• jeudi 20 juin 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Circoncision et démocratie : incompatibles ?
34%
D'accord avec l'article ?
 
66%
(39 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Circoncision et démocratie : incompatibles ?

Un tribunal de Berlin vient de rendre une nouvelle décision : la circoncision est autorisée dans le Land. La décision semble avoir été prise en souci d’apaisement, alors que le débat est âpre voire violent, et dans l’attente d’une nouvelle loi sur la question.

Une nouvelle décision à Berlin

L’autorisation de circoncision est soumise à conditions, selon l'info de Romandie :

« Il faut que les deux parents ou tuteurs légaux donnent leur autorisation par écrit après avoir été informés en détail sur les risques pour la santé de l'enfant, explique le sénateur.

Par ailleurs, exigent les autorités locales, il doit être démontré la nécessité religieuse de cette circoncision qui ne peut en outre être appliquée qu'en accord avec les normes médicales appropriées.

Cela implique en particulier un environnement et des instruments stériles ainsi qu'une prise en charge de la douleur aussi importante que possible, précise le communiqué. »
 

Le récent débat proposé : « Circoncision : Dieu a besoin de sang », est très virulent. Une partie de ce débat porte sur le respect de l’intégrité physique de l’enfant et sur le libre consentement concernant son corps - les motifs médicaux restant réservés. Il porte aussi sur les origines et les motifs de la circoncision, ainsi que sur ses conséquences quant au plaisir sexuel des hommes circoncis. Enfin il constate que les alliances entre dieu et les hommes passent le plus souvent par un sacrifice sanglant - sauf sans le christianisme où le cannibalisme (manger le corps du Christ et boire son sang) est devenu symbolique.

La culture européenne s’est développée sur les principes de libre consentement et d’intégrité corporelle afin de faire peu à peu reculer la notion de contrainte, contrainte qui est la base même de toute criminalité. La contrainte est contraire à la liberté et à la sécurité. Cette valeur de liberté de choix s’est construite par une lente progression depuis des siècles. La religion chrétienne a contribué à cette évolution, à l’exemple de Jésus qui plaçait chacun devant ses propres choix et sa propre conscience.


La tradition de la circoncision pratiquée sur des bébés ou des enfants, quelles qu’en soient les origines et les raisons, se heurte aujourd’hui à une défense de cette valeur d’intégrité physique, de libre consentement et de non-contrainte. Il ne s’agit donc pas d’une réflexion contre les religions ou les cultures qui la pratiquent mais d’une défense des valeurs de la civilisation occidentale.


Démocratie et multiculturalisme



La tolérance ancienne, laissant chaque communauté décider de ce qui est bon pour les siens, semble devoir être confrontée à une conception plus rigoureuse de la démocratie, dans laquelle le multiculturalisme est subordonné aux valeurs et à la loi. En d’autres termes, ce n’est pas la loi qui doit se plier aux communautés, mais les communautés qui doivent plier devant la loi. 



Pourquoi cela ? Parce que que l’une des valeurs piliers de la démocratie est l’égalité devant la loi. On se souvient des réactions très hostiles à l’introduction de tribunaux islamiques appliquant en partie la charia, dans les pays occidentaux. Pourquoi ? Parce que c’est une brèche considérable dans le principe de l’égalité devant la loi. Les lois deviendraient à géométrie variable selon notre origine ethnique ou communautaire. Ce serait une modification fondamentale, profonde, de la démocratie. On pourrait même considérer que l’autorisation de la circoncision en tant que valeur culturelle et/ou cultuelle, différencie les citoyens et pose une discrimination devant la loi. Certains auraient des droits légaux grâce à leur religion, que d’autres n’auraient pas.


Circoncision6.jpg
Cela sans remettre ici les précédentes questions sur la notion de mutilation génitale, ses raisons et ses conséquences - fût-elle moindre que l’excision. Mais même moindre elle peut générer de réel dégâts à vie pour l'homme (voir ici). Circoncire c'est l'équivalent d'enlever le capuchon vulvaire sur les organes génitaux féminin.
 

Démocratie à plusieurs vitesses ?

En autorisant la circoncision pour des raisons religieuses n’introduit-on pas une démocratie à deux vitesses ? Sommes-nous encore égaux devant la loi ? Si l’on change ce pilier fondateur de la démocratie, jusqu’où ira-t-on ? Ne retourne-t-on pas vers une société multicouche, corporatiste, aux liens sociaux déconstruits (ils sont déjà mis à mal actuellement) ?

Sera-ce encore une démocratie, ce projet encore en construction visant à donner la même valeur d’être et les mêmes droits juridiques à tous ? N’irons-nous pas vers une nouvelle société de castes où les appartenances communautaires empêcheront toute interaction transversale dans la société et conduiront à son appauvrissement intellectuel et à de nouvelles et meurtrières confrontations ? N’est-ce pas un retour de la prévalence religieuse sur la laïcité ?


Mais comment situer, dans cette question complexe, le libre droit des parents d’éduquer leurs enfants comme ils l’entendent selon leur convictions et traditions, sans que l’Etat ne viennent leur prendre un peu plus de cette liberté tout aussi fondamentale ? Liberté individuelle et parentale qui est également un pilier de la démocratie occidentale ?


