• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Bayrou envoyé au tapis par Copé
69%
D'accord avec l'article ?
 
31%
(106 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Bayrou envoyé au tapis par Copé

Les émissions d’Arlette Chabot semblaient devenues ternes mais pour une fois, j’ai quelque peu zappé pour m’enquérir de ce qui s’y passe. François Bayrou passé au crible. Le début de l’émission m’a paru quelconque, avec une Chabot cherchant à la jouer poil à gratter, posant des questions sans grand intérêt, mais pugnace, pour bien afficher la pugnacité et la détermination du service public.

Au final, le résultat a paru poussif, et quelque peu formaté et fabriqué, avec des séances et des questions convenues, comme celles sur le vaudeville se jouant entre le PS et le Modem. Mme Chabot tentait bien de faire sortir un grain de sel de Bayrou et telle une diva face au divan, se prenant pour Chapier, elle tenait à faire avouer l’inimitié tenace et ancienne entre le chef du Modem et le chef de l’Etat. Mais hélas, les Français connaissent ce petit détail et franchement, ça n’apporte rien, sauf éclairer l’œil lubrique de Chabot, énerver Bayrou s’efforçant d’évacuer cette question en accentuant son leitmotiv décliné depuis des semaines. Bayrou n’aime pas ce que Sarkozy fait de la France. Oui mais la France se laisse-t-elle faire et si oui, n’est-ce pas le signe d’une société civile qui se ramollit ? Non sans quelques mouvements sociaux mais avec le spectre d’une insurrection à la grecque.

Les déclarations d’humeur de Bayrou devenaient ennuyeuses. Une pause s’imposa. Puis arriva Jean-François Copé. Et là, un vrai duel. Je ne parle pas de conversation politique mais d’un véritable duel politique, de ceux qui positionnent les pointures en éliminant les « tocards ». Et ma foi, Bayrou m’est apparu vraiment comme déclassé face à un Copé altier, sûr de lui et conquérant et même, je dois avouer, convaincant sur quelques sujets. Le débat sur France Télévision fut très révélateur de quelques intuitions sur le savoir parler de Copé. Et ce soir, il n’y avait pas photo. Le petit Copé de l’ombre, pièce rapportée d’un ancien gouvernement sous Chirac, est devenu une personnalité affirmée, déterminée, imprégnée d’aisance et de connaissance sur des sujets techniques. Bref, les cercles élyséens se méfient de ce gars et ma foi, ils n’ont pas tort car Copé est de la trempe de Sarkozy pour ce qui est de la prestance sur un plateau de télé mais dans un stade rempli de militants, c’est à voir. Copé, ce serait un peu Barre face à Giscard, ou bien Balladur face à Chirac, ou Rocard face à Mitterrand, ou Villepin face à Sarkozy, ou Jagger face à Lennon. Cherchez l’erreur !

Toujours est-il que Bayrou a montré ses limites et ses faiblesses face à un Copé qui sur le dossier de France Télévision, avait visiblement potassé le sujet, ce qui est logique, mais le fond fut à la hauteur de la forme et sa rhétorique parfaitement ajustée. Du coup, Bayrou en a perdu les pédales au point d’affirmer que Giscard avait coupé le cordon ombilical entre l’Elysée et la Présidence de la télévision publique. Alors que c’est Mitterrand qui en fut le maître d’ouvrage en intronisant la haute autorité qui deviendra le CSA que l’on connaît. Bayrou n’a pas été à la hauteur du débat mais Copé en fin politologue, sait tirer quelques piques et salves en jouant de la connaissance de l’histoire politique qu’il semble assez bien maîtriser, ce qui est un atout quand on veut jouer les premiers rôles. Sur ce point apparemment de détail Bayrou a montré des faiblesses évidentes. Je ne l’imaginais pas ainsi mais à l’écran, Copé a montré des capacités politiques indéniables. Il peut jouer une belle partie pour peu qu’il sache se charger de contenu et penser en terme de projets. Justement, les projets de Bayrou, on ne les a pas perçu. Bayrou ne fait que dans la complainte contre le pouvoir, répétant qu’il n’aime pas la gouvernance du Président ; et ne sait même plus où il habite, ayant oublié, comme le lui lança Copé, qu’il fut de son camp, affirmant « je ne suis pas de votre famille », au lieu de dire, « je ne suis plus de votre famille ». Les analystes freudiens sauront tirer quelque enseignement de ce détail sémantique. 

Copé, j’avoue qu’il m’a impressionné, sans que je puisse savoir le fond de ses pensées. Mais sur un point, il a exposé un argument que je m’étais fait quant à cette crispation sur la nomination du Président de France télévisions par l’Elysée. La cohorte des journalistes, secouru par le très maternant Bayrou, lance ses cris d’orfraie. C’est bien là reconnaître une impuissance et une « mentalité de valet » car comme l’a justement souligné Copé, ce n’est pas un président, fût-il nommé par l’Elysée, qui peut dominer des centaines de journalistes, ou si c’est le cas, c’est que ces journalistes se pressentent comme, inféodés et pantins d’un seul chef. Et là, bien joué Copé, car c’est l’argument qui tue. Cette fronde des cinq cents ressemble à une complainte de pleutres qui N’ayant pas confiance en eux et qui espèrent évoluer dans un système où le PDG les materne et les borde chaque soir.

