• dimanche 27 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Chasseur alpin, courageux jusqu’au bout de la vie
23%
D'accord avec l'article ?
 
77%
(108 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Chasseur alpin, courageux jusqu’au bout de la vie

Des morts ont-elles plus de sens que d’autres ?…

Aussi étrange que ça puisse me paraître, je suis membre de l’amicale des anciens chasseurs alpins, plus précisément du 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy.

Ce bataillon fait partie de la Force d’action rapide, la FAR, et est un bataillon d’élite. Je le dis en toute modestie puisque ce n’est évidemment pas grâce à moi qu’il est d’élite !

Lorrain, j’avais peu de chance d’y être affecté. Les destinations sont généralement plus communes, comme en Allemagne, à Colmar ou à Bitche. Je m’y suis trouvé d’autant plus par hasard que j’en connaissais à peine l’existence.

Certains compagnons avaient demandé de longue date cette affectation et en étaient fiers. Certains venaient même des Vosges.

Et c’est vrai qu’aux yeux des habitants d’Annecy, être chasseur alpin était très bien vu, était presque un honneur que je mesurais. C’était ce bataillon qui avait déblayé le camping du Grand-Bornand quand il y a eu cette triste coulée de boue qui a fait vingt et un morts le 14 juillet 1987 et avait aidé les habitants et les touristes lors de cette brutale crue.

Moi qui regrettais de "perdre" un an pour faire le service militaire, j’y trouvais une certaine cohérence. Bataillon éthique aussi : le capitaine demandait à tout le monde de l’avertir si un petit gradé cherchait à nous humilier. Pas d’humiliation chez nous, notre réputation devait rester excellente. Cela devait être très différent à Colmar ou Bitche…

Cohérence par exemple dans l’uniforme : l’uniformité est un critère de solidarité. C’est vrai que ça a l’air peu pertinent de l’extérieur, mais ça soude à l’intérieur. Illustration : un des soldats a froid et demande à mettre son foulard rouge. Si tous ses camarades sont d’accord, alors toute la petite troupe en sortie met son foulard. Idem pour une mèche de cheveux qui dépasse : si les autres l’acceptent, on ne la lui coupe pas (il l’a donc gardée). Bref, ce n’est pas un paramètre irrationnel, c’est juste un mode de management particulier. Et d’efficacité éventuellement (en cas de combat).

Je suis resté cependant bien incapable de marcher au pas, sans doute un réel problème psychologique, mais malgré mon aversion pour les armes à feu, j’étais parmi les meilleurs en démontage/montage de Famas (fusil mitrailleur, la "kalachnikov française"), question rapidité je précise.

Finalement, ce fut une période très instructive de ma vie : malgré la vie collective dont la promiscuité et le conformisme de groupe m’étaient pénibles, ce séjour à Annecy m’a permis de faire de belles randonnées en montagne avec de beaux paysages, de faire de belles rencontres aussi (le service militaire était sans doute le meilleur lieu du brassage social, dommage pour cette raison de l’avoir supprimé sans l’avoir remplacé par un service civil ne serait-ce que de quelques semaines), et de faire du sport comme jamais je n’en ferai plus.

La patrie, ce n’est pas non plus un vain mot : je me suis recueilli sur le plateau des Glières et j’ai pris conscience des durs combats au moment de la Libération, au cours desquels le lieutenant Tom Morel (29 ans) a été tué (lors d’une opération de résistance). C’étaient des jeunes patriotes qui ont, pour beaucoup, perdu la vie pour ma liberté. Que le Président de la République ait voulu en faire un lieu symbolique pouvait être pertinent. Que Nicolas Sarkozy ait cherché à récupérer ce lieu juste avant le second tour de l’élection présidentielle, cela aurait pu être bien sûr discutable.

Tom Morel, c’était précisément le nom de la caserne où je séjournais.

Le colonel qui commandait à l’époque le 27e bataillon était absent car il était en mission au Liban. À l’époque où les troupes françaises étaient à l’arrière-garde.

On nous proposait même, sous réserve de motivation, en tant qu’appelés, d’y aller pour six mois. Pour certains, c’était le paradis : quatre mille francs par mois au lieu des très faibles deux cents francs (oui, en francs). On nous disait qu’il n’y avait pas de risque, ou que la probabilité de combat ou d’attentat était très faible.

Je me disais cependant qu’il fallait être vraiment dans l’inconnu de son devenir, sans projet professionnel, pour se jeter ainsi, sans beaucoup de préparation, dans une nasse toujours incertaine. Moins d’une décennie auparavant, le 23 octobre 1983, cinquante-huit parachutistes français y étaient victimes d’un attentat islamiste qui traumatise encore l’armée française (le même jour, deux cent cinquante-six marines américains avaient perdu la vie au cours d’un autre attentat).


Samedi dernier, 14 mars 2009, à quinze heures trente (heure de Paris), le conducteur d’un char blindé a explosé lors d’un tir de roquette antichar taliban dans la vallée d’Alassaï, en Afghanistan (au nord-est de Kaboul).

C’est le vingt-septième soldat français qui meurt en Afghanistan depuis 2002.
Et quatre soldats américains sont morts le même jour que lui.

Il était soldat au 27e bataillon de chasseurs alpins.

