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Bienvenue à l’encyclique de Benoît XVI

Quelles coïncidences ! Le mardi 7 juillet, jour des obsèques de Michaël Jackson et veille de la réunion d’un G8 délaissé précipitamment par le chef d’Etat chinois, a été publiée la dernière encyclique papale, celle écrite par le chef suprême de l’Eglise en poste actuellement, autrement dit, Benoît XVI. Les encycliques ont été nombreuses, portant sur différents sujets et pas seulement des questions d’ordre théologique. Certaines sont catégorisées comme sociales parce que justement, elles portent une attention précise au cours du monde, de l’économie, de la société, des rapports humains et de la gouvernance. Et en effet, tous ces sujets sont abordés par Caritas in veritas, la toute nouvelle encyclique qu’on peut lire en ligne sur Internet.

Pourquoi devrions-nous porter un intérêt particulier à ce texte dont les médias ne vont que très peu parler ? Un livre écrit par un vieux gâteux autiste qui ne cesse de dire des bêtises sur le préservatif ! Allons bons, le lecteur français mérite mieux et doit suivre les recommandations des médias, qui livrent un avis très inspiré par la vérité. N’ont-il pas abondamment parlé de cet essai formidable que tout Français avec ou sans le bac devrait avoir lu, American Vertigo de BHL, et pas plus tard qu’en pleine rentrée littéraire de 2008, nous pouvions lire avec ferveur cette incroyable correspondance épistolaire sur le Net entre ce même BHL et Michel Houellebecq, un livre essentiel pour comprendre l’époque et former la jeunesse. Après ça, on peut jeter ses vieux livres de Goethe, Hugo et Sartre. Et on peut se passer de l’encyclique papale, car le dernier Marc Lévy se prête bien mieux à une lecture sur la plage. Et pour les plus intellos, rien ne vaut les mauvaises pensées d’Onfray, le Guy Descartes de la pensée hédoniste.

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Ne le dites pas à mes proches mais je suis un type louche, qui ne fait pas confiance aux médias, qui ne suit pas ce que disent les critiques. Cette encyclique de Benoît XVI est tout aussi instructive à lire que la dernière livraison d’Emmanuel Todd, Pierre Rosanvallon ou Bernard Stiegler. Malgré ses lubies sur le préservatif, le Pape actuel, comme la plupart de ces prédécesseurs, est un théologien autant qu’un penseur talentueux dont on ne partagera pas forcément les idées mais qui aura le mérite de faire réfléchir sur des questions importantes sur les sociétés et le devenir de notre monde. L’éditorialiste du Monde livre une analyse intéressante sur la publication des encycliques à vocation sociale dans un contexte de crise importante. Je le cite : « Chaque encyclique sociale a correspondu à un bouleversement mondial ou à une rupture : Rerum novarum de Léon XIII (1891), à l’aube du capitalisme industriel ; Quadragesimo anno de Pie XI (1931), au coeur de la Grande dépression ; Populorum progressio de Paul VI (1967), quand l’aide au développement a prolongé la décolonisation ; Centesimus annus de Jean Paul II (1991), après la chute du communisme. » Voilà de quoi méditer.

