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Critique de l’émancipation selon N Sarkozy

Figurez-vous que N Sarkozy, chef de l’Etat français, a évoqué l’émancipation dans un de ses discours (1). Bon c’est rare. Très rare.

Si vous avez loupé ce moment, il vous faut juste écouter ou lire ou relire son discours en participation au "grand débat" sur l’identité nationale lancé par Eric Besson . Occupé à fournir des réponses sur d’autres aspects de son discours le thème de l’émancipation est passé inaperçu . Émancipation de qui par rapport à quoi ? Quelle domination ? Écoutons d’abord N Sarkozy. "La France est un pays d’émancipation où chacun aspire à s’élever selon ses talents, ses mérites, son travail".

Le début de phrase porte sur l’aspect collectif de l’émancipation et la fin de phrase sur l’aspect individuel. De ce point de vue on peut dire que N Sarkozy prend en charge les deux volets de l’émancipation. Une prise en charge particulière !

I - Critique de l’aspect COLLECTIF de l’émancipation selon N Sarkozy

Il dit : La France est un pays d’émancipation. Veut-il dire que la France est périodiquement adepte de grands mouvements de contestation, de résistance, de révolutions sociales ? Il le sait mais c’est précisément ce qu’il veut nier. Cet effacement se fait en deux temps, dans l’aspect collectif - ici - et dans l’aspect individuel (en II).

Dans la conception de N Sarkozy l’émancipation collective est déjà là. Et même pour une grande par elle relève même du passé. La tâche est donc accomplie. Il n’y a plus de lutte collective de libération a engager. Sans trop faire dans la surinterprétation, on peut penser que N Sarkozy s’inscrit dans le courant de pensée qui voit dans la Révolution française de 1789 une révolution achevée. Sans doute l’histoire de France depuis lors a montré des reculs et des avancées en matière de droits démocratiques, de droits humains mais le cadre est posé pour lui comme pour les libéraux. Les français doivent faire avec puisque la France est sortie de l’ombre et de la domination des ordres rigides qui caractérisait le Moyen Age en 1789.

Petit doute quand même. Voilà qui semble contredire certains de ses propos de campagne de 2007 sur l’identité nationale française ; une identité qui remonterait à la nuit des temps et que les identitaires reprennent aujourd’hui. Rapprochement : Le néolibéralisme a une spécificité qui le distingue du libéralisme classique qui fait que l’émancipation peut être plus celle des marchés que des droits humains. Fin aout 2007, devant une assemblée de patrons du MEDEF, N Sarkozy faisait l’apologie de l’entrepreneur. Voilà une catégorie sociale, une " section de peuple " qui doit avoir les " coudées franches " pour la conquête des marchés. L’émancipation des marchés se décline en émancipation des entrepreneurs et des entreprises. Point d’émancipation pour les travailleurs. De la subordination et mieux, une acceptation consciente des contraintes comme signe de liberté puisque philosophiquement il faut accepter ce que l’on ne peut changer.

Le mérite de cette position, avec son infléchissement, si elle est correctement explicitée, montre à quel point pour la droite, la révolution de 1789 est achevée. La question sociale apparue au XIX siècle ne saurait déboucher sur une autre révolution qui prendrait la suite de celle de 1789. La Commune de Paris de 1871 n’est donc pas un pas de plus vers l’émancipation collective mais une erreur du peuple en colère. Pour la Gauche, à quelques exceptions, la Révolution française est une promesse, un commencement, un appel à la citoyenneté, à la construction d’institutions sociales. L’émancipation collective est loin d’être terminée. L’histoire donne pour partie raison à la gauche. Dans cette perspective, la gauche a soutenu Caillaux et son impôt sur le revenu alors que la droite l’a combattu et faisait plus tard la promotion d’un impôt injuste : la TVA. La gauche d’après guerre instituait la Sécurité sociale, de nombreux services publics avec un statut du fonctionnaire et de nombreux droits sociaux dont le SMIC. Le mouvement ouvrier est largement à l’origine de l’élargissement du sujet démocratique . Or aujourd’hui Kessler ( ) appelle les politiques à détruire ces conquêtes ouvrières. Hélas il n’y a pas que la droite à avoir répondu positivement à Kessler et ce bien avant que Kessler ait explicitement posé la revendication du MEDEF.