Il s’appelait Nicolas Belda. Il était originaire d’Albi puis avait passé sa scolarité en Auvergne. Il avait rejoint Annecy en 2004, était devenu caporal en 2006 et avait déjà effectué des missions de reconnaissance en Guyane et au Tchad.

Il avait 23 ans.


Quand on s’engage dans l’armée, on se préparerait à mourir ?
Eh bien, demandez à ses parents et à ses amis…


Silence et une pensée pour les proches.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 mars 2009)


Pour aller plus loin :

Mort d’un soldat français en Afghanistan.

27e soldat.

27e bataillon de chasseurs alpins.

Nicolas Sarkozy au plateau des Glières le 4 mai 2007.




Documents joints à cet article

Chasseur alpin, courageux jusqu'au bout de la vie Chasseur alpin, courageux jusqu'au bout de la vie Chasseur alpin, courageux jusqu'au bout de la vie Chasseur alpin, courageux jusqu'au bout de la vie
23%
D'accord avec l'article ?
 
77%
(108 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Jojo (xxx.xxx.xxx.74) 16 mars 2009 19:38

    Thierry J.
    Ah parce que maintenant il est carrément musulman le terrorisme ? Passons … C’est vous n’est-ce pas.
    Par contre pour ce qui est du combat contre le terrorisme dont vous parlez, vous semblez bien parti pour le mener jusqu’au dernier Français, Canadien, Américain etc … J’ai même ouï dire que vous étiez prêt à le mener jusqu’au dernier Juif… Je me trompe ?

  • Par maharadh (xxx.xxx.xxx.21) 17 mars 2009 17:25
    maharadh

    Il serait illusoire de s’imaginer que la guerre, avec tout ce que cela comporte comme violence physique et matérielle, n’est que militaire. La guerre peut être aussi économique, sociale, culturelle, psychologique, sexuelle…

    En fait, les guerres que mènent les États sur les champs de bataille (lesquels, comme on le voit bien en Irak,Afghanistan et Pakistan sont de moins en moins des théâtres d’opérations militaires, des champs de bataille au sens classique du terme mais des territoires entiers où la soldatesque assaillante ne fait pas de distinction entre civils et militaires) ne sont que l’une des composantes de la guerre totale, globale, permanente qu’ils font, pour leur propre compte, mais aussi pour celui des intérêts particuliers de la classe dont ils sont les représentants et, surtout, les "défenseurs", contre les autres classes ou des ensembles d’individus à raison de leurs "particularités" propres , identités , (sexuelles, ethniques…).

    Les esclaves ont les dieux et les maîtres qu’ils méritent.

    Que les dieux et les maîtres déméritent de leurs esclaves parce que ceux-ci, au besoin par le feu, les larmes, le sang… et alors le glas sonnera pour eux et les reléguera aux oubliettes de la préhistoire.


  • Par Xavier Faureste (xxx.xxx.xxx.90) 16 mars 2009 21:08
    XF

    Je dois avouer que je n’ai aucune sympathie pour l’armée. J’ai du mal à admettre que le métier des armes puisse être une vocation. Après tout, les militaires s’entrainent et se préparent à tuer et cela heurte profondément mes convictions. Mes pensées vont à la famille du caporal-chef Nicolas Belda et vous avez raison de mettre un prénom et un nom sur ce chasseur alpin. C’est important.
    Ceci dit, au début de votre article, vous posez une question très intéressante : "Des morts ont-elles plus de sens que d’autres ?" Oui... Et malheureusement, je ne suis pas sûr que la mort de Nicolas Belda ait un sens. Pourquoi avons-nous des troupes en Afghanistan ? Pourquoi est-ce que nous nous battons ? Quel est le but de cette guerre lorsque l’on sait qu’aucune armée au monde (pas même les britanniques !) n’est jamais venu à bout des afghans ? Et lorsqu’on regarde en arrière, on se rend compte que peu d’armées d’occupation ont réussi à atteindre leurs objectifs. La Grande Armée de Napoléon ? vaincue. la wehrmacht ? vaincue. L’armée française en Algérie ? vaincue. Les américains au Vietnam ? vaincus.
    L’armée n’est légitime que lorsque qu’elle sert à défendre son sol. Au passage, il y a deux pays qui l’ont abolie : le Costa Rica et le panama.
    Alors oui... pour répondre à votre question, malheureusement, je crois que des morts ont plus de sens que d’autres.

  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.221) 17 mars 2009 08:37
    ZEN

    "C’est le vingt-septième soldat français qui meurt en Afghanistan depuis 2002.
    Et quatre soldats américains sont morts le même jour que lui.
    "

    Triste, oui, mais il faudrait s’interroger sur la légitimité de cette aventure US , que nous suivons servilement et dont l’échec est programmé , aux dires de certains généraux du Pentagone. D’ailleurs, on continue à négocier secrètement avec certains groupes talibans...Guerre absurde, que la politique us dans cette région a contribué à allumer
    J’ai vécu pendant la guerre d’Algérie dans une caserne où les brimades et le racisme "anti-bougnoule" diffusé par beaucoup de sous-officiers d’active surtout se manifestait tous les jours..On préparait en un minimum de temps des jeunes à se faire tuer dans les Aurès pour une cause perdue..Combien sont tombés que je connaissais ! Je ne ferai jamais l’apologie de cette armée-là, qui restait coloniale...
    Zen , sergent, 21°BCP

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox