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Critique de la logique comptable en matière de retraites

La France vieillit et le rapport actif/inactif menace le système de retraite. Voilà, résumé, le prêt-à-penser qui inspire les partisans de la réforme du système de retraite.

Avant d’entrer dans les faits démographiques, il faut rappeler que, dans le monde, on peut distinguer deux systèmes concurrents : la répartition et la capitalisation. Ces deux systèmes sont également sensibles aux bouleversements démographiques, et la question de savoir si la rentabilité de l’un ou l’autre est meilleure dépasse le cadre de cet essai. Notons simplement que la répartition est un système hors marché, un Eldorado dont le marché se voit interdire l’accès. Cependant, le marché peut se rattraper en proposant toutes sortes de produits de complément, capitalisant sur l’angoisse du futur et sur des pensions insuffisantes. Il se pourrait que cela soit l’option retenue en France.

La France vieillit, donc. Un trimestre par an, depuis un demi-siècle, par l’accroissement de l’espérance de vie après 50 ans. Mais, ces vieux ont eux aussi changé. Ils sont en meilleure santé. Un homme de 50 ans ne peut plus être considéré comme vieux, sauf par le patronat, qui en fait la cible principale des licenciements. Je reviendrai là-dessus plus loin.

Un autre phénomène vient compliquer la compréhension du problème. Le baby-boom et son corollaire, le papy-boom. Ce papy-boom viendra à voir ses effets s’atténuer progressivement à l’horizon 2035. Ce sont les conséquences lointaines du conflit de la Seconde Guerre mondiale. Il est donc important de comprendre que toutes les projections qui se limitent généralement à l’horizon 2040 intègrent ce papy-boom sans le distinguer de l’accroissement de la longévité, ce qui n’aide pas à la clarté du débat.

Débat encore obscurci par la comparaison avec les autres pays européens. Ceux-ci, notamment l’Allemagne, connaissent une véritable implosion démographique, qui n’est pas le cas de la France avec pourtant l’immigration la plus faible d’Europe. Enfermer le débat dans un cadre européen c’est donc comme fixer des normes de chauffage identique pour la Suède et l’Espagne.

De plus, les prédictions démographiques se sont régulièrement trompées. Personne n’avait prévu le baby-boom. Personne ne sait vraiment pourquoi le taux de remplacement de la population est positif en France. En ce qui concerne l’espérance de vie, prendrons-nous le chemin japonais avec des vieux en bonne santé, ou le chemin américain avec l’explosion des maladies liées à l’obésité ? Comment connaître aujourd’hui l’espérance de vie d’un quiquagénaire, sinon qu’en prolongeant des courbes, sinon qu’avec des a priori idéologiques, ou, pire, sous la pression experte des assureurs ?

Et, pendant que nous débattons avec des arguments bâtis sur le sable de la science démographique, les entreprises licencient leurs quinquagénaires. La France est le pays où la proportion d’actifs/inactifs entre 55 ans et 65 ans est la plus faible au monde. La souffrance au travail du travailleur lié à des tâches répétitives augmente dangereusement, souffrance aussi du cadre dépassé, troubles musculo-squelettiques, dépressions, et consommation élevées d’antidépresseurs, symptômes évidents d’un mal-être au travail.

Peut-on encore penser que reculer légalement l’âge de la retraite, augmenter simplement la durée de cotisations sont des solutions ? Je crois que non, pire, que ces pseudo-solutions ne feront qu’augmenter le mal-être, paupériser encore plus de larges pans de la société et, accessoirement, enrichir le secteur des assurances.

La vraie question est dans l’obsolescence des savoirs. Un quinquagénaire a bien sûr de l’expérience, mais ses savoirs ont vieilli. Essayez de trouver du travail à 50 ans, vous verrez. Quand une personne a une formation ancienne, elle coûte plus cher et elle a un moindre rendement. Les patrons ne sont pas (tous) des monstres !

Il faut donc réformer l’enseignement, offrir à tous à mi-vie une deuxième période de formation, quitte à raccourcir la formation initiale.

Nous sortirons alors d’une logique purement comptable de la société.

par Le péripate mercredi 5 décembre 2007 - 24 réactions
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  • Par Tonio (xxx.xxx.xxx.171) 5 décembre 2007 13:38
    Tonio

    Effectivement, le conseil d’orientation des retraites vient de sortir son rapport 2006. J’en fais un résumé sur les points qui semblent intéressants : les projections démographiques réactualisées par l’INSEE sont moins graves, selon les scénarios le déficit du système en 2050 sera entre 30 et 100 milliards d’euros (belle marge d’erreur, totu de même !) et les réformes de 2003 ont été partiellement inefficaces parce que le recul de l’âge de la retraite n’a pas significativement augmenté le nombre de cotisants (les jeunes retraités sont devenus de vieux chômeurs). Le résultat comptable est d’ailleurs un peu embelli, parce que le déficit des retraites est allégé de la pension de ces nouveaux chômeurs, alors qu’ils touchent des allocations chômage sous un autre budget. En somme, on fait en partie financer le déficit des retraites par l’assurance chômage. De l’influence du sapeur Camember sur la comptabilité publique...

     Je ne peux que suivre l’auteur de l’article quand il dénonce un pilotage purement comptable, parce que pour l’instant, on met dans le shaker une dynamique démographique supposée (naissances ET décès), une évolution espérée de la productivité des travailleurs, un taux d’emploi (de chômage) completement pifometrique, on secoue et puis on regarde ce qui sort. Moralité, on révise tous les ans ou presque en fonction des chiffres de six derniers mois.

    Une précision tout de même : il ne faut pas virer sur la position opposée qui est de délaisser un cadre comptable. La clé est bien entendu l’élévation générale de la productivité, et la hausse de l’emploi (des seniors, des chômeurs, des femmes au foyer...), mais il faut quand même "cadrer" un peu les prélèvements et l’âge de la retraite, et donc la doxa comptable, pour imparfaite qu’elle soit, est indispensable pour fixer les termes approximatifs du débat : "y’a de plus en plus de vieux !"
     

  • Par donino30 (xxx.xxx.xxx.40) 5 décembre 2007 17:12
    donino30

    L’angle financier est indissociable des principes de répartition. Equité oui, mais à l’intérieur du plan de financement, pas l’inverse.

    Comme le souligne l’article, la formation souvent obsolète des quinquas est un des motif de désaffection des entreprises envers leurs candidatures. Une mise en place plus rigoureuse d’une formation continue tout au long du parcours professionnel y remédierait en partie. C’est souvent la raison invoquée dans les débats sur le travail des quinquas, avec le niveau de rémunération. Mais est ce réellement la principale ? j’en vois au moins deux autres.

    1- Quand on recrute dans une entreprise, c’est souvent avec une vision à moyen terme. Entre une personne de 35 ans et une personne de 55 ans, immanquablement on jouera la carte de la pérennité. Le capital humain est la principale richesse de beaucoup d’entreprises, le vilain patronat préfére donc recruter des personnes pour qui la question de la retraite ne se posera pas à moyen terme. A ce titre, le recule de l’age de la retraite aura à mon avis un impact positif sur le recrutement des jeunes quinquas. Le seul autre palliatif étatique serait un allégement fiscal TRES incitatif, ce qui n’est pas le cas actuellement.

    2- On sort du politiquement correct : les RH considèrent, à tort ou à raison chacun aura son idée sur la question, le recrutement d’un sénior comme un risque par rapport à un jeune. Moins de souplesse, esprit plus formaté, risques conflictuels plus forts. Un exemple dans le domaine de l’informatique, où les quinquas sont frappés de plein fouet par le chômage : les RH dans la mesure de possible évitent de recruter un sénior qui serait mis sous la responsabilité d’un jeune chef de projet, compétent ou pas. Car dans beaucoup de cas , les étincelles ne manqueront pas d’arriver et les tensions qui en résultent peuvent faire tanguer dangereusement un navire. Donc pourquoi prendre ce risque, quand on peut faire autrement ? C’est le raisonnement tenu, compris ou incompris c’est la réalité du terrain.

     

     

  • Par brinb666 (xxx.xxx.xxx.228) 5 décembre 2007 14:08

    Article très intéressant mais qui manque peut être un peu de chiffrage.

    Je suis parfaitement d’accord sur le phénomène baby-boom.

    Il faudra peut-être un peu serrer les dents jusqu’à la fin de leur passage, mais après les comptes devraient être à peu près équilibrés, à moins que nos apprentits sorciers de la dette veuillent réformer les retraites pour le bien de tous en les vidant de toute substance, ce qui permet d’ouvrir grandes les portes de la privatisation.

  • Par Christophe (xxx.xxx.xxx.18) 5 décembre 2007 21:10
    Christophe

    @alchimie,

     

    Ce qu’avance le Péripate n’est pas une insulte,ce n’est qu’une vision réaliste de toutes les approches prédictives.

     

    Lorsque vous faites une étude prédictive vous êtes contraint d’utiliser des calculs probabilistes (les données du futur n’étant pas disponible). Si sur un court terme vous avez un coefficient de confiance acceptable pour être proche d’une certitude (sans jamais être certain), ce même coefficient s’effrite au fur et à mesure que le terme s’éloigne.

     

    Généralement, lorsque les phénomènes sont répétitifs, nous utilisons des connaissances de l’expérience passée pour construire des modèles. Lorsque les phénomènes sont non reproductibles, toute l’étude probabiliste repose sur des estimations, elles-mêmes, de nature probabilistes. Tant en météorologie, la plupart des phénomènes étant reproductibles (en fonction de différents élément dans un état donné à un instant t), en démographie, tout est basé sur des hypothèses (taux de natalité, durée de vie, ... ; constantes ou non), vous pouvez estimez la forme que cela prendra dans un espace temps limité ; plus vous vous éloignez dans le terme, plus votre modèle tend à dériver.

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