Les émissions d’Arlette Chabot semblaient devenues ternes mais pour une fois, j’ai quelque peu zappé pour m’enquérir de ce qui s’y passe. François Bayrou passé au crible. Le début de l’émission m’a paru quelconque, avec une Chabot cherchant à la jouer poil à gratter, posant des questions sans grand intérêt, mais pugnace, pour bien afficher la pugnacité et la détermination du service public.
Au final, le résultat a paru poussif, et quelque peu formaté et fabriqué, avec des séances et des questions convenues, comme celles sur le vaudeville se jouant entre le PS et le Modem. Mme Chabot tentait bien de faire sortir un grain de sel de Bayrou et telle une diva face au divan, se prenant pour Chapier, elle tenait à faire avouer l’inimitié tenace et ancienne entre le chef du Modem et le chef de l’Etat. Mais hélas, les Français connaissent ce petit détail et franchement, ça n’apporte rien, sauf éclairer l’œil lubrique de Chabot, énerver Bayrou s’efforçant d’évacuer cette question en accentuant son leitmotiv décliné depuis des semaines. Bayrou n’aime pas ce que Sarkozy fait de la France. Oui mais la France se laisse-t-elle faire et si oui, n’est-ce pas le signe d’une société civile qui se ramollit ? Non sans quelques mouvements sociaux mais avec le spectre d’une insurrection à la grecque.
Les déclarations d’humeur de Bayrou devenaient ennuyeuses. Une pause s’imposa. Puis arriva Jean-François Copé. Et là, un vrai duel. Je ne parle pas de conversation politique mais d’un véritable duel politique, de ceux qui positionnent les pointures en éliminant les « tocards ». Et ma foi, Bayrou m’est apparu vraiment comme déclassé face à un Copé altier, sûr de lui et conquérant et même, je dois avouer, convaincant sur quelques sujets. Le débat sur France Télévision fut très révélateur de quelques intuitions sur le savoir parler de Copé. Et ce soir, il n’y avait pas photo. Le petit Copé de l’ombre, pièce rapportée d’un ancien gouvernement sous Chirac, est devenu une personnalité affirmée, déterminée, imprégnée d’aisance et de connaissance sur des sujets techniques. Bref, les cercles élyséens se méfient de ce gars et ma foi, ils n’ont pas tort car Copé est de la trempe de Sarkozy pour ce qui est de la prestance sur un plateau de télé mais dans un stade rempli de militants, c’est à voir. Copé, ce serait un peu Barre face à Giscard, ou bien Balladur face à Chirac, ou Rocard face à Mitterrand, ou Villepin face à Sarkozy, ou Jagger face à Lennon. Cherchez l’erreur !
Toujours est-il que Bayrou a montré ses limites et ses faiblesses face à un Copé qui sur le dossier de France Télévision, avait visiblement potassé le sujet, ce qui est logique, mais le fond fut à la hauteur de la forme et sa rhétorique parfaitement ajustée. Du coup, Bayrou en a perdu les pédales au point d’affirmer que Giscard avait coupé le cordon ombilical entre l’Elysée et la Présidence de la télévision publique. Alors que c’est Mitterrand qui en fut le maître d’ouvrage en intronisant la haute autorité qui deviendra le CSA que l’on connaît. Bayrou n’a pas été à la hauteur du débat mais Copé en fin politologue, sait tirer quelques piques et salves en jouant de la connaissance de l’histoire politique qu’il semble assez bien maîtriser, ce qui est un atout quand on veut jouer les premiers rôles. Sur ce point apparemment de détail Bayrou a montré des faiblesses évidentes. Je ne l’imaginais pas ainsi mais à l’écran, Copé a montré des capacités politiques indéniables. Il peut jouer une belle partie pour peu qu’il sache se charger de contenu et penser en terme de projets. Justement, les projets de Bayrou, on ne les a pas perçu. Bayrou ne fait que dans la complainte contre le pouvoir, répétant qu’il n’aime pas la gouvernance du Président ; et ne sait même plus où il habite, ayant oublié, comme le lui lança Copé, qu’il fut de son camp, affirmant « je ne suis pas de votre famille », au lieu de dire, « je ne suis plus de votre famille ». Les analystes freudiens sauront tirer quelque enseignement de ce détail sémantique.
Copé, j’avoue qu’il m’a impressionné, sans que je puisse savoir le fond de ses pensées. Mais sur un point, il a exposé un argument que je m’étais fait quant à cette crispation sur la nomination du Président de France télévisions par l’Elysée. La cohorte des journalistes, secouru par le très maternant Bayrou, lance ses cris d’orfraie. C’est bien là reconnaître une impuissance et une « mentalité de valet » car comme l’a justement souligné Copé, ce n’est pas un président, fût-il nommé par l’Elysée, qui peut dominer des centaines de journalistes, ou si c’est le cas, c’est que ces journalistes se pressentent comme, inféodés et pantins d’un seul chef. Et là, bien joué Copé, car c’est l’argument qui tue. Cette fronde des cinq cents ressemble à une complainte de pleutres qui N’ayant pas confiance en eux et qui espèrent évoluer dans un système où le PDG les materne et les borde chaque soir.
Au final, Bayrou s’est révélé comme un opposant sans grand avenir et ma foi, c’est une mise à jour du logiciel politique des Français. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle mais, à défaut d’être pressenti pour un destin national, Bayrou peut encore servir pour participer à la plus importante force d’opposition qui est le tollé. Quant à Copé, il faudrait d’autres débats pour savoir quelles sont ses convictions et sa vision. Il est pour aménager le travail du dimanche, moi pas. C’est un point, de détail, ou symbolique, mais un point, parmi tant d’autres bien plus importants. Il paraît que deux français sur trois sont favorables à l’ouverture des magasins le dimanche, mais deux sur trois ne sont pas prêts à travailler le dimanche. Signe de l’incohérence et de la perte des valeurs d’une société ; sur laquelle de brillants opportunistes comme Copé savent surfer pour gérer les manettes. Et en face, quel marasme, aucune personnalité d’opposition n’a l’envergure pour concevoir et défendre un projet alternatif.
Pour conclure, mon sentiment après avoir observé cette joute, c’est que Bayrou ne donne pas l’impression de croire à un projet alternatif et de le porter avec charisme et prestance auprès d’une société de Français marchant dans un avenir. Et ce déficit de motivation, il est apparu clairement chez Bayrou qui croit à une seule chose, c’est qu’il est devenu le principal opposant à Sarkozy. A force de jouer un même rôle, notre acteur du Béarn a montré des signes de fatigue, d’enlisement. Le débat avec Copé eut raison de Bayrou en le dévoilant dans son jeu. C’est donc clair.

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Pas encore vu le débat mais je vois mal comment faire passer Bayrou pour un homme de droite (...)
15/03 23:51 - GrégoryDonc si je te lis bien tu es d’accord sur tout 2007 : seul Bayrou semblait à peu près (...)
19/12 13:34 - bernie73J’ai juste quelques petites questions pour vous, Monsieur Dugué. En 2012, qui empechera (...)
18/12 13:07 - Popset bien kriptonite, j’espère que tu n’as pas trop besoin de tes mains... je ne (...)
15/12 22:45 - barbouse@Fadge Demonter Sarkozy...pour avoir la place en 2017 s’il ne fait pas cette manoeuvre (...)
15/12 22:35 - kriptonite@Barbouse Je veus bien me couper les mains si vous vous avez reellement soutenu Bayrou au (...)
15/12 22:00 - kriptonite
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