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Accueil du site > Tribune Libre > Culture et démocratie seraient-elles incompatibles ?

Culture et démocratie seraient-elles incompatibles ?

Le mot qu’invente Renaud Camus, est aussi laid que ce qu’il désigne : « La grande déculturation » (1). Mais il dit bien ce qu’il veut dire. La culture, dit-on, s’est répandue. Ne voit-on pas en première de couverture de son livre, une foule se presser dans l’escalier hélicoïdal de la pyramide du Louvre pour « faire le musée » ? Oui, mais, selon le jeu de mot de l’auteur, la culture s’est répandue… comme le lait de Perrette, le personnage de La Fontaine qui rêvait monts et merveilles avec le fruit de sa vente  : « Adieu, veau, vache, cochon, couvée ! »

Inutile de rêver non plus ! La démocratisation de la culture est un échec. Pis, les tentatives pour rendre la culture accessible au plus grand nombre ont même entamé son socle et menace la pérennité de sa transmission : les classes moyennes se détournent d’elle. Comment est-ce Dieu possible ?

Les indices d’un diagnostic

Il est pourtant difficile de récuser les indices que l’auteur réunit.

1- L’École a évidemment sa part de responsabilité. Quand presque 80 % d’une classe d’âge tendent à accéder au baccalauréat, c’est forcément au prix d’une dévaluation de l’examen. C’est d’ailleurs toute l’échelle des diplômes universitaires qui en est affectée. D’autre part, l’humanitarisme suspect qui fait de « l’élève en difficulté » une appellation fort peu contrôlée en englobant indistinctement voyous et élèves méritants, a fini par rendre l’acte d’enseigner impossible.

Dans l’attente de la sortie du film qui vient de recevoir la palme d’or au Festival de Cannes, Entre les murs de Laurent Cantet, il n’est que de voir la bande-annonce. Combien de thuriféraires de cette récompense enverraient leur enfant de préférence dans une classe telle que la bande-annonce la montre ? Un rapport que paraît cacher le ministre vient ces jours-ci de confirmer la ghettoïsation que renforce l’assouplissement de la carte scolaire promise par le président de la République : moins d’« élèves favorisés » dans les « établissements défavorisés », moins d’« élèves défavorisés » dans les « établissements favorisés ».

2- Mais l’École n’est pas seule en cause. Un esprit du temps a prétendu tout niveler : les créations sont devenues des produits jusqu’à dénier toute hiérarchie entre elles : une pop star se donne en « concert » tout comme un orchestre philharmonique. Or, est-ce la même chose ?

3- La notion d’auteur, déjà étrangère à l’inculture, a été évacuée également par des études prétendument savantes comme « les femmes » de Molière : ne surtout pas confondre, par exemple « l’auteur » et « le narrateur » ! On a assisté à ce que nomme l’auteur d’un autre mot très laid « la désautorisation ». L’expression « cinéma d’auteur » montre bien qu’il est un autre cinéma, le plus répandu, qui se retrouve orphelin de père. C’est l’acteur qui le remplace et dont on se souvient.

4- La langue française, quant à elle, est violentée quotidiennement par ceux-là mêmes qui occupent les postes les plus élevés et devraient donner l’exemple : « Avec Carla, c’est du sérieux ! » a-t-on pu entendre de la bouche même du président de la République au cours de sa conférence de presse du 8 janvier 2008. L’auteur a placé la formule en exergue à son livre. Un chirurgien expliquera de son côté à la radio qu’il a quitté le public pour le privé afin de « pouvoir faire toute la recherche qu’il avait envie  ». Tel autre expert, interviewé demande de « réfléchir à justement le moyen de leur donner c’qu’i z’ont envie, les gamins  ». On est tenté d’y ajouter l’ignorance crasse d’un chef d’établissement scolaire écrivant par deux fois « il va s’en dire », dans une lettre secrète adressée à une fédération de parents pour dénigrer un professeur.

5- Les médias et la télévision en particulier ont leurs responsabilités eux aussi. À force de courir après l’audience maximale pour offrir, selon le mot du sieur Le Lay, ex-patron de TF1 « le temps de cerveau disponible » aux annonceurs publicitaires, ils ont réduit la culture à sa plus simple expression. Elle n’est plus une confrontation de la personne avec ce que l’humanité a créé de plus grand pour s’élever et grandir soi-même, mais elle se dissout dans les usages et les divertissements les plus vils qui stimulent les réflexes primaires et rivent les hommes au sol et à leurs instincts comme les bêtes.

