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De l’influence de Tony Blair sur Sarkozy

"Nous sommes deux vieilles nations, de taille comparable. Nos deux pays sont confrontés aux mêmes enjeux : la mondialisation, les mutations économiques, l’impact des nouvelles puissances que sont la Chine et l’Inde, les bouleversements de la démographie mais également la nécessité de réformer nos systèmes de protection sociale pour préserver notre mode de vie. Nous avons, l’un comme l’autre, joué un rôle historique dans le monde. Aujourd’hui, c’est par notre alliance que nous pourrons exercer notre influence." En s’adressant en français sur YouTube le 7 mai dernier, Tony Blair a souhaité intervenir suite à l’élection de "son ami Nicolas" dans l’Hexagone. Durant la campagne électorale, les deux hommes se sont rencontrés tour à tour à Londres et à Paris, au moment où l’un s’apprêtait à affronter les urnes tandis que l’autre allait annoncer qu’il quitterait son poste en juin. Après trois mandats, un record pour un Premier ministre britannique, Tony Blair quittera son poste le 27 juin prochain. Jeudi 17 mai, en recueillant 313 parrainages sur un total de 352 parlementaires travaillistes, Gordon Brown, alors ministre des Finances, a obtenu l’assurance de succéder à M Blair. Tony Blair s’est installé au 10, Downing Street le 2 mai 1997. A quarante-trois ans, il est le plus jeune Prime Minister britannique depuis 1812. En 1998, un accord historique est signé concernant le partage du pouvoir entre catholiques et protestants en Irlande du Nord. En 1999, la politique de décentralisation se met en place. Le système de santé est aussi en question, tout comme celui de l’éducation : de profondes réformes sont engagées à coups de dépenses. Le Labour remporte les législatives, en 2001. En 2003, l’engagement en Irak aux côtés des Etats-Unis est abondamment contesté et critiqué. Le 7 juillet 2005, 56 personnes sont tuées et 700 sont blessées dans des attentats à Londres, vingt-quatre heures après la victoire dans le cadre de la candidature de la capitale britannique pour l’organisation des JO de 2012. Le 27 juin 2007, le Premier ministre britannique remettra sa décision à la reine.

"Malgré sa volonté de dialogue, Sarkozy reste en faveur d’un interventionnisme à la française, alors que le gouvernement travailliste s’est progressivement effacé des questions sociales." Pour Christian Dufour, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales, sur le plan des questions sociales, "tout sépare Blair de Sarkozy". Cité par Challenges, il indique donc que tout ne réunit pas Blair et le nouveau président français, qui n’hésite pourtant pas à se présenter comme "un socialiste anglais". En dix ans de pouvoir, Tony Blair a entrepris de lourdes réformes, à l’instar du programme de l’ex-candidat de l’UMP. Premier point à comparer, celui de la monnnaie. Les deux nations appartiennent à l’Union européenne, mais seule la France fait partie intégrante de la zone euro. La croissance britannique a peu fait les frais de la non-intégration à l’Euroland, et, bien que les politiques monétaires doivent converger (les banques centrales doivent s’aligner sur la politique de la BCE, tout en conservant une certaine marge de manoeuvre), la Bank of England peut choisir de ne pas formellement suivre les pas de la Banque centrale européenne. Dans l’Hexagone, Nicolas Sarkozy s’en est plusieurs fois pris à la BCE au cours de la campagne, mais n’a en aucun cas envisagé de sortir de la zone euro. François Fillon a indiqué qu’il était hors de question de remettre en cause l’indépendance de la BCE. Le Conseil des gouverneurs prend toutefois en compte les intérêts de chaque Etat. La question de la dette publique est aussi à aborder au rayon finances. Pour Gordon Brown, il faut limiter l’endettement public à 40 % du PIB. Pour Eric Woerth, ministre du Budget, il convient de faire une "pause" dans la réduction du déficit public afin de pratiquer une politique de relance. La lutte contre le chômage a peu été évoquée dans le cadre de la campagne électorale française, mais Tony Blair en a fait pour sa part son cheval de bataille. Les réformistes du monde entier citent en exemple le modèle britannique, alliant flexibilité - embauche et licenciement facilités - et sécurité - création d’un salaire minimum. Les job centers font office de relais avec les demandeurs d’emploi, et des objectifs leur sont assignés. Parallèlement à cette mesure, les chômeurs ne peuvent, comme l’a par ailleurs proposé Nicolas Sarkozy, refuser un poste au-delà d’un certain nombre de propositions. La réforme de l’assurance-chômage a été mise en oeuvre outre-Manche, et figure au programme du nouveau chef de l’Etat français. En 1997, Tony Blair a décidé d’ouvrir les frontières du Royaume-Uni aux travailleurs étrangers. Pour réguler le flux d’arrivants, un système d’immigration plus sélectif, à base de points, sera mis en place à l’été en fonction des besoins et du niveau de qualification de chaque demandeur. Pour Nicolas Sarkozy, c’est justement le principe d’immigration "choisie" qui est à mettre en oeuvre. La question de la réforme de l’Etat fait pour sa part l’objet d’un désaccord entre les deux hommes : Tony Blair a poussé le processus jusqu’à sous-traiter certaines activités, comme la perception des impôts locaux. Dès la fin 2001, le gouvernement britannique n’a pas hésité à augmenter la pression fiscale sur les ménages pour financer un programme d’investissements massifs dans les services publics. Nicolas Sarkozy souhaite pour sa part baisser les prélèvements obligatoires de quatre points, mais malgré tout investir abondamment dans un certain nombre de secteurs. Cette équation a été pointée du doigt à plusieurs reprises au cours de la campagne.

"Dix ans de croissance ininterrompue, le plein-emploi... il faut s’inspirer de ce qui marche !", déclarait en janvier dernier le candidat Sarkozy devant la communauté française expatriée à Londres. Mais ce n’est pas totalement un disciple de Tony Blair qui est au sommet de l’Etat, notamment sur les questions sociales et du financement des investissements dans les services publics. Et comme l’indiquait Tony Blair au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy, "nous avons aussi à apprendre les uns des autres. Le changement n’est jamais facile, mais inéluctable".

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