Un BHL qui dès le départ ne se mouille pas trop : alors qu’on annonce ailleurs qu’Ahmadinejad aurait été assez loin des suffrages qu’il revendique, notre homme y va plutôt doucement dans la dénonciation de manipulation :
"Tricherie massive ou pas ? Coup d’Etat d’un nouveau genre ou non ? Et comment interpréter cette étrange élection dont les résultats étaient annoncés, par la presse liée aux services secrets et aux milices, avant même la clôture du scrutin " écrit-il en exergue. BHL, qui a le même internet que vous et moi et davantage d’amis en politique ou dans les ambassades hésite encore : la fraude est colossale au point de provoquer des émeutes mémorables et qui perdurent, mais notre phare de la nouvelle philosophie se tâte encore pour en saisir l’importance : c’est une
"étrange élection" dit-il... et non pas une
"fraude massive caractérisée". La belle chemise blanche préfère ne pas se mouiller, visiblement. On ne sait jamais, la réputation ça tient parfois à rien.
En fait, notre intellectuel en col blanc (chemise blanche plutôt) est un peu embarrassé, car il sait, lui, le fin observateur de ce bas monde, qui est le candidat du peuple : Moussavi, dont il rappelle obligatoirement le passé de "fils dus système", ce que tout le monde sait déjà. Un passé qui le turlupine, plutôt, car on le sait, BHL ne verrait aucun inconvénient à ce qu’un état, ou un autre, prive militairement l’iran de ses capacités nucléaires, dont Moussavi a toujours été partisan. BHL parle de "droit" au nucléaire en mettant de gros guillemets bien visibles, pour l’Iran, afin de bien signifier son désaccord, alors que son pays de prédilection, israël, pour ne pas le nommer, a lui, on s’en doute, un peu davantage le "droit" de détenir plus de 200 têtes nucléaires offensives, selon les estimations les plus basses.. Alors, comme il ne peut en ce moment vraiment dénigrer un homme qui est porteur d’une certaine manière de l’espoir d’un peuple de se débarrasser d’un dictateur, BHL va tenter d’enfoncer le personnage... et on se doute que concernant le pays, ça ne pourra être que sur le terrain miné de l’antisémitisme.
Et là, il fait bien le dire, BHL nous montre toute sa perfidie. On connaît les positions négationnistes d’Ahmadinejad, on n’y revient pas, elles sont connues et c’est bien pour ça que l’homme est à fuir. Mais BHL, emporté par sa haine du pays qui pourrait un jour anéantir israël comme d’autres pays munis de l’arme nucléaire pourraient le faire, amalgame de façon insidieuse Ahmadinejad et Moussavi, pour en arriver à ses fins, à savoir la condamnation de l’état iranien, quel que soit l’élu. Lisez bien, cela vaut le détour, car ça démontre par l’exemple qu’il y a bien longtemps que BHL a quitté le statut de philosophe pour devenir simple militant d’un sionisme outrancier qui ne veut pas dire son nom. Selon, lui, donc, Moussavi aurait affirmé
, "en réponse à la question sur le négationnisme d’Ahmadinejad" que
"même s’il y a eu un holocauste en Allemagne (on goûtera la subtilité du « même si »…), quel rapport ceci a-t-il avec le peuple opprimé de la Palestine, victime d’un holocauste à Gaza (tout est dit…) ? "...
Bien évidemment, BHL a bien raison de souligner que le même si sous-entend un négationnisme évident, mais dans la réponse de Moussavi, ce n’est en définitive pas cela qui semble le plus l’embarrasser, et c’est bien cela qui m’a personnellement le plus surpris. Non, ce qui l’ennuie davantage, c’est que l’holocauste, selon Moussavi, n’est pas nécessairement à relier à Gaza, contrairement à ce que ne cesse de dire BHL lui-même, qui dès que l’on évoque des Palestiniens qui se défendent d’un oppression caractérisée (à voir les dégâts du blocus !) entonne au bout de deux secondes le spectre d’un nouvel holocauste israélien, si l’état hébreu "ne se défend pas". Une défense en forme d’attaque massive, il n’y a qu’un philosophe perdu pour pouvoir en faire des synonymes. C’est cela qui est très surprenant : en résumé, BHL, philosophe de pacotille, relierait facilement lui aussi les mouvements de banlieue en France aux soubresauts de Gaza : or il a été prouvé que cela ne joue pas directement. L’homme qui avait été tenté d’échafauder la même théorie était l’ex ministre de l’intérieur français. Qui avait accusé les "bandes" d’être "islamistes" et "organisées, en 2005, alors que tous les rapports de RG démontraient le contraire.