6- Soumis à la même loi du marché, les livres connaissent un sort identique. Puisque l’éditeur doit vendre ou disparaître, seules des recettes éprouvées garantissent… les recettes. Ce n’est pas parce qu’on est publié qu’on peut être connu, mais c’est parce qu’on est connu qu’on sera de préférence publié ! Le résultat en termes de culture ne se fait pas attendre !

En somme, « donnez -moi vos enfants, dit le système aux parents de tous les milieux, selon l’auteur. Peu importe qu’ils soient riches ou pauvres, que vous soyez vous-mêmes cultivés ou incultes : j’en ferai des petits-bourgeois prolétarisés comme tout le monde, ignorants, sans usage, sans syntaxe, bien-pensants, anti-racistes et bien intégrés. »

Des hypothèses pour expliquer un désastre

Pourquoi un élan aussi noble qui prétendait ouvrir à tous l’accès à la culture a-t-il ouvert sur un tel désastre ? Que l’on songe, après la Seconde Guerre mondiale, à l’entreprise enthousiasmante du TNP avec Jean Vilar ! Les raisons qu’avance Renaud Camus sont dérangeantes et l’une d’elles est même critiquable. Mais y être confronté oblige à réviser ses idées reçues, ne serait-ce que pour en vérifier la validité.

L’auteur use de deux métaphores pour faire comprendre que la culture malheureusement résisterait à toute démocratisation ou du moins à sa conception égalitariste. La première est celle du parc de la Villa Médicis dont, il y a peu, dix candidats se sont disputé la direction à Rome. Ils n’avaient pas tort. Car qui s’est déjà promené dans ce parc en lisière de celui de la Villa Borghese, à deux pas des somptueux escaliers de la Piazza d’Espagne, en plein cœur de Rome, sait quel bonheur on y respire devant les lignes Renaissance de la loggia de son palais. Mais voilà, si le parc est ouvert à la foule, c’en est fini de cette jouissance, tout comme il est bien difficile de goûter une toile dans la cohue qui se presse et défile en procession à une exposition qu’il est de bon goût « de faire ».

L’autre métaphore est la scène biblique où deux femmes se disputent un enfant devant le roi Salomon : celui-ci menace de trancher en découpant en deux l’enfant pour en remettre par souci d’égalitarisme un morceau à chacune. Seulement, il n’y aurait plus d’enfant.

Renaud Camus rappelle toutefois que la culture est d’abord un patrimoine transmissible : selon le mot d’Hugo à propos de l’amour d’une mère, « chacun en a sa part et tous l’ont tout entier  ». Mais qu’on le veuille ou non, il faut en hériter pour se l’approprier. Ne peuvent y prétendre que ceux qui ont des titres à faire valoir. Or, ces titres, sans être réservés à une classe sociale particulière, demandent beaucoup de temps à qui veut les acquérir, car c’est à un long travail personnel qu’il convient de consentir, et le plus souvent solitaire : apprendre à goûter, à déguster, nécessite une longue éducation. Rien à voir avec le fast-food qu’on engloutit, qu’il s’agisse d’alimentation ou de divertissement !

Culture et démocratie, le paradoxe

Et Renaud Camus d’en venir à dénoncer ce qu’il nomme d’un autre mot bien laid : « l’hyperdémocratie ». Il désigne ainsi une application de la démocratie à des domaines où elle ne saurait s’exercer. L’égalité en droits, explique-t-il, qui caractérise la démocratie, ne signifie pas une égalisation de responsabilités entre parents enfants, ou entre professeurs et élèves. De même, une égalité de chances d’accès à la culture n’est pas la promesse d’un même niveau pour tous. On l’admet volontiers.

En revanche, sa dénonciation de « l’idéologie antiraciste », qu’il rend responsable d’un nivellement par le bas, est trop parasitée pour être admise sans inventaire. Puisque la notion de race, selon la génétique, n’est pas opérationnelle à propos de l’espèce humaine, mieux vaut parler d’ethnie. Il n’est pas douteux, cependant, qu’une stratégie dite « antiraciste » s’est développée et qu’elle en est venue à frapper d’interdit toute critique envers un membre d’une communauté ethnique, comme si c’était s’en prendre à la communauté tout entière. Qui a vécu aux Antilles a pu en faire les frais surtout de la part de ceux qui sont les premiers à mépriser leurs propres compatriotes insulaires.

Ces réserves n’empêchent pas, cependant, que la réflexion de Renaud Camus soit salutaire. Une démocratie où les incultes sont dominants ne peut être que confisquée par ceux qui savent les manipuler. Or, ce livre conduit à prendre conscience d’un paradoxe qui se pose aux démocrates : la culture conditionne la qualité de la démocratie d’un pays, mais une démocratie pourrait par le seul égalitarisme ne pas promouvoir l’accès du plus grand nombre à la culture, voire le contrarierait.

Sans illusion sur une solution prochaine du problème, Renaud Camus fait référence aux monastères du Haut Moyen Âge qui, par temps de barbarie, sauvèrent ce qu’ils purent de la culture antique. Il voit, en effet, dans internet un moyen prodigieux pour édifier des niches de sauvegarde comparables dans ce temps de « grande déculturation » et « d’ensauvagement » en attendant des jours meilleurs. N’est-ce pas d’ailleurs ce à quoi travaille déjà Agoravox ?

Paul Villach

(1) Renaud Camus, La Grande Déculturation, Éditions Fayard, Paris, 2008, 151 pages.


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94 réactions à cet article    


  • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 20 juin 2008 20:23

    Pour beaucoup, au plaisir qu’apport la culture par la dimension qu’elle révele, s’ajoute celui de la partager avec d’autres. Quelques-uns seulement. La culture est un identifiant et un discriminant. Partie de sa valeur consiste en ce qu’elle n’est pas utilitaire. Avec la croissance exponentielle de ce qu’il FAUT savoir, le temps vient à manquer pour ce qui apparaît vite comme une coquetterie à ceux qui sont bien occupés... La culture est refoulée à la marge et perçue comme antidémocratique, une volonté de faire bande à part. Chaque nouvelle génération s’ecarte donc davantage d’une culture comme identifiant - qui en vient à ne plus être que la connaissance en commun des faits divers et et des résultats sportifs - pour se retrancher dans la culture de son sous-groupe, de sa communauté. celle qui a l’utilité d’affermir une appartenance... Puis un jour, comme disait Paul Fort... il y a plus de baleines

     

    Pierre JC Allard


  • ZEN ZEN 20 juin 2008 10:22

    Paul

    Je n’ai pas lu le livre dont tu parles
    Le diagnostic est assez délicat à faire , tant les causes sont multiples et enchevétrées. Merci de nous donner quelques pistes de recherche

    J’ en propose quelques autres à creuser. Les analyses de Michéa me semblent aller au coeur du problème.

     

    Qui a peur des humanités ? ( Catherine Kintzler)

    Entretien de Jean-Claude Michéa
    "Dans une optique libérale, c’est l’acte éducatif lui-même qui tend à devenir problématique.. La prétention d’enseigner quelque chose à quelqu’un...est, par définition, toujours suspecte. Il est en effet plus facile d’y voir une manière déguisée d’imposer à autrui ce qui ne constitue qu’une opinion privée, en droit toujours déconstructible.."
    -Pour la défense de l’école républicaine
    -L’éducation sans principes d’une société sans dessein

    -Contrer l’offensive libérale sur l’école
    -L’école républicaine mise en bière
    -Les saboteurs libéraux de l’ecole publique
    -Malaise dans l’éducation, par Dany-Robert Dufour
    -L’école britannique livrée au patronat


    • Paul Villach Paul Villach 20 juin 2008 10:42

      @ Zen,

      Merci, cher Zen, d’apporter ta contribution. Car le sujet est d’importance et je pense comme toi que cet obstacle sur lequel on bute et qui contrarie la démocratisation de la culture a de multiples causes, y compris celles qu’on voudrait ne pas trop regarder en face. Le livre de Renaud Camus pousse à se faire violence. Paul Villach


    • karg se 20 juin 2008 10:44

      Une grande partie de ce diagnostique est basé sur des constatations télévisuelles, et non pas sur des études réels. Je trouve ça plus que léger, un peu à l’image de ce que l’auteur dénonce.

      Le premier point montre que l’auteur à une vision décalé du rôle des études : effectivement le niveau culturel du bac à baisser, mais il faut pas oublier que l’arrivé des bac techniques et professionnels a considérablement amélioré la qualité des jeunes diplômés, l’objectif de 80% d’une classe d’age n’est pas d’avoir un énorme population très cultivé mais une population un minimum instruite avec un bon niveau technique pour qu’elle trouve du travail. Je préfère 80% d’une classe d’age avec des bases de culture que 5% d’une élite bien cultivé mais au chômage.

      Sur le second point l’avènement du net, l’explosion de l’offre dématérialisé à complètement brisé cette tendance, les oeuvres culturelles et artistiques formatées n’ont plus et n’auront plus le succès qu’elles ont eux. On ne battra plus jamais les reccords de ventes des chansons formatés dans année 60-70-80-90, l’offre est devenu trop éclectique et le publique à maintenant les moyens de se fournir en dehors des majors.

      Quatrième point, la plupart des exemples sont médiatiques et grands publiques, sachez que ces personnages, quand ils ne sont pas médiocres comme notre président, sont tout à fait capable de changer de niveau de langage...sauf que maintenant la "populace" ne supporte plus d’avoir des politiques ou des experts qu’elles ne comprends pas.

      Cinquième point : les média ne sont pas responsable, ils sont le reflet de médiocrité du français moyen, de sa paresse et de absence d’envie d’effort. Mais les français ne sont pas dupe, l’empire TF1 s’écroule aussi vite que la TNT avance, signe que la médiocrité ne servait que de dénominateur commun, mais qu’elle n’est pas un signe d’adhésion.

      Sixième point, les ventes de livre en ligne permette d’accèder à des catalogues que jamais son petit libraire de province été capable de mettre dans ses rayons. Ne vivant pas à Paris ou dans un grande ville les commandes chez Amazon m’ont permis d’accèder à des ouvrage introuvables.

      Dans le fond l’auteur voit des phénomènes en fait bien anciens :

      - d’une part une offre culturelle basée sur le plus petit dénominateur commun et qui parait donc de mauvaise qualité, sauf que ce phénomène est clairement en régression depuis le début des années 2000.

      - d’autre part une professionalistion des études, avec un développement plus rapide des filières techniques et technico-commerciales que des fillières culturelles, conséquence d’une stratégie utilitariste de l’état mais aussi des étudiants, en réponse à l’attitude des entreprises. Ce choix à été fait dans les années 70-80, le nombre de bachelier a toujours augmenté depuis sa création.

      Deux ouvrages indispensables :

      La longue traîne de C.Anderson

      La nouvelle question scolaire E.Maurin

       

       


      • finael finael 20 juin 2008 13:23

        Votre niveau de français illustre parfaitement cette déculturation :

        - Diagnostic et non diagnostique ...

        - des études réelles et non "réels" ...

        - une vision décalée et non décalé ...

        Et je ne cite que les deux lignes et demie que le fait de répondre me montre !!!


      • finael finael 20 juin 2008 13:38

        Je n’ai pas lu cet ouvrage mais ma position sur la disparition de la culture la plus élémentaire est qu’il est "préférable" pour les gouvernants, et autres en position de pouvoir, que le "peuple" soit le moins cultivé possible - et prenne pour de la culture la soupe qu’on lui sert.

        Je sais, e’d mon temps moins de 15% des élèves avaient leur baccalauréat. Mais même ceux qui n’avaient que le "certif" ou le BEPC savaient lire et écrire.

        Je ne crois aucunement que la culture, au sens large, doive être réservée a une zélite quelconque mais bien qu’il ne serait y avoir démocratie sans culture. Seulement au lieu d’élever le niveau des citoyens on a abaissé celui des diplômes.


      • Gilles Gilles 20 juin 2008 14:19

        Le commentaire de karg se est à mons avis trés pertinent.....peu importe les fautes d’orthograhes, qui n’en fait pas ?

        Vous aussi vous vous mettez à juger les gens sur leurs malheureuses petites fautes ? Le contenant plus que le contenu, c’est ça la déculturation mon gars !


      • karg se 20 juin 2008 14:47

        L’orthographe n’est qu’un code, le fait que vous ne repondez pas à mes arguments mes à mes erreurs techniques montre que ce que vous appelez culture n’est qu’un gout pour l’élitisme, à l’image de la grammaire française extrèmement complexe et que personne ne maitrise vraiment. Ce qui nous empêche pas de parler et de communiquer pour dire des choses intelligentes.


      • karg se 20 juin 2008 17:24

        Les français ont tendances à se faire mousser avec la difficulté de la langue française, c’est un manifestation d’élitisme ridicule à une époque où l’éduction a d’autres missions que transmettre une culture ancienne. Les allemands ont simplifiés leur grammaire, les chinois ont réformés leur écriture à plusieurs reprises, mais l’idée d’adapter la langue française aux contraintes modernes ne passe pas.

        Dans le fond l’auteur n’a aucun argument autre que la médiocrité médiatique pour mettre en évidence l’incompatibilité entre démocratie et culture. C’est peu, surtout qu’il s’en tient uniquement à l’aspect technique de la langue, et non pas à au fond culturel qui lui implique des connaissances littéraire, historique, philosophique et scientifique. Qu’il ose écrire que la connaissance scientifique et historique n’a pas avancés en France depuis les années 50-60.

        J’ai une vision profondément utilitariste du langage et de l’enseignement, elle n’est évidement pas partagée par l’élite "intellectuelle", représentée par des boulés comme BHL ou Finkielkraut. Pendant ce temps là le français moyen à un niveau intellectuel sans commune mesure avec le français moyen de 1950.


      • Christophe Christophe 20 juin 2008 21:50

        @Florentin,

        Le problème tel que vous le posez repose principalement sur la forme, la syntaxe, mais nullement sur le fond, la sémantique.

        Entre une phrase bien formée et une autre mal formée, l’important n’est pas la forme, mais bien le sens que nous pouvons lui attribuer ; si bien entendu nous posons l’hypothèse assez réaliste que le langage est un outil de communication.

        Je peux concevoir que pour un puriste de la langue, la fameuse phrase de Chomsky des idées vertes dorment furieusement est acceptable dans sa forme bien qu’elle n’ait aucun sens, alors qu’une phrase connue du film ET téléphone maison est fausse dans la forme tout en ayant du sens. Nous savons que l’interprétation d’une langue se situe entre la forme et le fond, entre la syntaxe et la sémantique.

        Il est donc important de savoir sur quelle hypothèse repose la nature même de la langue. Pour ma part, le langage est une symbolique de communication ; donc la forme importe peu, même si il est plus plaisant d’avoir à la fois le fond et la forme, mais le fond est bien plus intéressant.

        A l’inverse de ce que vous soutenez, ce n’est pas parce que la syntaxe et la grammaire ont quelques lacunes qu’il y a perte dans le niveau culturel, mais bien dans le fait de savoir manier la langue sans exprimer la moindre idée ... parler sans chercher à communiquer !

        Quant à la communication, nous pourrions en parler. Car elle est sans doute bien plus inexistante dans la société de communication qu’elle ne l’était sans faire état de sa présence au sein de la société. Une société de communication n’est rien d’autre qu’une tautologie sans intérêt, la communication fait partie intégrante de la vie sociale.


      • finael finael 20 juin 2008 23:54

        Le langage EST la pensée consciente, même au niveau le plus simple c’est la seule façon de formuler des idées et de les communiquer avec un sens - théoriquement - commun pour tous les interlocuteurs.

        C’est tellement vrai, et tous les traducteurs et interprètes le savent, qu’à chaque langue correspond une forme de pensée et que certains mots, certaines expressions sont intraduisibles d’une langue dans une autre : le mot n’existant pas, le concept non plus.

        Bien sûr nul n’est à l’abri de fautes d’orthographe ou de grammaire, mais le fond repose sur le sens que communique - ou pas - le message.


      • Christophe Christophe 21 juin 2008 01:28

        @Finael,

        Nous sommes d’accord sur le fait que le langage permet l’expression de la pensée consciente. Mais entre la pensée et sa restitution en unité compréhensible (utilisant une symbolique comme le langage par exemple), aussi bien que l’interprétation pour une construction de la pensée, il existe une incommunicabilité partielle. C’est sur cette incommunicabilité que s’appuient la plupart des ouvrages de Camus (Albert).

        Les expressions langagières ne sont que des approximations de la pensée. La communication repose principalement sur l’explicite mais il existe une bonne part d’un message qui reste implicite. Dans la relation entre langage et concept, nous sommes assez d’accord, mais je préciserai que sans le terme (disons plutôt le sémème), il n’existe pas de concept correspondant ; mais cela ne signifie pas que pour tout concept il existe un signifié en correspondance.

        Différentes approches, principalement en sémiotique, me semblent pourtant claires sur ces points ; que cela concerne Wittgenstein, Peirce, Jackobson, Rastier et bien d’autres.

        Mon propos n’a rien de nouveau, Schank (psychologie cognitive), dans son principe de dépendance conceptuel tend à montrer que plutôt que de s’attacher au sens de chaque mot d’une phrase, on cherche à en cerner le sens de façon globale, en tenant compte de l’implicite. C’est aussi la meilleure des méthodes pour traduire convenablement d’une langue à une autre.

        Si dans une approche conceptuelle, nous pouvons considérer qu’il existe une correpondance entre un sémème et sa représentation mentale (noèmique puis logico-philosophique), dans un discours, l’implicite (le non dit, l’émotion, ...) est traduit en représentation mentale de la même façon qu’un terme utilisé dans le discours.


      • alceste 21 juin 2008 12:29

        Je ne vois pas en quoi inciter les jeunes ou moins jeunes à puiser dans le trésor du patrimoine artistique et culturel représent l’élitisme !

        l’élitisme, c’est de considérer que cette culture n’appartient qu’à quelques privilégiés de la société.

        Mais puisque nous allons vers une société selon vos voeux, parfaitement utilitariste, supprimons donc joyeusement tout ce qui n’est pas utile, akomencé par lortograf.




      • Deadlikeme Deadlikeme 23 juin 2008 07:45

        Merci Finael,

        j’allais justement le dire en réaction épidermique à ce commentaire...

        un peu de retour aux sources basiques de la syntaxe française ("culture" apprise dès le primaire...non ???) ne serait pas inutile pour ne pas dire plus que recommandé...

        mais quand nos journaleux quotidiens "causent" un français de bric et de broc, s’autorisent les plus grandes déviances à la radio, à la télé, memê dans certains articles écrits....

        à commencer même par le chef de l’état lui-même dans ses discours.. hélas... la culture n’est même plus de la confiture.....


      • Marsupilami Marsupilami 20 juin 2008 10:47

         @ L’auteur

        Très intéressante présentation de ce livre de Renaud Camus, qui doit l’être tout autant. Camus a une immense culture et est en même temps un fieffé réactionnaire élitiste, ce qui lui donne un point de vue assez pertinent pour analyser ce phénomène. Un article paru hier dans Agoravox traitait du même problème avec un angle différent, Sarkozy et la princesse. Même en n’étant pas du même bord politique que Camus, on ne peut nier qu’il y a une marchandisation de la culture qui la nivelle par le bas. Heureusement qu’il y a Internet, effectivement, ce qui est paradoxal puisqu’il contribue aussi à cette massification culturelle...

         


        • Merci pour cet article qui donne évidemment envie de lire ce livre. Le constat est vraiment terrible mais le pire c’est que nous le savons tous peu ou prou !

          Que faire ? Comment tenter de rétablir la situation ? L’aculture est bien en route et nous perdons progressivement mais sûrement nos repères.


          • Paul Villach Paul Villach 20 juin 2008 11:30

            @ Florentin

            Ne soyez pas sceptique, cher Florentin ! Ne trouvez-vous pas sur AGORAVOX de ces réflexions que vous ne trouvez pas ailleurs, parce qu’interdites de séjour dans les médias traditionnels ? Paul Villach


          • Paul Villach Paul Villach 20 juin 2008 12:06

            @ Florentin

            "une censure qui ne viendrait pas de la foule, mais plutôt d’un "rédacteur en chef", dont l’avis me semblerait légitime, autorisé."

            Existe-t-il ce grand manitou, même à vos yeux ? Aux qualités que vous exigez d’un "rédacteur en chef", connaissez-vous beaucoup de candidats qui fussent dignes d’êre rédacteur en chef ?

            Je suis d’accord avec vous, en revanche, pour déplorer les agressions de commentateurs qui vous lisent en diagonale ou qui appartiennent à des meutes partisanes chargées, par des descentes organisées, de faire la police de la pensée.

            Mais comment la culture peut-elle séduire si elle ne s’expose pas ? Et s’exposer, c’est aussi prendre le risque de s’exposer aux outrages. Voilà un beau paradoxe que je livre à votre méditation, cher Florentin. Paul Villach

             


          • leonmarchenoir leonmarchenoir 20 juin 2008 12:31

            Ouais, internet un monastère ? Plus que sceptique. D’autant qu’on ne parle jamais des monastères, sur ce site que pour les ridiculiser.. Voir par exemple l’article indigne de marsupimachin sur le mont Athos, il y a quelques jours.


          • Paul Villach Paul Villach 20 juin 2008 11:53

            @ Léon

            Subtile question ! Tout dépend du sens que vous donnez au mot "résister". Mais les deux sens sont acceptables, avec ou sans négation. Paul Villach

             


          • Pierre de Vienne Pierre Gangloff 20 juin 2008 11:51

            Las, toute cette énergie et ce temps passé à se lamenter d’une situation qui n’existe que depuis le prisme de votre position, alors qu’ailleurs emerge de nouvelles cultures, de nouveaux savoirs, qui nont évidemment pas les faveurs de gens comme vous, qui ont dominé et régenté le monde du savoir et de l’éducation, et qui découvrent avec stupéfaction que l’on ne les écoute plus, parce que leur discours ( le votre) s’est sclérosé. Alors oui, la chapelle Sixtine ressemble à un hall de gare bruyant et désagréable, mais dans la même ville, sur la ligne de métro qui mêne à l’aréoport de Ciampino, un taggeur, un voyou ( comme était considéré le Caravage de son vivant) fait des choses magnifiques. Attention ! pas d’équivalence entre ces deux univers, simplement un regard qui essaye de rester éveillé.La culture ce n’est pas simplement un effort, des concours, des examens, des diplômes, c’est aussi de l’empathie avec le monde.

             


            • dom y loulou dom 20 juin 2008 14:21

              j’abonde volontiers ici avec vous pierre

              il semblerait surtout que c’est la liberté de l’expression politique qu’on veuille nous enlever quand on ne peut nous ensevelir dans l’hypnose des divertissements.

               

              "tais-toi et nous prendrons pitié de toi, mais exprime le basique bon sens... et tu seras traité en terroriste"

              voilà les bons auspices sous lesquels on veut nous maîtriser... quand en face on ne songe qu’à élargir le champ des possibles.


            • ZEN ZEN 20 juin 2008 12:24

              L’exemple vient d’en haut..

              Le commentaire de Gilles , passé presque inaperçu hier , sur un autre fil, mérite le détour...

              J’en donne le début pour vous mettre l’eau à la bouche...

               

              Un homme politique c’est un intellectuel qui ne pense pas."
                par Gilles (IP:xxx.x75.225.28) le 20 juin 2008 à 11H18

               

              Ce mépris de la culture et de la connaissance est généralisé dans ce gouvernement monopolisé par la droite réactionnaire. Voici ce que déclarait cette chère C Lagarde


              • "Que de détours pour dire une chose au fond si simple : il faut que le travail paye. Mais c’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant. Retroussons nos manches."

              On dirait presque du Mao dans le texte ! Un homme c’est deux bras et deux jambes au service de la cause avant d’être une boucvhe à nourrir ou un cerveau qui pense....

              (lire la suite..)


              • Paul Villach Paul Villach 20 juin 2008 12:33

                @ Zen !

                Cette honorable ministre n’a-t-elle pas ajouté : "Let’s go !" ? Paul Villach


              • Yannick Harrel Yannick Harrel 20 juin 2008 13:53

                Mme Lagarde pense pourtant... mal mais pense tout de même... et in american in the mind please !


              • Gilles Gilles 20 juin 2008 14:28

                Zen

                Cette citation "Un homme politique c’est un intellectuel qui ne pense pas." est d’un américain, un certain Harold Rosenberg. Je l’ai vu sur un site relatant une interview d’Emmanuelle Mignon... et elle m’a bien plu !

                car justement, selon cette Emma, Sarko évite de penser, n’aime pas trop penser, mais il est IMPATIENT ET IL AGIT, ce qui est la caractèristique des politiques, des vrais, selon elle

                Sinon, j’ai posté ce post ce matin et puis l’article est passé en bas de page. Je trouve ça un peu énervant ! SI on intervient pas le jour de publication, eh bien, hop c’est fini, à la trappe


              • Céline Ertalif Céline Ertalif 20 juin 2008 23:38

                Bonsoir,

                Belle citation de Christine Lagarde qui me rappelle un autre adage : en politique, il faut battre sa coulpe sur la poitrine des autres ! Qui doit retrousser ses manches ?


              • ZEN ZEN 20 juin 2008 13:26

                La question est biaisée..

                La République a été évidemment génératrice de culture...

                Ce qui est une cause, dans ce que je n’hésite pas à appeler l’effondrement culturel de notre époque , c’est l’effacement des valeurs républicaines au profit d’un ultralibéralisme mondialisé et de l’idéologie qu’il véhicule ( qui commence en 1974 avec Giscard) , caractérisé par une perte de repères , de sens , de goût du savoir, de la saine émulation dans la connaissance, au profit de l’équivalence des idées, du relativisme, du scepticisme généralisé, bien propres à préparer les esprits à ne pas résister, à être des consommateurs passifs , jouisseurs plus que qu’esprits éveillés...
                Ce que Barber apppelle "l’infantilisation des esprits "

                Michéa à la suite de Lash ont a peu près tout dit sur cette question..

                Mais je suis peut-être vieux jeu...


                • Paul Villach Paul Villach 20 juin 2008 14:49

                  @ Zen

                  Je partage volontiers votre correctif, Zen. Il reste que l’interrogation de Renaud Camus oblige à en revérifier la pertinence.

                  Est-ce que nous ne tombons pas dans le travers des croyants (religieux ou politiques) qui, en réponse aux critiques des incroyants, assurent que celles-ci ne s’adressent qu’aux usages dévoyés de "la vraie religion", en oubliant qu’il n’existe pas de "vraie religion" mais seulement des applications diverses selon les circonstances et les époques ?

                  Oui, je veux croire que les valeurs de la République postulent l’accès de tous à la culture. Mais force est de reconnaître que leurs applications à ce jour, avec des variantes diverses, se soldent par un échec évident.

                  Le libéralisme économique auquel la démocratie est aujourd’hui associée est même un obstacle majeur à cet accès puisque c’est ce qui se vend qui est produit en masse. Or cette discrimination qui est efficace pour des outils ou des appareils, ne l’est pas dès qu’il s’agit des créations intellectuelles. Van Gogh ne vend, sauf erreur, qu’une toile dans sa vie. Rimbaud n’est édité au mieux qu’à quelques centaines d’exemplaires, de son vivant, etc. Paul Villach


                • chmoll chmoll 20 juin 2008 13:37

                  Culture et démocratie seraient-elles incompatibles ?

                  ben ça dépend, si la démocratie est cultivé comme le p’tit énervé,i pousse d’la dictorcatie



                    • Gilles Gilles 20 juin 2008 14:40

                      Morice ton lien est déjà caduque. A croire que ce genre d’article sur Sarko et les intellos n’intéressera pas la postérité, selon le Figaro


                    • Traroth Traroth 20 juin 2008 14:56

                      En fait, ce livre répète en grande partie ce que Brighelli dit dans "la fabrique du crétin" : détournement de la culture, généralisation de "l’opinion" (toutes les opinions étant finalement interchangeables), baisse générale du niveau de l’enseignement et, en conséquence, du niveau scolaire des "apprenants", etc.


                      • Traroth Traroth 20 juin 2008 15:00

                        Autre chose : un point de vue qui me dérange, c’est "80% d’une classe d’âge au bac, ça veut dire que le niveau du bac a baissé", comme s’il s’agissait d’une fatalité. Oui, avec l’école telle qu’elle est, c’est une fatalité. Mais je reste persuadé que la plupart des gens sont effectivement capables d’atteindre un bon niveau. Simplement, on rend l’école sélective de manière à conserver une quantité suffisante de main-d’oeuvre peu qualifiée (le bac ne sert ici que de cache-misère). En d’autres termes, l’école est conçue de manière à pousser un certain nombre d’enfants à échouer et à gâcher leur vie, afin de les rendre plus faciles à exploiter.


                        • karg se 20 juin 2008 17:36

                          Bien sur, tout les pays riches ont un système éducatif qui gardent longtemps les élèves, et bien sur nous français sommes idiots de faire pareil puisque c’est parfaitement inutile : les bacheliers n’ont aucune culture et n’apporte rien de plus que les apprentis à 14 ans dans les usines.


                        • Traroth Traroth 20 juin 2008 18:07

                          Donc si on reste longtemps à l’école, c’est qu’on est forcément très cultivé ? Ca n’est pas sérieux.

                          Le fait est que les programmes ne cessent d’être allégés, que les livres deviennent de plus en plus minces, que les horaires des élèves sont de plus en plus légers, qu’on a de moins en moins d’ambitions concernant l’école (maintenant, si on en sort en sachant lire, écrire et compter, c’est déjà bien), etc. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : on est dans un contexte généralisé de baisse des attentes. C’est vrai pour l’école, c’est vrai pour les prisons, c’est vrai pour la société dans son ensemble. Mais pas pour ceux qui possèdent des yachts, bizarrement...


                        • karg se 20 juin 2008 19:28

                          Moins d’horaire c’est pas un mal ont a les écoliers et les étudiants qui passent le plus de temps en cours, la culture c’est aussi du travail personnel. Nos étudiants manquent terriblement d’autonomie.


                        • Traroth Traroth 25 juin 2008 12:12

                          Pas d’accord. L’école est là pour enseigner.Elle a du mal à le faire, le constat est quasi-unanime, et ce n’est pas en allégeant les horaires que ça va s’arranger. Pour les étudiants, le problème est similaire : est-ce qu’on veut qu’ils acquièrent des connaissances ou qu’ils "deviennent autonomes" ? Il reste à démontrer qu’aider les jeunes à acquérir de l’autonomie fasse bien partie des missions de l’université.

                          Etrangement, ces jeunes si peu autonomes le sont *TOUS* au bout de seulement un an sur le marché du travail. Comme quoi, la nécessité...

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