La dimension collective de l’émancipation est bloquée et en régression sous l’effet de deux grands ordres de pratique. Il y a d’une part le néolibéralisme qui ne se contente pas de détruire des conquêtes sociales et démocratiques pour revenir en arrière mais qui entend étendre la sphère des institutions du capital donc le nombre des entreprises privées travaillant pour le profit via le marché mais aussi instituer - c’est sa spécificité par rapport au libéralisme classique - des normes de type marchande là ou le marché ne saurait s’implanter. Il y a d’autre part la dégénérescence bureaucratique du communisme du XX ème siècle.

II - Critique de la dimension INDIVIDUELLE de l’émancipation

La fin de sa phrase porte sur l’aspect individuel : "Chacun aspire à s’élever selon ses talents, ses mérites, son travail".

Si l’émancipation doit se poursuivre c’est dans une perspective individuelle et même individualiste fondée sur le mérite. Point de privilège de naissance comme sous l’Ancien Régime mais une reconnaissance assurée au mérite. Et le mérite passe par le travail . Mais ce travail s’inscrit au sein d’une école très sélective s’agissant de l’acquisition des qualifications et au sein du salariat et de son rapport social pour ce qui est du travail proprement dit. Ce n’est plus la simple reconnaissance de ce qui avance en chacun de nous y compris les moins avancés. N Sarkozy défend ce cadre-là avec sa double dimension concurrentialiste et travailliste-productiviste. Son modèle d’individu est celui de l’entrepreneur conquérant inséré dans la guerre économique. Cette guerre économique est un fatum. Aucune émancipation collective n’est concevable à son égard. On ne peut qu’y participer avec éthique. L’éthique de la guerre et l’éthique du capitalisme ne saurait évidemment empêcher de poursuivre ces deux guerres.

Or le concurrentialisme et le travaillisme-productiviste ne sont pas de l’ordre de la nature mais un construit social tout comme le marché. Et ce construit social est très générateur de dominations donc de recherches d’émancipations collectives et individuelles. N Sarkozy n’y peut rien. Juste réprimer un temps . Pas plus. C’est de l’ordre du réel appréhendé sous l’angle de la contradiction dynamique. Une résistance nait toujours de l’oppression. Et de cette résistance surgit des capacités et de nouvelles puissances d’émancipation et d’alternative(s). Emanciper c’est donner de la puissance pas de la violence.

N Sarkozy et la droite font semblant d’ignorer la domination au travail issue de l’exploitation du travail salarié tout comme d’ailleurs les autres formes de domination dont le sexisme et le racisme. Il saute aux yeux que rien n’interdit a priori à une société donnée de continuer à développer les capacités diverses dans le cadre scolaire et de promouvoir ensuite que nul (adulte) n’est exempt de participer à la production de l’existence sociale ce qui suppose un partage du travail entre travailleurs et chômeurs par une RTT non compensée en intensification du travail. Un écrasement des revenus est aussi possible en relevant ceux d’en-bas et baissant ceux d’en-haut.

Depuis l’avènement du néolibéralisme se construit un individu compétent et entrepreneur tourné exclusivement vers la recherche maximale du profit. Il participe de plus en plus à l’oppression d’autrui et à la domination dans le travail salarié subordonné. Cela crée des résistances et une aspiration collective au changement social. C’est de cette aspiration que surgit la perspective d’un socialisme pluriel.

*

Résumons :

* au plan collectif de l’émancipation, N Sarkozy dit la lutte du tiers-état est finie et la lutte de classe aussi avec une exception notoire il faut "aider" la classe des entrepreneurs opprimés par les rigidités diverses.

* au plan individuel, il fait l’apologie de la lutte des places.

Christian Delarue

Sarkozy apporte sa contribution au débat controversé sur l’identité nationale

http://www.france24.com/fr/20091113-president-nicolas-sarkozy-contribue-noble-debat-identite-nationale-chapelle-vercors

par Christian Delarue (son site) mardi 2 février 2010 - 7 réactions
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  • Par Christian Delarue (xxx.xxx.xxx.191) 3 février 2010 08:27
    Christian Delarue

    La méritocratie a une base républicaine et libérale.

    La méritocratie distribue les affectations sur les emplois et les postes selon le système de la qualification qui reconnait nationalement la compétence et non au niveau de l’entreprise. La qualification procède d’un système de reconnaissance de type républicain car les diplômes requis sont uniformes et nationaux et quand il y a concours ils sont uniformes et neutres au sens ou l’identité des postulants est masquée du moins pour les écrits. Les conditions de présentation sont les même pour tous.

    Il peut y avoir des règles d’équivalences pour les diplômes étrangers mais dans la fonction publique il faut être de nationalité française. Plus que sur une base démocratique puisque le peuple n’y intervient pas c’est sur une base aristocratique et libérale que s’effectue les choix. Aristocratique car on prend le meilleur, libéral car il y a mise en concurrence des candidats. Le mécanisme est donc a la fois égalitaire et sélectif ; ouvert à tous à l’entrée mais très fermé à beaucoup à la fin .

    L’emprise du système capitaliste se perçoit au fait que le système ne donne pas un diplôme à tous - un niveau minimal devrait donner une qualification minimale - et un emploi à tous - les emplois au bas de la division sociale et technique du travail devrait être pour les qualifications basses. Tous français et immigrés devrait donc avoir un bagage minimal de lecture et de calcul et tous devrait avoir un emploi de base ne nécessitant qu’une faible qualification . La catégorie D devrait être réouverte dans la fonction publique. Le dispositif de sélection devrait servir surtout à la distribution des cadres sur la chaine de la division du travail. En bas de la chaine, l’emploi devrait être massif. Dumoins dans une société socialiste de RTT.

    On voit que l’école n’est pas "hors sol" mais inscrite au cœur du système capitaliste. Elle a donc nécessairement marques, des limites dans sa portée égalitaire-républicaine . L’école républicaine est victime d’une dégénérescence libérale et marchande. Au lieu de renforcer l’école républicaine pour y accroitre les chances de tous les libéraux font le contraire en y introduisant des mécanismes marchands.

    A l’inégalité des chances s’ajoute l’inégalité de l’argent . L’école devient chère alors que le nombre d’élève par classe augmente. L’offre scolaire montre des classes pour les riches et des classes pour le peuple. Soucieuse de satisfaire la demande des couches moyennes et riches l’école républicaine ne porte pas assez son attention sur les élèves en difficulté et sur ceux qui ne disposent pas d’une transmission familiale de la culture littéraire ou scientifique. Du coup les inégalités éducatives des enfants s’accroissent : 9 % de nos concitoyens seraient illettrés, 150 000 jeunes ­ soit 20 % d’une génération ­ sortent chaque année de l’école sans diplôme, et le taux de bacheliers stagne autour de deux tiers d’une classe d’âge. Au surplus, chacun sait que cette fracture est socialement polarisée : les deux tiers des enfants d’ouvriers sont en retard à l’issue du collège contre à peine plus de 10 % des enfants de cadres supérieurs ; les mêmes enfants des milieux populaires ont 27 fois moins de chances que ceux des classes aisées d’intégrer une grande école (ENS, ENA, HEC ou Polytechnique), proportion dramatiquement stable depuis les années 50...

    Christian Delarue

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