BHL voudrait à tout prix se fixer dans sa posture préférée qui consiste à dire que si on se permet d’attaquer Israël, quand il attaque Gaza comme il a pu le faire, à savoir avec une rare sauvagerie, c’est qu’on est antisémite et donc qu’on nie l’existence de l’holocauste. Ce n’est pas la réflexion d’un philosophe que cela, mais à peine celle de l’homme de la rue qui ne se tiendrait au courant de rien depuis 1947 et qui se ferait bourrer le mou par une certaine presse. Non, c’est évident, BHL confond deux choses, par pur esprit partisan, et en arrive à tenter une nouvelle fois de nous rejouer le discours de l’offensé qui se drape dans la dignité du linceul de six millions de morts. Ces morts-là, que personne n’a le droit de négocier, ne peuvent en rien excuser les exactions de Gaza, monsieur le philosophe qui prend la pose indignée ! Bien entendu que la négation de l’holocauste n’est pas à laisser passer, mais de là à en faire la deuxième priorité en mettant l’état d’israël en premier dans le débat, il y a là un défaut d’analyse et une erreur de réflexion qui est grave, pour quelqu’un qui se targue de réfléchir sur ce qu’on sait : le propre de la philosophie, en réalité. BHL serait-il à ce point à côté de ses pompes philosophiques ?
Et BHL d’entonner un peu plus loin dans son papier un vibrant hommage aux "révolutionnaires" iraniens, et d’encenser obigatoirement la jeunesse, lui qui orbite dans un groupe d’intellectuels qui ont passé leurs dix dernières années à dénigrer mai 68 : …
"Ces jeunes, branchés en permanence sur Internet et qui ont fait de Facebook, Dailymotion, ou du site « I love Iran », le théâtre d’une guérilla ludique et redoutable…" Comme d’habitude, BHL joue au philosophe branché. En se trompant lourdement. Facebook entretenant sur la toile des
théories négationnistes, à en faire
se questionner son créateur, qui
est juif, qui a déclaré en réponse qu’il
fallait laisser faire, et surtout en citant le site
"I love Iran" qui est tout sauf une référence : ce n’est pas Chris de Burgh
qui va sauver le pays..... Ou alors il est plus mal qu’on ne l’imaginait. Les iraniens sont suffisamment intelligents pour ranger le chanteur dans la catégorie qui a toujours été la sienne, à savoir fort mineure. Se faire sauver par Chris de Burgh, on ne peut vraiment pas le souhaiter à un individu normal muni de deux oreilles en état de marche. La torture physique a ses limites, à croire qu’à Guantanamo c’était lui, à fond dans les casques ! Quand à
FaceBook.... il a été
interdit. Mais en Iran, juste avant
l’élection.
Un BHL qui s’en prend un plus loin d’une étrange façon au petit commerce iranien :
"Ces chauffeurs de taxi hérauts de la liberté d’expression… Les intellectuels… les chômeurs… les bazaristes en rupture avec un régime qui les ruine… Bref, les frondeurs contre les fraudeurs". Voilà les chauffeurs de taxis devenus personnages de la révolution ? A part le fait que BHL ne se déplace qu’en taxi, voire en avion-taxi, où est-il donc aller dénicher cette idée ? Non, décidément, la philosophie-spectacle et son parcours personnel dépeint beaucoup trop sur sa vision du monde. BHL voit le monde depuis des années de la vitre arrière d’un taxi ou d’un hublot de jet : cela suffit-il pour venir nous donner des leçons de sagesse ? Qu’il nous parle de sa méthode de repassage de chemise blanche, et il redeviendra davantage crédible à nos yeux !
Un BHL qui sombre dans le n’importe quoi, à placer ce qu’il a pu glaner ça et là sur le Net, ou plutôt qu’on lui a glané pré-mâché, notre homme fonctionnant depuis longtemps à la façon d’un Paul-Lou Sulitzer. Car là, ça devient franchement grotesque :
"Les blogueurs et les blagueurs contre les sépulcres blanchis de l’appareil militaro-islamiste. L’auteur anonyme, mais relayé par SMS, sur des millions de téléphones mobiles, du mot qui, paraît-il, fait la joie des manifestants : "pourquoi Ahmadinejad se coiffe-t-il avec une raie au milieu ? pour mieux séparer les poux mâles et femelles "… encore un peu, et BHl nous sortait le coussin péteur à l’effigie d’Ahmadinejad comme preuve d’une révolution en marche ! Est-ce cela un philosophe ? Ou un amuseur de fin de banquets des familles ? Un amuseur qui passe du jour à la nuit en un seul paragraphe : après les blagues de potache, voici venir dans la foulée la fin du monde !
