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Cette plaisanterie de Bibracte au mont Beuvray n’a que trop duré

À Messieurs les députés ou anciens députés, René Beaumont, Laurent Dominati, Marc-Philippe Daubresse, Christophe Siruge, Jacques Myard, Pierre Hellier, André Gérin, Alfred Recours, Pierre Bourguignon, Georges Sarre, José Rossi, Anne Marie Idrac, André Santini, Philippe Auberger, Jean Patrick Courtois, Guy Michel Chauveau, Jacques Foch, André Billardon, Arnaud Montebourg... 

                                    Monsieur le Député,

Bibracte, la capitale du peuple éduen, qui avait la prépondérance en Gaule (DBG VI,12), ne s'est jamais trouvée au mont Beuvray mais dans l'ancienne ville murée de Mont-Saint-Vincent. Cité par César sous le nom de Gorgobina (DBG VII, 9), le mont Beuvray est, certes, une ancienne position gauloise, mais certainement pas l’ancienne capitale des Gaules. Et cela change tout. (1)

Chose absolument incroyable, on a lancé la construction d'un grand musée archéologique européen sur le site du mont Beuvray sans même vérifier les traductions anciennes. En situant le pays éduen entre l'Arar et le "Δούβιος/Doubios", il est bien évident que Strabon ne voulait pas dire " entre la Saône et le Doubs" - ce qui est absurde - mais "entre la Saône et la Dheune", ce qui exclut le mont Beuvray du pays éduen, vu qu'il se trouve au-delà. (Strabon, géographie, II, IV, 3, 2). (2)

Vous êtes l'un des députés qui m'ont répondu en manifestant votre intérêt au sujet d’une possible erreur de localisation du site de Bibracte. Plusieurs d'entre vous ont interrogé la ministre par lettres ou questions écrites, concernant notamment "le résultat des fouilles menées au mont Beuvray et la conclusion des experts". 

Vous êtes l'un des députés auxquels la ministre vous a fait une superbe réponse "langue de bois".

Je ne cite que les réponses “langue de bois” publiées au journal officiel (extraits).
 
JO du 19/04/1999, page 2337. Mme Trautmann, ministre de la Culture : la question de l’éventuelle mise en cause du bien-fondé de la localisation au mont Beuvray des vestiges de l’oppidum n’est pas un sujet de débat pour l’immense majorité des archéologues.
 
JO du 2/7/2001, page 3835. Mme Tasca, ministre de la Culture : les recherches archéologiques sur le mont Beuvray... ne s’occupent pas de la localisation mais plutôt de l’environnement...On peut noter, ajoute-t-elle, que M. Goudineau, professeur au Collège de France, juge certaine la localisation de Bibracte au Mont Beuvray.
 
JO du 11/6/2013, page 6077. Mme Filippetti, ministre de la Culture : les questionnements relatifs à la stricte identification de Bibracte au site du Mont Beuvray s'avèrent d'un intérêt accessoire. Ils ne font pas débat au sein de la communauté des archéologues protohistoriens et sont considérés comme réglés depuis les premières fouilles de Jacques-Gabriel Bulliot en 1868 “…. Terrible aveu ! On a dépensé des sommes fabuleuses en faisant confiance aux interprétations d’un marchand de vin du Second empire.
 
Et en plus : “intérêt accessoire”. Ce n’est pas ce que disait le chef de l’État en 1985. Je cite : Tous les Français doivent savoir que Bibracte constituait l'un des hauts lieux de la civilisation celtique qui, pendant plusieurs siècles et jusqu'à la conquête romaine, a rayonné sur la plus grande partie de l'Europe, de l'est à l'ouest (François Mitterrand, président de la République, 17/9/1985).

Autres autorités alertées sans succès (extraits).
 
4/4/93. Votre correspondance du 6 juin 91 et les documents qui l’accompagnaient ont bien été transmis aux autorités compétentes... Affaire suivie par M. Grenier de Monner. Signé Wanda Diebolt, Sous-direction de l’archéologie. Actuellement présidente de l'EPCC Bibracte, honorable promotion.

14/4/ 1999. Vincent Guichard, directeur du Centre archéologique européen, suite à mon interview sur FR3 Bourgogne : ...dans la communauté scientifique, ça fait belle lurette que plus personne ne doute. Ça fait au moins 130 ans que plus personne ne doute de la localisation de Bibracte... 

