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Claude Ribbe absent au procès qu’il a intenté à Jean Robin

Ce jeudi 7 juillet 2011 avait lieu à la 17ème chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris le procès qu’intentait Claude Ribbe (photo) contre diverses personnes, dont moi (Jean Robin, responsable d’Enquête & Débat et auteur de cet article). Il ne prit même pas la peine de se déplacer au procès, et n’eut donc pas la chance d’écouter la Procureure demander la relaxe de tout le monde, ni d’entendre ma plaidoirie, puisque je n’avais pas pris d’avocat. Accusé de diffamation raciale pour avoir employé le terme de “nègre littéraire”, j’ai tenté de faire de ce procès un nouvel acte de défense la liberté d’expression.

Claude Ribbe, historien et écrivain, est un habitué de la 17ème chambre, spécialisée dans la liberté d’expression : tantôt comme accusé (et notamment condamné par Patrick Karam), tantôt comme accusateur. Après environ 2h d’attente, pour le règlement d’autres procès, et une interruption de séance, la Présidente commence par rappeler les faits. Claude Ribbe accuse trois personnes, dont votre serviteur, de diffamation et insultes diverses. Je ne m’étendrai pas sur les autres accusations, pour me limiter à celle qui m’est intentée :

“Il résulte de l’information charges suffisantes contre Jean Robin d’avoir à Paris, en tout cas sur le territoire national, le 4 avril 2009, en tout cas depuis temps non prescrit, étant directeur de la publication du site internet “birenbaum-president-blogspot.com”, commis le délit de diffamation publique envers un particulier à raison de son origine ou son appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race, une religion, en procédant sous le pseudonyme de “Tatamis” à la mise en ligne des propos suivants : “Claude Ribbe, nègre littéraire d’Aussaresses ?” , “Claude Ribbe est-il le nègre d’un tortionnaire revendiqué en Algérie ?“.”

J’explique à la Cour qu’étant un militant de la liberté d’expression, je suis notamment contre la judiciarisation du débat, raison pour laquelle je n’ai pas pris d’avocat. Je pose la question au Tribunal : va-t-on interdire aux journalistes de poser des questions ? Je cite l’article de Libération qui m’avait appris que Claude Ribbe était sans doute le nègre littéraire du colonel Aussaresses : un article du 21 février 2003, toujours en ligne aujourd’hui et consultable intégralement. L’article contient notamment la phrase suivante : “Les éditeurs [d'Aussaresses] lui avaient fourni un « nègre », un écrivain nommé Claude Ribbe.”

Le présent de l’indicatif qui est utilisé, sans point d’interrogation, permettrait d’affirmer que Claude Ribbe est le nègre littéraire d’Aussaresses. Toutefois je préfère aller demander à Ribbe lui-même de confirmer cela, afin de lever tout soupçon et/ou mauvaise interprétation possible.

Ce 4 avril 2009, Claude Ribbe participe à l’inauguration du monument au général Dumas, place du général-Catroux à Paris en présence du maire de Paris, M. Bertrand Delanoë, et du Commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, M. Yazid Sabeg. Je me glisse parmi le public et les journalistes, et filme la vidéo que voici. Hébergée quelques jours sur Dailymotion et Youtube, elle sera retirée de ces deux sites sous prétexte que de nombreuses personnes ont cliqué sur “l’alerte vigilance contenu” de ces sites. En fait, il s’agit d’une censure qui ne dit pas son nom. Dans cette vidéo, je demande à Ribbe s’il est bien le nègre littéraire d’Aussaresses, tortionnaire revendiqué en Algérie, sa seule réponse est : “cela n’a aucun rapport avec l’événement d’aujourd’hui.” Pourtant il vient de faire l’apologie d’un homme au nom de l’antiracisme et des valeurs universelles de tolérance. Et quelques semaines plus tard, j’apprends que Ribbe me poursuit en diffamation raciale pour lui avoir posé cette question.

