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Crise de l’euro : crises sociales et spéculateurs-vautours

La crise de l’euro a quitté aussi rapidement qu’elle était venue les affichages médiatiques. Tandis que les grands médias français évoquent faits divers, petites phrases et gesticulations politiciennes, la zone euro glisse progressivement vers des crises sociales graves, tandis que les spéculateurs-vautours profitent des évènements et conseillent en même temps les autorités européennes, et que des falsifications de plus en plus grosses des comptes publics d’Etats de la zone euro apparaissent.

Heureusement, la presse internationale est là pour révéler et enquêter, choses rares dans les médias français. Ce qui permet de ramener les informations vers le public français.

Des comptes publics falsifiés dans toute la zone euro

Le gouvernement français, comme la plupart des gouvernements de pays de la zone euro, ne s’était pas trop montré critique envers les pratiques des gouvernants grecs depuis 1995 jusqu’en 2010, notamment sur les trucages budgétaires avec la complicité technique et financière de Goldman et Sachs de 2001 à 2009. Ces maquillages financiers et budgétaires ont reçu un nom satirique des journalistes américains spécialisés : «  la comptabilité créatrice »

http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/02/24/antigone-loudiadis-banquiere-chez-goldman-sachs-et-habilleuse-de-dette_1310677_3234.html

On comprend mieux cette compréhension bienveillante en forme de quasi-absolution puisque les autorités françaises pratiquaient et pratiquent elles aussi le camouflage et la transformation de leurs dettes publiques afin qu’elles n’apparaissent pas toutes dans les comptes publics.

Ce lien montre comment, en partenariat avec les politiciens grecs de l’époque, la sphère financière a ORGANISE, pour ses propres intérêts, ce qui a été appelé par certains la « crise grecque » :

http://www.nytimes.com/2010/02/14/business/global/14debt.html?em

L’article en lien ci-dessous démontre que la Grèce et la France peuvent se faire une honnête concurrence dans l’art de la tromperie sur la réalité comptable publique, avec pour la France, en plus, une dette sociale qui sert au final à engraisser les bénéfices de certaines banques, ceci pendant que les systèmes sociaux sont déclarés officiellement par ce même gouvernement en péril, ce qui dénote une nette hypocrisie :

http://www.rue89.com/jean-de-maillard/2010/02/23/comment-la-france-cache-120-milliards-d-euros-de-dette-publique-139993

Ces informations sur les comptes publics français sont d’autant plus instructives et pleines d’une saveur ironique que, le 14 février 2010, le Président français de la BCE, Jean-Claude Trichet, faisait mine de dénoncer le «  mauvais exemple grec  », comme si ce pays était le seul à avoir menti, truqué et falsifié ses comptes publics. Il déclarait même n’avoir « AUCUN DOUTE » sur l’honnêteté des comptes publics des 15 autres pays de la zone euro :

http://www.gfmag.com/latestnews/latest-news.html?newsid=3697844.0

Voilà que la réalité le dément sans pitié pour la France aussi !

Cependant, même les journaux financiers comme le Wall Street Journal, le Financial Times ou des économistes à titre personnel, estiment que de nombreux pays de la zone euro ont truqué, de diverses manières, leurs comptes publics annoncés.

La Grèce est citée en tête parce que les médias financiers ont focalisé leur attention sur ce pays, et parce que ses fraudes ont commencé bien avant 2001, donc avant son entrée dans la zone euro :

http://cn.wsj.com/big5/20100218/beu152237_ENversion.shtml

Ainsi, des pays comme le Portugal, mais aussi l’Italie, sont suspectés de comptes publics falsifiés. Qui d’autre encore demain suite aux recherches des journalistes investigateurs ?

Eurostat n’a jamais rendu compte, objectivement, honnêtement, du fait des techniques bancaires et financières habilement utilisées et sans cesse modifiées pour la tromper, des réalités des comptes publics au sein de la zone euro.

Ce n’est pas de la faute de cet organisme statistique et de ses personnels bien sûr. Il est en effet devenu clair que presque tous les pays ont utilisé des moyens falsificateurs sophistiqués pour camoufler les réalités et faire semblant de respecter les critères fixés par les Traités de Maastricht et de Lisbonne. Cet excellent article le relate avec clarté :

http://cn.wsj.com/big5/20100218/beu152237_ENversion.shtml

Crises sociales et spéculateurs-vautours

Tous ces faits économiques, financiers, budgétaires ont une traduction sociale concrète pour les citoyens de la zone euro, et pour ceux des 11 autres pays de l’UE.

D’un côté, pour l’immense majorité de la population, les conséquences sont : le chômage croissant de masse, les licenciements par vagues successives, l’économie productive en régression, les salaires en diminution, les systèmes de santé collective, d’instruction publique et de sécurité sociale détruits ou réduits, sans parler de la montée de la précarité de l’emploi et des souffrances diverses au travail pour celles et ceux qui en ont encore un.

