A deux mois des Régionales, et à deux ans de la prochaine Présidentielle, quel cap pour la gauche ? Et s’il s’agissait d’assumer enfin la social-démocratie ? Courtes réflexions pour un long débat, à discuter, à compléter... et à contredire.
Réhabiliter le libéralisme
Le libéralisme est trop souvent réduit au néolibéralisme. Ce dernier, qui renvoie également à l’ultralibéralisme économique, est une doctrine qui prône la dérégulation au profit de la prédominance du marché. Il repose sur la fiction selon laquelle le "laisser faire, laisser passer" aboutirait à son propre équilibre ; alors que, sans contrôle par la loi, il consacre inévitablement la "loi du plus fort" et génère toutes sortes d’abus. Le libéralisme, en revanche, est avant tout une doctrine politique héritée des Lumières, et à laquelle on doit la plupart des conquêtes démocratiques. Il vise effectivement l’émancipation de l’individu. On lui doit la séparation des pouvoirs, le suffrage universel, ou encore les droits de l’homme. C’est une profonde erreur de confondre les deux termes, et de les abandonner à la droite. Cette confusion appauvrit le débat, alors que la gauche devrait se montrer capable de dénoncer le creusement des inégalités sociales sans pour autant renier les acquis libéraux.
En finir avec la diabolisation de la concurrence
Que n’a-t-on stigmatisé la "concurrence libre et non faussée", en particulier au moment du référendum sur le projet de Constitution pour l’Europe en 2005 ! En réalité, à moins de vouloir le retour à une expérience collectiviste, elle va de paire avec l’adhésion à l’économie de marché, qu’il s’agit seulement de réguler. Dans certains secteurs d’activité, la concurrence peut d’ailleurs servir le bien commun. Juste deux exemples insulaires. Pendant des années, la SNCM a eu le monopole sur le transport maritime entre la Corse et le continent. Le coût de la traversée, assez élevé, se voyait en partie justifié par la présence d’agents d’accueil... dont l’utilité demeurait obscure, et dont l’amabilité laissait parfois à désirer. Depuis l’arrivée de la Corsica ferries, le prix d’un Ajaccio-Toulon se révèle autrement plus accessible, et la baisse des tarifs profite d’abord aux plus modestes. Il est en train de se passer la même chose pour le transport aérien : avec l’apparition de la concurrence et des compagnies à bas prix sur le marché, Air France doit également réviser le montant de ses vols. Il était temps ! Un Ajaccio-Paris pouvait revenir à 200 euros, quand un Paris-Rome en low-cost se négociait autour de 40 euros. Cherchez l’erreur... Le progrès, au vingt-et-unième siècle, ne consiste pas à s’enfermer dans une dichotomie opposant aveuglément le secteur public au secteur privé. Quelque soit le service, il s’agirait plutôt de déterminer un cahier des charges à respecter (sur la base du contrat), dans le respect du salarié, de l’usager et du consommateur.
Renouer avec la défense de la laïcité
La gauche, au nom de l’antiracisme, s’est longtemps fourvoyée sur la question du voile islamique, au point de se renier elle-même. Certains responsables du Parti socialiste sont en train de reproduire la même erreur au sujet de la burqa. En effet, la liberté de conscience et la loi de 1905 figurent au nombre des plus remarquables conquêtes des libéraux et des progressistes. Or, qu’il s’agisse du voile islamique ou de la burqa, il existe un risque réel de les voir mises en cause. Même lorsque les filles ou les femmes qui les portent prétendent le faire en vertu d’un "libre choix", rien ne garantit que les conditions de ce dernier soient réunies. L’oppression de l’individu par la communauté n’est souvent pas bien loin. La laïcité, au contraire, permet à chacun de se construire et de développer une identité personnelle. Elle rejette les pressions éventuellement exercée par l’entourage ou le milieu social, et vise l’émancipation individuelle. L’interdit vestimentaire à caractère religieux, à plus forte raison lorsqu’il se traduit par la dissimulation du visage dans l’espace public, contredit un tel projet. Aussi la burqa doit-elle être proscrite.
Rompre avec les dérives du pédagogisme
Depuis une trentaine d’années, l’idéologie qui tourne autour des thèmes de "l’élève au centre du système" et de "l’élève doit construire lui-même ses savoirs", sous prétexte de "s’adapter" à lui, a contribué à l’accroissement des inégalités scolaires. La trop fameuse fracture sociale se double d’une fracture culturelle qu’il serait temps de prendre en compte. L’élève issu d’un milieu modeste, et qui entre au collège avec un vocabulaire réduit à 300 mots, ne progresse plus si les cours qui lui sont donnés tournent autour de ces 300 mots, au motif qu’il serait "trop difficile" d’élever le niveau d’exigences, et de lui en apprendre d’autres. L’élève issu d’un milieu privilégié (dans lequel on utilise couramment 3000 mots), en revanche, a toutes les chances d’accéder aux meilleures places avec ou sans l’école. Pour rétablir l’égalité des chances, l’école doit à cet égard cesser d’être un lieu d’animation sociale dans lequel on offre du divertissement plus ou moins appauvri, en fonction du public rencontré. Elle doit redevenir un lieu de transmission des savoirs, avec les mêmes exigences pour tous. Ce qui suppose que le professeur doit pouvoir mettre de mauvaises notes (sans être stigmatisé comme "trop sévère") pour mieux indiquer à l’élève ce qu’il doit faire pour en avoir de meilleures, et qui ne soient point usurpées.
Lutter contre le stress au travail
L’affaire des suicides chez France Télécom est venue rappeler que le fait d’avoir un emploi ne suffit pas : encore faut-il s’interroger sur les conditions dans lesquelles il est exercé. On peut être mal au travail ; jusqu’à en mourir. A partir de ce constat, l’erreur qui pourrait être commise à gauche serait, selon une grille de lecture néo-marxisante, de mettre tout abus exclusivement sur le compte du capital, de la lutte des classes ou de la course au profit. Bien d’autres facteurs entrent pourtant en jeu (enjeux de pouvoir, rejet de l’altérité, etc.), et les processus de harcèlement moral au travail frappent tout autant des secteurs préservés de l’obsession des bénéfices ou de la cupidité des actionnaires. On détruit aussi des salariés dans le service public, et avec des méthodes parfois plus violentes qu’ailleurs, précisément parce que le fonctionnaire bénéficie de la sécurité de l’emploi et qu’il est plus difficile à écarter. L’émancipation du travailleur, qui est constitutive de l’identité de la gauche, est passée aux XIXe et XXe siècles par l’élaboration d’un Code du travail et par l’obtention d’acquis sociaux. Ils doivent être préservés, mais cela ne suffit plus. Le harcèlement moral au travail, dont il n’est pas toujours possible de prouver la réalité, permet précisément à l’exploiteur contemporain de contourner le droit. Penser le XXIe siècle avec une grille de lecture obsolète reviendrait à se condamner à apporter des réponses inappropriées aux problématiques de l’avenir. Avec la tertiarisation des sociétés occidentales, la lutte contre l’aliénation de l’individu nécessite une réflexion sur des phénomènes nouveaux et complexes, qui ne concernent plus seulement le mineur ou le carriste. Etienne Lantier serait peut-être aujourd’hui infirmier, professeur, voire cadre supérieur. Le chantier est vaste...
Daniel Arnaud
Retrouvez cet article dans son contexte original sur http://generation69.blogs.nouvelobs.com/

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C’est justement parce que je suis libéral que je dis que la concurrence libre doit être (...)
02/02 16:37 - florent1968salut alberto , si tu as lu le bouquin Gomora , il s’agit des même pratiques mafieuses (...)
21/01 09:35 - LE CHATMerci Daniel de votre réponse, 100% d’accord avec vous sur l’éducation
21/01 08:08 - jakoLe PS, le nouveaux parti libéral.
21/01 02:34 - tylhdarTiens, juste un petit moment d’humeur sur la gauche qui présente les mêmes produits que (...)
21/01 00:31 - locoMoi aussi je suis libéral (au sens politique et des moeurs, et même au sens économique du (...)
20/01 21:30 - Walid Haïdar
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