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Condamné, « Le Nouvel Observateur » censure le jugement favorable à Pierre Perret

Pierre Perret a gagné, le 13 mai 2011, le procès qu’il intentait au Nouvel Observateur. Un article d’une de ses journalistes, Sophie Delassein, intitulé « Perret ou le pot aux roses  », prétendait que le chanteur fabulait quand il affirmait dans son livre « A cappella  », paru en 2009, qu’il avait rencontré l'écrivain Paul Léautaud dans les années 1950. 

La représentation censurée du jugement donnée par l’hebdomadaire est intéressante : elle obéit comme il se doit au principe fondamental qui régit la relation d’information  : nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire.
 
Plutôt que de présenter un résumé fidèle de ce jugement, Le Nouvel Observateur a préféré publier « un communiqué » flatteur (1). Cette méthode malheureusement confirme une partialité outrancière qui lui vaut justement cette condamnation.
 
1- La minimisation du délit 
 
L’occasion est donnée de vérifier qu’il n’y a pas de faute qui ne puisse être minimisée, voire niée par son auteur, quand bien même un tribunal, supposé impartial, se serait prononcé sur son existence.
 
- L’hebdomadaire se félicite, par exemple, de voir la condamnation pécuniaire réduite à des proportions plus modestes au regard des «  prétentions  » du plaignant : elle s’élève à 18.001 euros, soit plus de dix fois moins que les 215.000 euros demandés. N’est-ce pas, en effet, l’indice de la bénignité de la faute reprochée ?
 
- Inversement l’hebdomadaire « se réjouit que le tribunal (…) n’ait reconnu aucune « animosité personnelle de sa journaliste vis-à-vis de M. Perret »  ». N’est-ce pas un autre indice qui confirme implicitement la bénignité de la faute ? Elle serait donc due non à la malveillance mais à la seule erreur qui, comme chacun sait, est humaine.
 
2- Des omissions : le leurre de la mise hors-contexte
 
La concision du communiqué implique ensuite mécaniquement des omissions, faute de place disponible. C’est la technique même de la mise hors-contexte. Elle prend ici des proportions considérabbles
 
1- Omission de l’historique des faits
 
- Est ainsi écarté l’historique des faits délictueux soumis au tribunal. Le lecteur qui n’a pas suivi l’affaire quand elle a été examinée en audience, les 22 et 23 mars 2011, ne peut savoir quelles informations précises de l’hebdomadaire étaient contestées comme diffamatoires par Pierre Perret.
 
- Surtout, il ignore que l’audience du 23 mars avait tourné à la farce de façon mémorable, à la confusion du Nouvel Observateur. Un témoin de la journaliste, Sophie Delassein, venait de dire à la barre sa certitude que Pierre Perret mentait, quand, en réponse, l’avocat du chanteur s’est contenté de lire un article qui relatait les relations étroites que son client avait nouées avec Paul Léautaud. Qui en était le signataire ? Le témoin lui-même, Delfeil de Ton, un des plus anciens chroniqueurs du Nouvel Observateur qui avait ainsi présenté le récital de Pierre Perret à l’Olympia du 9 décembre 1986 au 4 janvier 1987. « Je ne m’en souviens pas, s’est-il exclamé penaud. Vraiment, je ne m’en souviens pas. Si je m’en étais souvenu, je ne serais pas venu faire le cornichon ici !  » On ne le lui fait pas dire. (2)
 
2- Omission des attendus sévères
 
Sont également omis les attendus du tribunal qui motivent la condamnation de l’hebdomadaire pour diffamation.
 
Or, s’il est exact que les dommages et intérêts ne s’élèvent qu’à 18.001 euros, les attendus du jugement sont d’une extrême sévérité. Sans doute le tribunal n’impute-til pas ouvertement à la journaliste « une animosité personnelle  » envers le chanteur, mais la représentation de la diffamation livrée par son jugement est la définition même de celle que dicte l’animosité d’une vindicte : « En procédant de la sorte, lit-on, Sophie Delassein, loin de l'étude littéraire dont elle se prévaut, paraît bien davantage s'être appliquée à dresser un réquisitoire d'une singulière violence, insoucieuse du contradictoire, portée par une coalition d'intérêts dont elle s'est fait imprudemment le porte-parole, à seul fin d'abattre, non sans une âcre jubilation dont témoigne le style et le registre du vocabulaire, la réputation d'un homme tenu pour aimable et jusqu'alors respecté qu'elle n'a pas même eu à coeur de contacter utilement, alors qu'elle ne pouvait ignorer qu'elle le touchait au plus sensible. » (3)
 
L’hebdomadaire, néanmoins, a-t-il lieu de se « réjouir » que « le tribunal ait jugé parfaitement légitime la publication d’un article sur ce sujet  » ? C’est bien le moins ! N’est-ce pas la règle de la liberté d’expression que de pouvoir tout dire sauf à répondre de ses excès devant un tribunal ? Quant au rejet du reproche qui lui est fait de n’avoir pas donné la parole à Pierre Perret sous prétexte qu’il aurait refusé de répondre, il ne suffit pas à expliquer l’article à charge écrit contre lui.
 
La mythologie journalistique est une nouvelle fois prise en défaut par ceux-là mêmes qui la répandent inlassablement pour leur promotion. Aux deux phases du traitement de l’information, l’hebdomadaire s’est montré défaillant. 1- Alors qu’il avait à disposition une information facile à vérifier puisqu’elle était tout entière contenue dans un jugement, il a préféré donner une représentation infidèle de la réalité. 2- Il a pris ensuite la décision de ne surtout pas publier une information qui lui était nuisible. On ne le lui reprochera pas : il ne fait somme toute que se conformer au principe régissant la relation d’information énoncé en introduction, et auquel tout émetteur obéit. Le seul grief, cependant, qu’on peut lui faire, est de propager à l’occasion avec les autres médias une mythologie de l’information qui ne correspond pas à la pratique. Paul Villach
 
(1) Communiqué du Nouvel Observateur, 13 mais 2011. 
« Le Nouvel Observateur a pris connaissance de la décision rendue en 1ère instance dans le procès que lui avait intenté Pierre Perret.
Pierre Perret a gagné vendredi le procès en diffamation qu'il avait engagé contre une journaliste du Nouvel Observateur, qui mettait en doute ses rencontres avec l'écrivain Paul Léautaud dans les années 1950. (c) Afp
Il se réjouit que le tribunal ait jugé parfaitement légitime la publication d’un article sur ce sujet et qu’il ait reconnu qu’il n’existait aucune animosité personnelle de sa journaliste vis-à-vis de M. Perret.
En revanche, il regrette que le Tribunal ait cru devoir lui faire grief de ne pas avoir recueilli la position de Pierre Perret alors que la journaliste avait cherché à le contacter et qu’il a refusé de la rencontrer. 
Il rappelle en outre que l’article en question s’appuyait avant tout sur les déclarations et les écrits de Pierre Perret lui-même.
Enfin, il relève que les premiers juges ont pris la mesure du prétendu préjudice de Pierre Perret en réduisant ses prétentions de 215.000 euros à 18.001 euros. »
(2) Pascale Robert-Diard, « Procès Perret, de l’art et du danger d’être témoin  », Blog du journal Le Monde, 23 mars 2011
(3) Jérôme Dupuis, « Pierre Perret vainqueur du Nouvel Obs par K.O.  », L’Express, 13 mai 2011
par Paul Villach mercredi 18 mai 2011 - 12 réactions
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