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Bayrou ou Le Pen, à moi de juger, c’est fait, adieu François !

Jeudi 16 novembre, France 2 nous a offert un spectacle politique conforme à la culture médiatique de notre temps. A vous de juger : eh bien, j’ai jugé, rapidement, sur le style et sur le contenu. Mon verdict de citoyen qui joue au politicien doué d’intuition, c’est que François Bayrou est éjecté de 2007. Lorsqu’il a défendu le TCE dans les débats télévisés, j’ai compris sur l’instant que le "non" allait l’emporter. Et ce soir, j’ai eu une intuition évidente. Français Bayrou se dirige vers un échec électoral et a complètement raté sa prestation télévisée. Bref, la primaire s’est jouée à la fois au PS et sur France 2.

Premier acte : grand oral

François Bayrou cherche ses mots, manque de souffle, se perd dans des banalités, des questions de politique qui n’intéressent pas les Français. Son concurrent Jean-Marie Le Pen ne peut que briller par sa verve de tribun inspiré, altier, conquérant, sûr de lui, avec des convictions et une machine rhétorique parfaitement rodée. Le Pen sait où il veut nous conduire et trouver les failles de ses adversaires, en sachant appuyer là où ça fait mal, en résonance avec la sensibilité populaire, tout en connaissant parfaitement son sujet. Bayrou n’a montré aucune substance ni prestance, il ne sait pas où il veut nous amener mais il revendique la première place pour conduire l’attelage politique. C’est clair, et ce fut clarifié ultérieurement. François Bayrou cherche à prendre les commandes en se réclamant d’une synthèse entre PS et UMP.

Deuxième acte : l’affrontement

Le duel Le Pen contre Bayrou n’a rien amené de nouveau sauf une mise en tension entre deux hommes et à ce jeu, Bayrou a donné l’image d’un élève poussif et décomposé face à un professeur Le Pen sûr de lui, à la limite du sadisme. Bayrou cherchait ses mots, semblait tel un capitaine dans un canot de sauvetage, incapable de trouver les mots, brouillon, hésitant, inventant des expressions comme maçonnerie judéo-maçonnique ou victime soumise à la victimisation et j’en passe. Complètement déstabilisé, il faisait peine à voir. Ce débat était inutile. Les questions de fond sur la société n’ont pas été abordées. La faute n’en incombe pas à Arlette Chabot mais à l’intention des deux protagonistes de mener un combat de chefs, au cours duquel l’un s’est dévoilé comme un maître et l’autre comme un élève. L’avantage était au plus ancien. Sur la question des harkis, Bayrou a offert à Le Pen un boulevard pour qu’il déboule avec sa cavalerie et le lamine. A se demander si un certain masochisme n’habite pas Bayrou. Quant à Le Pen, son regard d’ogre ne trompait pas. On sentait le prédateur savourant la saisie sa proie.

Troisième acte : le naufrage

Patrick Devedjian et Arnaud Montebourg entrent en scène. François Bayrou ne remonte pas, bien au contraire, il s’enfonce dans son rôle de bizuth, et nos deux compères de mettre la pression. Un François Bayrou parfait dans la « destination » que le destin lui assignée. Attitude puérile. Inaptitude à prendre l’initiative, à occuper un espace et y naviguer. Lors du premier acte, Bayrou se voulait en chef d’attelage, mais en présence de possibles partenaires ; il s’est vu en simple cavalier, à la limite du reniement. Partage du pouvoir, c’est tout ce qu’il a pu proposer, dénonçant les pratiques des deux partis dominants qui monopolisent les postes. Gare ta gueule à la récré si tu ne veux pas partager tes billes, dit François, trouvant scandaleuse la politique bipolaire, passant sous silence le fait que les Etats-Unis fonctionnent tout aussi bien, sinon mieux, avec deux partis hégémoniques en alternance. Bref, nos quatre protagonistes ont joué au maillon faible, et le maillon faible c’était François Bayrou, sous le joug des deux autres qui l’ont complètement englouti, instrumentalisé, alors que Le Pen savourait ce spectacle digne d’un bizutage. On pourra toujours supposer que le président de l’UDF est visionnaire, avec une capacité à innover, mais qu’il a été amené dans un traquenard. Je n’en crois rien. Un présidentiable digne de cette fonction doit pouvoir s’extraire de cette situation et la retourner à son avantage. Bayrou n’aura été que le troisième homme d’un casting médiatique.

Quatrième acte : dialogue de sourds

Il y aura toujours des entreprises qui ouvriront, d’autres qui fermeront. Les Ardennes sont en France. On tient ce scoop de François Bayrou. Sinon, dialogue de sourds entre des Français vivant des situations personnelles en attente de solutions concrètes que les politiques pourraient apporter. Et chacun d’y aller de son explication, de sa théorie, contournant les connaissances basiques de l’économie. Bref, un triste spectacle. Les quatre n’ont guère été à la hauteur, chacun essayant d’être le plus habile pour duper les Français. Et les Français présents sur le plateau : tout aussi prompts à croire que la politique peut résoudre leurs problèmes cas par cas, alors qu’elle devrait changer la règle du jeu en convenant que le jeu n’est qu’un moyen pour parvenir quelque part. Où aller, et comment ? La vraie question politique !