18/4/1999. Christian Goudineau, professeur au collège de France, titulaire de la chaire des Antiquités nationales. Il les écarte (mes arguments) avec le bouclier de la science et l’armure de l’institution, sans se donner la peine de les réfuter.  Jean-Philippe Mestre, Le Progrès de Lyon.

27/10/2000. M. Michel Duffour, secrétaire d’Etat à la Culture : ... Il ne paraît pas utile que le ministère de la culture et de la communication entretienne une polémique avec une personne, qui comme beaucoup de passionnés de son espèce, se place dans la posture de l’homme seul face au poids de la « science officielle ».                   

28/1/2003. À la demande de M. Perben, M. Aillagon, ministre de la culture, demande à M. Michel Clément, directeur du patrimoine, d’étudier le dossier de la localisation de nos anciennes capitales gauloises avec la plus grande attention. Signé Aillagon.

J'envoie plusieurs exemplaires de mes ouvrages ainsi que des courriers divers à Mme Marie-Christine Labourdette, directrice des affaires culturelles de la région Bourgogne de 2003 à 2007. Sans réponse. Elle est actuellement directrice, chargée des musées de France, belle promotion.

18/2/2003. Dominique Vinciguerra, Ministère de la Culture, le chef de cabinet ...Je note tout d’abord que dans l’abandon courrier que vous avez adressé depuis plus de dix ans aux autorités gouvernementales successives, vous n’avez pas produit le moindre élément d’une documentation susceptible d’inciter un ou des archéologues à entreprendre des recherches de terrain pour vérifier (confirmer ou infirmer) ce qui ne peut que demeurer hypothèse... Surprenante mauvaise foi ! Sept livres publiés largement diffusés dans les services du ministère, 365 articles Agoravox publiés à ce jour. Quelques articles prudents que la presse locale a bien voulu publier.

13/1/2005. Vos informations seraient de la plus grande utilité… signé Isabelle Balsamo, Sous-direction de l’archéologie. Elle est actuellement cheffe de l'inspection du patrimoine, belle promotion.

Autorités alertées avec succès... mais

10.05.95. Je vous en remercie vivement. Signé François Mitterrand, président de la République.
20.11.95. Important travail de recherche et de documentation. Signé Jacques Toubon, ancien ministre de la Culture.
22.05.96. Il est bon que des officiers revisitent l’histoire des historiens. Premier ministre ; signé Marceau Long, président du Haut conseil à l’intégration.
27.12.96. M. Jacques Chirac m’a confié le soin de vous transmettre ses compliments pour l’important travail d’érudition… soyez assuré qu’il a été bien pris connaissance des réflexions dont vous avez tenu à faire part au chef de l’Etat. Annie Lhéritier, chef de cabinet du président de la République.
18.08.97. Soyez assuré qu’il a bien été pris connaissance de vos ouvrages. Idem.
27.03.03. Clarté des séquences historiques… Minutie et enthousiasme… étude remarquable. La Ministre déléguée à la recherche, signé Claudie Haigneré.

Renvois.

1. Cela change tout car, en mettant Bibracte au mont Beuvray, les archéologues imaginent une Gaule assez misérable de simples maisons en bois, puis l'implantation coloniale de grandes villes dites romaines en pierre à l'image d'Autun. En revanche, en mettant Bibracte à Mont-Saint-Vincent, le rhéteur éduen Eumène nous révèle l'existence de temples antiques qui sont toujours là mais transformés en églises aux pierres usées par le temps. Se révèle, en même temps, une étonnante cité double sous le nom d'Augustodunum - capitale aux lointaines origines, apparemment troyennes, sur la hauteur fortifiée de Mont-Saint-Vincent avec sa ville/colonie d'Autun du IVème siècle, éduenne et non romaine. Et, dans toute la Gaule, il en était ainsi, fabuleux patrimoine gaulois à redécouvrir.