Le débat est profond, complexe, et demande à être mené aussi loin que possible, car il ne s’agit pas simplement d’une question religieuse mais de valeurs occidentales fondamentales pour lesquelles nos ancêtres se sont battus et dont aujourd’hui nous bénéficions tous.

La société laïque et libre a changé l'Histoire. Le travail des religions est peut-être ailleurs que dans la défense acharnée de certains marqueurs communautaires. Il est peut-être davantage dans le développement d'une vraie dynamique de paix entre les humains - si elles le peuvent, si elles le veulent. On peut se poser la question. Mais cela, c’est une autre histoire.




par hommelibre (son site) vendredi 7 septembre 2012 - 200 réactions
yahoo
34%
D'accord avec l'article ?
 
66%
(39 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par pergolese (---.---.---.46) 7 septembre 2012 10:32

    La circoncision pour motif religieux est interdite en France

    Nul besoin de se référer au seul code pénal comme beaucoup le font. Le seul code civil suffit : Article 16-3 :

    "Il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale pour la personne ou à titre exceptionnel dans l’intérêt thérapeutique d’autrui."

    "Le consentement de l’intéressé doit être recueilli préalablement hors le cas où son état rend nécessaire une intervention thérapeutique à laquelle il n’est pas à même de consentir."

    L’exception religieuse n’existe donc pas. Point barre.

  • Par Fergus (---.---.---.242) 7 septembre 2012 10:18
    Fergus

    Bonjour, Hommelibre.

    Sur une telle question, j’approuve totalement la suggestion avancée par un lecteur d’AgoraVox : interdiction de porter atteinte à l’intégrité physique de l’enfant jusqu’à sa majorité, libre à l’adulte de disposer ensuite de son corps comme il l’entend.

  • Par kemilein (---.---.---.171) 7 septembre 2012 11:36
    kemilein

    «  »l’intégrité physique de l’enfant«  »

    et pourquoi pas, aussi, l’intégrité psychique de l’enfant ?
    un enfant n’est pas le jouet de ses parents, pourquoi doit on les laisser se faire polluer leur esprit par des religions a deux balles ?

  • Par morice (---.---.---.85) 7 septembre 2012 12:39
    morice

    la circoncision n’est liée qu’à une croyance. Elle n’a aucun intérêt médical, même si on a pu (faussement) la citer comme propageant moins le SIDA : l’étude s’était montrée foireuse.


    Ce n’est qu’un vieil avatar du passé qui ne demande qu’à disparaître, mais ce ne sera hélas pas demain la veille.

    Il existe plus de 14 prépuces de Jésus en circulation comme reliques, admirées en tant que telles de par le monde, et l’Eglise n’en a jamais rejetée une seule.

    C’était donc Ali Jésus et les 14 sexes ?

    En tant que juif, Jésus a été circoncis le huitième jour après sa naissance (Évangile de Luc, II, 21 ; voir aussi Colossiens II, 11). Mais l’idée que le prépuce de Jésus ait été conservé, et que, de plus, il ait été transmis à travers les âges, n’a aucun caractère de vraisemblance historique puisque, selon la coutume [réf. nécessaire], les juifs l’enterrent après la circoncision. C’est une chose qui n’a pas échappé même à la piété naïve du Moyen Age, et qui explique le succès très variable des différentes tentatives qui ont été faites ici et là pour faire croire qu’on le possédait.

    Ainsi, par exemple, l’abbaye de Conques, qui était dans ce cas, n’a réussi à devenir un centre de pèlerinage qu’après avoir récupéré à Agen les reliques de la jeune martyre sainte Foy. Le saint prépuce n’intéressait personne. Cependant, dans le doute où l’on était sur l’authenticité de ce genre de reliques, il était hors de question de les détruire, et c’est ce qui explique leur multiplicité.

    Cependant, à l’abbaye de Coulombs, une croyance locale prêtait au saint prépuce le pouvoir d’apporter la fécondité aux femmes stériles2 et un accouchement sans difficulté aux femmes enceintes3. Alors que Catherine de Valois était enceinte en 1421, son mari, le roi Henri V d’Angleterre, à qui une bulle du pape Martin V accordait le privilège de pouvoir déplacer les reliques4, fit emprunter et apporter à son épouse, en Angleterre, le saint prépuce de l’abbaye de Coulombs5. La relique fut ensuite renvoyée en France et exposée à la Sainte-Chapelle, à Paris6. Les moines bénédictins de Coulombs durent s’adresser en 1427 au duc de Bedford, régent du jeune Henri VI, pour la faire transférer à l’abbaye Saint-Magloire de Paris7, puis en 1441 au roi de France Charles VII pour en reprendre possession, sans toutefois pouvoir lui faire quitter Paris. C’est Jean Lamirault, abbé de Coulombs de 1442 à 14468, qui fit revenir la relique à Coulombs9. (from wiki)


    ne serait-ce que cela démontre l’IDIOTIE totale du système !

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération