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Cancer, de scandale en scandale

Il y a une semaine, j’ai appris que l’une de mes meilleures amies était morte, Geneviève. Depuis six mois environ, je vivais au rythme des bilans que me livrait son mari, lui aussi, l’un de mes grands amis. Le décès de Geneviève est la suite d’une longue liste. Trop longue. Qui me fait dire que malgré ce que disent médecins ou hommes politiques, contre le cancer, aucun progrès sérieux n’a été fait depuis dix ou quinze ans. Ou alors, s’il y a effectivement progrès pour certains cancers, le nombre de cas est lui en évolution exponentielle.

Je ne peux m’empêcher de vous dire un mot de Geneviève qui vient de disparaître. Un mot bien faible et impuissant pour évoquer cette personne exceptionnelle qui savait comme personne ce qu’amour veut dire. Enseignante, analysée par un disciple de Françoise Dolto, puis conseillère conjugale, elle était au fait de la psychologie certes, mais aussi de l’humanisme, le plus élevé qui soit. Un genre d’ami charismatique à qui on pouvait toujours se confier. Elle et son mari, Jo, avaient une maison à la campagne. On était toujours les bienvenus. Moi qui suis un affreux sauvage solitaire, je me suis toujours demandé comment elle pouvait ainsi sourire de si bon cœur, même lorsque je venais à l’improviste. Quand je plantais ma tente en été, par un don de divination connu d’elle seule, elle se réveillait tôt et m’apportait le petit déjeuner. Quand j’arrivais l’hiver, la cheminée était prête, n’ayant plus besoin que d’une étincelle.

Mutisme médical

Quand Jo, son mari, me racontait ses rapports avec les médecins qui soignaient son épouse, cela me rappelait étrangement tout ce que j’avais pu vivre par ailleurs. En 1964, mon père est décédé probablement d’un cancer du poumon. Je dis « probablement » car le mot n’a jamais été prononcé. A l’époque il n’y avait guère de traitement. Cela dit, la mort de mon père ne résulte pas de son cancer (probable) mais d’un examen non approprié dans son état. Une bronchoscopie qui l’a fait s’étouffer dans les bras du toubib. Evidemment, personne n’a rien dit à ma mère, mis à part que de toute façon « mon père était perdu ». Perdu pour qui ? Pour la réussite de la médecine, sans aucun doute !

Lymphome : « On va le soigner, ne vous inquiétez pas »

En 1994, rebelote. Cette fois-ci, c’est la mère de ma femme qui fut atteinte d’un lymphome. Pour la petite histoire, ma belle-mère, Marie, était employée au Commissariat de l’énergie atomique (CEA) dont le siège est à Saclay. A ce titre, elle accompagna les essais nucléaires français des années soixante, dans le désert saharien. Evidemment, aucune précaution n’était prise. Le fait qu’elle ait un lymphome trente ans plus tard, un cancer très lié au nucléaire, n’est sans doute pas un hasard. Mais la « grande muette » n’avouera sans doute jamais rien. Pour ceux que cela intéresse, il y une association qui s’est constituée des vétérans des essais nucléaires français et qui recense des centaines de cas douteux. Quand le cancer de ma belle-mère s’est déclaré, j’ai évidemment pioché mes encyclopédies (le Net n’existait pas à l’époque) et j’ai immédiatement compris qu’il s’agissait de l’un des cancers les plus graves. Cependant, soignée à l’Institut Roussy, de Villejuif, les informations que nous avaient livrées les médecins étaient des plus rassurantes : le stade de la maladie était très peu avancé, les cellules en cause n’étaient pas très malignes, je vous passe les détails scientifiques. Le médecin m’a même affirmé qu’elle pourrait reprendre rapidement une activité professionnelle.

En fait, aucun traitement n’a fonctionné.

Non seulement cela, mais nous avons appris par la suite qu’on lui avait fait subir des traitements lourds, comme une greffe de moelle osseuse, qui n’avait plus aucune raison d’être, si ce n’est l’acharnement médical. Quand elle est morte, au bout d’un an de douleur, de non-dit, d’erreurs en tous genres, j’ai écrit au directeur même de l’Institut G. Roussy. Ce dernier a alors reçu mon épouse et lui a dit, texto : « De toute ma carrière, je n’ai jamais reçu une lettre aussi dure, aussi vraie, et aussi bien écrite... »

Le scandale Chirac

Quand il fut réélu dans les conditions que l’on sait, J. Chirac annonça parmi ses grandes priorités un plan de lutte contre le cancer. Evidemment, c’est plus consensuel que de réformer l’assurance-maladie ! Dans la foulée, il a créé l’Institut national du cancer (Inca). Or, son président, David Khayat, est devenu rapidement insupportable pour le personnel de l’institut, accusé de favoriser l’entrisme de ses amis, sans parler des conditions financières mirobolantes qui rappellent le scandale de l’Arc et de son faux médecin président en blouse blanche, Jacques Crozemarie. Bref, le professeur Khayat n’a eu d’autre choix que de démissionner de ses fonctions cet été...

Et en attendant, le cancer se porte bien, merci pour lui. Le Journal du dimanche du week-dernier annonçait que le dernier rapport de l’Institut national de veille sanitaire (INVS) a calculé une augmentation de 60 % de cancers entre 1980 et 2000 ! Comme l’a expliqué un autre rédacteur d’AgoraVox, de nombreuses substances chimiques sont maintenant suspectées. Et qu’on arrête de nous parler de l’allongement de la vie pour expliquer cette inflation : les cancers des enfants n’ont jamais été aussi nombreux. Il est vrai, à la décharge du monde médical, qu’ils sont également mieux soignés. Maigre consolation. On note également que les cancers du poumon sans facteur de risque (tabac passif ou actif, amiante) est aussi en très forte augmentation et atteindraient les 30 %.

