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Bébé-médicament : en quoi c’est immoral

Ce lundi, on nous annonçait la naissance d’Umut-Talh. Cet enfant, né à Clamart le 26 janvier dernier, n’est pas un enfant comme les autres. C’est un bébé-médicament, ou bébé du double-espoir pour les plus optimistes, conçu pour sauver son ainé d’une grave maladie grâce aux cellules sanguines présentes dans son cordon ombilical. La fécondation a eu lieu in vitro, et ce après deux diagnostics préimplantatoires (DPI).

Cet article va tâcher de montrer l’envers du décor tissé autour de cet événement décrit par certains comme un miracle ou une prouesse scientifique irréfutable, avant d’aborder plus largement la question sensible du progrès médical.

Une situation individualisée

Les plus ardents défenseurs de ce genre de pratiques s’appuient donc, ces jours-ci, sur la fantastique naissance de ce bébé-médicament, une première en France. Oui, lorsque l’on se penche sur le sujet, on ne peut qu’être touché par l’intention, attendri par le bonheur des parents. Cet enfant-sauveur va apporter tant d’espoirs à sa famille. Cependant, il ne faut pas laisser son cœur prendre trop facilement le dessus sur la raison.

Certes, nous avons ici affaire à un cas en particulier, un contact direct avec les protagonistes. Cette affaire individualisée provoque en nous une charge considérable d’émotion qui vient effacer notre capacité de raisonnement objectif. Touchés par l’histoire de cette famille qui va ainsi trouver son bonheur personnel, nous en oublions les principes moraux de tous.

Le DPI, une forme d’eugénisme

Tout d’abord, il faut savoir que les embryons ont été triés deux fois avant l’implantation. Une première fois pour s’assurer qu’aucun n’était porteur de la maladie du fils ainé, une seconde fois, parmi les embryons sains, pour éliminer ceux qui n’étaient pas compatibles pour l’opération.
Il n’est pas ici question de pleurer les embryons non choisis. La sélection naturelle en aurait fait de même. Le problème reste dans les dérives eugénistes de la manipulation.

Car n’est-ce pas là une forme d’eugénisme ? Non pas que je pense que celle-ci soit gravissime pour ce cas précis, qui reste extrêmement rare, mais ne devons-nous pas craindre une propagation de ce genre de pratiques ? Il ne faut pas oublier que les consciences, les lois, les Hommes, ne cessent de changer avec le temps, bien aidés par les pressions des différents lobbies et les divers intérêts communautaires. En cette période, accorder un petit peu c’est condamner le tout.

Un bébé-promo

Ensuite, quelle surprise lorsque l’on se penche sur le côté promotionnel de l’affaire. Le bébé est né le 26 janvier 2011, et comme par un heureux hasard, l’officialisation de sa naissance a eu lieu le lundi 7 février, la veille de la révision de la loi sur la bioéthique de 2004 par les parlementaires. Coïncidence ?

Petite nuance, je ne parle pas, comme le font à tue-tête les détracteurs de la question, d’injustice pour l’avenir de l’enfant. Ce dernier avait de toute façon été voulu par les parents. Et, jusqu’à preuve du contraire, de son cordon ombilical il se fiche comme de l’an 40. De plus, être né pour sauver son frère s’avère beaucoup moins dérangeant que d’être mis au monde pour servir de main d’œuvre aux champs, pour hériter d’une possession familiale ou encore, pire, en prétexte aux allocations.

Un espoir à relativiser

Parmi cet engouement médiatique, on oublie d’insister sur une chose essentielle, c’est que ce bébé est une véritable exception en la matière. L’expérience a eu lieu 10 fois depuis 2006. Sur sept réimplantations d’embryons sains, seulement trois grossesses ont démarré. L’une s’est soldée par une fausse couche, une autre a donné naissance à un enfant non compatible. L’espoir reste donc minime, moins de 10%, pour les familles.



La banque de sang de cordons, une alternative plus sage

Pourtant, cet espoir aminci pourrait se transformer en espoir tout court s’il on utilisait un moyen beaucoup plus simple et tellement moins immoral : les banques de sang de cordons ombilical. Avec 800 000 naissances par an en France, les cas les plus graves, comme c’est le cas ici, auraient d’avantage de chances d’être traités. Malheureusement, cette solution a été lâchement délaissée par les politiques.

L’incompétence des politiques

Pourquoi ? Par peur, par laxisme et par schizophrénie. D’une part les pressions du monde scientifique qui veut jouer les savants fous en toute liberté, d’autre part les sermons de l’Eglise qui recommande la solution la plus sage. Apeurés, incapables de trancher, de prendre des initiatives, les politiques laissent les décisions stagner dans un flou permanent.

A l’image de tous ces contre-exemples, lorsque l’on parvient à se sortir du stade émotionnel, la raison nous ramène bien vite aux réalités plus complexes de la vie.

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En ce qui concerne non plus cet exemple d’actualité mais le progrès de la science en général, mon avis est partagé. La science ne doit pas s’éloigner de la conscience. La recherche scientifique nous apporte, pour l’essentiel, un bien-être et une durée de vie accrus. Mais il faut voir plus loin que le bout de notre nez, et donc en l’occurrence, plus loin que l’instant présent, et plus loin que notre situation occidentale.

En 1950, nous étions 2,5 milliards d’habitants sur cette planète. Aujourd’hui, nous voici déjà 7 milliards. Demain, 9 milliards ! Un progrès scientifique qui ne connaitrait pas de limites morales viendrait alimenter cette croissance exponentielle qui nous mènerait droit à la catastrophe. Le chaos. Une surpopulation dévastatrice, des inégalités Nord-Sud renforcées en ce qui concerne les vivres, l’argent, les médicaments. Pendant que le tiers-Monde mourra d’avantage de faim, nous nous entretuerons pour les dernières ressources encore exploitables. Un scénario apocalyptique auquel cette science inconsciente aurait participé.

La solution ne serait pas, bien-sûr, un déni complet du progrès, mais la mise en application de limites morales à ce dernier.

Enfin, reste une dernière et éternelle interrogation : comment l’Homme peut-il se permettre de se prendre pour Dieu, de jouer avec la vie ? Les catastrophes, les guerres, les épidémies, sont des malheurs qui font partie de l’ordre des choses, l’ordre de l'univers, l'ordre de la vie. L’Histoire est cruelle, la Nature l’est d’avantage. C’est triste, mais c’est comme ça. Il faut l’accepter, sortir de la bien-pensance. Tenter de soulager les maux du Monde est une chose, tenter d'aller à l'encontre de son ordre, ce cosmos éternel, en est une autre.

Et, comme vous le savez, il n’est jamais bon de jouer avec la Nature.

Chris Lefebvre (blog)


_________________________________________________________________________________________
Sources : ADV, France Soir, 20 minutes, Chrétienté Info, Romandie




par Christopher Lings (son site) jeudi 10 février 2011 - 41 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par bakounine (---.---.---.59) 10 février 2011 11:12

    Vous dites : comment l’Homme peut-il se permettre de se prendre pour Dieu, de jouer avec la vie ?
    et toujours plus fort : tenter d’aller à l’encontre de son ordre, ce cosmos éternel, en est une autre.
    Et bien....... vous n’etes pas que bonapartiste, réactionnaire, vous etes aussi un cul beni.
    pour se prendre pour quelqu’un il faudrait deja qu’il existe et à ce jour malheureusement rien ne vient etayer votre thèse.

    et encore : il n’est jamais bon de jouer avec la Nature.

    c’est bien ça aussi !! par contre, dépeupler les mers, pourrir les nappes d’eaux, polluer l’air, les sols voila des sujets bien plus urgents et dramatique pour la survie de l’homme que votre pitoyable plaidoyé en faveur d’ideologies moyenageuses et castratrices.

  • Par Jean-Pierre Llabrés (---.---.---.82) 10 février 2011 10:49
    Jean-Pierre Llabrés

    À l’auteur :
    En ce qui concerne non plus cet exemple d’actualité mais le progrès de la science en général, mon avis est partagé.

    Par qui votre avis est-il partagé ? ? ? ...

  • Par easy (---.---.---.174) 10 février 2011 13:14
    easy

    J’ai eu un fils de 15 ans atteint d’une leucémie et finalement sauvé par l’équipe de l’hôpital Saint Louis de Paris par une greffe de sang de cordon venu de quelque part en Suisse.


    Si les médecins m’avaient dit qiu’il n’y avait pas d’autre solution que de faire un bébé ad hoc, qu’aurais-je fait ?


    Et bien ça dépend du moment.

    Les chose se sont passées ainsi.
    Un jour, que j’étais chez un client, ma femme m’a appellé pour m’annoncer que les petits bleus sur les jambes de notre enfant, les tests tout ça = leucémie.

    Comme je croyais que leucémie = mort, et que j’aime assez la mort pour mon propre compte, comme j’estime que ce n’est pas parce qu’on peut avoir son enfant assassiné par un méchant qu’il faut exiger que tout le pays devienne parano, hyper fliqué et répressif, comme je trouve que la mort, même prématurée est une malchance comme une autre et qu’on doit accepter une part de résignation contre les malchances, je m’étais précipité vers mon fils et je lui ai dit « Rentrons vite à la maison. Profitons au mieux des derniers instants »

    C’est dire comme j’étais alors fataliste.

