Il y a quelques mois, dans une émission de télé, on interrogeait François Bayrou sur ses lectures. J'ai été surpris de l'entendre citer le nom de Bukowski. A première vue, rien de plus opposé que François Bayrou, le fervent catholique, l'homme politique dont la probité touche parfois à l'austérité, et Charles Bukowski, l'écrivain alcoolique, obsédé sexuel et compagnon de misère des "damnés de la terre". Sur le coup, j'ai apprécié l'ouverture d'esprit de François Bayrou, et puis je suis passé à autre chose.
Les semaines ont passé. François Bayrou ne s'est pas qualifié pour le second tour de l'élection présidentielle, il est arrivé en cinquième position avec 9 % des voix. Puis ce furent les élections législatives, avec une nouvelle défaite pour Bayrou qui a perdu son siège de député des Pyrénées-Atlantiques. Dans tous les cas, Bayrou a fait bonne figure, il est monté à la tribune pour déclarer qu'il acceptait la décision des électeurs et continuerait à l'avenir à œuvrer à la constitution d'un centre indépendant, pivot d'une future union nationale qu'il juge inéluctable. Et puis il a quitté les écrans de télévision, la tête droite et la conscience nette.
Alors j'ai repensé à Bukowski, et je me suis dit que, finalement, Bayrou lui ressemblait assez. Voilà deux hommes de caractère qui se sont pris des coups toute leur vie ("Il est indéniable que j'aurai passé la majeure partie de mon existence à trimer comme un esclave" écrit Bukowski dans son dernier livre), et qui, pourtant, avec une obstination et une ténacité rares, n'auront jamais cessé de poursuivre un objectif unique, obsessionnel : écrire pour l'un, rassembler les Français pour l'autre. Deux hommes trop francs, trop entiers, victimes d'une société avide de circonvolutions hypocrites. Deux solitaires épris de liberté et d'idéal, et prêts à tout sacrifier pour cela. Deux héros en somme.
Et maintenant, quel avenir pour Bayrou ? Eh bien il continuera à dire la vérité aux Français, qui ne l'écouteront pas et voteront pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. Il dira la vérité et poursuivra son chemin, sans dévier. Car, comme l'a écrit Bukowski, dans un monde comme le nôtre "le simple fait de rester en vie est une victoire".


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