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D’Alésia à Bibracte, les bafouillements de l’archéologie française

Suite à mon dernier article dans lequel je m’étonnais du silence du ministre de la Culture, que puis-je ajouter ? Ou bien le ministre se rend au mont Beuvray - n’est-ce pas la moindre des choses que d’honorer de sa visite le musée archéologique européen, dernier grand chantier de son oncle - ou bien, il ne s’y rend pas, ce qui devrait tout de même amener les médias à se poser quelques questions au lieu de se refocaliser encore et encore sur la localisation de la bataille d’Alésia.

Auteur de "l’imposture d’Alésia", Danielle Porte explique très justement qu’elle a bâti principalement sa thèse sur les incohérences des archéologues et des historiens officiels. Mais ce à quoi elle n’avait peut-être pas pensé, c’est qu’en corrigeant ces incohérences comme je l’ai fait, je lui enlève ses principaux arguments. C’est ainsi qu’il ne restera à la postérité que le souvenir d’une polémique absurde, ce qui n’est certainement pas une image très flatteuse pour le rayonnement de notre culture.
 
Le témoignage incontournable de Strabon.
 
Beaucoup plus intéressant est de partir à la découverte de l’Alésia métropole fondée par Héraclès (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 24). Comment ne pas voir l’importance de l’affaire alors que Diodore nous présente cette cité comme la mère de la Galatie et donc, comme notre première et antique capitale avant Paris ? Soyons clair ! Je ne suis pas de ceux qui, dans leur superbe, décrètent qu’un Diodore de Sicile exagère ou qu’un Strabon raconte n’importe quoi. Je cherche seulement à comprendre ce que ces auteurs veulent dire.
 
Rappel de ma thèse : Entre le "Dubis" (la Dheune) et l’Arar (la Saône) ce sont les Eduens qui habitent : la cité de Cabyllinum sur l’Arar et la place forte de Bibracte leur appartiennent (Strabon IV, 3,2, voir la traduction sur le site de Philippe Remacle). Confirmant mes arguments et interprétations que j’ai déjà exposés, ma traduction du mot Dubis par Dheune - Dubex, nom de la Dheune dans d’anciens textes - exclut de placer Bibracte au mont Beuvray mais l’impose à Mont-Saint-Vincent. Comme je l’ai déjà expliqué, Bibracte/Mont-Saint-Vincent est cette Alésia/métropole qu’évoque Diodore, également citée par Hécatée de Millet sous le nom de Nuerax.
 
Je continue ma citation de Strabon : les marchandises reçues d’abord par l’Arar (la Saône) passent ensuite dans le Dubis (la Dheune), affluent de l’Arar ; puis on les transporte par voie de terre jusqu’à la Sequanas (?), dont elles descendent le cours, et ce fleuve les amène au pays des Lexoviens et des Calètes, sur les côtes mêmes de l’Océan, d’où elles gagnent enfin la (Grande) Bretagne (IV, I, 14).
 
Et aussi : Lugdunum (Lyon) est en même temps le chef-lieu du territoire des Ségusiaves, lequel se trouve compris entre le Rhône et le Dubis (le couloir Dheune/Bourbince). Quant aux peuples qui succèdent aux Segusiaves dans la direction du Rhin, ils ont pour leur servir de limites, les uns, le Dubis, les autres l’Arar, deux rivières qui, ainsi que nous l’avons dit précédemment, descendent aussi des Alpes (?) et se jettent dans le Rhône après avoir confondu leurs eaux. Mais il y a encore une autre rivière, la Sequanas (?) qui prend sa source dans les Alpes (?) et va se jeter dans l’Océan après avoir coulé parallèlement (?) au Rhin (IV, 3, 2)
 
Première hypothèse concernant la Sequanas, je reviens sur l’interprétation que j’ai développée dans mon précédent article où je proposais de voir plutôt une voie dans le mot Sequanas ; je nuance mon propos en précisant : voie fluviale. La première explication que je propose du texte de Strabon serait de faire resurgir les Alpes dont il parle dans la côte chalonnaise. Cette ligne de hauteurs, au nord de Chalon-sur-Saône, pouvait donner l’impression au voyageur d’une barrière qui l’obligeait à bifurquer soit vers l’ouest pour atteindre la Loire, soit vers l’est par Besançon. La deuxième explication serait d’identifier cette Sequanas à la Brenne qui prend sa source dans ces hauteurs. Cela nous conduit à Alésia, puis à la Seine par l’Armançon et l’Yonne. Et c’est bien ce que laisse entendre Strabon quand il nous donne une distance de 1000 stades (185 km) pour atteindre cette Sequanas depuis Lyon en remontant l’Arar (IV, 3,3), autrement dit jusqu’à Chalon ou un peu plus loin. Enfin, il n’y a pas lieu de s’étonner que Strabon la voie s’écouler vers l’Océan parallèlement au Rhin ; c’est en effet conforme à la vision globale mais déformée que l’auteur grec avait de la Gaule à cette époque.

Deuxième hypothèse concernant le Dubis, je nuancerais également mon propos en revenant à "voie fluviale" mais dans ce cas, j’imagine - dans l’esprit de Strabon - un cours d’eau continu depuis Besançon jusqu’aux sources de la Dheune, lequel s’écoulerait, en son centre, dans la Saône, puis dans le Rhône, ce qui est, il est vrai, assez curieux. Et j’inclurais dans ce Dubis, des petits affluents tels que l’Ouche. En revanche, en ce qui concerne l’Arar, je préférerais en voir le cours supérieur dans son affluent, la Thalie, ce qui explique que Strabon la fasse descendre également de ces hauteurs.
 
Le cadre géographique étant dès lors planté autour de Chalon-sur-Saône - point de rupture de charge - il s’agit maintenant de découvrir les itinéraires terrestres que prenaient les marchandises en partance de Chalon pour rejoindre les voies fluviales par lesquelles elles allaient pouvoir redescendre jusqu’à l’Océan ou jusqu’à La Manche... Et ensuite revenir en empruntant les mêmes itinéraires avec les précieux lingots d’étain.
 
Deux itinéraires me semblent envisageables à l’origine. L’un consistait à rejoindre la Loire en s’engageant dans la vallée de la Dheune après avoir franchi ou contourné le mouvement de terrain de Chassey-le-Camp. C’est la voie Liger qui débouche sur l’océan à Nantes. L’autre aurait été, après Chassey-le-Camp, de remonter la Cozanne, de rejoindre l’Ouche, puis de la quitter pour redescendre vers Alésia en descendant la Brenne. Ce serait, dans mon hypothèse, la voie Sequanas qui débouche sur l’Océan près du Havre.
 
La maitrise des itinéraires vers les mines d’étain de Cornouailles, itinéraires aller et retour, la perception des revenus des péages, voilà probablement un grave casus belli possible qui a pu opposer les Eduens et les Séquanes (DBG I, 18).
 
Les fabriques d’armement du pays éduen.
 
Dès lors que nous comprenons un peu mieux ce carrefour et plaque tournante qu’était Cabillodunum et d’où repartait l’étain de Cornouailles vers le monde phénicien, grec puis romain - en concurrence toutefois avec la voie arverne des Cévennes et avec la voie maritime - il faut également se poser la question vers quels lieux de fabrique cet étain était-il dirigé pour l’approvisionnement des Eduens ?
 
La notitia galliarum et la notitia dignitatum nous donnent des éléments de réponse même si, à cette époque, la métallurgie du bronze avait cédé la primauté à celle du fer.
 
Notitia galliarum. Dans les provinces des Gaules, les cités sont les suivantes... dans la première lyonnaise... métropole, la cité des Lyonnais... la cité des Eduens... la cité des Lingons... le castrum des Chalonnais... le castrum des Maconnais.
 
Notitia dignitatum. Les fabriques citées ci-après sont : aux Gaulois... à la cité d’Argentomagus, armes de toutes sortes... à la cité de Mâcon, les flèches... à la cité d’Augustodunum, les cuirasses et les balistes... à la cité d’Augustodunum, les boucliers.
 
Mon hypothèse. Je pars du principe que ces indications et prescriptions remontent aux premiers temps de l’organisation de l’empire, mais qu’elles correspondent à une situation postérieure. J’identifie toujours Augustodunum à Mont-Saint-Vincent, même si j’admets qu’ Autun fasse partie de la cité en tant que ville/colonie dans le cadre d’une cité double. Je situe le castrum de Chalon sur la colline de Taisey même si j’admets de même que la ville en contre-bas fasse partie de la cité. J’identifie Argentomagus au castrum de Chalon/Taisey et j’explique ce nom par une volonté impériale de bien montrer que c’est ici que se trouve encore l’autorité et non dans la ville nouvelle de Cabillo des bords de Saône (Argentomagus/Tasiacum : qui est en rapport avec les questions d’argent et de trésor public).
 
Remarquons toutefois que le mot "Augustodunum" figure deux fois, ce qui est très étonnant. Comment comprendre cette anomalie ? L’explication logique est pourtant simple ; alors qu’à Chalon, la notitia dignitatum - et donc le pouvoir impérial- donne l’autorité sur la cité au castrum de Taisey et non à la nouvelle ville, elle donne à Autun - où se trouve le théâtre - la même autorité qu’à Mont-Saint-Vincent.
 
Il s’agit maintenant de localiser ces fabriques dans le territoire des trois cités éduennes.
 
Si, pour la cité éduenne de Mont-Saint-Vincent, une localisation de fabrique à Perrecy-les-Forges me semble envisageable compte tenu de l’infrastructure qu’on y a retrouvée, une localisation à Autun pour les boucliers s’impose. En ce qui concerne les cités de Chalon et de Mâcon, un emplacement jouxtant les castrum serait également envisageable pour des questions de sécurité et de surveillance.
 
Petite digression concernant l’Argentomagus du pays biturige.
 
Comme je viens de l’expliquer, l’Argentomagus de la Notitia dignitatum n’est pas Argenton-sur-Creuse. En revanche, ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est de comprendre pourquoi ces deux antiques cités portent le même nom. Mon hypothèse logique est qu’Argenton-sur-Creuse est une colonie fondée par des citoyens de Chalon-sur-Saône, lesquels auraient quitté la cité-mère en emportant avec eux toute une culture particulièrement riche. Etonnant témoignage, le nom de saint Marcel qu’a pris la ville rappelle le souvenir du saint qui fut martyrisé aux portes de la cité chalonnaise.
 Tout cela va dans le sens de la thèse que j’ai développée par ailleurs, à savoir une installation biturige sur la butte de Taisey, avant l’arrivée des Eduens, la construction d’un des premiers castrum que notre pays ait connu, avec une tour crénelée, très grande pour l’époque... toujours existante. Puis, sous la pression éduenne venant de Bibracte/Mont-Saint-Vincent, une émigration biturige vers l’ouest, jusqu’à Bourges.http://www.agoravox.fr/culture-lois...
 
 
 
 
 
 
 
 
par Emile Mourey (son site) vendredi 10 décembre 2010 - 5 réactions
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