Une étrange atmosphère de fin du monde plane sur nos têtes alors que le soleil des vacances approche. Faut-il traiter ce moment avec gravité ou légèreté ?
Sur le pont, tous les philosophes, intellectuel et politique se pressent pour délivrer quelques sermons… à la Savonarole ? Non, ce serait se tromper de symbole. Nous ne sommes pas tant dans une Renaissance que dans un Moyen Age créé par les hommes, leur science et leurs technologies. De Renaissance, on ne trouvera que quelques miettes à travers les lubies du post-humain, rien de très réjouissant. L’humanisme de Pétrarque basé sur les lettres savait être plus humain que ce post-humain que la génétique nanotechnologique nous promet. Peter Sloterdijk nous invite à changer nos vies en imaginant un coïmmunisme, une co-immunité planétaire, sans doute la conséquence de ses travaux sur les sphères et les bulles. Il faudrait lire en détail le livre récemment paru de cet auteur afin d’y déceler quelque promesse ou carrément un délire post-nietzschéen d’un penseur désemparé par la folie du monde. Déjà, en lisant ses propos dans les médias, on peut soupçonner quelque erreur anthropologique. L’instinct de survie n’a aucun ressort collectif. La vie est individuée, personnalisée. L’homme n’a pas de morale lévinasienne. L’instinct de survie est motivé par la personne et non pas le groupe. Mais si le groupe peut aider à survivre l’individu alors celui-ci signe. Quant à un élan planétaire imprégné de générosité et de souci de l’avenir, ce n’est qu’une idée, et les idées, oui, elles sont souvent partagées et collectives.
Où sommes-nous ? Plus près de l’an mil que de la Renaissance aurais-je envie de dire. Il y eut un peu avant l’an mil et jusque vers 1033, anniversaire de la mort du Christ, quelques craintes de la fin du monde. Encore fallait-il savoir en quelle année les gens étaient. C’est surtout dans les cercles théologiques que cette peur se manifesta. Quant à la grande peur de l’an mil, elle fut sans doute fabriquée, notamment comme mythe par les penseurs de la Renaissance afin de faire valoir leur combat humaniste contre un Moyen Age très obscur. La peur de l’an mil repose sur un dispositif théologique. Dieu en serait l’exécuteur. La peur de l’an deux mils, nous y sommes. Une peur suscitée non pas par les savoirs théologiques mais par la science, nouveau dispositif transcendantal assez flou, éclaté, décentralisée comme une molécule de gaz carbonique. La politique subit elle aussi quelques craintes. Si l’humanité a peur de disparaître, meurtrie par une canicule universelle ou bien une grippe pandémique généralisée, ou bien un attentat à la biodiversité, le PS a lui aussi peur de disparaître. Dernière station avant le désert a dit Arnaud Montebourg.
Dans l’ensemble, la teinte de ce mois de juin est assez sombre. Nous voyons la peur écologiste, renforcée par le film Home, un modèle de propagande aurait jugé Goebbels, puis le score des Verts, les débats sur le climat. Il faut sauver la planète, tel est le credo européen, et puis, la mer va-t-elle sauver la planète ? Cette question fut débattue lors d’une émission de Taddéi, anticipant le Grenelle de la mer. L’éducation nationale et l’université se sentent en situation de mort, du moins en France. Les producteurs de lait bloquent les centrales d’achat, les syndicats manifestent demain. La production industrielle est tombée à son niveau de 1994. En plus, l’OMS vient de relever le niveau de pandémie au maximum. Nous voilà dans une douce folie de l’an deux mil. On ne sait pas si ça va durer. Sans doute que oui. Dieu n’y est pour rien. Un seul point commun. Les grandes peurs sont essentiellement des productions de la conscience propagées par des discours et façonnées par des constructions mentales. Quand en plus quelques faits et autres contextes se rajoutent, un effet mayonnaise se dessine. Une douce folie plane sur les esprits en ce mois de juin 2009. La fin du monde est proche. Il faut sauver le monde. Tout le monde sur le pont ! Mais comme le chante Johnny, célébrant aussi un rêve générationnel de jeunesse éternelle, ça ne finira jamais. Mais au fait, qu’est-ce qui ne finira jamais ? Cette peur de l’an deux mils ? Quel cauchemar. Il faut en finir avec cette peur, ce n’est pas un monde vivable. Sachons nous préserver de ces médias émotionnels, fuyons les discours des scientifiques, des écolos, mais restons vigilant. Pour l’instant il n’y a pas de solution. Les peuples sont en état de déficience de raison et les élites en défaut de moralité.
Et un peu d’optimiste. Quand le péril avance, ce qui nous offre le salut se dessine. Espérons que cet univers psychotique se retourne. Putain, si ces Iraniens pouvaient élire un président réformateur, ce serait au moins une bonne nouvelle pour la planète !

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