Le titre aurait pu être Cécile Duflot élue. Certes. Mais l'autre nouvelle intéressante est que ce week-end va avoir lieu la convention d'Europe Ecologie Les Verts (quel nom épouvantable !) et à la suite de son revers électoral au sein du mouvement Daniel Cohn Bendit n'ira pas.
Les motions ont été mises au vote et celle de Cécile Duflot a remporté plus de 50 % des voix dès le premier tour et celle de DCB près de 27 %. Fier de ce désaveu il a décidé de bouder. Avant de parler plus en avant notons quelques enseignements.
Il y a eu 6 000 votants soit 40 % des inscrits. Donc il y a 15 000 militants. Ce qui est intéressant c'est que lorsqu'il s'agit du MoDem les commentaires désobligeants vont bon train, quand EELV a nettement moins de militants et un taux de participation peu élevé, d'autant que ce sont généralement des militants très engagés comme l'on dit dans la presse spécialisée, il n'y en a pas un pour faire ce genre de remarque. Et toutes les interrogations qu'on soulève pour le MoDem ou les amabilités du genre vous êtes seul, ne s'appliquent pas à un mouvement donné comme grand vainqueur lors des dernières européennes et comme futur très grand parti français. Et pourtant avec le si bon score aux Européennes (et celui soit-disant excellent aux cantonales alors que le MoDem a eu autant d'élus) on aurait été en droit d'attendre grâce au terrible battage médiatique en faveur de ce mouvement (et a contrario le terrible bashing contre le MoDem) que ce mouvement ait décuplé son nombre de militants.
La vérité peu à peu apparaît. Cette vérité est que l'association étrange entre Bové (disparu lui, tiens), Joly (la justicière qui pourtant ne trouve rien à redire aux illégalités de Bové quand le moindre pet de travers de tout autre est immédiatement stigmatisé) et Daniel Cohn Bendit n'a pas tenue vraiment ses promesses et qu'Europe Ecologie, sympathique mouvement plein d'élan a été phagocyté par Les Verts. Cette élection en est la preuve. Bové disparu, Cohn Bendit mis en minorité alors que c'est grâce à lui que le mouvement écologique (et aussi aux circonstances) a eu une telle envolée.
En matière de candidats, bien qu'Eva Joly ait été choisie par le parti, on accepte un certain Nicolas Hulot qui est pour EELV ce que fut (on parle ici de politique) DSK au PS. En d'autres mots un candidat des sondages, du show biz, de la notoriété paillette et non des idées. Bien sûr Hulot est écolo dans l'âme, mais il a été proche de Sarkozy et cela classe son homme et sa capacité de jugement. Il s'est enrichi grâce à ses émissions (et TF1) et ne néglige pas ses intérêts financiers. Il vit grâce à l'industrie de ses produits. Donc il vit de la pollution. Mais cela ne fait rien tout comme le PS acceptait à bras ouvert le candidat des sondages, EELV, un gros mouchoir sur ses convictions accepte Hulot comme candidat qui sans eux ne pourrait pas se présenter (500 signatures, structure, financements, étiquette). Reste à savoir si les militants vont suivre.
On savait qu'au sein de ce parti cela avait chauffé. Ici (extrait de la lettre de démission de Basset). :
Elle [démission] révèle l'impuissance que je ressens de plus en plus douloureusement face à une situation de conflit interne qui m'apparaît, en l'état, dominante, indépassable, broyeuse d'énergie et d'espérance. Elle vise aussi à dissiper l'illusion fédératrice que ma présence entretient dans la direction du mouvement, entre marteau et enclume.
Autrement dit, j'avoue l'échec, personnel et collectif : je ne souhaite plus m'épuiser à construire des passerelles alors que l'essentiel des préoccupations consiste à entretenir les suspicions ou à rêver d'en découdre pour affaiblir tel courant, détruire tel individu ou conquérir tel pouvoir. Je n'assumerai pas plus longtemps la fiction et l'imposture d'un rôle revenant à concilier l'inconciliable.
Si ma mise à l'écart volontaire, dont je pèse amèrement le sens négatif aux yeux des militants sincères, peut servir à quelque chose, c'est de dissiper le rideau de fumée et chasser l'hypocrisie : que les masques tombent ! Que les couteaux sortent s'ils doivent sortir ou que les convictions l'emportent enfin sur les ambitions, mais qu'au moins il se passe quelque chose, qu'Europe Ecologie-Les Verts échappe à ce climat délétère de guerre froide et de paix armée !
