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Ce que vous n’avez pas pu entendre

Vous avez été nombreux à m’écrire pour commenter mon intervention dans Thema, et je tiens à vous en remercier bien vivement (vidéo en fin d’article).

Ce qui revient sous votre plume, c’est votre sentiment que mes propos semblaient parfois incomplets ou tronqués. Vos impressions sont pleinement fondées. L’enregistrement ayant été beaucoup plus long que le format de l’émission, plusieurs de mes interventions ont dû être supprimées. C’est le jeu, et je me plie à ses règles. Il est déjà extraordinaire, après tant d’années de traversée du désert, de rencontrer des journalistes qui me tendent ainsi la main.

Ce qu’il m’apparaît toutefois important de restituer, c’est le fait que mon champ d’analyse était beaucoup plus large que celui auquel vous avez pu avoir accès :

  • J’ai fait mention du remarquable travail d’étude qu’Élisabeth Badinter avait consigné dans « XY- l’identité masculine », qui mettait bien en évidence le caractère universel et intemporel de la misogynie. D’ailleurs, dans le reportage qu’Arte finira par diffuser, j’en suis convaincue, la réalisatrice a suivi les pas d’un jeune Okito, dont la maman s’appelle Nicole et dont la sœur Andréa est placée sous haute surveillance comme le sont les filles d’origine maghrébine. Les propos que tient ce jeune homme sont d’ailleurs en tous points semblables à ceux des autres jeunes du reportage.
  • J’ai cité le sort qui était réservé aux veuves indiennes au sein de leur société. Jusque très récemment, elles étaient poussées au suicide sur le bûcher de leur défunt époux. Aujourd’hui, nombre d’entre elles sont chassées de leur familles et errent dans les rues. Les plus jeunes n’ont souvent pas d’autre choix que de se prostituer pour pouvoir manger. C’est un sujet qui est rarement mentionné lorsque l’on évoque la puissance émergente que constitue l’Inde, que beaucoup regardent avec envie !
  • J’ai également évoqué le retour en force de l’obligation morale de virginité avant le mariage chez les jeunes aux États-Unis d’Amérique. Eh oui, et pourtant ce ne sont pas des musulmans…
  • J’ai évoqué la nécessité absolue que les féministes françaises réinvestissent le sujet. Je développerai ce point à l’occasion d’un autre billet.

Voilà quelques-uns des éléments que j’ai exposés lors de ce débat et que vous n’avez pas pu entendre. J’ai demandé à Arte s’il était possible de placer l’intégralité du débat sur le site Internet de la chaîne, afin que vous puissiez accéder à l’ensemble de mes propos. J’espère que cela pourra être fait.

Ceux qui m’accompagnent depuis le début et qui ne s’inscrivent pas dans une logique d’instrumentalisation du sujet de l’immigration-insertion-intégration ont déjà compris mon positionnement. Les quelques lignes qui suivent sont donc destinées à tous ceux qui nous rejoignent aujourd’hui :

Je suis née dans la culture française et n’ai commencé à découvrir la culture arabo-musulmane qu’à partir de l’âge de 10 ans, lorsque mes parents sont partis s’établir dans leur pays afin de vivre en accord avec leur propre culture. Mes parents ont en effet toujours été profondément honnêtes avec eux-mêmes et avec les autres. Très jeune, j’ai de mon côté compris que ma place n’était pas là-bas. Je m’y sentais étrangère. J’ai très vite nourri le projet de revenir vivre parmi les miens, les Français. Si je comprends ce que peuvent ressentir les étrangers sur le territoire français, je ne comprends pas, et n’admets pas non plus, que l’État ait pu accepter que les principes de la République, noyau de l’identité française, soient bafoués, allant jusqu’à faire perdre des territoires entiers à la France. Comme l’a très justement exprimé Daniel Leconte, producteur du reportage « la cité des mâles » pour Arte, « Il y avait des zones de non-droit où les policiers ne pénétraient pas, il y a maintenant des zones où l’information ne pénètre pas  ».

Je n’établis pas de hiérarchie entre les cultures mais considère, comme je l’ai dit sur le plateau, que chaque peuple doit être respecté sur son territoire. La France a commis l’erreur de coloniser l’Algérie. Elle en a été expulsée. Aujourd’hui c’est le peuple français, et plus généralement les peuples européens, qui sont dépossédés de leur propre destin, par leur propre classe politique, leurs médias et leurs intellectuels. Si je me sens pleinement concernée par le combat de la réconciliation des Français avec eux-mêmes, leur histoire, leur culture, leurs fondamentaux, je ne me sens pas concernée par le combat pour faire évoluer la culture arabo-islamique. L’Histoire nous montre que les évolutions, si elles se produisent, sont très longues et surgissent toujours de l’intérieur.

Je considère par ailleurs que la société française a commis la lourde erreur de se laisser entraîner dans une histoire qui ne la concernait pas. C’est ce qui a permis à l’idéologie des accommodements dits « raisonnables » de planter ses crocs dans la nuque de notre société. Les citoyens français doivent se concentrer de nouveau sur l’obligation du respect inconditionnel, sur leur territoire, des principes et valeurs qui fondent leur identité, et qui font du peuple français un peuple un et indivisible.

 

 
 
NDLR : Arte a annoncé vendredi que « la Cité du mâle », dont la diffusion prévue mardi dernier avait été annulée à la dernière minute à cause de menaces de mort, sera bien programmé, après quelques modifications. La nouvelle date de diffusion doit être annoncée la semaine prochaine. La chaîne envisage notamment de flouter des visages et d’édulcorer certains témoignages. (source : Le Parisien)
par Malika Sorel (son site) samedi 4 septembre 2010 - 31 réactions
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  • Par Emile Mourey (xxx.xxx.xxx.186) 4 septembre 2010 14:07
    Emile Mourey

    @ Malika Sorel

    Bonjour

    Je ne pense pas qu’on puisse dire que le France a été expulsée d’Algérie. Nous l’avons quittée car la majorité d’entre nous, dont je suis, avons compris qu’une coopération entre nos deux peuples était impossible tant la culture traditionnelle musulmane, religion et coutumes - que je respecte - était néanmoins incompatible avec le stade d’évolution de notre civilisation occidentale qui, comme l’a montré Marcel Gauchet dont vous connaissez la pensée, s’est dégagée de l’emprise de la religion.

    Vous avez tout à fait raison de mettre en exergue la responsabilité de nos hommes politiques.

    Nos hommes politiques nous ont effrontément menti. Historiquement, la France n’a jamais été la terre d’asile et d’immigration qu’ils prétendent. Il suffit de compulser les archives d’état civil et les registres paroissiaux qui les ont précédées pour se rendre compte que la présence d’étrangers y est faible. La conséquence est qu’ils ont sous estimé le problème que pouvait poser une immigration importante et qu’ils n’ont pas prévu l’effort d’intégration qui se justifiait.

    Notre histoire donne pourtant des exemples réussis d’intégration. Il serait trop long de les énumérer mais force est de constater que c’est par le rapprochement culturel que cela s’est fait. Aujourd’hui, ce rapprochement est encore possible à condition qu’on accepte la sortie de la religion préconisée par Marcel Gauchet, ainsi que l’abandon des coutumes anciennes qui ne sont plus en phase avec notre temps.

    Cela ne veut pas dire qu’il faille se lancer dans une polémique historique stérile de dénigrement. L’histoire des origines de l’islam comme celle du christianisme peut s’expliquer, et même se comprendre, à condition de les replacer dans le cadre de leur époque. Chacun citoyen, quelque soit son origine, a droit au respect de la culture de ses ancêtres.

    Il n’en reste pas moins qu’il faut accepter de prendre de la distance avec ces époques reculées.

  • Par FRIDA (xxx.xxx.xxx.131) 4 septembre 2010 02:56
    FRIDA

    On ne peut qu’être globalement d’accord avec vos remarques.

    Vous dites « La France a commis l’erreur de coloniser l’Algérie. Elle en a été expulsée. Aujourd’hui c’est le peuple français, et plus généralement les peuples européens, qui sont dépossédés de leur propre destin, par leur propre classe politique, leurs médias et leurs intellectuels ».

    Donc, le problème ne vient pas des gens venus d’ailleurs, mais d’une politique et une idéologie qui font que le communautarisme présente non seulement un moyen de division, mais aussi d’affaiblissement de l’Etat. Les gens s’adaptent et ne cherchent pas à créer des problèmes dans terres d’accueil. Mais c’est la politique cherchant à vouloir pousser chaque groupe à ne voir comme horizon que son petit groupe d’appartenance, et surtout une appartenance qui se définit par opposition à l’autre.

    Par conséquent, une probabilité de conflits plus ou moins ouverts. Comment, peut-on s’adresser à des autorités religieuses qui doivent expliquer aux jeunes et aux moins jeunes ce que dit la religion, ce qu’elle autorise ou interdit lors de problèmes liés à des infractions à la loi ? Mais rares sont ceux qui vont dire la loi et rien que la loi. C’est agaçant de toujours vouloir montrer que les religions ne sont pas nuisibles, on s’en moque. Qu’elles soit utiles, tant mieux, sinon il y a la loi et elle prime. Donc ce n’est même pas la peine de perdre son temps de vouloir comprendre si la religion est compatible ou non avec la loi de la République. C’est la loi qui régit la société et non les croyances dans une religion et ses préceptes.

    Donc, derrière la classe politique, les médias et leurs intellectuels, il y a la Grand capital. Vous n’avez qu’à analyser le nombre de série qui font appel au surnaturel ( la voyance dans des série policière, suggérant des dons divins ; des téléfilms traitant insidieusement l’avortement en montrant toujours que l’abandon à la naissance est la meilleure solution, etc). Les produits halal, et la nourriture exotique sont un marché que les grandes surfaces se disputent et elles ne se gêneront pas à encourager l’enfermement dans la communauté tant que cela leur rapporte du chiffre d’affaire. Aujourd’hui, on parle croissance et bourse au lieu de l’identité nationale ou de la nation comme un destin commun. On parle terrorisme et délinquance au lieu de rapports de force et manipulation. Pour assurer la « sécurité » des citoyens, ceux-là bradent leur propre liberté, et à la fin, ils n’auront ni la sécurité ni la liberté. Ou plutôt uniquement la sécurité de l’esclave.

  • Par Traroth (xxx.xxx.xxx.221) 5 septembre 2010 06:20
    Traroth

    "le "droit à la différence" ce n’est pas la République Française" : Franchement, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi con. C’est quoi, déjà, le premier mot de la devise de la République française ?

    Des musulmans comme de tous les autres habitants de ce pays, il faut exiger le respect de la loi. En contrepartie, ils ont, comme tout le monde, le droit de jouir de leur liberté. Il n’y a rien d’autre à ajouter.

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