1891 : l’ascension du capitalisme industriel. Nous sommes deux ans après l’inauguration de la tour Eiffel, symbole s’il en est de la réussite industrielle française et européenne ainsi que du scientisme. Epoque qui sera suivie par une Belle époque pas si belle, des manœuvres de puissance, une triple alliance et une triple entente préfigurant la Grande Guerre. Entre temps, des tensions, une frénésie sur le temps, l’argent, notamment aux States. Ford T, fordisme, 1905, la Russie vacille puis bascule en 1917. Le fascisme arrive en Italie, nombre d’holocaustes se produisent de part le monde. Chinois massacrés à deux reprises par les Japonais, Arméniens liquidés par les Turcs. Moins connu mais tout aussi dévastateur, l’Holomodor, famine organisée par l’URSS afin de prendre le contrôle des terres cultivées par les koulaks en Ukraine. Entre 4 et 8 millions de morts. Pratiquement ignoré, le premier cas de génocide moderne, en 1904, perpétré par les militaires allemands contre les Hereros, peuplade de l’Afrique de l’Ouest. Autant dire que pressentant ces désastres liés à plusieurs causes et notamment un capitalisme effréné allié aux nationalismes et autres colonialisme, fabricant d’instruments de mort, le pape Léon XIII, en humaniste qu’il fut, se fendit d’une encyclique sociale intitulée Des choses nouvelles. Celle-ci dénonçait notamment la pauvreté, la condition misérable offerte aux ouvriers et bien évidemment les travers de l’athéisme et du socialisme athée. Rappelons que si l’Histoire retient le côté spectaculaire des génocides, il y eut une féroce répression exercée par les polices contre les mouvements et autres contestations des ouvriers aux portes des usines.

Des choses nouvelles, autrement dit Rerum novarum, est une encyclique emblématique symbolisant et refondant la doctrine sociale de l’Eglise depuis plus d’un siècle. Elle a inspiré ses héritières, celles livrées par Pie XI en 1931, Paul VI en 1967, Jean Paul II en 1991 sans oublier Léon XIII en 1961. L’éditorialiste du Monde ne s’est pas trompé en associant les dates de ces encycliques sociales à des événements important affectant le capitalisme. Sans doute des coïncidences puisque trois d’entre elles ont été publiées pour les 40, 70 et 100 ans signant les anniversaires de Rerum novarum qui du reste les a inspirées. Déjà en 1931, Pie XI mettait en avant le principe de subsidiarité, qu’on retrouve en 2009 chez Benoît XVI. Paul VI insiste, comme ses successeurs, sur la dimension planétaire des problèmes sociaux. Lire ces cinq encycliques devrait nous convaincre que les problèmes humains liés au développement capitaliste des sociétés sont restés pratiquement les mêmes. Le capitalisme et son pendant matérialiste sont opposés à l’humanisme qui doit s’élever au-dessus des valeurs matérielles ainsi que des aspirations bassement hédonistes. Un plaidoyer s’exprime en faveur du développement spirituel (intégral) de l’homme, associé à la mise en place de sociétés traversées par le souci de solidarité. Et une chose assez récente, le souci de la planète, clairement explicité dans les encycliques de Jean-Paul II et Benoît XVI.

Le développement du capitalisme fut accompagné de périodes optimistes, certains vivant leur œuvre avec euphorie, alors que des drames, guerres, répressions et holocaustes se sont produits à l’échelle planétaire. Dans Le monde d’hier, Stephan Zweig raconte le virage pris par les populations à l’égard des gouvernants. Naguères pris d’une infantile naïveté, ils approuvaient les dirigeants avant la Grande Guerre, leur accordant une grande confiance. Mais en 1939, finie cette dévotion à l’égard des puissants. Les peuples se méfient de tout, notamment de la diplomatie. Ils ne perçoivent plus les gouvernants comme des gens honnêtes. La crise économique de 1930 fut surtout une crise politique, soldée par un conflit national. Puis les sociétés se sont reconstruites sur de nouvelles bases. Les encycliques sociales de 1961 et 1967 s’inscrivent surtout dans un contexte de crise de la foi, de mutations culturelles et de guerre froide. Mais celle de 1991 suit la chute du mur. Et la mélancolie, le désenchantement.

