Il a suffi d’un film. Un petit film de rien du tout sur Arte.
"Echos du fleuve Sénégal"
Simple. Magnifique. Chaleureux.
Avec le grand rire, l’humanité profonde des africains face à quelques blancs intelligents et passionnés. El la "nostalge" est revenue en boulet de canon.
J’ai retrouvé un texte datant de l’époque où nous revenions en Gaule, ma famille et moi.
Je vous le livre tel quel, sans changer une virgule.
Ce n’est ni une énième lamentation, ni une fine analyse politique, ni un constat économique.
Un cri du cœur.
L’Afrique
Elle est notre matrice. A tous.
Elle ne doit pas mourir. Si c’était le cas, nous serions condamnés.
Tous.
L’Afrique est le cordon ombilical qui nous unit aux Dieux. Elle est mère de
La joie, c’est la beauté qui explose. T’es plus là, t’es plus toi, on est tous, on est un, il n’y a plus rien, il reste la musique du monde !
Les orientaux sont bosseurs. Cherchent le nirvana. Ils y parviennent de temps à autre en se tapant une palanquée d’exercices.
Nous aussi, on travaille. On a des hardis travailleurs de l’âme, les Saints, les grands mystiques qui, parfois, se carbonisent dans l’ultime lumière.
L’ Africain parvient à ça de la petite enfance à la mort, à coup sûr et en chœur. Des mains qui claquent la peau d’un tambour, les pieds martèlent le sol et c’est parti !..
Tu peux l’envoyer au loin sur tes galères, Satchmo trouvera bien une trompette pour faire swinguer la planète.
C’est la joie instantanée, totale.
Qui n’a rien à cirer du rang social, de l’âge, de l’état de santé.
Si le tambour bat, le ministre danse avec le clochard, le vieillard avec le bambin, la donzelle avec l’unijambiste (eh oui, ils dansent sur une jambe).
Et ça danse juste, la roue cosmique tourne, ensemble, toujours ensemble, des heures et des heures, des nuits durant. Quelquefois, le dieu répond à l’appel et un danseur se prend la transe. Ca n’arrête rien, le tam-tam résonne dans l’Univers, fait tourner autour de lui les cycles de l’harmonie joyeuse.
Rien à voir avec l’enfermement autiste de ces gosses abrutis de « techno ». Avec la sensualité rapace du tango argentin ou le narcissisme égotique de la valse viennoise.
Nous, on cherche le bonheur. Comme des morts de faim.
Dis monsieur Flaubert, c’est quoi le bonheur ?
« Ëtre stupide, égoïste et jouir d’une bonne santé sont les trois conditions nécessaires pour être heureux ».
L’Africain danse la joie .
Elle met en jeu la partie à la fois la plus haute et la plus profonde de soi-même, celle qui ne vieillit pas, qui est insensible à la fatigue, qui n’est jamais malade, qui danse, même chez l’unijambiste.
Qui est là chez le nouveau-né et qui ne meurt pas !
Elle met en jeu plus que soi même. Elle est le fruit des Dieux, doit être partagée avec eux, avec les ancêtres, avec l’Invisible qui nous crée.
La transcen-danse.
Elle est collective. Accessible à tous, tout de suite. Personne n’est spectateur, on ne regarde pas, on danse.
Pauvres fils handicapés de Freud et de Marx, admirons et essayons de les protéger, c’est tout ce qui nous est permis.
Senghor a dit quelque chose comme :
« A quoi sert-il de vivre si c’est pour ne pas DANSER L’AUTRE » ?
S’ils meurent, le tambour ne battra plus. Nos cœurs non plus.
J’ai vu mourir des hommes sous le ciel africain. C’est curieux mais ce que j’ai ressenti devant la mort n’avait rien à voir avec mes sentiments dans la même situation, ici, en Europe.
Il y a, dans l’air ? Sur le visage de ceux qui sont présents ? Une impression d’irréalité, un déni de disparition.
Pour aucun Africain la mort ne signifie la fin, le néant.
Ca, c’est vraiment une « connerie de blanc ».
Il n’y a même pas à réfléchir, ça va de soi. Le défunt va partir, c’est triste, comme tous les départs. On va le pleurer et le fêter mais très vite, la conversation avec lui et tous les autres va reprendre.
Conviction profondément ancrée, qui ne se discute même pas, qui s’éprouve par l’expérience (iboga, vaudou, transes et danses rituelles, rêves) et qui donne une toute autre perspective à l’existence que notre pauvre petit saut dans le vide.
Décrété par des « intellectuels » qui ont lu des livres.
Et qui, bien souvent, au dernier moment, font dans leur pantalon et envoient chercher le curé.
Dans le deuil africain la joie est toujours présente ;
Que dire de nos hôpitaux nos morgues et nos églises !
Chaque Africain sait, au plus profond de lui-même ; qu’il vient du règne de l‘Esprit. Qu’il passe dans ce corps pour jouir de la vie, la propager et la danser. Ensemble, jamais seul. Et qu’il rejoindra, le moment venu ; tous les ancêtres présents, passés et à venir.
Et qu’il n’a rien à foutre du PIB.
Il y a, chez les Africains, quand ils vivent, dansent, aiment, et même quand ils tuent, une distance au monde, qui laisse toujours sa place au rire.
Chaque Européen est de plus en plus conditionné à croire qu’il est un morceau de viande sorti du néant par hasard et y retournant après un bref tour de piste.
Faut quand même pas trop s’étonner si les uns se marrent comme des billes alors que les autres tirent des tronches de pot de chambre style métro à huit heures du matin.
Le morceau de viande veut toujours avoir l’air frais. Ferme, la peau tendue. Les lèvres gonflées comme des pompes à bites.
Ne pas penser à la pourriture, à la fin. Ni en parler c’est d’un vulgaire !
Ne pas penser du tout, c’est encore bien mieux.
Compter.
Et une petite dernière, pour la route. Une phrase prononcée par Nelson Mandela pendant son discours d’investiture :
"Nous naissons pour révéler la gloire de Dieu qui est au fond de nous…"

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