Conclusion

Rien n’a changé depuis des années. François Bayrou n’a pas changé, quoi qu’il en dise. Sa seule conviction nouvelle, c’est que le monde politique va vers une bipolarisation, et les sondages semblent l’attester. Bayrou croit voir dans cette bipolarisation le mal français alors que ce n’est simplement que son propre mal qui se manifeste, la lente agonie de sa formation qu’il tente de conjurer en se servant de la France citoyenne, laissant accroire que le destin de la France est lié au destin de l’UDF et de la personne de François Bayrou. Ce n’était pas une messe mais un requiem. Il est temps de faire le travail de deuil, pour tous ses partisans. Ses chances politiques sont réduites à néant. Elles l’ont toujours été, sauf dans l’esprit de certains agitateurs médiatiques, internautes, iconoclastes d’un jour, activistes d’AgoraVox et d’ailleurs, se prélassant dans un agréable divertissement pascalien, s’inventant des histoires, sans voir en doctes stoïciens des temps hypermodernes que la destinée de François Bayrou est dans les oubliettes de l’histoire. Donc, ne rêvez plus. La partie se jouera à trois. Entre Sarko, Ségo et Le Pen.

A l’attention des lecteurs. L’adieu à François ne signifiant pas la bienvenue à Le Pen, loin s’en faut !

par Bernard Dugué (son site) lundi 20 novembre 2006 - 323 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Patrick Adam (xxx.xxx.xxx.9) 20 novembre 2006 18:46
    Patrick Adam

    @ l’auteur

    Excellent article. C’est vrai, et c’est malheureux à dire, mais Bayrou s’est fait laminer. Ayant été longtemps absent de France, un de mes premiers raccrochages avec la politique hexagonale a été le discours de Bayrou au moment de la censure contre le gouvernement et je l’avais trouvé brillantissime. Plus tard, quelques interventions à la radio étaient plus ou moins réussies. Elles montraient un personnage s’affirmant mais ne tenant pas sur la longueur.

    L’émission d’Arlette Chabot l’a renvoyé au stade d’un prétendant malhabile qui veut aller jouer dans la cour des grands. Aucune proposition originale, aucune perspective, simplement le leitmotiv d’une disparition plus qu’hypothétique de la droite et de la gauche qui ne tient pas la route plus de cinq minutes. D’autant que Chevènement s’était déjà planté sur ce thème il y a cinq ans.

    L’émission a été révélatrice de la pratique politique en France qui fait et fera encore notre originalité : les potaches ne passeront pas ! Ce fut le cas de Rocard et de sa bande de ringards de la cogestion, puis des quadras du RPR et on connaît comment l’histoire a sombré au fond d’une fosse de ridicule. Aujourd’hui Sarko veut jouer au tout neuf, et Ségolène use et abuse de son âge et son sourire comme avait tenté de le faire en son temps Lecanuet. Et elle le fait en s’entourant de gens ouvertement incompétents et sans conviction. L’émission d’Arlette Chabot nous a montré un Montebourg bobo jusqu’au bout des ongles, venant pour endosser le costume de tribun du peuple. De quoi faire fuir, une fois de plus, la majeure partie de l’électorat populaire.

    La campagne s’annonce d’une pauvreté intellectuelle pitoyable et le dernier coup de Jack Lang venant d’annuler le tirage du livre qu’il avait écrit avant son alliance avec la cour royale parce qu’il y disait évidement trop de mal de sa nouvelle pouliche, ne va pas redorer le blason d’hommes politiques prêts à renier trente ans « d’art politique » appris auprès des plus grands pour se dévoyer avec une bande de cambrioleurs. Et les médias se vautrent eux aussi dans cette fosse d’amoralité, à l’exemple de Marianne qui, il a un mois, conseillait au même Jack Lang de raccrocher et qui aujourd’hui recommence à faire son éloge. On en sort plus...

    Patrick Adam

  • Par CAMBRONNE (xxx.xxx.xxx.162) 21 novembre 2006 09:17

    IL EST DOMMAGE QU’APRES UN BON DEPART DU A BON ARTICLE , CE FIL AIT ETE POLUE PAR L’EQUIPE D’IRRRESPONSABLES MENEE PAR DEMIAN WEST .

    Salut et fraternité .

  • Par Vilain petit canard (xxx.xxx.xxx.250) 20 novembre 2006 10:54
    Vilain petit canard

    Méfiez-vous !!!

    Il y a à peine un an, on parlait de Mme Royal dans ces termes : dépassée, pas bonne oratrice, pas crédible, juste bonne à promotionner le chabichou, nulle dans les "débats", alors que Fabius, hein ou Strauss-Kahn, là, c’était d’une autre envergure...

    Et maintenant ????

    Alors, et si justement, les Français préféraient ceux qui ne rentrent pas dans le moule d’Arlette Chabot ou d’Alain Duhamel ? Et si ce "cafouillage" donnait des points à Bayrou ?

  • Par Bernard Dugué (xxx.xxx.xxx.33) 20 novembre 2006 10:40
    Bernard Dugué

    A l’attention des lecteurs, je précise que cet article a été rédigé le soir de l’émission, à vif, puis proposé tel quel à la rédaction d’Agoravox dont on doit saluer l’indépendance. Ce genre de papier n’aurait pas pu passer dans l’Obs ou l’Express.

    J’ai bien fait de préciser que adieu François ne signifie pas bienvenue Le Pen

    Et ma foi, nous sommes nombreux à avoir été hypnotisés, y compris un de mes potes prof de philo qui a jugé la prestance de Le Pen face à un Bayrou quelque peu noyé. Cela dit, je reconnais avoir forcé les traits mais chaque auteurs met sa propre touche dans un portrait d’un événement dont l’interprétation ne tombe pas sous le sens et dont le sens ne fait pas l’unanimité

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