De l’autre, pour une infime minorité de la population, les annonces sont bonnes et fructueuses : le rendement des obligations de l’Etat grec rapportent 7% par an pendant que la population grecque va être poussée à une pauvreté économique et une misère sociale indignes d’une civilisation humaine moderne ; en France, tandis que les banques voient leurs bénéfices exploser alors que la récession a battu un record depuis 1945 en zone euro, alors que les bonus et salaires mirobolants de dirigeants de grands groupes se montrent avec une fierté indécente, alors que le Président de la République, les députés, les sénateurs et les ministres se sont octroyé des avantages-privilèges financiers ( régimes spéciaux) ahurissants et contradictoires avec l’intérêt public, il va être poussé dans le débat public des discussions sur le montant à diminuer des retraites, des pensions, des allocations chômage et des revenus de la majorité de la population !

Il en est de même dans le reste de la zone euro et de l’UE, sous des formes différentes.

En un mot, il se prépare en zone euro, au nom d’une crise d’origine mondiale, aggravée par des mensonges et falsifications dans la comptabilité publique des Etats et par l’existence même de la monnaie dite commune, un TRANSFERT ACCRU des revenus du corps social dans son ensemble..... vers les banques et la sphère financière, par le jeu intermédiaire d’une spéculation effrénée, acceptée et encouragée au niveau le plus haut.

Georges Soros, un des plus habiles et cyniques spéculateurs mondiaux, explique même comment et pourquoi la zone euro, l’euro et ses règles sont une aubaine formidable pour les spéculateurs. Il détaille les choses avec sérénité, se gardant avec modestie de son rôle connu dans la situation actuelle dont il profite largement et entend profiter encore plus dans le futur.

Dans ce but, pour ses intérêts bien compris de spéculateur avisé, il pousse même plus loin en conseillant les gouvernements sur leurs choix politiques : quand la spéculation aura «  coulé » les maillons faibles de la zone euro, il faudra- selon G. Soros, que les Etats plus « riches » de la zone paient leur dû aux « marchés financiers  ».

En clair, il faudra une zone euro solidaire politiquement dans sa rétribution croissante de la richesse publique commune aux 16 pays à la spéculation ! De son point de vue, il a parfaitement raison car cette orientation politique est celle qui garantira le paiement réel de toutes ses activités spéculatives. Charité bien ordonnée commence par soi-même :

http://www.ft.com/cms/s/0/88790e8e-1f16-11df-9584-00144feab49a.html

Où vont les 325 millions d’habitants de la zone euro ?

Comme le disait un avocat d’affaires allemand réaliste et clairvoyant :

«  les vautours de la spéculation ont su utiliser l’euro, créé pour leurs seuls intérêts, afin de s’assurer que 16 pays et tous leurs habitants seraient solidaires, via cette monnaie, afin de payer collectivement les actes frauduleux commis au profit exclusif des prédateurs de la sphère financière  ».

La campagne qui vise à créer maintenant une zone euro « politique  » plus solidaire n’a d’autre sens que de pousser les habitants des 16 pays concernés sur cette voie dévastatrice, économiquement, socialement et humainement.

A l’opposé, si l’on veut préserver les intérêts essentiels des populations des 16 pays de la zone euro, si l’on veut sauver l’économie productive, les emplois, les revenus des citoyens, il devient fondamental pour tous les habitants concernés de sortir du carcan collectif de la zone euro, donc, ce faisant, du poids et des conséquences de la dette collective solidaire de la zone, fruit vénéneux, entre autres, des falsifications et des manipulations.

Il s’agit là, très pragmatiquement, de la seule solution apte à stopper net la spéculation sans fin que l’existence même de la zone euro nourrit comme un corps malade entretient son cancer destructeur.

par Philippe Vassé vendredi 26 février 2010 - 110 réactions
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  • Par Tristan Valmour (xxx.xxx.xxx.206) 26 février 2010 12:10

    Excellent article.

     

    Tout n’est que trucage et mensonge, la comptabilité publique comme la comptabilité des entreprises privées. Pourquoi les règles comptables et financières seraient-elles aussi compliquées si ce n’était pour les confier à une petite équipe de spécialistes et tenir la majorité des personnes dans l’ignorance ?

     

    Chaque jour nous apprenons, ouvriers, employés, cadres, petits et moyens patrons que nous ne sommes que des esclaves d’un système inique qui oppresse l’écrasante majorité au profit d’une infime minorité. Je rappelle que les serfs et les esclaves pouvaient être payés sous l’antiquité comme à l’époque médiévale puisqu’ils pouvaient racheter leur liberté.

     

    Esclavage oui, parce que la liberté n’est qu’un vain mot lorsqu’elle n’est pas accompagnée de son exercice. On a le droit de circuler d’une ville à une autre, mais on en a moins les moyens.

     

    Or, de l’argent, il y en a. Beaucoup. Enormément. Mais il a été capté légalement par certaines personnes grâce à un système mis en place par les gouvernants pour elles.