    Là dessus, ma femme, nettement mieux informée, m’exprime des reproches « M’enfin qu’est-ce que tu racontes, on va le soigner, etc. » 
    Et j’apprends donc qu’il existe des possibilités de guérison (déjà par une simple chimio, sans aucune sorte de greffe)

    A partir de l’instant où ces autorité en blouse blanche m’ont quasiment reproché ma trop grande acceptation de la mort (je comptais accompagner mon fils dans la mort) et qu’ils m’ont expliqué les solutions, effet Milgram faisant, j’ai complètement changé d’attitude.

    Ah, il faut combattre parce qu’il y a des solutions ? Alors combattons. Et là je n’ai plus raté la moindre occasion de faire des choses pour le guérir.

    Si donc on m’avait dit que tout ayant échoué ou qu’en l’absence de sang de cordon ad hoc, il fallait vite faire un bébé adapté (il n’est pas évident de maintenir en vie pendant 9 mois de plus, un malade de la leucémie) qu’aurais-je répondu ?

    On est là dans une situation où les conseils ou orientations ou suggestions des profs prestigieux compte énormément pour ne pas dire archi complètement.
    Imaginons qu’après avoir touillé toutes les considérations dont parle Chris ici, j’aie eu envie de dire stop, on ne va pas aller plus loin, on ne va pas faire un enfant pour ça. J’aurais eu à supporter les avis contraires de ma femme, probablement de mes autres enfants, probablement des professeurs et probablement de mon fils malade aussi.

    Vous l’avez compris, ce genre de décision doit être pris au-dessus des parents ou des patients.
    Si l’on écoutait les parents des victimes de viol ou de meurtre, il faudrait des flics partout et 50 fois plus de prisons, des guillotines partout. Si l’on écoutait les parents d’enfants malades, il faudrait réinventer la nature, dépenser des milliards, sacrifier tous les animaux ou les humains en errance pour sauver leur progéniture.

    Comme sur le sujet de la Police, celui du traitement médical doit être étudié et décidé par des instances morales collectives. Tous les individus doivent participer aux débats mais la décision doit être prise par des collèges.

    C’est le principe de la Justice qui doit prévaloir. Quand la Justice nous condamne, nous arrivons à nous résigner, même à l’échafaud, parce que nous avons l’impression que c’est un collège, une masse, La Masse, Tout le Monde, qui en a décidé ainsi. La résignation, dont on dit souvent qu’il faut la combattre, il faut aussi savoir l’accepter.

    Se résigner, ne pas se résigner, peut résumer toute la problématique humaine, sur tous les sujets. Je crois qu’on ne doit pas poser qu’il ne faut jamais se résigner ou qu’il faut toujours se résigner. La résignation c’est à voir, à considérer au cas par cas.


    Bon, et maintenant, quand on est soi-même professeur ou politique et qu’on a à décider pour la collectivité, que fait-on ?
    Quand on est déjà politique ou professeur de médecine, on est déjà depuis un bail dans le travail, le tripotage, le remodelage, la transformation de la nature.

    Un tunnel sous la Manche, une transfusion sanguine, ça n’a rien de naturel, c’est déjà du Grand tripotage de la nature. Alors quand ont est habitué à transformer, on continue.

    Il faut des arguments vraiment très forts, bien plus que de simples considérations de principe du type de ceux des Témoins de Jéhovah, pour arrêter des décideurs dont le boulot a toujours consisté à transformer les choses.


    Chaque parent, aujourd’hui réticent à transformer, acceptera un peu plus les transformations quand il sera face à une demande, une exigence des siens. (Pour soi-même on accepte assez facilement la mort, c’est pour nos proches qu’on ne l’accepte pas)
    Alors au fil du temps, toutes réticences comprises, nous parviendrons évidemment à Gattaca.

    C’est précisément le fait que la résignation est impossible vis-à-vis des siens, c’est le fait que de nos jours chacun se bat encore beaucoup pour les siens, qui va influer sur l’orientation à venir. La solidarité familiale va disparaître.

    Je pense que nous allons vers une formule dans laquelle plus aucun individu ne se sentira obligé envers les siens. Il n’y aura plus de « siens ». Les individus ne réclameront plus que pour leur propre peau et seront aussi liés techniquement qu’ils seront moralement isolés.

    Facebook mais aussi Meetic nous mettent sur la voie selon laquelle nous nous satisfaisons de liens éphémères et de relations interchangeables. Bien qu’encore élevés en famille, les enfants se détachent déjà beaucoup de leurs parents, qui eux-mêmes divorcent pour un oui ou pour un non. Nous allons vers l’interchangeabilité des liens. Nous allons vers la procréation artificielle et l’élevage des enfants en batterie. 

  • Par bakounine (---.---.---.59) 10 février 2011 14:29

    La Croix est un quotidien français catholique et donc naturellement objectif dans ses propos.........

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