Les français et leur télévision : C'est une relation de haine/amour qui dure. Les français ont toujours râlé, ronchonné, à cause de ce que l'étrange lucarne leur fait voir. Les courriers de téléspectateurs mécontents ou obséquieux ont afflué vers les chaînes de télévision depuis la création de la télévision en France, pour raisons diverses et variées, généralement les épistoliers étaient modestes et ne signaient pas leur missive surtout quand celle-ci était haineuse ou injurieuse, la délation épistolaire est semble-t-il un des sports national parmi les plus pratiqués depuis les années 1940 dans notre beau pays.
image tirée de l'affiche du film "Poltergeist" ci-dessous prise ici
Bien sûr, plutôt que de se plaindre de la télévision, et de se mettre en colère à cause de ce que l'on y voit, il y avait une solution très simple consistant à tourner le bouton, éteindre son récepteur, et prendre un livre, s'amuser avec ses enfants, s'occuper d'eux plutôt que de les confier à la « nourrice cathodique », qui est la plus prospère des nourrices en France ;
Maintenant, il y a même des émissions de télévision qui parlent de la télévision et qui prétendent donner la parole aux téléspectateurs dans une mise en abyme et en abîmes (de vacuité) du système spectaculaire et marchand français.
Quand on fait un sondage en France sur ce que les français regardent à la télévision, la plupart affirment sans scrupules trouver que Arte et les chaînes culturelles en général sont les plus intéressantes. Bien sûr, il suffit de comparer ces pourcentages avec les taux d'audience moyens de la chaîne franco-allemande, au même niveau que la mire, pour comprendre que les sondés sont toujours un rien hypocrites, sauf quand le sondage est virtuel et le sondé anonyme.
Même dans ce cas, le sondé fait des reproches manquant de franchise quant à ce qu'il regarde, voir la question 10 de ce sondage très intéressant, et effrayant quand on voit le nombre d'heures passées devant la télévision en France.
Car les chaînes les plus regardées sont celles qui pratiquent le plus de racolage : séries américaines violentes, sordides et trash séries françaises dégoulinantes de bons sentiments, et du consensus gentillet et vaguement humanitariste de l'époque (« tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » dans le petit monde du consumérisme), magasines de reportages flattant la confrérie des « serreurs de fesses affolés » dans leurs peurs (le serreur de fesses effarés laissera le pauvre type ou la pauvre fille qu'il voit se faire agresser dans la rue se faire agresser, mais cela ne l'empêche pas de râler ensuite devant son écran, ce qui lui évite de se poser des questions sur sa propre lâcheté), ou leur voyeurisme sordide avec alibi moral (on prétend dénoncer la prostitution pour mieux se rincer l'œil), ou le commérage confondu avec journalisme, n'importe quel imbécile pouvant espérer son quart d'heure de célébrité, même si complètement banal.
Les moyens techniques modernes ont permis au commérage de s'étendre encore un peu plus rapidement qu'avant, il n'y a plus besoin de concierges, réputées ragoteuses, puisque tout un chacun « grâce » son ordinateur ou son « smartphone » peut le devenir et propager des bruits qui courent de plus en plus vite sur tel ou tel sans que personne, la plupart du temps, ne songe à vérifier ces bruits de couloir nauséabond ou de corridor puant.
Cela n'a guère changé depuis Desproges qui en disait ceci dans « les Chroniques de la Haine ordinaire » :
« Elle est sale, elle est glauque et grise, insidieuse et sournoise, d'autant plus meurtrière qu'elle est impalpable.
On ne peut pas l'étrangler.
Elle glisse entre les doigts comme la muqueuse immonde autour de l'anguille morte. Elle sent. Elle pue. Elle souille. C'est la rumeur. Répondez-moi franchement : Est-ce que, oui ou non, j'ai l'air contagieux ? »
Les français affirment, en privé, au travail, sur Internet, détester les « zoos humains » modernes appelés à tort « téléréalité » mais ces émissions sont parmi les plus regardées, le spectateur s'esbaudissant maintenant de sa propre médiocrité, de sa banalité et des platitudes que les participants de ces shows sortent au kilomètre, des platitudes souvent entrés dans le langage courant comme « C'est clair » au moment du premier « Loft story », ou « c'est que du bonheur » ou les superlatifs utilisés n'importe comment, tout devenant « trop » depuis « Star Academy » ou une « aventure » (à lire à ce lien ce sondage qui fait le lien entre les taux d'audience et l'opinion des sondés sur la télé réalité).
Quant aux émissions culturelles, elles sont de toutes façons biaisée et tout comme la télé réalité elles réduisent les individus à l'archétype, privilégiant le « bon client » au détriment de la qualité d'intervention, du style ou du fond (surtout pas de fond !..), « Marianne » dans un article de son numéro d'il y a quinze jours décrivait par le menu le cas des émissions littéraires dans lesquelles le livre de l'invité compte beaucoup moins que le sujet qu'il aborde, ses obsessions médiatiques, son personnage, celui qu'il sert au public.
image tirée de "Vidéodrome" de David Cronenberg prise ici
Le « bon client » est un emmerdeur qui fait le buzz en assurant le spectacle, qui engueule le public (qui le hue alors, ce qui fait partie du jeu) ou le caresse dans le sens du poil (et là le public fait « wo oh oh-oh »). Il y a ainsi des « bons clients » quasiment professionnels, le public se fiche complètement au fond du livre qu'ils ont écrit, le public l'achètera, et encore ce n'est pas toujours vrai, du film qu'ils ont tourné, que le public ira voir ou pas.
C'est comme un casting, et c'est encore mieux si le « bon client » est télé-hygiénique ou qu'au moins il a « une gueule » bien reconnaissable. Chacun a son emploi : la pauvre petite fille riche et névrosée, fille à PapaMaman le plus souvent, qui l'ont pistonné pour trouver qui un éditeur, ou pour qu'elle se fasse inviter un peu partout, qui écrit un livre sur son Œdipe mal vécu ou ses problèmes graves de mondaine trop gâtée, le « réac » de service, un « must » en ce moment, il va de pair avec l'anticapitaliste « indigné » de service, qui est le « réac » de gauche en somme, le « spécialiste en tout » que l'on interroge aussi bien sur la culture des poireaux en Basse-Bretagne que sur le dernier livre de BHL, le philosophe « discount ».
Il n'y a qu'une conclusion logique, il ne s'agit pas de ne pas regarder du tout la télévision mais d'apprendre à sélectionner et devenir un spectateur enfin actif, et non une « patate de canapé », de se remettre pourquoi pas à lire...

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je ne regarde que les bons films de l’âge d’or du cinéma qui passent sur les (...)
22/01 13:52 - kitamissaDés qu’il y a possibilité de réception, il y a redevance...
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