I have a dream... Oui, j'avais fait le rêve que les Assises de Lyon, le 13 novembre, seraient une date « constituante », consacrant l'aboutissement d'une démarche de dépassement collectif pour construire une force alternative, responsable et désirable, indispensable aux enjeux de l'époque. Cette journée devait marquer les esprits au point de les transformer grâce à un sentiment d'appartenance commune, emportés par une dynamique qui submergerait les inévitables aigreurs, les petits calculs, les préjugés stupides, les médiocrités recuites. J'ai cru que la force de l'essentiel l'emporterait sur les turpitudes usuelles. Qu'il y aurait donc un avant et un après Lyon...
Je me suis trompé. Lourdement. Il est impossible de parvenir à faire la paix entre ceux qui aspirent à la guerre.
Il y a bien un après Lyon... mais, à l'image du nom retenu (Europe Ecologie-Les Verts), il reproduit ce que nous avions eu tant de mal à contenir dans l'avant Lyon : le scénario des crispations et des jeux claniques, la comédie du pouvoir, le monopoly des territoires. Règlements de compte, délices du déchirement, obsessions purificatrices et procès en sorcellerie saturent à nouveau l'espace, au point de rendre l'air interne irrespirable et le travail politique secondaire.
La fusion-dépassement n'a pas eu lieu. Le fossé des défiances reste plus béant que jamais entre ceux supposés vouloir rester en famille et ceux suspectés de chercher le divorce pour la recomposer, rendant impossible toute entreprise commune. D'un côté, le parti où nombre de Verts verrouillent une reproduction à l'identique, avec les mêmes têtes, les mêmes statuts, les mêmes pratiques, les mêmes courants, la même communication pseudo radicale, la même orientation servile vis à vis de la gauche ; de l'autre côté, la Coopérative que certains veulent instrumentaliser en machine de guerre contre le parti. Dans ces conditions, aucune discussion sereine, aucun désaccord rationnel ne peut exister. Chaque choix est hypothéqué, chaque initiative s'avère lourde de conflits.
Voilà ce qu'en dit maintenant DCB par e-mail aux militants pour justifier sa non participation à ce rassemblement, grâce à Rue89 :
« A celles et ceux qui se croiraient soudainement “abandonnés”, je réponds qu'ils se trompent. C'est me méconnaître. En n'allant pas à la Rochelle, j'exprime sans aucun doute un désaccord sur le devenir d'EELV mais cela ne signifie pas que je me retire du jeu.
Certes, j'ai cru qu'avec EE-LV nous pouvions sortir des sillages de la politique traditionnaliste et faire, comme nous le prétendions, de la politique autrement. Certes je suis déçu de n'avoir pas pu accélérer l'évolution de notre culture politique. Mais c'est tout. Et, une fois de plus, je tiens à les remercier pour ce que nous avons fait ensemble et, je l'espère, continuerons à faire ensemble.
A ceux qui se complaisent dans des décryptages fouillés issus d'un imaginaire très “Disney” [Le Schtroumpf grognon est une création du dessinateur belge Peyo, pas de Walt Disney, ndlr], je répète que ma place n'est certainement pas d'être à la grande messe de la Rochelle. La messe, ce n'est pas ma tasse de thé ! De toute façon, pour eux, je suis “le boudeur”, le “mauvais perdant” que j'y aille pour exprimer mon désaccord ou pas ! La photo de famille où chacun rejoindrait les rangs le sourire hypocrite aux lèvres, c'est pas mon truc ! Cela n'empêchera pas -heureusement d'ailleurs- le rassemblement unitaire ni même, par la suite, les “combats” internes entre visions différentes …
Simplement, je ne vous apprendrai rien en vous disant que je ne suis pas fait pour les “appareils” et que, fondamentalement, ma force politique “se structure” selon les contours de la liberté. C'est donc au sein de la coopérative que je fonctionnerai le mieux. Avec toutes celles et ceux qui le veulent, nous pouvons dès à présent nous concentrer sur l'organisation d'une convention nationale de la coopérative écologiste à l'automne. Et je trouve au passage marrant de retrouver à mes côtés celui que la direction des Verts avait appelé pour “rendre Cohn-Bendit plus digeste” au moment des européennes, à savoir José Bové…
Amitiés
Dany Cohn-Bendit »
Il en ressort donc qu'EELV n'est rien d'autre que le calque du parti Les Verts qui auront bénéficié de (usurpé ?) l'image d'Europe Ecologie. Bon maintenant les anti DCB peuvent se déchaîner. En tout cas voilà un coup de canif dans ce conglomérat repeint en vert et du trio initiateur ne reste qu'une candidate choisie en partie pour ce qu'elle représente (et est) dans l'opinion et non pour son combat ancestral pour l'écologie.
Il nous reste onze mois pour se débarrasser de ce pouvoir. Faisons notre Révolution du jasmin.
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