La vérité, c’est que nous avons un monde médical tout puissant et sclérosé par sa toute-puissance. Jamais aucune recherche ne peut être faite sur une quelconque médecine différente, comme, par exemple, les traitements du professeur Beljanski, ni sur les peuples qui, assez miraculeusement, ont des taux de cancers beaucoup moins élevés qu’en Occident. Mon amie Geneviève croyait dans les autres, aussi faisait-elle confiance à la médecine. Jusqu’à son dernier soupir. Je voudrais qu’elle ne soit pas morte pour rien.

par Le Hérisson lundi 18 décembre 2006 - 50 réactions
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  • Par Angus (xxx.xxx.xxx.78) 18 décembre 2006 14:20

    @L’auteur,

    Je suis désolé pour votre amie disparue, pour son mari qui a du passer par toutes sortes d’affres (surtout si le corps médical l’a entortillé dans des explications à la Purgon !). Quelle cruauté parfois ...

    Par rapport aux circuits médicaux les plus courants, je trouve que les spécialistes de l’IGR sont plutot plus compétents que les autres. En ce qui me concerne, je supporte un cancer inopérable mais officiellement peu agressif.

    Avant j’ai subi une chimio d’enfer sur trois mois (je confirme : c’est une descente aux enfers, ou de temps en temps le malade survit, pas toujours libérés de ses maux). Et puis le plus éprouvant, c’est de tenter de lire dans les yeux des autres si vous allez vous en sortir ou pas, c’est de recommencer à vivre normalement en étant shooté à l’EPO, d’avoir peur d’attraper un rhume par ce que vous n’avez plus de défenses, de vous lever tout seul de votre fauteuil ...

    J’ai subi aussi une opération pour rien où j’ai bien failli y rester si le chirurgien n’avait pas eu un doute de dernière minute (alors que j’étais ouvert sur le billard !).

    Lutter contre son cancer ou celui des autres est une bataille inégale et injuste. des fois on s’en sort, d’autres pas, et la médecine sait rarement vous dire pourquoi.

    Dans quelques années, grâce aux progrès de la génétique, il paraît qu’on pourra soigner les cancers à partir de leur signature, et non plus en irradiant ou empoisonnant le malade. Mais ça c’est pour dans dix ans sans doute ... d’ici là, il est à craindre que nombre de nos amis ou proches disparaissent faute de soins efficaces.

    Voilà. C’était un témoignage "vu de l’intérieur". J’ai juste eu plus de chance que votre amie. Amitiés.

  • Par bb (xxx.xxx.xxx.117) 18 décembre 2006 12:46

    Très bel article et plein de compassion pour les gens qui souffrent. En effet on peut raisonnablement se demander ce qui se passe dans la recherche pour stagner autant sur une maladie qui reçoit la plupart des crédits officieux et officiels. Pas une semaine sans que les médias annoncent : une nouvelle arme contre le cancer,mais qu’en est il dans la réalité sinon que ce sont toujours les même traitements que les malades prennent. J’ai une belle soeur dans la recherche contre le cancer et souvent je lui pose la question sur la non ouverture de nouveaux protocoles de recherches ainsi que sur l’essai de nouveaux traitements,la réponse est toujours la même:Le mandarin. Il est insensé que dans nos pays ce soit toujours les recherches conventionnelles qui priment:il faut empoisonner le patient dans l’espoir que les cellules cancereuses meurent avant le patient, en gros voila le principe et ca rappelle pas mal le type de recherche sur les infections avant que les antibiotiques ne soient découverts. En attendant beaucoup de gens souffrent et meurent dans des conditions invraisemblables. Oui vous avez raison de parler même si vous allez voir assez vite arriver le corporatisme médical contre ce que vous avez dit,mais sachez que vous avez raison et que je ne peux que vous appuyer bb

  • Par Emile Red (xxx.xxx.xxx.8) 18 décembre 2006 13:33
    Emile Red

    Joli article qui démontre les schléroses de la société dominée par le sacro-saint argent et les passe-droit.

    Le scandale de la recherche est d’autant plus grand en cette période où l’on voit des campagnes publicitaires contre tabac ou alcool qui coutent des millions alors que cette recherche, la vraie crève du manque cruel de fond.

    L’argent existe mais il est saupoudré aux vents des désideratas de ministres et hauts fonctionnaires, aujourd’hui, les deux maladies les plus mortelles en France ne représentent qu’une part infime des fonds aloués à la recherche, au profit de la recherche industrielle scandaleusement onéreuse.

    Cancéreux et alzheimer n’ont aucune chance d’avenir alors qu’ils représentent environ 1,5 à 2 % de la population, soit près de 10 millions d’habitants, quoi des milliards dépensés pour la future pseudo-canicule qui n’arrivera peut-être jamais...et de la grippe aviaire...

  • Par cumulus (xxx.xxx.xxx.119) 18 décembre 2006 14:53

    C’est peut être parce que nous avons eu plus de chance mais je trouve les soins en France de très bonne qualité avec en plus une prise en charge de l’accessoire (psychologie, esthétique ...).

    En effet, ma femme est en rémission complète depuis 3 mois, alors qu’on s’attendait au pire.

    Tout au long de la prise en charge (plus d’un an avec différentes opérations), on a été surpris de la qualité des soins et de l’équipe médicale (médecins, infirmières) même si c’est souvent une ambiance dure pour le moral et que les effets des médicaments sont difficiles à supporter.

    Mais dans tous les cas, c’est vrai que cette maladie est une vraie saloperie.

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