2. César confirme le Dubis de Strabon. En effet, s'il désigne bien le Doubs par le mot Dubis, il précise "alduas" ce qui se traduit par "l'autre des deux Dubis", l'autre Dubis étant la Dheune. Comme les traducteurs ne comprenaient pas le sens du mot alduas qui précédait Dubis dans les manuscrits d'origine, ils l'ont tout simplement supprimé (DBG I, 38). César confirme également que Bibracte ne pouvait pas se situer au mont Beuvray. Son expression "itinero converso" ne laisse planer aucun doute (DBG I, 22 - 23). Les traducteurs ont beau la triturer pour lui faire dire obliquer vers Montmort, non ! Tournant le dos au mont Beuvray, César a fait demi-tour pour aller chercher son ravitaillement à Mont-Saint-Vincent, véritable Bibracte. D'où la répétition du "proximus collis", une fois à l'aller, une deuxième fois au retour ; d'où le lieu de la bataille contre les Helvètes à Sanvignes. Et je ne cite que ces deux exemples.

Cette plaisanterie de Bibracte au mont Beuvray n’a que trop duré. Merci d’insister auprès de la Ministre pour qu’elle y mette fin.

Emile Mourey, www.bibracte.com

 

Le pays éduen d'entre Dheune et Saône selon Strabon (géographie, II, IV, 3, 2).

 

La bataille sur le lieu inconnu de Magetobriga que citent Cicéron et César (Lettre à Atticus, I , 19 - DBG I, 31) 

Venant de Mont-Saint-Vincent/Bibracte, les Éduens et leurs alliés sont surpris par les Germains alors qu'ils sont encore dans leur camp de Mesvres, le Magobrium des chartes.

 

César prétend que les Helvètes voulaient se rendre vers la Province. Il ment. (DBG I, 10)

À la demande des Éduens, les Helvètes se dirigent vers le mont Beuvray pour le reprendre aux Germains. Menacés par César sur leurs arrières, ils font demi-tour.

 

César se dirige vers Gorgobina pour soutenir les Boïens qu'assiège Vercingétorix. (DBG VII, 9 - 13)

 

Un oppidum ovale reproduisant le contour de la forteresse de Troie.


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8 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 13 février 17:50

    Il faudra au moins attendre la mort du PS et la dissolution de Jack Lang (ou le contraire) pour que l’on puisse toucher à quoi que ce soit de ce sanctuaire dédié au Sphinx Mitterrand. Alors peut-être sera-t-il possible de remettre en question un dogme sacré ?


    Courage !

    • Emile Mourey Emile Mourey 14 février 15:09

      @Jeussey de Sourcesûre


      Peut-être ?

      À cette époque, je n’étais pas mitterrandien. Le premier livre que je lui ai envoyé par la voie hiérarchique, manifestement, ne lui est pas parvenu. C’est à la suite de l’envoi de mon deuxième ouvrage que je lui ai envoyé à son domicile privé, avec la seule dédicace « À M. le Président de la République » que j’ai reçu sa carte de visite : « J’ai été très sensible à votre pensée et je vous en remercie vivement ». Vu ma dédicace un peu sèche, il ne pouvait pas en dire plus mais quand on sait ce qu’il entend dans le mot pensée, malgré la tournure équivoque de la phrase, on a le choix.

      Bref, lorsqu’il rédige cette carte de visite vers le 9 mai 1995 pour me remercier, il ne fait aucun doute qu’il est convaincu que Bibracte n’est pas le mont Beuvray. Peut-être même m’est-il reconnaissant de lui avoir évité un enterrement discutable tout en lui laissant le temps d’organiser une sortie plus digne.

      Le 15 mai, soit seulement quelques jours après la carte, il accorde au Monde une interview (édition du 29 août), dans laquelle il met en exergue l’importance de l’Histoire, véritable culture de l’homme politique, mais il rejette sur l’historien la responsabilité de l’interprétation... étonnant testament.

      On ne peut pas reprocher à François Mitterrand, ni à M. Jack Lang, d’avoir voulu promouvoir notre histoire antique. On ne peut que regretter que son beau discours du 17/9/1985 ait été prononcé au mont Beuvray sur le faux site de Bibracte et non sur le bon. La faute en revient aux responsables de l’archéologie de l’époque qui ont ainsi compromis le projet d’un statut en faveur des archéologues. 



    • Antenor Antenor 13 février 19:07

      Pour moi la question de Bibracte est moins liée à la question de l’architecture ; après tout il y a aussi d’importantes construction au mortier de chaux au Mont-Beuvray ; qu’à celle de la manière dont on aborde la stratégie d’occupation du territoire par nos ancêtres.

      Situer Bibracte au Mont-Saint-Vincent, c’est se placer dans une perspective visant à comprendre pourquoi tel type de site a été occupé à telle époque et dans quel but.

      Bibracte serait au Mont-Beuvray mais qu’est-ce que Bibracte ?

      Une capitale commerciale ? Le sommet du Mont-Beuvray n’est pas le lieu le plus indiqué pour les échanges et ce n’est pas une foire annuelle qui changera cela.

      Une citadelle comme le pense Emile en s’appuyant sur les textes ? Mais là, c’est l’emplacement du Mont-Beuvray qui pose problème ; coupé de la Saône par les hauteurs dominées par Mont-Saint-Vincent. L’histoire médiévale de ce dernier site montre qu’il s’agissait justement d’une forteresse de premier plan.

      A l’heure actuelle, le Mont-Beuvray ne m’apparait que comme la capitale politique et religieuse (un « médiolanum » ?) d’un pagus/cité s’étendant entre l’Aron et l’Arroux. Si sa vocation première avait été le commerce ou la guerre, pourquoi l’aurait-il perdu ? Quels facteurs en auraient été la cause ?


      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 13 février 20:34

        @Antenor

        Un « mediolanum » n’était ni un lieu sacré ni une place politique, mais un repère géographique qui, comme son nom l’indique, se situait à mi-chemin entre deux repères et assuraient un relais de communications visuelles assurant une grande vitesse à la circulation des informations chez les peuples celtes qui occupaient ces contrées. les repères en question étaient des sommets comme ceux sur lesquels on a implanté les émetteurs de télé, et les relais étaient le plus souvent dans des plaines, ce que confirme la toponymie : Mila, Chateuameillant, et Montmélian sont dans des plaines. Voir : Sur les sentiers ignorés du monde celte / Revue Annales


      • Antenor Antenor 14 février 18:50

        @Jeussey de Sourcesûre

        Il est difficile d’avoir un avis définitif sur la question mais certains Médionalum ont des tailles beaucoup trop importantes pour être de simples relais de communication : Chateaumeillant, Mâlain, Milan...

        Je me demande si on n’extrapole pas un peu trop sur ce terme. Il est fréquent mais n’indique peut-être pas un site avec une fonction très précise à l’instar des Lugdunum.

        Ce qui m’intéresse surtout, c’est la fonction de ces grands oppidums occupés grosso-modo du 2ème siècle avant J-C jusqu’au 3ème après J-C. Certains portent le nom de Médiolanum mais c’est loin d’être la règle. Ils m’intriguent d’autant plus qu’ils se trouvent très fréquemment à proximité de grandes forteresses médiévales comme s’il s’agissait d’extensions de ces dernières.


      • Gasty Gasty 14 février 10:54

        Bonjour Emile Mourey,

        Vos récits ont eu cet effet de me donner envie d’aller visiter ces lieux. Et encore une fois j’invite tous ceux qui vous lise d’en faire autant. Le mont Saint Vincent mérite ce déplacement. Le mont Beuvray n’étant pas très loin, il ne sera pas très difficile de faire une comparaison entre ces deux sites géographique. Sans pour autant être un archéologue ni un amateur éclairé, le ressenti de la zone laisse de quoi s’interroger sur le passé du Mont saint vincent et du mont beuvray.
        Mont Saint Vincent vit toujours par sa position géographique et son relief environnant contrairement au mont beuvray.


        • Emile Mourey Emile Mourey 14 février 11:53

          @Gasty


          Oui, et en plus, vous êtes un très bon photographe.

        • Emile Mourey Emile Mourey 14 février 19:08

          Dans l’extrait de la lettre que M. Dominique Vinciguerra, chef de cabinet de la ministre de la Culture, m’a adressée, merci de rajouter (je cite) entre parenthèses, après « abandon courrier ». Il ne m’appartient pas de juger ni de corriger les fautes d’orthographe ou d’inattention des services du ministère de la Culture. Il m’arrive d’en faire moi-même quelques fois.

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