Osons un modeste parallèle. Naïveté à l’égard des politiques en 1910, disait Zweig. 70 ans plus tard, sans parler de naïveté, disons que les gens avaient quelque confiance dans le système malgré la crise de 1974. Une espérance envers les gouvernements à tendance socialisante, notamment en France, pays qui semble incarner un pouls mondial. La plus belle des naïvetés reste tout de même celle du culte de l’argent, la réussite, l’entreprise. Voilà ce qui signe les années 1980 et son emblématique héraut, Bernard Tapie, dont on se souvient des incantations et autres exhortations à vivre dans et de l’entreprise et comme le proclamait Yves Montand, vive la crise, vive ceux qui font de l’avant. Le poilu de 1914 a été remplacé par le travailleur (au sens de Jünger) et l’entrepreneur. Mais quelles désillusions dix ans après. Grève de 1995. Et sur le plan politique, la guerre de 1991 en Irak, les massacres au Rwanda et dans les Balkans. Finies les illusions. 11 septembre, guerre en Afghanistan, en Irak, et maintenant, au Pakistan, et l’Iran dans le collimateur. La violence israélienne à l’égard des Palestiniens a atteint des sommets après l’intervention de 2008 à Gaza. Et bien évidemment, plus aucune confiance des peuples, ni dans le système capitaliste, avec ses scandales à répétition et cette bulle de la finance, ni dans le système politique, avec la méfiance à l’égard de l’Europe, la défiance à l’égard des dirigeants qui, non contents de reconduire le pédaleur en chef dans la semoule du protocole de Lisbonne qu’est Barroso, ont refilé en douce le traité refusé en 2005 en le modifiant et bientôt les Irlandais revotent. Cela ne va pas s’arranger avec la raréfaction des ressources sous l’effet de la planétarisation de l’industrie, Chine en tête. Des problèmes sociaux en perspective, liés aux différences de niveau matériels parfois associé à des communautés. Puis les retraites dans les pays développés. Et la faim galopante, sur fond d’illettrisme. Baisse généralisées des niveaux culturels. Fétichisme des jeux, des gadgets et bien évidemment, l’infantilisme se déplace vers le culte des vedettes.

Bref, on est au bord du naufrage. Alors, autant souhaiter la bienvenue à cette nouvelle encyclique. Elle a toute sa place dans le contexte idéologique social et politique qu’on connaît, même si elle ne servira pas à grand-chose. Car les tendances sont trop lourdes. Et le monde difficile à gérer, Gaza, Ouïgours, Balkans, Caucase et j’en passe. De plus, cette énième encyclique sociale risque de taper à côté, autant des responsables laïques qui ne voient pas d’un bon œil cette ingérence dans les affaires politiques d’un Pape refusant un humanisme sans Dieu, que des chrétiens dont le souci devient de plus en plus personnel que social. C’est peut-être la dernière encyclique sociale émanant de la papauté. Une sorte d’avertissement avant la débâcle du système. La prochaine pourrait bien être un évangile révolutionnaire !

 

par Bernard Dugué (son site) jeudi 9 juillet 2009 - 81 réactions
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  • Par Lucien Denfer (xxx.xxx.xxx.135) 9 juillet 2009 13:33
    Lucien Denfer

    A la lecture des 20 premières pages, en gros le chapitre II, j’ai repéré quelques passages des plus intéressants :

    [ Les forces techniques employées, les échanges planétaires, les effets délétères sur l’économie réelle d’une activité financière mal utilisée et, qui plus est, spéculative, les énormes flux migratoires, souvent provoqués et ensuite gérés de façon inappropriée, l’exploitation anarchique des ressources de la terre, nous conduisent aujourd’hui à réfléchir sur les mesures nécessaires pour résoudre des problèmes qui non seulement sont nouveaux par rapport à ceux qu’affrontait le Pape Paul VI, mais qui ont aussi, et surtout, un impact décisif sur le bien présent et futur de l’humanité. ]

    Une reconnaissance que globalement plus rien ne va et que l’on court droit à la catastrophe, jusque là pas besoin de boule de cristal ni de madame soleil pour s’en rendre compte.

    [ Le cadre du développement est aujourd’hui multipolaire. Les acteurs et les causes du sous-développement comme du développement sont multiples, les erreurs et les mérites le sont aussi. Cette donnée devrait conduire à se libérer des idéologies, qui simplifient souvent de façon artificielle la réalité, et à examiner avec objectivité la dimension humaine des problèmes. La ligne de démarcation entre pays riches et pauvres n’est plus aussi nette qu’aux temps de Populorum progressio, comme l’avait déjà indiqué Jean-Paul II. La richesse mondiale croît en terme absolu, mais les inégalités augmentent. Dans les pays riches, de nouvelles catégories sociales s’appauvrissent et de nouvelles pauvretés apparaissent. Dans des zones plus pauvres, certains groupes jouissent d’une sorte de surdéveloppement où consommation et gaspillage vont de pair, ce qui contraste de façon inacceptable avec des situations permanentes de misère déshumanisante. « Le scandale de disparités criantes » demeure. La corruption et le non respect des lois existent malheureusement aussi bien dans le comportement des acteurs économiques et politiques des pays riches, anciens et nouveaux, que dans les pays pauvres. Ceux qui ne respectent pas les droits humains des travailleurs dans les différents pays sont aussi bien de grandes entreprises multinationales que des groupes de production locale. Les aides internationales ont souvent été détournées de leur destination, en raison d’irresponsabilités qui se situent aussi bien dans la chaîne des donateurs que des bénéficiaires. Nous pouvons aussi identifier le même enchainement de responsabilités dans les causes immatérielles et culturelles du développement et du sous-développement. Il existe des formes excessives de protection des connaissances de la part des pays riches à travers l’utilisation trop stricte du droit à la propriété intellectuelle, particulièrement dans le domaine de la santé. En même temps, dans certains pays pauvres, subsistent des modèles culturels et des normes sociales de comportement qui ralentissent le processus de développement. ]

    Dans cette partie l’accent est mis sur l’inadaptation des idéologies économiques traditionnelles aux réalités de la globalisation, et subrepticement on nous fait deviner qu’en l’absence d’une idéologie génératrice de sens la nature humaine animale et les instincts de prédation reprennent le dessus. Cette vision tendrait à favoriser la thèse d’universalité de la doctrine sociale de l’église.

    [ A notre époque, l’État se trouve dans la situation de devoir faire face aux limites que pose à sa souveraineté le nouveau contexte commercial et financier international, marqué par une mobilité croissante des capitaux financiers et des moyens de productions matériels et immatériels. Ce nouveau contexte a modifié le pouvoir politique des États.

    Aujourd’hui, fort des leçons données par l’actuelle crise économique où les pouvoirs publics de l’État sont directement impliqués dans la correction des erreurs et des dysfonctionnements, une évaluation nouvelle de leur rôle et de leur pouvoir semble plus réaliste ; ceux-ci doivent être sagement reconsidérés et repensés pour qu’ils soient en mesure, y compris à travers de nouvelles modalités d’exercice, de faire face aux défis du monde contemporain. A partir d’un rôle mieux ajusté des pouvoirs publics, on peut espérer que se renforceront les nouvelles formes de participation à la politique nationale et internationale qui voient le jour à travers l’action des organisations opérant dans la société civile. En ce sens, il est souhaitable que grandissent de la part des citoyens une attention et une participation plus larges à la res publica. ]

    Dans ce passage est évoquée la contradiction manifeste entre la perte de souveraineté des états dans le nouveau contexte international et leur interventionnisme zélé quand au sauvetage d’un système financier qui ne distingue plus l’économie réelle du tripot libre échangiste. Il est suggéré que les pouvoirs publics régulent la finance et représentent la société civile, les citoyants sont encouragés à s’intéresser à chose publique. Un voeux pieux, c’est le cas de le dire...

    [ Cela a pour conséquence l’apparition de situations humaines dégradantes, sans parler du gaspillage social. Si l’on compare avec ce qui se passait dans la société industrielle du passé, le chômage entraîne aujourd’hui des aspects nouveaux de non sens économique et la crise actuelle ne peut qu’aggraver une telle situation. La mise à l’écart du travail pendant une longue période, tout comme la dépendance prolongée vis-à-vis de l’assistance publique ou privée, minent la liberté et la créativité de la personne ainsi que ses rapports familiaux et sociaux avec de fortes souffrances sur le plan psychologique et spirituel. Je voudrais rappeler à tous, et surtout aux gouvernants engagés à donner un nouveau profil aux bases économiques et sociales du monde, que l’homme, la personne, dans son intégrité, est le premier capital à sauvegarder et à valoriser : « En effet, c’est l’homme qui est l’auteur, le centre et la fin de toute la vie économico-sociale » ]