Au final, Bayrou s’est révélé comme un opposant sans grand avenir et ma foi, c’est une mise à jour du logiciel politique des Français. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle mais, à défaut d’être pressenti pour un destin national, Bayrou peut encore servir pour participer à la plus importante force d’opposition qui est le tollé. Quant à Copé, il faudrait d’autres débats pour savoir quelles sont ses convictions et sa vision. Il est pour aménager le travail du dimanche, moi pas. C’est un point, de détail, ou symbolique, mais un point, parmi tant d’autres bien plus importants. Il paraît que deux français sur trois sont favorables à l’ouverture des magasins le dimanche, mais deux sur trois ne sont pas prêts à travailler le dimanche. Signe de l’incohérence et de la perte des valeurs d’une société ; sur laquelle de brillants opportunistes comme Copé savent surfer pour gérer les manettes. Et en face, quel marasme, aucune personnalité d’opposition n’a l’envergure pour concevoir et défendre un projet alternatif.

Pour conclure, mon sentiment après avoir observé cette joute, c’est que Bayrou ne donne pas l’impression de croire à un projet alternatif et de le porter avec charisme et prestance auprès d’une société de Français marchant dans un avenir. Et ce déficit de motivation, il est apparu clairement chez Bayrou qui croit à une seule chose, c’est qu’il est devenu le principal opposant à Sarkozy. A force de jouer un même rôle, notre acteur du Béarn a montré des signes de fatigue, d’enlisement. Le débat avec Copé eut raison de Bayrou en le dévoilant dans son jeu. C’est donc clair.

par Bernard Dugué (son site) vendredi 12 décembre 2008 - 126 réactions
yahoo
69%
D'accord avec l'article ?
 
31%
(106 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.37) 12 décembre 2008 10:49
    Voltaire

    Juger de la performance de Mr Bayrou lors de cette émission sur son simple débat avec Mr Copé me semble très réducteur.

    Lors de la première partie, François Bayrou a été plutôt bon. Il a su répondre de façon convainquante aux questions de Mme Chabot, et aux remarques de Mr Montebourg. Surtout, il a démontré l’absurdité de certaines décisions du gouvernement, montré l’originalité de sa démarche, et su profiter de l’occasion pour proposer des idées intéressantes sur la crise. En cela, le réduire à un simple opposant me semble erroné.

    Le débat avec Mr Copé ne l’a pas servit. Il s’est laissé débordé par le flot verbal d’un redoutable bretteur, qui avait bien mieux préparé cette emission, et choisi un angle d’attaque original (dire que Mr Bayrou est de droite).

    Pourtant, involontairement, Mr Copé a souligné plusieurs atouts de Mr Bayrou :

     d’abord, qu’il avait un programme, qu’il avait lu, alors que l’un des principaux arguments de l’UMP a toujours été de dire que Mr Bayrou n’avait pas de projet et ne savait que critiquer

     Ensuite, que son programme pouvait séduire une partie de la droite, au niveau de son orthodoxie financière, ce qui est important pour le MoDem, qui cherche à rassembler des deux côtés du spectre politique.

    S’il est exact que François Bayrou a manqué de répartie lors de cet affrontement (par exemple, il lui aurait été facile de souligner que les habitants de Meaux ne devaient pas le voir souvent, étant donné l’extraordinaire cumul de fonctions de Mr Copé), votre article souligne un problème de forme plus que de fond. De là a discréditer François Bayrou comme alternative crédible, la conclusion me semble hative...

  • Par K (xxx.xxx.xxx.240) 12 décembre 2008 11:18
    K

    Je suis d’accord avec l’analyse de Voltaire. M Bayrou etait clair et convainquant face a Mme Chabot. Puis il s’est fait deborder, mais non enfoncer, par la faconde et la technique de M Cope. Il est clair sur ce debat qu M Cope passe beaucoup mieux a la television que M Bayrou. Ce dernier pense trop que ses idees suffisent pour gagner un debat. Ce n’est pas le cas.

