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Darwinisme social et pauvreté, un paradoxe antisocial

L’expression darwinisme social est généralement associée à l’idée d’une jungle impitoyable où les forts écrasent et font disparaître les faibles, et à l’idée que la civilisation doit contrarier cette tendance pour laisser leur place aux faibles.

En réalité, le darwinisme social est tout autre chose : la civilisation est un facteur de sélection tout aussi naturel pour nous que l’environnement pour un animal. Les personnes, « fortes » ou « faibles » (ce qui a un sens bien différents en société que dans l’hypothétique « état de nature »), les places sociales qu’elles occupent, et les règles qui déterminent ces places, évoluent les unes en fonctions des autres, dans un système dynamique où l’existant de demain sera le produit de la situation d’aujourd’hui appliquée aux productions d’hier.

Lorsque la politique simple a résolu les problèmes simples, ne restent que les problèmes politiques qui résistent à ces solutions (où qui en sont le produit !). La question de la pauvreté est bien l’un de ces problèmes difficiles.

Mais d’abord, qu’est-ce que la pauvreté ? À l’échelle d’une ou plusieurs générations (le vrai temps politique, par opposition au temps électoral), la pauvreté, c’est la « stratégie r », par opposition à la « stratégie K » (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Modèle_évolutif_r/K pour les détails).

La stratégie r, modèle d’un fort investissement reproductif (limitant l’accumulation capitalistique), conduit inévitablement à une nombreuse population sans capital (le patrimoine, s’il existe, étant soit dispersé en toutes petites parts, soit concentré entre les mains d’une petite fraction, l’aîné tout seul, par exemple). Cette stratégie n’a aucun besoin de richesse, elle subsiste parfaitement dans un environnement d’extrême « précarité », elle ne dépend que de la chance ou du mérite des rejetons (et plus ils sont nombreux plus cela lui donne de chances). Mais elle subsiste aussi parfaitement dans un environnement plus riche, où elle occupe rapidement tout l’espace que lui accorde l’aide sociale et les facilités de reproduction qui vont avec ; elle peut même, alors, se doter d’un poids démographique tel qu’elle peut susciter les politiques économiques et « sociales » qui détruiront la stratégie K.

À l’inverse la stratégie K, c’est pour les humains le modèle d’un fort investissement dans la vie professionnelle et d’une reproduction rare, choisie, et tardive. Elle permet, au fil des générations, une accumulation capitalistique continue, mais elle nécessite une forte probabilité de survie et de reproduction compatible avec un faible nombre d’enfants. Dans un environnement précaire, elle risque fort de s’éteindre progressivement, sous l’effet d’une reproduction plus rare que le décès de ses adeptes. Dans un environnement plus riche, elle peut prospérer mais à un rythme plus lent que la stratégie r jusqu’à finir marginalisée. Elle ne prospère en fait que dans un environnement où la reproduction est parfaitement corrélée au capital détenu, le genre de contexte qu’on appelle « antisocial » !

Cela m’inspire d’abord deux remarques, la première étant triviale et la seconde moins commune :

1) Tout cela ne doit pas surprendre, puisque cela rejoint l’observation classique qui lie fortement le développement et la « transition démographique » (le passage du vieux et solide modèle r vers le plus fragile modèle K).

2) Pour qualifier un contexte ou une politique de « sociale » ou « d’antisociale », il n’y a qu’une chose à regarder : si elle favorise plus le modèle K ou le modèle r. Un politique en faveur des enfants pauvres (comme celle qui pointe actuellement le bout du nez dans les discours) est l’archétype de la redoutable fausse bonne idée, qui conduit à la ruine à assez brève échéance si elle n’est pas accompagnée d’assurances à propos de l’adéquation entre la natalité et la richesse disponible. Inversement, on peut regarder comme sociale une politique qui transforme les enfants en coûts nets, sans bénéfice ni présent (pas de travail, pas de revenus) !) ni futur (pas de soutien de vieillesse !) : scolarisation longue couplée à une mutualisation de la vieillesse. D’autres phénomènes, comme l’immigration ou même la guerre (destructeurs de richesses et défavorables pour tous, mais plus encore aux pauvres qu’aux riches) peuvent être examinés de cette façon.

Pour conclure, soulignons le paradoxe apparent : alors que le discours courant assimile les riches aux forts, à l’échelle des peuples, les riches sont une anomalie qui a besoin d’un environnement spécifique ! La boucle du darwinisme social, entre les individus et les règles sociales, est ainsi bouclée : la richesse est une anomalie, une construction sociale élaborée et fragile. Si c’est ce modèle que nous souhaitons organiser (ce qui n’a rien d’évident !), il faut bien choisir nos politiques, surtout quand elles ont une prétention sociale !

par gem mercredi 20 décembre 2006 - 49 réactions
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  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.182) 20 décembre 2006 14:51
    ZEN

    @Gem

    Votre article se situe constamment dans l’équivoque, faute de définitions rigoureuses ,et de ce fait évolue dans un malentendu constant, sur des bases de parti-pris trés discutables.

