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Bougez-vous !

« Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j’ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. »
Stéphane Hessel

« Bougez-vous ! » Le message est clair. « Bougez-vous ! » Tellement clair qu’il en devient convaincant. « Bougez-vous ! » Déjà trois millions de personnes en action. Et pourtant… Nous vivons dans une société de l’instantané où tout ce qui n’est pas flambant neuf est déjà dépassé. Nous vivons dans une société de l’image où nos héros sont jeunes, beaux et aseptisés. Nous vivons dans une société morcelée où les différences éloignent plus qu’elles ne rapprochent. Alors quand un papi de 93 ans donne un coup de pantoufle dans la fourmilière, a priori, il ne se passe pas grand-chose… Sauf que là, les fourmis sont sorties et le papi paraît soudain cinquante ans de moins.

Les deux derniers livres de Stéphane Hessel [1] ont connu un succès retentissant. Des millions de lecteurs en Europe et aux Etats-Unis. Et bientôt beaucoup d’autres en Chine, en Corée et au Brésil. Difficile à comprendre. Cumulés, les ouvrages d’Hessel ne dépassent pas les 130 pages. Et encore, c’est écrit en gros caractère ! Mais si les citoyens du monde se sont retrouvés dans les écrits du diplomate français, c’est sans doute que son message est universel. Hessel nous dit en fait trois choses simples : 1. L’état du monde est inacceptable. 2. Nous avons le pouvoir de changer le monde 3. Ce changement passera par une insurrection pacifique. Tout est dit. Reste à déterminer le chemin. Hessel pose des jalons (le programme du Conseil National de la Résistance et la Déclaration universelle des Droits de l’Homme qu’il a corédigés… il y a soixante-cinq ans) et prône un bouleversement dans nos valeurs (solidarité et équité) et notre état d’esprit (espoir et optimisme).

Lire Hessel aujourd’hui, à quelques mois du rendez-vous présidentiel, c’est aussi – tacitement – faire le bilan du mandat du Président Sarkozy à la tête de l’Etat. Car au fil des lignes, on s’aperçoit que la société qu’Hessel appelle de ses vœux est aux antipodes de celle qu’a échafaudée le petit Nicolas. L’ancien ambassadeur nous parle de la Sécurité Sociale comme les résistants la définissaient en 1945 (« un plan complet [qui visait] à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail »). Il nous parle des retraites (« permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours »), de l’organisation de l’économie (« assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général »), de la liberté de la presse (« et son indépendance à l’égard de l’Etat [et] des puissances de l’argent […]). Il dénonce la traque aux Roms, aux sans-papiers et aux immigrés. Il condamne la très inégale répartition des revenus, la négation des Droits de l’Homme, la détérioration de notre environnement… Bref, les écrits d’Hessel sont aussi des manifestes d’indignation à l’encontre de la politique mise en place par Sarkozy et son oligarchie depuis 2007.

Avec ses livres, Stéphane Hessel a donc réveillé nos consciences. Du haut de ses 93 ans, il nous rappelle que l’indifférence à autrui fait vieillir prématurément. Comme d’autres de sa génération (Albert Jacquard, Edgard Morin, Robert Badinter…), il s’inscrit dans la lignée des sages humanistes et combattants pour un monde meilleur. Hessel le prouve encore une fois : il est un phare, un guide, une lumière. Il dit dans un sourire qu’il lui reste deux ou trois ans à profiter de la vie avant de s’éteindre définitivement. Pour une fois, il se trompe : les étoiles ne s’éteignent jamais.

Samuel Duhamel

[1] Indignez-vous, Indigène éditions, collection « Ceux qui marchent contre le vent », 2010, 32 pages, 3 euros et Engagez-vous, entretiens avec Gilles Vanderpooten, éditions de l’aube, 2011, 99 pages, 7 euros

Documents joints à cet article

Bougez-vous ! Bougez-vous !
par Samuel Duhamel (son site) mercredi 8 juin 2011 - 36 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Bovinus (xxx.xxx.xxx.65) 8 juin 2011 12:08
    Bovinus

    Georges Bernanos, un autre résistant que vous ne connaissez probablement pas, avait écrit ceci dans un de ses livres :

    "L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches et des imbéciles".

    J’ai lu quelques-uns de vos commentaires, ils sont tous plus odieux les uns que les autres. Vous avez manifestement quelque chose contre ceux qui rejettent le monde tel qu’il est aujourd’hui et essayent d’en imaginer un autre. Vous avez le droit d’être désespéré et de vouloir absolument crever à tout prix sur le bord de la route, mais pourquoi vous acharner à en appeler d’autres à en faire autant ? Vous ne pouvez vous résoudre à crever seul, c’est cela ?

