Quand ça a commencé à flinguer, ils ont attendu le néonazi. Un nostalgique, un tueur d’Arabes et de Juifs qui aurait été élevé à l’hideuse mamelle de la sale Nation française. Et bercé tout contre le mur au chant de l’hymne raciste. Et qui aurait appris à parler avec un ministre de l’Intérieur. Ah ça ! On peut dire qu’ils l’ont espéré de toutes leurs forces, de toutes leurs intimes convictions ! Ça aurait été une affaire tellement simple à raconter, et des responsables si évidents à accabler. Un décryptage presque enfantin. La première balle n’était pas encore engagée dans le canon qu’ils savaient déjà tout de lui.
À ce moment de l’affaire, chacun était déjà expert en profilage criminel.

Et puis, méchant coup de théâtre dans les crânes, rétropédalage et tragédie à Boboland, le néonazi s’est effacé sur la pointe des rangers pour laisser toutes les scènes de crime à Merah, un garçon au sourire ahuri qui aimait bien faire des dérapages contrôlés en BMW. Wesh wesh et vos races, bande de blaireaux, vous ne l’aviez pas vu venir celui-là.
Il a fallu faire la bascule du 3ème Reich au djihad en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Mais suffisamment de temps pour que chacun devienne comportementaliste et expert en psychologie, capable d’expliquer comment la société, la politique, la télé-réalité, les boissons gazeuses et les jeux vidéos, avaient pu engendrer un tel monstre.
Pendant ce temps, le RAID tentait d’attraper cette raclure vivante et consentait, le jour passant, à ses ultimatums successifs. En fait, tout le monde était très impatient qu’il se fasse refroidir. La presse attendait la bonne nouvelle au fond d’une rue de Toulouse, et nous autres sur BFM-TV qui tuait le temps en invitant des gens qui n’avaient rien à dire. À un moment de la nuit, on y a cru. BOOOM ! Le journaliste qui était en train de meubler l’attente avec des considérations météorologiques a disparu de l’écran, on a cru qu’il était mort, mais en fait non, il avait plongé à terre au son d’une grenade à bruit du RAID. Le cameraman est resté debout, lui.
La matinée suivante, une trentaine de petites heures après que Merah se fut retranché, le RAID a donné l’assaut. Et a liquidé Merah qui leur tirait encore dessus tout en sautant par la fenêtre. À moins qu’il n’ait été jeté par-dessus le balcon par des flics d’élite, c’est vrai quoi, on ne sait jamais avec ces gens-là.
À partir de là, tout le monde est devenu spécialiste en techniques de police et interventions.
Le gendarme Prouteau, riche de ses souvenirs des Irlandais de Vincennes - ce bon vieux temps où il suffisait aux pandores de planquer armes et indices chez des gens pour en faire des terroristes - des écoutes illégales de l’Élysée, et des condamnations en justice que tout ça lui avait coûté, le gendarme de circonstance donc, est aussitôt venu claironner qu’il aurait fait bien mieux que le RAID à coups de grenades lacrymogènes et de sabre laser. La seule performance de Prouteau est d’avoir assuré le baby-sitting de la fille cachée de Mitterrand pendant les deux septennats du boss. Depuis, il fait le meuble dans tous les salons du livre avec le récit de cette belle aventure. Mais bon, il était content Prouteau, has-been mais comblé, ça faisait longtemps qu’il n’avait pas fait de télé, et c’était une aubaine pour se placer en pole position de la liste des innombrables opportunistes et experts du jour.
Après lui dans les médias et au-delà, une génération spontanée de petits gendarmes Prouteau sont venus à leur tour donner des leçons de police et expliquer à quel point les effectifs du RAID sont des baltringues qui ne connaissent rien du job.
Si ces bleu-bites avaient été aussi solidement burnés que leurs détracteurs et autres commentateurs frénétiques, ils seraient entrés chez Merah par la cheminée, une bonne tarte dans sa gueule, et hop ! menottes-police-prison.
Un expert israélien a aussi ramené sa science, mais c’est vrai qu’après avoir fait mai 68 à Gaza, tous les coups sont permis, phosphore blanc, uranium appauvri, etc, mais pourquoi diable n’a-t-on pas balancé une bombe sur l’immeuble de Merah, quels petits bras ces Français, j’vous jure.
Mais bon, comme tout ça avait été assez brutal, et Merah terriblement seul, sans gaz ni électricité contre la horde noire cagoulée, certains scrupuleux ont mis un point d’honneur à se la jouer procédurier dans le texte, et le terroriste mort est devenu un tueur présumé. Pendant que d’autres, très émus, transcendaient leur humanité dans le culte du bad-boy victime, efficacement servis par la monomanie des médias qui n’ont trouvé qu’une image pour illustrer la série de massacres, celle du sourire crétin du tueur, une valeur ajoutée au matraquage pleine de sensibilité.
Et puis, est venu le temps du doute.

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