     

    Contrairement à ce que je lis, on n’est pas dans un système libéral, mais dans un système profondément étatiste qui a fait le jeu d’une oligarchie économique et financière.

     

    Face à cette menace sur nos libertés, il faut réagir collectivement au-delà de nos petites différences. Nos petites divisions sont entretenues par des sujets polémiques et stériles comme la couleur de peau, la religion ou encore des faits de droit commun. L’essentiel et l’urgence sont ailleurs.

     

    Le moyen ne peut pas être politique, ce domaine est complètement verrouillé. Le moyen est économique.

     

    Il n’y a aucune fatalité à permettre aux banques de disposer d’un tel pouvoir. Il n’y a aucune fatalité à permettre aux constructeurs d’inventer des matériaux à durée de vie limitée afin que l’on renouvelle plus fréquemment notre parc de matériels. Il n’y a aucune fatalité à offrir à l’industrie pharmaceutique les moyens de contrôler notre capital santé. Il n’y a aucune fatalité à observer notre famille et nos voisins se paupériser. Là où l’on voit la fatalité, ce n’est que le reflet de notre passivité, de notre lâcheté.

     

    Devenons ces banques, ces constructeurs, ces industries pharmaceutiques. Créons une association qui avec nos dons initiaux proposera des produits et services pour satisfaire nos besoins. Secteur par secteur, petit à petit, nous remplacerons ainsi l’oligarchie par la démocratie.

     

    C’est notre consommation qui enrichit l’oligarchie, alors consommons les produits que nous fabriquons selon des règles humanistes qui interdisent un écart trop important entre les fortunes, et qui donne à tous la possibilité de vivre une vie digne et humaine.

     

    Dans une association, il n’y a pas de parts sociales, donc aucun risque qu’elle ne devienne la propriété d’une minorité. Dans une association, on peut inclure dans les statuts des rémunérations maximales.

     

    Les nostalgiques des services publics peuvent les recréer sous forme d’association. Les libéraux pur jus n’y trouveront rien à redire car une association est une initiative privée.

     

    Il faut assécher l’oligarchie par le boycott et la remplacer par la création de produits et services. Cela me semble la seule alternative légale à la violence illégale qui est aussi une menace.

     

    Je refuse d’être un esclave ou une victime. Qui d’autre ?

  • Par Philippe Vassé (xxx.xxx.xxx.104) 26 février 2010 12:40
    Philippe Vassé

    BA,

    L’attitude des banques allemandes, nationales ou liées aux Länder, est naturellement prudente car elles ne veulent pas se retrouver piégées avec des créances insolvables.

    La crise continue, et ce qui par contre, étonne dans l’actualité nationale française, c’est que plus le danger est proche, plus on évite d’en parler.

    Quand un typhon arrive en Asie, on s’y prépare collectivement afin d’y faire face. Là, un cataclysme est annoncé et prévisible, mais les guetteurs sont muets et les structures d’alerte silencieuses.

    Etrange actualité française, petite, ridicule, risible, qui s’intéresse à l’écume des choses et ne voit pas la vague déferlante qui arrive.

    Bien cordialement,

  • Par Philippe Vassé (xxx.xxx.xxx.104) 26 février 2010 13:07
    Philippe Vassé

    Bonjour,

    Complément à l’article au fil de l’information par l’auteur de l’article.

    Une mise de 5 millions de dollars pour un possible rapport de....100 millions de dollars : la spéculation que permet et favorise l’euro contre 16 Etats se renforce selon cette information émanant du Wall Street Journal :

    http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2010-02-26/de-grands-hedge-funds-americains-joueraient-l-euro-a-la-baisse/916/0/428317

    On est loin, très loin des discours de 2002 sur les vertus anti-spéculatives supposées de l’euro. La réalité est là, bien vivante.

    La question qui reste posée est : qui va payer ces 100 millions de dollars pour 5 misés aux spéculateurs ? La réponse est assez simple : les 325 millions de citoyens de la zone euro et aussi, dans une part variable, les habitants des 11 autres pays de l’UE.

    Pendant que ces informations tombent, la BCE, les gouvernements, les institutions européennes ne font rien contre cette spéculation cynique et destructrice, tous laissent faire, bradant ainsi clairement l’intérêt public des populations au bénéfice direct des spéculateurs qui annoncent déjà sans vergogne leurs probables profits fondés sur l’appauvrissement des citoyens de 16 pays !!!

    Bien cordialement,

  • Par Peachy Carnehan (xxx.xxx.xxx.68) 26 février 2010 17:28
    Peachy Carnehan

    Personnellement je n’en démords pas, il faut exproprier les banques d’investissements (actionnaires) et créer un service public du dépôt (épargnants).

    Pour mettre fin à la spéculation crapuleuse il n’y a techniquement pas d’autre solution. Et surtout pas celle consistant à vouloir "moraliser" les Goldman Sachs, Madoff, Kerviel en tablant sur leurs éventuels remords.

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