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Contrôle des chômeurs : le suivi mensuel est une arme atomique

Trois questions à Patrick Salmon, auteur de "Chômage, le fiasco des politiques" (Balland, 2006).

Les Échos annoncent aujourd’hui que 42 000 chômeurs ont fait l’objet de sanctions en 2006, un chiffre en très forte augmentation. Comment l’expliquer ?

. Ces chiffres ne me surprennent pas. Le premier constat à faire est qu’ils concernent un nombre très faible de chômeurs, à peine 2%. L’explosion du nombre de sanctions (qui concernaient environ 2 000 chômeurs en 2000 et 2001) naît des effets des textes. D’abord, elle correspond à l’explosion du nombre de convocations qui a découlé du suivi mensualisé des chômeurs au 1er janvier 2006. Quand on envoie plus de convocations, il y a forcément plus de gens qui ne viennent pas, et donc plus de gens qui font l’objet d’une sanction. La deuxième explication est la graduation des sanctions introduite par le décret du 2 août 2005 sur la recherche d’emploi. Avant, le retrait des allocations était total : le fait de moduler les sanctions a conduit à les appliquer beaucoup plus souvent. Le décret a également fait évoluer la notion d’emploi "acceptable" qui, au début des années 2000, était défini par la qualification, alors qu’il l’est maintenant par la notion beaucoup plus large de "compétences".

Ces derniers jours, la CGT a interpellé le gouvernement sur une augmentation des radiations "abusives". Partagez-vous ce constat, ainsi que celui du collectif Les Autres Chiffres du chômage (ACDC), selon qui l’augmentation des radiations a pour but délibéré de diminuer le taux de chômage ?

. La CGT a cité une quinzaine de cas de radiations "abusives", et je ne vois pas quelles conclusions on peut tirer d’un tel nombre. Il est certain que, quand on met en place une procédure de convocations massives, on peut trouver une quinzaine de cas où la lettre de convocation n’est pas arrivée. En revanche, je partage totalement les analyses du collectif ACDC. Je ne suis pas critique a priori sur la procédure de suivi mensuel des chômeurs (même s’il est moins pertinent pour certains, plus autonomes dans leurs recherches, que pour d’autres), mais il faut comprendre quel était l’objectif de cette mécanique : en 2005, Dominique de Villepin pensait être candidat à l’élection présidentielle et voulait donc afficher les meilleurs résultats possibles sur la "catégorie 1" des chômeurs [personnes immédiatement disponibles cherchant un CDI à temps plein, ndlr]. Ce suivi mensualisé est devenu une "arme atomique" qui peut faire disparaître beaucoup de gens, même pendant un mois seulement, des statistiques. Aujourd’hui, ce chiffre du chômage ne reflète plus rien, n’est plus pertinent pour construire une politique. Il ne conduit qu’à l’obsession du court terme et ne dit rien de la précarité, de l’emploi "inadéquat". Il faut sortir de ce fétichisme du chiffre, et le gouvernement partage d’ailleurs cette analyse puisqu’il a lancé une mission sur le sujet. J’ai cependant une crainte : il dit viser 5 % de chômeurs, et la tentation peut être de travailler plus sur l’indicateur que sur la réalité.

Le gouvernement souhaiterait fusionner l’ANPE et l’Unedic, mais ce projet suscite apparemment des réticences en interne. Pensez-vous qu’il serait susceptible d’améliorer l’efficacité du service public de l’emploi ?

. L’essentiel n’est pas là. Ce n’est pas parce qu’il y aura ou non une fusion que l’efficacité du service public de l’emploi sera plus ou moins grande. J’ai malgré tout une inquiétude sur l’approche "financière" ou "mercantile" qui peut en découler, alors que déjà la moitié des chômeurs ne sont pas indemnisés. Le risque est de sélectionner les "chômeurs rentables", ou de continuer à confier, comme cela existe déjà, l’accompagnement à des organismes privés afin de réaliser un bénéfice.

