Cette exposition est une véritable merveille. Dans un premier temps, il fut question qu'elle se déroule au Louvre. C'est finalement Le Musée d'Orsay qui a donné son feu vert. Elle se déroulera donc là bas du 16 MARS AU 27 JUIN 2010
Au départ, elle était " le rêve " souhaité par Maitre ROBERT BADINTER, avocat, ancien garde des Sceaux.
Il avait dans l'idée une manifestation pour commémorer l'abolition de la peine de mort qu'il a fait voter en FRANCE en 1981, avec une histoire sur la justice depuis 1789, le pouvoir judiciaire d'alors, la guillotine et son application.
De l'autre côté du projet, se trouve JEAN CLAIR, commissaire de ladite exposition, mais aussi Conservateur du patrimoine, Professeur d'art au LOUVRE, membre de l'Académie Française, qui, lui , voyait les choses de façon différente : il pensait à quelque chose de plus " vaste et audacieux "couvrant, effectivement, la justice de 1789, la guillotine et les exécutions d'alors, et....LEPELETIER SAINT FARGEAU qui en 1791 avait réclamé la suppression de la peine de mort ......allant ainsi d'une part jusqu"à la veille de la guerre mondiale compte tenu que la dernière exécution publique eut lieu en JUIN 1939 avec WEIDMAN .... et jusqu'à 1981 , d'autre part, année où son abolition fut votée en FRANCE
La réalisation de ce projet a donc été la " confrontation " des deux avis de ces deux hommes : BADINTER qui a mis la " guillotine " au musée .... et CLAIR , l'académicien lecteur de SADE, qui "psychanalyse" tout.
Mais au final, ils sont tombés d'accord pour l'organisation de la fascinante exposition qu'ils nous proposent au MUSEE D.ORSAY, réunissant environ 450 pièces (tableaux, sculptures, dessins, gravures, illustrations anciennes, discours importants, objets....).
et bien entendu ...... La Guillotine
Elle est la pièce maitresse de l'exposition : Robert BADINTER a eu beaucoup de mal à se la procurer : il y avait bien celles du MUSEE CARNAVALET mais ce sont celles de la Révolution.
Or, il tenait absolument à avoir celle qui a fonctionné en FRANCE jusqu'en 1977
Il faut savoir que cette guillotine avait été complètement démontée par l'administration pénitenciaire et remise, au départ, au Musée des arts et des traditions populaires.
Mais ce musée a fermé ses portes et toutes les pièces qui se trouvaient là furent dispersées dans d'autres musées.
Il y a deux sortes de crimes que l'expo n'a pas volontairement souhaité aborder : le crime de guerre et le crime de masse, parce que sujets beaucoup trop épineux, et sujets à des controverses idéologiques.
Revenons, dès lors, à ce qui figure au Musée d'Orsay :
Avant 1789 , les criminels étaient jugés à huit clos - on les découvrait au moment de leur exécution.
Une des premières mesures de l'Assemblée Constituante sera de rendre les procès publics comme cela se faisait , alors, en Angleterre.
C'est ainsi que l'on verra, dès 1789, la foule se précipiter pour voir le tribunal à l'oeuvre, ce tribunal qui rendait la justice ... et ce pour la première fois. Déjà les artistes croquaient les premières esquisses ou gravures.
Ci dessous la salle des pas perdus du Tribunal révolutionnaire :
.
En décembre 1789 se fait connaître Joseph Ignace GUILLOTIN, Avocat, issu de la haute noblesse de robe, révolutionnaire engagé, disciple de ROUSSEAU, un proche de ROBESPIERRE, franc maçon qui faisait partie de la loge PHOENIX, et, qui demandera, durant ces débats , l'abolition de la peine de mort avec sa célèbre phrase :
" ce n'est pas dans le XVIIIe siècle que l'on doit consacrer une erreur des siècles précédents "....
Les débats furent houleux car les avis très partagés ..... chacun y allait de son opinion .... ROBESPIERRE montera à la tribune à cette époque avec un discours pour réclamer l'abolition d'une peine injuste et inefficace.
Ses opinions changeront et cela au fur et à mesure que l'on avancera dans la Révolution. Ce sont, probablement, les évènements qui feront changer cet homme et l'éloigneront des principes, finalement généreux, qui étaient les siens , alors.
LE PELETIER SAINT FARGEAU échouera dans sa tentative de demande de suppression de la peine de mort, mais il fera voter l'abolition de la pendaison, celle de la torture , et, l'Assemblée acceptera en 1792 la proposition de GUILLOTIN , et, décrètera que " tout condamné à mort aura la tête coupée "
Elle confiera le projet d'exécution au Dr ANTOINE LOUIS : chirurgien, légiste, secrétaire de l'académie de chirurgie, spécialiste de l'anatomie humaine , qui , donnera des idées bien précises pour la construction de cette fameuse machine à couper les têtes
La première proposition de construction fut celle du charpentier royal GUICHON mais elle fut refusée en raison de son coût 5600 Livres de l'époque. Ce fut donc celle de TOBIAS SCHMIDT , un fabricant de clavecins, qui fut retenue, pour 960 livres pièce de l'époque.
Au départ, on avait décidé une lame horizontale , mais lorsque des essais furent réalisés sur des moutons et des cadavres dans la cour de l'hôpital BICETRE, en présence du Dr LOUIS, Dr PIERRE JEAN GEORGES CABANIS, l'aliéniste PHILIPPE PINEL, et, le célèbre bourreau SANSON, on s'aperçut qu'elle se révélait être inefficace , et, comble de l'histoire, CHARLES HENRI SANSON, le bourreau, a raconté , dans ses mémoires, que c'est LOUIS XVI , en personne, passionné de mécanique qu'il était, qui suggéra l'emploi d'une lame oblique.
Cette machine va avoir plusieurs noms au fin de temps et des années :
Puis, "GUILLOTINE" : en rapport à GUILLOTIN , qui , du reste, n'a pas du tout apprécié que l'on associe son nom à celui d'une machine. Il revendiquait le fait d'avoir été, certes, celui qui avait proposé "autre chose " , mais il disait n'être ni l'inventeur, ni le constructeur, et n'a jamais assisté à une exécution pour voir la machine " en marche ".
On l'a appelée " LA VEUVE " , aussi, en raison du voile noir qui la recouvrait lorsqu'elle ne servait pas
Louis Ferdinand CELINE l'avait appelée L e prix goncourt des assassins.
La première exécution publique aura lieu en 1792, PLACE DE GREVE
(actuelle PLACE DE L.HOTEL DE VILLE ) à PARIS , et, le condamné s'appelait Jacques Nicolas PELLETIER, un voleur.
Puis, La Convention, juridiction criminelle, va mettre en place le Tribunal Criminel exceptionnel, appelé le Tribunal Révolutionnaire, avec, entre autres, celui qui a largement contribué à sa création : DANTON grand orateur, fondateur du CLUB DES CORDELIERS en 1790
Ce Tribunal comprenait en ses rangs avec le célèbre accusateur public : FOUQUIET TINVILLE, qui ne faisait pas dans la demi mesure : avec lui c'était l'acquittement ou la guillotine.