    Dans ce morceau là il est clairement indiqué qu’à force de déshumanisation et de marchandisation de la force de travail, toutes les options violentes reviennent sur la table, une manière peut-être aussi de dire que le rachat de la paix sociale par des mesures qui seront remises en question en période de grave crise économique n’est qu’un pansement sur une jambe de bois.

    [ Il est donc nécessaire que se forme une conscience solidaire qui considère l’alimentation et l’accès à l’eau comme droits universels de tous les êtres humains, sans distinction ni discrimination. Il est en outre important de souligner combien la voie de la solidarité pour le développement des pays pauvres peut constituer un projet de solution de la crise mondiale actuelle, comme des hommes politiques et des responsables d’Institutions internationales l’ont mis en évidence ces derniers temps. En soutenant les pays économiquement pauvres par des plans de financement inspirés par la solidarité, pour qu’ils pourvoient eux-mêmes à la satisfaction de la demande de biens de consommation et de développement provenant de leurs propres citoyens, non seulement on peut produire une vraie croissance économique, mais on peut aussi concourir à soutenir les capacités de production des pays riches qui risquent d’être compromises par la crise. ]

    Enfin une vision prospective que ne renierait pas un Lyndon Larouche car les points de vue sont similaires, tant sur l’analyse de la situation que sur les mesures à apporter...

  • Par Lucien Denfer (xxx.xxx.xxx.135) 9 juillet 2009 14:56
    Lucien Denfer

    Il ne suffit point de faire des allégations, il faut aussi les prouver...

    justement, voici un petit exemple de ce que vous appelez antisémitisme, un joli petit essai sur la tradition humaniste du Judaïsme.

    Et maintenant une explication :

    Adolescent, j’étais l’heureux propriétaire d’une tortue. Un printemps, sortant de son terrier où elle se terrait chaque hiver pour échapper au gel, ma tortue s’était remise à parcourir mon jardin. Mais voilà qu’un beau jour, je la vis se livrer à une curieuse activité. Mon père, dans un moment d’inattention, avait abandonné dans un coin discret du jardin une de ses pantoufles. Et ma tortue, dans un superbe élan pour garantir l’immortalité biologique de son espèce, pénétrait énergiquement la pantoufle en tentant vainement de la féconder.

    Voilà l’image qui nous vient à l’esprit quand on examine les différentes tentatives médiatiques et policières visant à salir la personne, les idées, le mouvement et la campagne de Jacques Cheminade.

    Prenons d’abord le livre L’obsession du complot de Frédéric Charpier, publié aux Editions Bourin en septembre 2005. Ce « journaliste d’investigation », collaborateur de Karl Zéro, est devenu, après quelques polars dans la collection Fleuve Noir, le spécialiste de l’histoire de l’extrême gauche (Histoire de l’extrême gauche trotskiste), de l’extrême droite (Génération Occident) et surtout de la police (Au coeur de la PJ). Dans sa notice de présentation, l’éditeur de ce dernier livre note que : « Guide averti, à partir d’entretiens et de documents internes étonnants, l’auteur a pris son ticket d’entrée au pays des nouveaux flics. »

    En lisant son livre, il nous semble que l’auteur, loin du professionnalisme de la police scientifique française, semble se complaire dans les oeuvres de basse police, qui malheureusement, comme nous le savons, se portent à merveille dans le pays de Fouché, y compris au sommet de l’Etat.

    Si L’obsession du complot se prétend une dénonciation d’un complotisme maladif, l’auteur n’hésite pas à en rajouter une louche à chaque page, rendant la mayonnaise encore plus excitante, précisément pour les fascinés de la chose. Pour vivre, il faut bien vendre…

    Un syllogisme bien précis se dégage néanmoins de l’oeuvre. D’abord, l’inventeur du conspirationnisme serait l’abbé Barruel, un père jésuite qui dénonça la révolution française comme un complot judéo-maçonnique anti-chrétien inspiré par les « Illuminés de Bavière ». Ensuite, ce complotisme, après diverses métastases, se retrouve dans l’odieux Protocole des Sages de Sion, un document forgé de toutes pièces par les services secrets du tsar, accusant les juifs de vouloir prendre le contrôle du monde. Jusque-là tout est exact. Mais la conclusion dérive sans nuances : quiconque pense qu’aujourd’hui la mondialisation permettrait à des puissances financières de contrôler la planète, serait « logiquement » antisémite et d’extrême droite !

    C’est là évidemment que Charpier introduit « Lyndon LaRouche qui occupe une place à part dans le Landernau du conspirationnisme ». Sur huit pleines pages, Charpier aligne le best-off des racontars, balivernes et autres fruits de l’espionite de base sur Lyndon LaRouche, en s’inquiétant surtout que ce dernier ait pu être pris extrêmement au sérieux par William Clark, haut responsable du National Security Council américain. Charpier, par maladresse, finit quand même par dévoiler un peu ses propres options politiques quand il accuse LaRouche d’un horrible crime : « LaRouche était un ami de Yasser Arafat et un partisan de l’OLP » qui passe « aux Etats-Unis, comme un des éléments du lobby pro-Arabe ». Etre pro-Arafat ou pro-arabe équivaut donc, sans transition, à être antisémite ?

    Par ailleurs, il accuse un des conseillers « juifs » de LaRouche, Jeffrey Steinberg, de suivre « tout particulièrement les activités du Mossad qui constituent la clef de voûte de la conspiration juive version larouchienne. »

    C’est une contrevérité absolue car Jeffrey Steinberg, qui se trouve lui-même appartenir à une vieille famille juive, suit les activités de tous les services de renseignement, y compris français, et a de nombreux contacts en Israël. Tant de stupidités sont entonnées à l’envi pour tenter de leur donner une crédibilité de « bruit de fond ». C’est à cet exercice que s’est livré le 15 avril Patrick Pesnot, dans « Interview avec Monsieur X », son émission conspirationniste habituelle sur France Inter, consacrée cette fois-ci au… conspirationnisme.

    Pesnot utilisa le syllogisme du livre de Charpier comme charpente de son émission. Bien que dans sa forme, l’émission prétende, sans les nommer, dénoncer les héritiers de feu Henri Coston et son équipe de Lectures Françaises (Ratier et Cie), pour qui la synarchie et la Trilatérale ne seraient qu’une nouvelle version du « complot juif mondial », Pesnot semble puiser ses informations aux sources mêmes qu’il entend discréditer.

    Bien que LaRouche y soit présenté comme un dangereux illuminé, escroc et gourou, Pesnot est forcé de reconnaître qu’il est très bien renseigné et a une formidable audience dans le monde. De même, Monsieur X accuse Cheminade en France, un homme « incontestablement intelligent », d’avoir forcément agi comme LaRouche aux Etats-Unis et même d’avoir réussi à se présenter aux présidentielles de 1995, ce qu’il tente de refaire aujourd’hui…

    Après la lecture d’un long extrait des textes de l’ADFI « prouvant » que le parti de Cheminade est plus proche de la secte que d’un vrai parti politique, Monsieur X conclut : « Mais je voudrais revenir sur un point qui a attiré votre attention : l’argent. D’où venait l’argent de LaRouche. Eh bien, parfois, les conspirationnistes peuvent être victime de leur propre méthode. Parce qu’on a dit et écrit que l’anti-communiste LaRouche était en réalité un agent soviétique. (...) ce qui expliquerait qu’il ait connu, après l’effondrement de l’Union soviétique, quelques difficultés. Amusant non ? »

    C’est là où l’on doit s’interroger sur la véritable « identité » de Monsieur X, agissant visiblement au grand jour pour un « cabinet noir » en charge de salir ceux qui dérangent. Selon l’encyclopédie on-line Wikipedia, « l’identité de X reste mystérieuse, Patrick Pesnot affirme l’ignorer mais a tout de même donné avec parcimonie quelques détails. X serait un homme d’environ 80 ans, peut-être d’origine russe. Engagé très jeune dans la Résistance, il aurait fait partie du SDECE et aurait même brièvement séjourné en prison à la fin des années 1940. Il serait en quelque sorte le porte-parole d’un « club » d’anciens des services désireux de raconter leur histoire. »

    On serait évidemment tenté de penser à une figure comme l’antimarxiste virulent Pierre Faillant de Villemarest, qui aurait le profil adéquat pour Monsieur X et dont les livres sont d’ailleurs référencés par Patrick Pesnot dans d’autres émissions sur France-Inter. De Villemarest, que même Radio Courtoisie évite à l’antenne car il se montre incapable de réprimer ses tirades contre un prétendu « complot mondial juif », serait une des sources probables de cette ligne contre LaRouche et Cheminade. M. de Villemarest voit partout des agents du KGB avides de corrompre l’Occident, mais sa voix ne correspondrait apparemment pas à celle de Monsieur X. L’autre personnage, également proche de cette mouvance « ultracatholique » ayant véhiculé ce genre d’absurdités, est Clara Gaymard-Lejeune, fille de feu le professeur Jérôme Lejeune. Elle écrivit (p.73) dans son livre La vie est un bonheur- Jérôme Lejeune, mon père (Editions Criterion, 1997) que : « C’est peut-être s’aventurer trop loin que de constater que Nouvelle Solidarité a arrêté ses publications au moment de la chute du mur de Berlin, faute désormais de moyens venant de l’Est communiste. »

    Avant Clara, Droit de Vivre, le journal de « Laissez-les-Vivre » écrivait déjà en 1986 : « Qui est en réalité cet inquiétant personnage qu’est LaRouche ? Un gauchiste reconverti à l’extrême droite ? Un agitateur professionnel ? Un provocateur à la solde du KGB ou de la CIA ? Un sous-marin de Khadafi ? »

    Notons aussi que Clara Gaymard-Lejeune s’est engagée depuis peu avec le banquier américain Félix Rohatyn dans l’Agence Française pour les Investissements Internationaux (AFII), afin de promouvoir la place financière de Paris auprès des spéculateurs anglo-américains

    (voir Nouvelle Solidarité du 7 avril 2006), tandis que notre mouvement a dévoilé l’opposition farouche du pseudo-démocrate Rohatyn au retour à une politique du type « New Deal » de Frankin Roosevelt, tel que le préconise Lyndon LaRouche.

    Charpier et Pesnot ne sont évidemment que des exécutants subalternes dans cette affaire, chargés de déballer en vrac tout ce qui pourrait nuire à la réputation et à l’honneur d’un LaRouche de plus en plus écouté par des membres du Sénat américain, et d’un Cheminade en mesure d’obtenir le parrainage de cinq cents maires pour l’élection présidentielle de 2007.

    En 2002, la campagne diffamatoire de Nicolas Miguet avait empêché Cheminade d’être candidat. Ces émules semblent déjà sur les rangs pour 2007, mais cette fois, les circonstances historiques ne leur sont plus favorables et le combat aura lieu, sans autre forme de conspiration, cartes sur table et, grâce à Internet, avec une opinion publique prise à témoin.

  • Par Lucien Denfer (xxx.xxx.xxx.135) 9 juillet 2009 14:29
    Lucien Denfer

    Mon intention n’était pas de faire de B16 un alter mondialiste, juste de faire remarquer la modernité et l’acuité de sa pensée (certes compensée par d’autres archaïsmes).

  • Par Massaliote (xxx.xxx.xxx.32) 9 juillet 2009 10:18

    Souhaitons que Benoît XVI soit entendu ce qui m’étonnerait, nos merdias étant ce qu’ils sont.

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