Herriot, président du conseil aux grandes heures de la Troisième République. Alors, ces boules puantes, ça montre que la politique n’a pas beaucoup changé depuis un siècle. Sauf que l’Internet s’est ajouté aux journaux pour relayer les coups bas, somme toute habituels chez ces gens là. Même si ça pue, la politique a quand même réalisé de belles choses, après la guerre, surtout dans la période dirigée par De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand. Après, ça a commencé à se gâter, lentement, surtout après les années 1990.
Ces élections régionales, elles sont illisibles pour la plupart des électeurs. Ce qui s’explique par trois facteurs. D’abord, la complexité des compétences. Un gouvernement régional ne peut agir que dans des secteurs strictement définis, en disposant d’un budget conséquent mais insuffisant pour assumer ses missions si bien qu’il doit associer ses financements à ceux de l’Europe, de l’Etat, du Département, et parfois, La Région finance des infrastructures décidées par une commune. Bref, on s’y perd et nul ne peut sérieusement évaluer l’action d’une Région, sauf dans quelques grandes décisions, comme par exemple la future LGV entre Bordeaux et le Pays Basque.
Du coup, le programme de campagne ressemble à un prospectus publicitaire avec différentes mesures pour aider un petit peu la plupart. Les programmes sont flous, non chiffrés, accompagnée de promesses fantaisistes comme celle du député Lassalle qui promet 10 mille création d’emploi par un tour de passe passe dont on ne sait même pas s’il est réglementaire puisqu’il consiste pour la Région à prendre sur elle les charges sociales d’un emploi créé par une PME. On reconnaît l’idée de Bayrou mais peut-elle être appliquée dans une Région et si oui, à quel prix. Les impôts locaux vont sacrément augmenter. Bref, si les textes réglementaires sont complexes, les propositions des politiques sont loin d’être crédible, mais il est crédible que les politiques soient loin des aspirations citoyennes.
Troisième point. Le cirque politicien. Le monde des partis a sacrifié à l’ère contemporaine voulant que l’on estime les gens, les artistes, les écrivains, sur une notoriété, plus que sur des qualités intrinsèque. La politique est devenue un cirque. Et pour beaucoup, s’engager dans la politique leur permet de réaliser une carrière d’acteur pour laquelle ils n’avaient pas le talent suffisant. C’est pareil pour les politiciens doués d’un peu de sens gestionnaire et managérial. En se faisant élire, il parviennent à se prendre pour des chefs d’entreprise et peuvent investir, produire du bien public, sans dépenser leurs fonds propres ni prendre des risques. Du coup, ils font prendre parfois des risques aux administrés quand ils décident de construire dans des zones inondables pour empocher la taxe foncière. Quant aux médias, ils servent des petits jeux de cirque, préférant montrer un spectacle divertissant que d’entrer dans de savantes explications du politique.
Le show doit continuer ! Ces élections régionales ont au moins une utilité, celle de représenter l’équivalent des élections à mi-mandat comme aux States, sauf que l’impact sera régional et non pas national. C’est évident, l’interprétation sera effectuée au niveau national. Je m’apprête donc à mettre mon bulletin de vote pour dire mon avis officiellement et figurer dans la comptabilité des votes. Mon avis est simple et direct. Je n’approuve pas la politique de Sarkozy. Et si je vote, ce n’est pas par conviction, ni par espérance mais pour moi, juste pour me sentir citoyen et avoir la conscience du devoir accompli. C’est la seule occasion de faire savoir ma désapprobation en associant mon vote à ceux de millions de concitoyens. J’aurai voté pour moi ! Parce que je le vaux bien ! Une fois sortie de l’urne, j’attendrai le résultat, impatient de me divertir en voyant quelques mines déconfites à la télé, tout en m’amusant des déclarations montrant que tout le monde a gagné. Et en effet, tout le monde l’a emporté, sur la scène du spectacle.

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