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Accueil du site > Tribune Libre > Conduite des hommes : I. Souffrance au travail

Conduite des hommes : I. Souffrance au travail

Depuis deux décennies les techniques managériales de mutation organisationnelle permanente, de travail en mode projet, de réingénierie, d’empowerment et de rémunération variable individuelle ont poussées les hommes, pardon ! les ressources humaines, vers la religion de la mobilité, la transformation permanente, la flexibilité, la polycompétence et l’individualisation des résultats au sein d’une entreprise prétendument individualisée pour le bien de tous.

Or, s’il est exact que ces évolutions peuvent offrir certaines opportunités de responsabilisation des salariés et de mise en place d’organisations moins hiérarchiques, elles font surtout peser de graves risques sur la santé mentale des travailleurs. Aussi nous ne pouvons que regretter le silence, en particulier politique et dans une moindre mesure journalistique, qui a longtemps prévalu à propos de la souffrance au travail.

 

‒ Nous regrettons d’abord l’injonction paradoxale à l’autonomie qui a été faite aux salariés, sans jamais s’être assuré qu’ils y soient prêts, sans toujours leur avoir donné les moyens afférents et sans avoir non plus suffisamment intégré le frein que constitue en parallèle la procéduralisation excessive du travail. L’organisation est aujourd’hui exagérément normée et l’employé n’a plus le droit, faute de se le voir reprocher, de dévier des tâches à accomplir les unes derrière les autres ;

 

‒ Nous regrettons en second lieu la mise en concurrence des équipes. Une sorte de compétition qui, à l’instar des pratiques individualisantes, des modes de travail concurrentiels et des menaces de mise au placard ou de licenciement, continue à ravaler les gens au rang de simples ressources ;

 

‒ Nous regrettons en suite l’idée même de qualité totale, comme nous le faisions dès 2004 dans une étude intitulée, Le management durable. Les appellations aux allures excessives comme, qualité totale, zéro défaut ou excellence qui ne font aucune place à la réserve, ignorent la nuance et oublient les concessions afférentes à l’imperfection humaine, sont à manier avec précaution, si ce n’est à regarder avec suspicion. La perfection n’est pas (encore ?!) de ce monde. D’ailleurs, si comme nous l’entendons de plus en plus souvent le risque zéro n’existe pas, comment la qualité totale pourrait-elle exister ?

 

À SUIVRE : Conduite des hommes : II. Que faire en ces temps du triomphe de l’individualisme ?


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5 réactions à cet article    


  • Jason Jason 5 février 14:02

    Très bon. le taylorisme, qui n’avait jamais entièrement disparu, est de retour véhiculé par les hommes en noir (les consultants), exécuteurs des basses oeuvres.

    Mais que disent les syndicats dans tout cela ?


    • christophe nicolas christophe nicolas 5 février 14:16

      Non, les réflexions sur les managers exploiteurs sont plus simples. Le patron dit « c’est un sale con mais j’en ai besoin ». C’est volontaire parce qu’ils sont guidés par la sélection naturelle dans leur petite tête. 

      Ils ne peuvent pas regretter ce qu’ils ont choisi, c’est du cinoche.

      • marmor 5 février 17:27

        Ce qui me serait salvateur, c’est que l’auteur, que j’imagine maître de conférences pour cadrillons encravatés à qui on s’adresse par circonvolutions verbiales, m’explique ce que signifie :
        techniques managériales de mutation organisationnelle permanente,
        l’injonction paradoxale à l’autonomie
        sans avoir non plus suffisamment intégré le frein que constitue en parallèle la procéduralisation excessive du travail.
        à l’instar des pratiques individualisantes, des modes de travail concurrentiels et des menaces de mise au placard
        Les appellations aux allures excessives comme, qualité totale, zéro défaut ou excellence qui ne font aucune place à la réserve, ignorent la nuance et oublient les concessions afférentes à l’imperfection humaine
        Mon Dieu, tant de phrases compliquées pour énoncer des choses simples !! C’est la novlangue, le jargon branchouille, au même titre que « le reférentiel rebondissant » pour dire ballon, ou « traverser l’eau en équilibre horizontal » pour dire nager !!!! Vous avez fait l’Ena, ou sciences po ??


          • gogoRat gogoRat 5 février 19:32

             Allez juste ce passage pour la route :

            • ’Bientôt une discipline s’impose à chacun : défendre et soutenir le message de valorisation et s’abstenir de toute critique au nom de la pérennité du service et de la solidarité face à l’adversité et à la concurrence . Il ne s’agit pas seulement de silence et de dissimulation, il faut faire disparaître les documents compromettants, faire taire les témoins ou s’en débarrasser.
              Il faut effacer la mémoire des usages du passé qui pourraient servir de point d’appui à la comparaison critique avec la période actuelle. La stratégie consiste à écarter les anciens des zones critiques de l’organisation, à les priver de responsabilités, voire à les licencier. 
              On a alors recours à la sous-traitance, chaque fois que des salariés quittent le service.
              Ainsi les traces de la dégradation dans les domaines de la qualité, de la sécurité sont désormais effacées. L’effacement des traces a une importance capitale. Il est destiné à retirer ce qui pourrait servir de preuves en cas de procédure ou de plaintes.
              Ce que redoutent les entreprises, ce sont les procès en justice qui pourraient déboucher sur des débats publics.
              Il faut maintenir le silence et la stabilité du mensonge

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