J’explique à Mme La Présidente du Tribunal qu’avec ce genre de plainte pour diffamation raciale, M. Ribbe banalise la diffamation raciale. “Nègre littéraire” est en effet une expression du langage commun, employée par tout le monde, y compris Libération dans son article qui est toujours en ligne, donc légal. Va-t-on traîner devant votre tribunal un journaliste ayant utilisé les expressions “étouffe-chrétien” ou “tête de nègre” ? S’agit-il de christianophobie ou de négrophobie ?

Le fait est qu’on traîne devant le tribunal un journaliste qui n’a fait que son travail. Par ailleurs une des références de Claude Ribbe est Aimé Césaire, le “nègre fondamental”. Or je rappelle au Tribunal que si M. Ribbe était cohérent et consistant, il ne serait nullement offensé d’être qualifié de nègre, puisque Césaire lui-même avait fait de la négritude un concept majeur, retournant l’insulte en fierté. Or ici il ne s’agit même pas de “nègre”, mais de “nègre littéraire”.

Je poursuis en expliquant que je n’ai rencontré M. Karam qu’une seul fois dans ma vie, c’était lors de la plainte que le Collectif Dom voulait déposer contre l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau. C’est une des deux seules fois où je rencontrerai Claude Ribbe, la seconde était le jour du 4 avril 2009. Je précise cela car Ribbe croit que je fais partie d’un complot ourdi par Karam, les deux hommes s’accusant devant les tribunaux des pires maux depuis plusieurs années.

J’explique que je suis contre la judiciarisation du débat, et qu’à Enquête & Débat j’essaie de faire débattre, loin des tribunaux ou de la violence, des personnes aux idées contradictoires. Cette histoire entre Ribbe et Karam, dans laquelle je me retrouve moi-même pris, symbolise donc tout ce que j’abhorre, et Madame la Procureure me donnera raison sur ce point.

Je conclus ma présentation des faits par une citation d’Aimé Césaire, justement : “La justice écoute aux portes de la beauté.”

Le conseil de Claude Ribbe essaiera de faire diversion en expliquant que la France a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l’homme, qui a défendu la liberté d’expression d’Aussaresses. Je réponds que cette remarque est hors-sujet : il est avéré qu’Aussaresses était tortionnaire, et que Ribbe était son nègre littéraire, c’est tout ce que je dis.

L’avocat de Ribbe a aussi cette phrase magnifique : “L’expression “nègre littéraire”, employée à l’encontre d’un ultra-marin, a des connotations racistes évidentes“. J’explique donc à la Cour que nous avons la preuve que M. Ribbe, via son conseil, fait peu de cas des mots qui le dérangent et cherche à les changer, voire à les supprimer. Ainsi, il donne raison à George Orwell qui avait expliqué que la novlangue remplacerait la langue libre, pour mieux réduire l’esprit critique de la population.

Il conviendrait donc de supprimer l’expression “nègre littéraire” car elle serait une diffamation raciale potentielle. Il oublie que l’esprit critique n’est pas encore interdit, et pour faire changer le sens des mots ou carrément supprimer les mots, mieux vaut s’adresser à l’Académie Française qu’à la 17ème chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris.

Je conclus en expliquant que Ribbe a gagné du temps, 2 à 3 ans pendant lesquels cette vidéo a été censurée des plate-formes vidéo les plus visitées, il s’agit d’une censure autorisée, sans parler du temps et de l’énergie que j’ai perdus à courir ici et là pour répondre aux différentes convocations, le stress à recevoir les lettres avec accusé réception, j’en passe. Me défendant sans avocat, je demande une condamnation pour procédure abusive, de 1€ symbolique. Verdict le 29 septembre.

Par Jean Robin (Enquête&Débat)

Voir aussi :

Christine Kelly (CSA) poursuit en diffamation un tétraplégique.

par Enquête & Débat (son site) samedi 9 juillet 2011 - 2 réactions
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