Propos recueillis par Jean-Marie Pottier (le jeudi 26 juillet 2007).
Cet entretien est paru sur Nouvelobs.com et Challenges.fr

par Patrick Salmon (son site) vendredi 27 juillet 2007 - 79 réactions
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  • Par IP115 (xxx.xxx.xxx.46) 27 juillet 2007 20:41

    Vous semblez oublier que dans assedic il y a "assurance" ... Cela veut en particulier dire 2 choses :

    1) Que les assedics ne vous font pas de cadeaux, il vous versent une allocation correspondante aux sommes pour lesquelles vous avez cotisé (calculez ce qu’un salarié et son patron ont dû verser pendant parfois plus de 20 ans avant que les assedics ne lui octroie royalement une 20ne de mois d’allocations, et encore très inférieure à son salaire et en le traitant comme un parasite avec présemption de tricherie) ...

    2) Comme toutes les assurances, les assedics couvrent un RISQUE, celui de perdre son emploi ... Les chomeurs ne sont pas des coupables mais des victimes !

    Vous pourrez convoquer les chomeurs 3 fois par jour, s’il n’y a pas d’emploi à leur proposer, cela ne sert à rien d’autre que de donner l’impression aux agents des ANPE de travailler !

    Pour diminuer le nombre de chomeurs c’est sur les entreprises qu’il faut travailler : aide à la création d’entreprise, diminition des charges, incitations fiscales à l’embauche, aider les entreprises à se développer et ne pas délocaliser (en travaillant sur la TVA sociale comme les font de plus en plus de pays, au lieu de se contenter de critiquer bêtement) et en charchant d’autres pistes !

  • Par ripouette (xxx.xxx.xxx.201) 27 juillet 2007 15:30
    ripouette

    Bah j’aime bien moi la différenciation ANPE/ASSEDIC.

    L’ANPE premier t’acceuil et te dis : "Non désolé, on a pas de travail pour vous !"

    L’ASSEDIC t’accueil et te dis : "Non désolé vous n’avez plus le droit à aucune indemnité, allez voir l’assistante sociale de votre Mairie".

    Vous voyez bien que c’est pas le même métier !!! Faut pas tout mélanger !

  • Par Cris Wilkinson (xxx.xxx.xxx.107) 27 juillet 2007 16:07
    Cris Wilkinson

    Ce que j’adore à chaque fois que l’on parle des chômeurs, c’est qu’il y a toujours quelqu’un de l’ANPE pour venir défendre ses pauvres oies.

    Le seul problème de la chose c’est que beaucoup de personnes travaillant à l’ANPE n’ont jamais été chômeurs.

    Ayant été chômeur, je peux dire que je n’ai pas fait longtemps confiance à l’ANPE pour me trouver du travail et pourtant j’y suis souvent allé et j’ai vu, plutôt j’ai essayé, de voir beaucoup de monde.

    Sinon, il y avait une chose de bien dans ma ville, c’est que mon agence ANPE était espacé de juste ... 7km des Assedic, rigolade pour un chômeur. Alors que cela aurait été si simple de mettre les deux bâtiments l’un à côté de l’autre.

  • Par Gilles Louïse (xxx.xxx.xxx.91) 27 juillet 2007 18:55
    Gilles Louïse

    Le chômage de masse est irréversible mais la classe politique est très loin d’envisager de le reconnaître.

    De même qu’il a fallu plus de trente ans pour pouvoir prononcer le mot « immigration » sans se faire traiter de fasciste, de même il faudra probablement un temps équivalent pour qu’on reconnaisse publiquement qu’il n’y a plus de travail et qu’il n’y en aura plus jamais.

    D’autre part, les mots « chômeur » ou « demandeur d’emploi » ne sont pas bons, ils sont très dévalorisants et ne correspondent pas à la réalité : il faudrait plutôt dire « disponible ». La société devra accepter toute une frange de population disponible. Le problème n’est donc plus de donner de travail aux disponibles, il est de leur donner une allocation de survie en échange de leur disponibilité.

    Le travail est une forme de pouvoir et le pouvoir a une caractéristique très simple : il se prend, il ne se donne pas.

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