    Maintenent, c’est aux fancais de savoir ce qu’ils veulent : un bon animateur de television qui presente bien et qui sait se montrer sous son meilleur jour (il me semble qu’ils en ont mis un au pouvoir) ou un homme politique reflechi qui cherche et propose des solutions. Cope a chercher a faire dire a Bayrou qu’il etait au fond un homme de droite. Ce que M Bayrou a refuse de faire. Il faut se rendre a l evidence que M Bayrou n’est pas M Morin

  • Par bernie73 (xxx.xxx.xxx.193) 12 décembre 2008 11:34
    Bernie73

    On trouve dans le débat politique ce qu’on y cherche
    Si on juge Bayrou sur le débat à proprement parler, il est clair Copé à pris le dessus
    Si on juge sur les idées et une vision de la société, il n’y a pas photo non plus
    Copé n’est plus qu’un sophiste, qui n’a d’ambition que pour sa personne

    Car les arguments de Copé sont clairement fallacieux
    Juste pour rappel, pour ceux qui n’ont pas connu l’ORTF. Les journalistes étaient mis au placard du jour au lendemain pour un mot qui ne plaisait pas au gouvernement. La nomination et la révocation du dirigeant de france télévision, c’est la remise en place de ce lien.
    La nier est contraire à toute vérité
    On a bien vu les réactions de Sarkozy sur certains plateaux de France3 comment imaginer que suite à ces incidents, il n’appelle pas le dirigeant qu’il a nommer pour placardiser les fautifs ! ! !

    Lorsqu’on est journaliste si on sait qu’on risque sa place sur un mot de trop, il est bien clair qu’il faudra du très lourd pour oser sortir une information (si on arrive à la sortir)

    Idem pour le travail le Dimanche.
    Le volontariat est une contre vérité évidente, mais dans la bouche de Copé ça glisse tout seul
    C’est un gain de liberté, le jour on on te dira si tu veux le boulot, il faut travailler le dimanche
    lorsque tu seras marié, 2 enfants et 6 mois de chômage, le choix sera vite fait
    et la seule différence sera sur la vie de famille. On peut opposer les étudiant pour qui c’est une possibilité très intéressante, j’en suis bien d’accord. Comme quoi rien n’est si simple.
    Mais en prenant un peu de hauteur, il faut bien arbitrer, il s’agit alors bien d’un choix de société.
    Ne venons pas après repprocher aux parents de ne plus s’occuper de leurs enfants, puisqu’ils ne peuvent plus partager du temps ensemble.


    Moi même qui aime débatre, même sur des sujets techniques (je suis informaticien)
    il m’est arrivé de perdre des débats, en sachant clairement que j’avais raison (faits objectifs)
    Il ne suffit pas d’avoir raison, (d’ailleurs ce n’est jamais si sûr)
    il faut le faire savoir ! ! !



  • Par Rage (xxx.xxx.xxx.129) 12 décembre 2008 12:31
    Rage

    Bonjour,

    C’est un article bien hatif.

    Bayrou n’a pas été mauvais sur certains points, notamment sur ses positions et sa vision politique, mais nettement plus fragiles sur d’autres.

    Face à un Montebourg qui souligne les absences aux votes à l’assemblée, il y a eu un blanc : dans l’esprit du commun des mortels, c’est une faille majeure que de pas participer au vote, surtout sur les sujets évoqués.

    Face à un Coppé, se laisser déborder sur une erreur "d’histoire" et finalement jouer la défensive montre des marques de fragilité. Se laisser bouffer en tant que "non maire" est agaçant surtout quand Bayrou devrait avoir la répartie de signaler à ce "cabot" au pied du chef de l’Etat, que ses multi-casquettes et ses discours à géométrie variable sont loin de lui laisser la capacité de faire la morale.

    Coppé a pour lui ce volume de parole qui vous coupe le fil de réflexion et vous envoie loin des problèmes réels : quand un Coppé se dit "intéressé" par le travail le dimanche, il ne faut pas tergiverser et clairement afficher la couleur : c’est une connerie monumentale et ce ne sont pas les raisons qui manquent.
    Sortir du fil de réflexion, c’est déjà se perdre avec Coppé : il faut donc être carré et rentrer dans le tas.

    Concernant la TV, c’est encore plus simple : certes les 11 000 collaborateurs de France TV ont leur libre arbitre mais ils sont comme "vous" M.Coppé : ils répondent aux ordres de leur chef, et s’ils s’en écarte c’est la sanction.
    Nommer le président de France TV c’est clairement connecter pouvoir et médias. Et ça, c’est un fait.

    Se perdre dans l’histoire c’est oublier le présent : l’action de Coppé et comparses UMP - y compris ceux qui ne rentrent pas dans le rang - c’est clairement d’affaiblir France TV pour transférer les pubs et les parts d’audimat à des TV privés partisanes du pouvoir.

    Travailler le dimanche, c’est foutre en l’air la vie des gens et pire encore, revenir sur un droit historique acquis au 19ème siècle de haute lutte.

    Laisser bosser les gens s’ils le veulent jusqu’à 70 ans, c’est dans l’esprit UMP ouvrir la brèche pour entrainer tous les autres vers cette limite.

    La discussion de Bayrou ne doit pas se limiter à "je ne suis ni à gauche ni à droite" mais plutôt clarifier ce pour quoi il se bat (ce qu’il a fait) et les idées qu’il met sur la table (ce qu’il n’a PAS ou trop PEU fait).

    Vu l’année 2009 qui s’annonce, il va être grand temps d’avoir des politiques de niveau, sinon on risque bien de voir en France ce qui se passe en Grèce mais façon plus "globale" tant le ras le bol monte.

    Il suffit de voir les pleines pages de boîtes qui licencient.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox