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Big Brother : chronique d’une faute originelle

Des hommes drapés dans leur bonne conscience

Pourquoi protéger sa vie privée, me direz-vous, si je n’ai rien à me reprocher et que (donc) cet « oeïl », ce regard sur moi est nécessairement bienveillant.

« L’enfer c’est les autres » faisait dire Jean-Paul Sartre à un de ses héros dans Huis Clos.

Qu’est-ce que la vie privée ? Par excellence c’est celle qui est protégée du regard d’autrui excepté de celui des proches, ceux qui vous côtoient, accessoirement, ceux qui vous aiment, vous apprécient, vous tiennent en estime, vous aident à progresser, vous soutiennent, vous protègent, ceux qui vous "connaissent bien".

Hors ces « murs visibles et invisibles », vous n’êtes plus protégé, les regards sont partiels, vous êtes partiellement visible, on vous « découvre » (découvrir : retirer une couverture) sans vraiment vous connaître, on est tenté de vous juger avant que de vous aimer.

Et ça change tout !

Adam et Eve, nus de leur mauvaise conscience


L’histoire commence avec celle des hommes, du moins c’est ce que nous enseigne la Bible – livre le plus lu dans le monde – lorsque Adam et Eve sont dans le paradis terrestre.

L’homme s’y éveille à la conscience du désir de connaître, se découvre séparé, distinct d’Eve qui « sort de sa côte » (ou bien : qu’il voit à côté de lui* donc désirable ?), se démultiplie en générations (arbre de vie), séparé mais relié à ses parents et à ses enfants. Un arbre auquel il ne doit pas toucher. C’est ce qu’il ressent sans trop savoir de quoi il s’agit vraiment du désir de connaître.

Alors, troublé par cet arbre de vie auquel ils ne doivent pas toucher sous peine d’accéder au « mal connaître » (à la "mauvaise conscience" ?) alors que tous les autres arbres lui sont autorisés pour accéder au « bien connaître » (à la "bonne conscience" ?), il s’en remet à Eve.

Eve ne touche pas à l’arbre de vie, elle désire le fruit d’un arbre autorisé, le cueille ! Le pommier. Elle goûte la pomme et trouve que ce fruit est bon. Elle y fait goûter son homme qui le trouve bon également.

Mais alors, qu’est-ce qu’ils ont ces deux-là à croire tout ce que leur dit ce « serpent » qui s’est trompé, qui les a trompés, en creux, leur faisant croire que tous les fruits de tous les arbres du jardin étaient interdits !

Qu’est-ce qu’ils ont à se cacher comme ça, à se sentir « tout nu » pour une faute qu’ils n’ont pas commise !


Avant cette erreur d’interprétation, Adam et Eve étaient nus mais n’en avaient pas conscience.

Ils se sentent coupables et cette culpabilité va leur porter malheur ! Ils sont chassés du paradis terrestre, avec une double malédiction divine :
« Tu travailleras à la sueur de ton front »
« Je ferai abonder les grossesses de ta femme et elle enfantera dans la douleur »

C’est l’incroyable histoire d’un Dieu impitoyable, créé de toute pièce lors du premier sentiment de culpabilité, la "faute originelle".

Se sentir nu, c'est se sentir coupable

Tout avait bien commencé pour ces deux-là : après avoir été créé homme et femme, capables de se désirer et d’alimenter l’arbre de vie, capables également de désirer et de « goûter » les fruits pour s’en nourrir et par extension de goûter et connaître tout ce qui est sur terre, ils se laissent berner par une bestiole frétillante qui leur file « la maladie » « la faute originelle » !

L’erreur se poursuit probablement, persuadés d’être maudits, de déchéance en déchéance, très certainement par la consommation de l’arbre de vie (inceste, abandons d’enfants, et pire encore) et bien d’autres consommations, y compris du corps humain (cannibalisme antique et moderne) : tout devient consommable !

Avec BIG BROTHER, bonne ou mauvaise conscience, les hommes sont tous nus

Il a la capacité de nous déshabiller, de nous rendre nu et vulnérables.

Il a la capacité de se substituer à une conscience raisonnée et raisonnable de ce qui nous entoure, de ce que nous vivons, du fil de notre histoire, avec le risque impressionnant de nous priver de notre liberté.

 Il a la capacité de nous juger, d’exploiter nos faiblesses, de nous manipuler…

Il a la capacité d’induire un sentiment de culpabilité latent, diffus.

Il devient ubiquitaire, inconnaissable, mais peut agir à partir de tout ce qu’il sait de vous, lorsqu’il s’agit d’une personne, d’une institution, qui prend possession de toutes les informations qui vous concernent. On appelle ça le « social engenering », une arme qui peut être fatale.

C’est un pouvoir qu’aucun homme ne doit avoir sur un autre.

La législation est d’ailleurs très claire face à ce type de criminalité : la vie privée est inviolable.

Mais si vous laissez tout traîner…

BIG BROTHER, le soupçon induit la mauvaise conscience et le désordre

BIG BROTHER devient dangereux lorsqu’il s’incarne. Et, c’est trop tentant, toutes ces informations accessibles en « un clic », lorsque la curiosité ou l’appât du gain, sont de la partie.

BIG BROTHER peut vous consommer, vous anéantir.

« Il » c’est cet « inconnu » (personne, institution) qui peut, à partir de données disponibles vous concernant, prendre en main votre destin, sans même que vous vous en rendiez compte, en agissant « dans votre dos », sans vous en tenir informé, sans avoir à vous « apprivoiser » comme dans toute relation humaine normale, avec des desseins qui vous échappent.

Vous êtes déjà nombreux à être ou avoir été « espionnés » d’une façon ou d’une autre. (voir les statistiques des écoutes téléphoniques « légales » ces dernières années, par exemple). Preuve s’il en est qu’on peut à tout moment vous soupçonner.

Qui vous écoute ? des gens « comme tout le monde » avec leurs générosité parfois, leurs insignifiance aussi, leurs fautes passées ou en cours, leur curiosité saine et malsaine – un voyeurisme avéré -, leur tentation d’outrepasser leurs droits, le dépassement de leurs droits.

Lorsque vous aurez conscience d’être victime, il sera déjà bien trop tard. L’heure aura sonné de voir la vérité en face : on vous a espionné parce qu’on vous soupçonne, parce qu’on ne vous croit pas sur parole.

Et votre vie pourra basculer car la colère d’être ou d’avoir été soupçonné (rappelez-vous la réaction des personnes victimes d’écoutes téléphoniques sous Mitterand), de l’interprétation de ces données, vous rappellera étrangement des événements où vous n’avez pas pu vous défendre lorsque vous étiez enfant – alors que dans toute institution, vous pouvez vous faire accompagner qui par un responsable syndical, par un avocat, par un groupe d’amis…, mais là, ce sera « toute une histoire », la vôtre, qui vous aura échappé.

Il est temps de réagir, de prévenir toute intrusion dans la vie privée, de peur d’aboutir à de vraies fautes.

Si l’informatique peut troubler la vie privée avec des moyens dépassant l’entendement, les hommes qui la développent devraient être capables de redonner à la vie privée sont caractère inviolable.

A nous d’interroger les candidats à la présidentielle à ce sujet, si prompts au demeurant à financer les instituts de sondage.

Protégeront-ils notre "bonne conscience" ?

 

* quelques "idées" sont issues du l'ouvrage de Marie Balmary, Le sacrifice interdit - Freud et la Bible



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