    La notion de sociobiologie est une des plus confuses et des plus dangereuses qui soit, forgées par Spencer à la fin du 19°S., dans un contexte de biologisme triomphant, d’eugénisme ignorant, et de racisme (à prétention scientifique)naissant.

    Darwin n’a jamais songé appliquer la notion de "lutte pour la vie", un de ses concepts-clé, au domaine social ou culturel. Or vous établissez indûment un parallèle entre nature et culture, et ne cessez de jouer sur des analogies discutables.Dés que l’extrapolation est faite, on peut dire n’importe quoi : qu’il est naturel que les plus puissants (riches ?)dominent,etc...Alexis Carrel, admirateur de Pétain, défendait ces thèses, et bien d’autres..cette "école" n’est pas morte, surtout aux USA...

    Je vous livre une petite mise au point mieux faite que la mienne, trés simple et trés claire :

    Spencer Herbert Le darwinisme social

    par Denis Touret, Université de Paris 1. Les grands idéologues et les autres : Darwin « Herbert Spencer (1820-1903). Dans le domaine social le darwinisme a donné naissance au XIXème siècle a une théorie - le darwinisme social - dont le représentant principal est l’anglais Herbert Spencer.

    Alors que le darwinisme est une théorie générale qui concerne l’évolution de toutes les espèces vivantes, le darwinisme social de Spencer est une application sociologique du darwinisme concernant l’évolution interne de l’espèce humaine.

    Le darwinisme social affirme que la compétition, la lutte pour la vie, affecte, à l’intérieur de l’espèce humaine, les différents groupes sociaux qui la composent (familiaux, ethniques, étatiques) de telle sorte que des hiérarchies se créent, qui sont le résultat d’une sélection sociale qui permet aux meilleurs de l’emporter.

    Or, pour Spencer, tous les groupes sociaux étant en compétition les uns avec les autres, tout ce qui peut affaiblir un groupe social bénéficie à ses concurrents.

    En conséquence, Spencer pense que toute protection artificielle des faibles est un handicap pour le groupe social auquel ils appartiennent, dans la mesure où cette protection a pour effet d’alourdir le fonctionnement du groupe et, donc, de le mettre en position d’infériorité face aux groupes sociaux rivaux.

    Le darwinisme social est politiquement utilisé par le libéralisme classique, conservateur, pour justifier de la non-intervention de l’Etat dans le domaine économique et social, intervention qui est considérée comme étant handicapante pour la Société.

    Herbert Spencer, The Principles of Sociology, 3 vol., 1876-1896, Principes de sociologie, 5 vol., Paris, 1878-1898. Herbert Spencer, Patrick Tort, Autobiographie ; Spencer et le système des sciences : naissance de l’évolutionnisme libéral, PUF, Paris, 1987. Herbert Spencer, Le droit d’ignorer l’Etat, Les Belles Lettres, Paris, 1993. »

  • Par troll (xxx.xxx.xxx.128) 20 décembre 2006 14:38

    desole mais j’ai trouve votre article mauvais... bref en vous en croire on aurait le choix entre une politique r (natalite a fond les ballons) et une politique K (peu d’enfants)... la premiere est sociale, car on fait plein de pauvres, et la deuxieme est anti-sociale car on fait quelques riches...

    bref raisonnement stupide car le social c’est faire des enfants heureux et je ne vois pas en quoi moins il y a d’enfants et moins ils sont heureux...

    sans compter que l’heure n’est pas a se reproduire comme des lapins : on est deja bien assez a l’etroit sur ce qu’il reste de planete !....

  • Par zen (xxx.xxx.xxx.182) 20 décembre 2006 16:47
    ZEN

    @Seb 59

    "Je ne trouve rien dans les commentaires qui prouvent que le « darwinisme social » soit faux"

    Alors , il faut lire ou relire Darwin et Spencer. Bon courage !

    Un raisonnement simple : si vous admettez que les relations sociales humaines sont de même nature que celles qui règnent dans le monde animal,avec les mêmes déterminismes,la même fixité, les mêmes hiérarchies,les mêmes luttes pour le territoire, la nourriture, etc...comment expliquez-vous qu’il y ait une histoire humaine(ou plutôt des histoires), des cultures infiniment varièes, des institutions que l’on peut changer, des comportement flexibles (par ex.le rôle maternel ou paternel),etc... ?

    Tout cela ne dérive donc pas strictement de la biologie , de l’instinct, et les hommes peuvent choisir d’élaborer des sociétés régulées pour moins de violence.C’est seulement peut-être dans les situations d’extrême dénûment que l’on pourrait parler pour l’homme de "lutte pour la vie"...et encore, des témoignages de rescapés de camps de la mort ont dit qu’il pouvait y avoir partage et solidarité même dans ces cas tragiques..

    . Lisez donc "Race et histoire" de Claude Levi-Strauss, ce n’est pas trop technique.

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