Car BHL depuis fait dans la vision apocalyptique du pays, "satanisé", présenté comme un danger pour le monde, façon Bush, un pays également de forbans ou de fainéants, "
qui n’est même pas capable de raffiner son propre pétrole"... selon BHL, et qui serait devenu en entier au service d’une vieille vengeance religieuse :
"un Etat djihadiste qui, doté d’un armement nucléaire dont il n’a jamais caché qu’il serait instantanément mis au service de l’Imam caché et de son apocalyptique retour, serait un terrible danger pour le monde". Le mot est bien là : apocalypse, vous avez bien lu, pour demain pour notre philosophe bombardé prophète. Et ce, quel que soit l’élu, nous avertit ce bon BHL. ce qui signifie aussi que le seul moyen de l’en empêcher est de frapper avant : à pays apocalyptique, frappe ciblée préventive, c’est bien connu ! L’homme nous engagerait dans une invasion iranienne, nécessaire selon lui, sur le modèle de l’invasion irakienne, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. C’est un discours essentiellement belliqueux, qui dénote en regard des discours d’apaisement de l’administration Obama. Un Obama qui n’a visiblement pas la côte chez notre époux de chanteuse blonde du Lido :
"la « main tendue » d’Obama ? Puisse-t-elle l’être aussi, tendue, en direction de cette jeunesse – honneur d’un peuple qui a produit Avicenne, Saadi, al-Ghazali, Rumi et tant d’autres. Tel est l’enjeu" dit-il pour conclure ; comme un étudiant ayant appris quatre noms glanés à la va-vite sur un dictionnaire historique ferait pour remettre sa copie à l’heure. Piètre prestation philosophique : à le lire analyser l’actualité, BHL n’obtient pas le BAC, pour sûr !
Mais il y a mieux ou pire encore, quand notre BHL site
"I Love Iran", qui au bout de trois vidéos s’amuse à faire l’apologie du Shah d’Iran, qui s’en prend violemment.... au "lobby juif" selon ses propres dires... aux
"juifs américains qui contrôlent tout". La vidéo
en ce sens est affligeante ! En 1976, un Shah passablement désabusé, tenait des propos antisémites, et prononçait des phrases qui le sont clairement :
"they are controlling many things and i want to stop that", et voilà que notre BHL entonne les louanges du site qui fait la part belle à des propos antisémites ??? IL ne les aurait pas entendues ? Lui, notre fin limier à nous faire des doubles pages georgiennes du Monde ? BHL, pour sûr, n’a pas lu une ligne du site
I love iran. Comme il n’a pas mis de toute évidence
les pieds à Gori pendant
la guerre de Georgie.
Car au moment même où les milices à moto d’Ahmadinejad bastonnent à qui mieux-mieux, les mêmes scènes avaient lieu... en Georgie.
Mêmes bastonnades d’opposants au dirigeant, deux fois élu avec de
lourdes suspicions sur des manipulations de bulletins de vote. Mais de ces bastons-là, l’homme à la chemise immaculée ne vous parlera pas. L’homme a choisi en Saakatchvili son champion de la "liberté", ne venons pas l’embêter avec si peu. Le dossier à charge pourtant contre le régime du mollah excité du Caucase est signé cette semaine du magazine allemand
Der Spiegel. Selon lui, et plusieurs observateurs, l’attaque avait bien été lancée de nuit par la Georgie, avec ses
terribles lance-roquettes. On sait ce qui en a suivi. L’apprenti dictateur avait essuyé quelques mois auparavant de fortes manifestions dont il s’était tiré à coup de flashballs et de bâtons.
En 2007 en effet, la police de Saakatchvili avait démontré ce dont elle
était capable. Avec les mêmes bâtons et les
mêmes milices qu’a Téhéran. Et la même suppression de
s médias d’opposition. A l’époque, pas un mot de notre philosophe parisien, bien entendu. Encore moins de Raphael Gluscksman, tout occupé à rédiger son livre panégyrique. Pendant que l
a police réprimait, Raphael écrivait et tressait la couronne de lauriers de son nouvel héros. Lundi dernier encore, la police géorgienne a dispersé à coups de matraques des manifestants à Tbilissi, faisant plusieurs blessés : aucune condamnation de la part de notre champion des libertés. Hier soir, encore, après avoir à nouveau tabassé des opposants, la police de Saakachtvili a fait un raid sur le
campement de ces manifestants qui se relaient
depuis des mois devant le palais présidentiel,
saccageant tentes et abris. Pendant ce temps, au même moment, BHL exhibait sa
plus belle chevelure au Trocadéro pour fustiger les mollahs iraniens et leurs milices "barbares". Mais toujours pas un mot sur la Georgie. A ses côtés, Alain Finkielkraut aussi indigné que lui... sur l’Iran. Ces deux-là ont l’indignation toute sélective en fait.