Ce tribunal va fonctionner à plein régime.
Peu à peu le spectacle morbide de la décapitation deviendra fort intéressant , les gens payaient même très cher à ceux qui avaient une fenêtre donnant sur la "scène' ..... et cela , surtout lorsque l'on va décapiter des personnages célèbres, Place de la Révolution ( Place de la Concorde actuelle) avec :
- en 1793 : LOUIS CAPET : LOUIS XVI , Roi de FRANCE, condamné par le Tribunal Révolutionnaire :

- MARIE ANTOINETTE : qui elle sera jugée, par le Tribunal révolutionnaire, de façon expéditive, accusée de trahison, d'avoir dilapidé le budget de l'état , d'avoir été une mauvaise mère, d'être une femme immorale. Après avoir été arrêtée avec son époux à VARENNE, elle sera emprisonnée au TEMPLE, puis conduite à la CONCIERGERIE, et, elle aussi exécutée, PLACE DE LA REVOLUTION

Il y aura aussi les exécutions des GIRONDINS / ROBESPIERRE / ST JUST / CAMILLE DESMOULINS / HERAULT / DE SEYCHELLES / FABRE D.EGLANTIN / CHARLOTTE CORDAY / MME DU BARRY / PHILIPPE D.ORLEANS etc etc etc .... sans oublier DANTON qui au moment d'avoir la tête coupée dira au bourreau :
" vous pourrez montrer ma tête au peuple , elle en vaut bien la peine !!! "

Durant l'époque de la Terreur, cette période si troublée, la guillotine fonctionnera beaucoup. On comptait alors 50 machines à travers la FRANCE, et 40000 personnes exécutées.
" les têtes tombent comme des ardoises " disait FOUQUIER TINVILLE. A cette époque , les procès étaient bâclés, les auditions des témoins supprimées, et on abrégeait les plaidoiries.
Les condamnés faisaient partie pour 85 % du Tiers état, 8,5 % de la Noblesse et 6, 5 % du Clergé
L'exposition du MUSEE D.ORSAY ce sont toutes ces évocations au travers des documents, des objets, des gravures..... mais c'est aussi d'autres évocations artistiques du CRIME ET DU CHATIMENT au travers des artistes qui ont été " fascinés " par le sujet et qui seront donc évoqués :
RAYMOND BRACASSAT et la tête décapitée de GIUSEPPE FESCHI :

Les têtes des BANDITS HAZEBROUCK :

Les masques mortuaires de LORENZO TENCHINI : ce dernier était professeur d'anatomie humaine à PARME en ITALIE - il a fait une trentaine de masques mortuaires d'après des têtes décapitées sur lesquelles il réalisa un grand nombre d'études approfondies. Ces têtes et ses études furent remises, la première fois, lors du CONGRES NATIONAL DE LA CRIMINOLOGIE en 1906, et, en temps normal elles se trouvent au MUSEE D'ANTROPOLOGIE CRIMINELLE à TURIN. 
Mais aussi GERICAULT pour ses TETES DE SUPPLICIES : une tête de femme qui semble " reposée " dit il, et, une de l'homme plus horrible ..... mais aussi son Etude de pieds et de mains : et cette fascination du peintre pour les membres coupés qu'il allait chercher dans l'amphithéâtre de dissection de l'hôpital BICETRE qui se trouvait tout près de son atelier ( les têtes de suppliciés viennent de là , également )


On y trouve également une pièce légendaire : le discours de VICTOR HUGO : un siècle se passera après la mort de l'écrivain pour que l'abolition de la peine de mort soit votée en FRANCE - VICTOR HUGO fut de ceux qui se seront battus avec acharnement pour convaincre leurs contemporains de l'inhumanité de ce châtiment. Voici le discours en question (cliquez dessus pour le voir en grand)
Voilà très rapidement, un bref échantillon de ce que représente l'exposition du MUSEE D.ORSAY.
La guillotine, celle qui a servi pour la dernière fois en 1977, sera exposée non loin du tableau de WARHOL " THE BIG ELECTRIC CHAIR.


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