Une période d’essai de trois mois est parfois vécue comme un peu longue pour les deux parties. Alors, que penser d’une période d’essai de deux ans... La période d’essai va-t-elle être désormais vidée de sa substance ?
La proposition faite par notre gouvernement de créer un nouveau contrat de travail instaurant une période d’essai de deux ans dérogatoire du droit commun semble, curieusement, ne pas trop choquer dans sa forme.
Elle est combattue sur le fond par les étudiants, les syndicats ouvriers, de nombreuses associations, les partis politiques non sarkozistes, et d’autres groupes encore, sans compter la multitude des personnes privées qui s’indignent de cette permission de tuer l’emploi. Leur attitude est logique. Leurs arguments sont rationnels. Leur refus est l’expression d’une solidarité fraternelle avec les jeunes travailleurs, qu’ils soient employés ou cadres.
Or, si je me place, en la circonstance, dans la peau d’un cadre dirigeant, chef de service ou équivalent, je me sens blessé, meurtri, méprisé.
Dans ma vie professionnelle, j’ai eu souvent la responsabilité de recruter. Et je sais ce qu’est au quotidien la réalité d’une période d’essai. C’est un moment privilégié, dans la relation avec le nouveau collaborateur, où l’on fait tout pour l’écouter, le former, l’aider à s’intégrer, tout en acceptant son originalité, pour réussir son embauche, car on en sait et le coût et la nécessité, et qu’elle est donc investissement.
Trois mois pour décider si l’idée de faire un plus ou moins long bout de chemin ensemble est viable, c’est déjà beaucoup de temps de réflexion. Souvent, les contrats "sur mesure" prévoyaient une progressivité raisonnable de cette période d’apprivoisement mutuel. Rarissimes étaient les renouvellements, qui impliquaient contractuellement l’accord formel du collaborateur.
Notre gouvernement, dans sa grande ignorance de la réalité des liens affectifs et sociaux qui s’établissent entre un patron et son nouveau collaborateur, pense qu’une période d’essai peut durer deux ans...
C’est faire injure aux capacités ordinaires des cadres ordinaires, qui n’ont pas besoin d’autant de temps pour valider une décision d’embauche. J’espère que les syndicats de cadres ne vont pas hésiter à stigmatiser ce jugement négatif porté sans nuances sur la capacité de celles et ceux qu’ils représentent à tenir avec succès une des responsabilités majeures de leur propre poste.
J’attends avec intérêt qu’un, un seul, des députés qui voteront cette disposition, prouve l’utilité d’une période d’essai de deux ans.
Je veux bien que le législateur tente d’imposer, contre toute logique de la motivation et de l’engagement, de l’honneur allais-je dire (que Philippe d’Iribarne me pardonne ce détournement de titre), le droit de mettre fin à un contrat de travail, endéans les deux ans, sans avoir de justification à apporter. Mais qu’il habille ce droit de tuer l’emploi en usant d’un vocabulaire tel que « durée de la période d’essai » relève, à mon avis, d’un autre abus : l’abus de terminologie.

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