Suite à mon dernier article dans lequel je m’étonnais du silence du ministre de la Culture, que puis-je ajouter ? Ou bien le ministre se rend au mont Beuvray - n’est-ce pas la moindre des choses que d’honorer de sa visite le musée archéologique européen, dernier grand chantier de son oncle - ou bien, il ne s’y rend pas, ce qui devrait tout de même amener les médias à se poser quelques questions au lieu de se refocaliser encore et encore sur la localisation de la bataille d’Alésia.
Rappel de ma thèse : Entre le "Dubis" (la Dheune) et l’Arar (la Saône) ce sont les Eduens qui habitent : la cité de Cabyllinum sur l’Arar et la place forte de Bibracte leur appartiennent (Strabon IV, 3,2, voir la traduction sur le site de Philippe Remacle). Confirmant mes arguments et interprétations que j’ai déjà exposés, ma traduction du mot Dubis par Dheune - Dubex, nom de la Dheune dans d’anciens textes - exclut de placer Bibracte au mont Beuvray mais l’impose à Mont-Saint-Vincent. Comme je l’ai déjà expliqué, Bibracte/Mont-Saint-Vincent est cette Alésia/métropole qu’évoque Diodore, également citée par Hécatée de Millet sous le nom de Nuerax.
Première hypothèse concernant la Sequanas, je reviens sur l’interprétation que j’ai développée dans mon précédent article où je proposais de voir plutôt une voie dans le mot Sequanas ; je nuance mon propos en précisant : voie fluviale. La première explication que je propose du texte de Strabon serait de faire resurgir les Alpes dont il parle dans la côte chalonnaise. Cette ligne de hauteurs, au nord de Chalon-sur-Saône, pouvait donner l’impression au voyageur d’une barrière qui l’obligeait à bifurquer soit vers l’ouest pour atteindre la Loire, soit vers l’est par Besançon. La deuxième explication serait d’identifier cette Sequanas à la Brenne qui prend sa source dans ces hauteurs. Cela nous conduit à Alésia, puis à la Seine par l’Armançon et l’Yonne. Et c’est bien ce que laisse entendre Strabon quand il nous donne une distance de 1000 stades (185 km) pour atteindre cette Sequanas depuis Lyon en remontant l’Arar (IV, 3,3), autrement dit jusqu’à Chalon ou un peu plus loin. Enfin, il n’y a pas lieu de s’étonner que Strabon la voie s’écouler vers l’Océan parallèlement au Rhin ; c’est en effet conforme à la vision globale mais déformée que l’auteur grec avait de la Gaule à cette époque.
Saône, puis dans le Rhône, ce qui est, il est vrai, assez curieux. Et j’inclurais dans ce Dubis, des petits affluents tels que l’Ouche. En revanche, en ce qui concerne l’Arar, je préférerais en voir le cours supérieur dans son affluent, la Thalie, ce qui explique que Strabon la fasse descendre également de ces hauteurs.
Deux itinéraires me semblent envisageables à l’origine. L’un consistait à rejoindre la Loire en s’engageant dans la vallée de la Dheune après avoir franchi ou contourné le mouvement de terrain de Chassey-le-Camp. C’est la voie Liger qui débouche sur l’océan à Nantes. L’autre aurait été, après Chassey-le-Camp, de remonter la Cozanne, de rejoindre l’Ouche, puis de la quitter pour redescendre vers Alésia en descendant la Brenne. Ce serait, dans mon hypothèse, la voie Sequanas qui débouche sur l’Océan près du Havre.
Mon hypothèse. Je pars du principe que ces indications et prescriptions remontent aux premiers temps de l’organisation de l’empire, mais qu’elles correspondent à une situation postérieure. J’identifie toujours Augustodunum à Mont-Saint-Vincent, même si j’admets qu’ Autun fasse partie de la cité en tant que ville/colonie dans le cadre d’une cité double. Je situe le castrum de Chalon sur la colline de Taisey même si j’admets de même que la ville en contre-bas fasse partie de la cité. J’identifie Argentomagus au castrum de Chalon/Taisey et j’explique ce nom par une volonté impériale de bien montrer que c’est ici que se trouve encore l’autorité et non dans la ville nouvelle de Cabillo des bords de Saône (Argentomagus/Tasiacum : qui est en rapport avec les questions d’argent et de trésor public).
Remarquons toutefois que le mot "Augustodunum" figure deux fois, ce qui est très étonnant. Comment comprendre cette anomalie ? L’explication logique est pourtant simple ; alors qu’à Chalon, la notitia dignitatum - et donc le pouvoir impérial- donne l’autorité sur la cité au castrum de Taisey et non à la nouvelle ville, elle donne à Autun - où se trouve le théâtre - la même autorité qu’à Mont-Saint-Vincent.
Comme je viens de l’expliquer, l’Argentomagus de la Notitia dignitatum n’est pas Argenton-sur-Creuse. En revanche, ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est de comprendre pourquoi ces deux antiques cités portent le même nom. Mon hypothèse logique est qu’Argenton-sur-Creuse est une colonie fondée par des citoyens de Chalon-sur-Saône, lesquels auraient quitté la cité-mère en emportant avec eux toute une culture particulièrement riche. Etonnant témoignage, le nom de saint Marcel qu’a pris la ville rappelle le souvenir du saint qui fut martyrisé aux portes de la cité chalonnaise.
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