    Ne vous inquiétez pas : les patrons, les banquiers, les médiacrates, les ploutocrates, les parasites intellectuels et les larbins de toute cette racaille sont condamnés à brève échéance. Vous aurez bientôt de la compagnie.

  • Par jako (xxx.xxx.xxx.172) 8 juin 2011 10:27
    jako

    Un très beau et grand Messieur.
    Il n’y a qu’à entendre les attaques dont il est victime pour comprendre qu’il dérange pas mal de monde et aussi les merdias.
    Ces derniers temps plusieurs anciens lancent des cris d’alarme, dont de grands scientifiques comem Hubert Rives et même Michel Serre
    Merci de votre article

  • Par Bovinus (xxx.xxx.xxx.65) 8 juin 2011 17:34
    Bovinus

    Bulgroz :
    Mais, si vous insistez je peux vous dire ce par quoi je suis indigné.

    Oui, aux antipodes, comme l’absolu majorité de mes concitoyens.

    J’aimerais le savoir. Surtout si c’est partagé par l’absolue majorité de vos (nos ?) concitoyens.

  • Par Bovinus (xxx.xxx.xxx.65) 8 juin 2011 18:26
    Bovinus

    Vous n’avez pas tort sur le constat, mais votre analyse est partielle. En effet, beaucoup de "jeunes" (pas tous, loin de là), mais un certain contingent, ont "tout". Ils ont peut-être dû se contenter d’une Peugeot au lieu d’une Mini Cooper et n’ont peut-être pas le tout dernier I-Phone, mais matériellement, ils ne sont pas à plaindre.

    On ne naît pas "gros nul" ou "blanc bec". C’est l’éducation et le milieu familial qui nous rendent tels ; les mécanismes de reproduction socio-économique fonctionnent merveilleusement bien, et ceux dont les parents sont en état de leur assurer une vie confortable en font des handicapés en voulant faire leur bien. Ceux-là, ces jeunes-là ne savent pas s’indigner naturellement, comme vous le dites. Ils n’ont aucune raison pour cela.

    Notez que la définition du "jeune" est devenue très extensive, à force de véhiculer le "jeunisme" par les médias et toute une branche de produits, on se retrouve avec des "jeunes" de quarante balais, mais qui dans leur tête en ont tout juste quinze, lisent des BD et jouent à World of Warcraft. Pourtant, ce "tout" matériel, l’abondance des produits, le confort de vie, et la sécurité qui va avec, ne sont en vérité pas grand-chose. Il leur manque l’essentiel : des rêves, un avenir, une tâche à accomplir.

    C’est cela qui les inquiète. Et, quelque part, ça commence à les indigner. À force de ne pas savoir à quoi s’occuper, les plus curieux et les plus doués finissent par chercher à comprendre ce qui se passe autour, à se rendre utiles, à vouloir travailler dans une ONG ou dans "l’humanitaire". À force de fouiller, de découvrir, de chercher, certains commencent à apercevoir les dessous de toute cette mascarade, se rendent compte qu’ils sont sous perfusion depuis le berceau et qu’on leur injecte de la drogue dans le crâne. Certains en reprennent bien vite une bonne dose, et s’en retournent à leur apathie béate ; d’autres, néanmoins, débranchent la machine à droguer. Le choc est rude.

    Car, en effet, quand on tombe dans l’indignation trop tôt, on finit par ne même plus y être sensible. On développe naturellement une forme d’apathie volontaire, qui protège la santé mentale en endormant la conscience. C’est une forme d’aliénation, qui fait des pauvres, des petits, des humbles de parfaits esclaves dont les puissants peuvent faire quasiment ce qu’ils veulent, car ils sont maîtres de leur survie.

    Quand on commence à y voir à peu près clair, pourtant, résister au monde actuel, le rejeter et le combattre, apparaît comme une tâche à accomplir tout à fait essentielle ; on se met alors à rêver à un monde meilleur, et on commence à se construire un éventuel avenir, très hypothétique et très incertain, mais un avenir quand même. C’est aujourd’hui le prix de l’essentiel ; en comparaison, le confort matériel, quelques dérisoires gadgets technologiques, apparaissent d’autant plus inutiles. Pour certains, pour beaucoup, peut-être, l’indignation, même un peu forcée et enseignée par procuration par papy Hessel, pourrait être le déclic indispensable.

    Rien que pour cela, son œuvre est utile et respectable.

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