Faire campagne pour une élection présidentielle, on commence à s'en rendre compte, c'est prendre part au plus ancien des cousins de la télé-réalité. En effet, on observe, on écoute, on rit, on condamne, et sur la base de ce que nous ressentons vis à vis des idées mais aussi (et surtout) de la personnalité du candidat, nous choisissons un vainqueur. (A ceux qui ont participé au débat précédent : non, moi je ne choisis pas.) Mais ce sont les mots qui font la campagne, pas les idées. Ce sont les styles vestimentaires qui font la campagne, pas la bravoure. Ce sont les subterfuges qui font le politique, pas les Hommes.
"Paroles, paroles, paroles..." chantons en coeur cette modeste ritournelle en virevoltant gaiement. J'implore un deejay créatif de nous pondre un mix moderne, entrainant, sur la base de ce carton de Dalida qu'il mêlerait à de multiples samples de nos plus grands politiques nous envoyant avec fraicheur des "Oligarchie", "Caste", "Pouvoir d'achat", "Démocratie participative"...
De temps à autres, la passionnante émission "Deshabillons-les" de LCP évoque ces mots, ces choix de langage, de termes, ces mêmes ritournelles qui font à la conscience politique ce que les majors de l'industrie musicale font à la conscience culturelle. A l'aide de marketing des mots, de "mise en image", de mise en scène aussi et de séduction de la masse, on peut faire passer n'importe quoi. Le contenu n'a que peu d'importance, après tout, pour Nöel, je tenterai moi aussi de trouver le papier cadeau original, flamboyant, et pourtant d'avance je sais que je vais perdre patience en essayant de plier ce papier devenu plastique ; joli, séduisant, mais redoutablement peu pratique.
Même le plus indifférent à la vie politique comprend que ce que dit le politique il l'a reçu d'un conseiller en communication ingénieux, ou pas. Jacques Chirac avait ses pommes, Ségolène Royale sa démocratie participative, Arlette Laguiller ses travailleurs travailleuses, Sarkozy son karcher et son pouvoir d'achat, Martine Aubry semble tenir à ses "camarades" et au sommet de cette montagne de com' mal alambiquée, répétitive et bourre-moi-le-mou, Marine Le Pen nous sert toujours plus de rab en "Caste" ou "Oligarchie".
C'est vrai qu'elle en a mangé de l'argument en carton et de la répétition lorsqu'il s'agissait de la descendre, elle et son parti "Anti-Républicain". Nous sommes à l'ère de la communication, c'est vrai. Et peut-on reprocher aux politiques de jouer avec les mots ? Après tout, la talent d'orateur est l'un de ceux qui prime dans une carrière politique, les conseillers eux s'occupent de la pratique, de l'expertise...Mais ce talent serait-il en pleine perdition ?
Même dans l'exercice de leur fonction, les élus, les opposants, tous semblent munis d'un bouton replay, oui tous ils nous rabachent les mêmes choses à longueur de temps et finissent par dénaturer le sens premier des mots, en inventant parfois (oui, célèbre est devenue la bravitude...). Et cela dénature surtout le sens de leur engagement. S'ils cherchent à réunir, à rassembler, à comprendre une population, pourquoi jouer sur le cerveau avec ce martellement d'essence commerciale au bon goût de platitude ? (Celui-ci existe).
Alors comme beaucoup d'entre nous, je lance un appel inutile, aux politiques qui ne nous écoutent pas et qui mènent leur difficiles vies de classe sup' encanaillée : s'il vous plait, parlez-nous franchement de ce que nous vivons. Le manque de vocabulaire dont ils font preuve est consternant. Le pire, c'est qu'en discutant avec une personne que vous ne connaissez pas, vous pouvez déterminer la nature de son engagement ou de ses convictions politiques...il est devenu tellement aisé de reconnaître un sympathisant FN, UMP, ou PS qu'on se demande presque si à la manière d'une entreprise pyramidale, (ACN,Tupperware...) l'électeur potentiel ne devient pas VRP du parti, sans même s'en rendre compte, sans même l'avoir voulu : il devient l'instrument du parti et la propragande un sport.
Simple constat donc, simple expression d'un phénomène qui s'amplifie et qui malheureusement le fait très tôt dans cette campagne, on peut donc supposer que d'ici quelques mois, nous croisons beaucoup de prêcheurs au langage creux, aux idées absentes et surtout à l'abnégation politique des plus alarmantes. Au final on crache beaucoup sur les médias, car ils jouent cette même partition, "paroles,paroles,paroles", se renvoient des patates chaudes quand l'actualité sent la "médiacratie" (encore un qui va prendre quelques points) à outrance, qui en quelques années ont copié le modèle américain de l'information pour au final vous amuser avec DSK et sa porte bloquée, vous mettre à la une un voleur de melons (vous n'imaginez pas le nombre de produits que récupèrent les équipiers de Mac Donald's) comme si ce phénomène était inédit, comme si nous n'étions voleurs que lorsque cela pourrait influer sur l'humeur de nos voisins...tout devient spectacle, tout est mise en scène ; tout est marketing et dans cette foule de mots qui ne sont que les dessous chics de la bourgeoise à cul sérré qu'est la politique, il n'en restera qu'un : votez.
Tout ca pour ca...

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