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De la démocratie

L’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers.

(In Larousse : ) « Démocratie : Régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté lui-même sans l’intermédiaire d’un organe représentatif (démocratie directe) ou par représentants interposés (démocratie représentative) ».

Il n’est pas précisé que les « représentants » sont élus pour une certaine « durée » fixée par les règles mêmes qui définissent l’organisation du vote. (Passons sur la « démocratie directe » qui trouve diverses formes suivant l’esprit du temps (aujourd’hui « démocratie participative »), qui, en toute hypothèse, ne saurait se substituer à la « démocratie représentative » au sein des d’institutions complexes d’un Etat moderne.) Or la « durée » du mandat donné au Prince (ce mot désigne l’ensemble des élus et membres du gouvernement exerçant le pouvoir au nom du peuple) est l’un des piliers de la « démocratie représentative » sans lequel le pouvoir peut être confisqué durablement et conduire au totalitarisme et à toutes les formes d’oppression qui s’y rattachent. (L’erreur principale des dictateurs est de ne pas savoir quitter le pouvoir au bout « d’un certain temps », fortune faite, pour laisser d’autres profiter de la place ; ils sont donc éliminés par le glaive !) Le Prince retourne donc devant les électeurs au bout du temps convenu, si la règle le permet : possibilité de se représenter et cumul des mandats sont les conséquences directes de cette limite dans le temps du mandat. Le Prince doit donc proposer un nouveau programme, mais aussi justifier ce qu’il a fait au cours de la mandature qui s’achève. Aux électeurs de juger, et de juger d’abord de sa compétence, de la pertinence de ses choix, de son intégrité et du respect de ses engagements. Tout semble donc fait pour le bonheur des hommes dans le meilleur des mondes possibles ! Force est de constater qu’il n’en est rien.

Pourquoi donc la démocratie ne donne-t-elle pas de meilleurs résultats ? Pourquoi donc l’opinion publique est-elle si défiante et critique vis-à-vis de ses représentants ? Pourquoi donc tant de lassitude pour ce système qui semble parfait comme un gaz parfait ? On a même le sentiment qu’avec des représentants parfaits (et certains n’en sont pas loin) rien ne changerait de façon significative. L’opinion publique – la doxa - est pour le changement, pour une autre politique, pour d’autres hommes politiques quel que soient les qualités du Prince et ses réalisations ! C’est une constante, un invariant de la vie politique, notamment en France.

A l’origine de tout ceci, il me semble qu’un présupposé de la construction démocratique n’est pas pris en compte, qui peut se résumer dans une formule :

« L’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers ». (J’en ferai l’équivalent d’un lemme en mathématique.)

Le Prince pour être élu doit en effet répondre aux multiples et diverses demandes de ses électeurs : par exemple il devra s’engager sur des dispositions fiscales particulières pour certaines catégories professionnelles ; il assurera tel lobby de sa sympathie ; il s’engagera à favoriser le développement de telle ou telle industrie, à faire des actes sociétaux forts ; il déclarera être proche des gens etc. Puis, le pouvoir lui étant confié, il prendra la hauteur nécessaire pour juger les choses en fonction de l’intérêt supérieur du pays – l’intérêt général, dit encore « Bien Public » -, en réponse aux circonstances, aux imprévus, souvent extérieurs malgré qu’il n’en ait. Le mouvement brownien du monde s’impose à lui bien au-delà des engagements particuliers pris pendant sa campagne. Et pour y répondre il se doit d’orienter les forces de la Nation dans des directions qui ne correspondent pas forcément aux « préoccupations des Français » (suivant la formule journalistique consacrée), qui, de fait, ne renoncent pas à leurs intérêts particuliers (ce qui est tout à fait légitime), et ce d’autant que ces intérêts particuliers sont gravés dans « le programme » ! Qu’ils soient directement ou indirectement conditionnés par les réponses qu’apporte Le Prince aux événements qui affectent l’intérêt supérieur de la nation est une évidence ; mais la perception qu’ont les citoyens de cette liaison est faible et décalée dans le temps.

L’intérêt général de la France en 1958 était à mille lieues des intérêts particuliers des Français, bien que ceux-ci eussent été directement et durablement conditionnés par lui. De Gaulle seul pouvait, semble-t-il, surmonter ce gap. Il fut à lui seul Le Prince qui gouverne comme Churchill le fut en Grande Bretagne. C’était une situation tout à fait exceptionnelle. Mais ne reste-t-on pas dans ce schéma, même si le contexte politique national et international n’a pas une dimension aussi tragique et des enjeux aussi forts ? Les multiples conflits, les guerres, les actes terroristes etc., sans oublier les dingues de Corée du Nord et d’ailleurs, imposent à l’humanité de vivre dans la violence.

La démocratie serait parfaite dans un monde apaisé, elle est imparfaite dans ce monde violent, l’intérêt général d’une Nation ne pouvant être la somme des intérêts particuliers, puisqu’il peut y aller de sa survie. C’est particulièrement vrai pour la France qui entend rester une Nation de référence sur le plan éthique et pour la démocratie. Le discours sur les valeurs tente de combler le gap entre intérêt général et intérêts particuliers… Il y réussit l’espace d’un instant, l’écume des jours avec ses justes revendications reprenant rapidement le dessus. La démocratie si imparfaite qu’elle soit dans sa pratique ne perd cependant pas sa pureté théorique… Ce qui la met au-dessus des autres modes de gouvernement.


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10 réactions à cet article    


  • César Castique César Castique 13 janvier 2016 17:55

    Du moment que l’essentiel de la souveraineté de l’Etat a été fourgué à des instances supranationales, de surcroît non élues, la démocratie est vidée de sa substance.


    • lsga lsga 13 janvier 2016 18:36

      et oui, la démocratie c’est le bordel, c’est pour ça que les fascistes sont contre.
       
      Sinon, l’Intérêt Général est une fumisterie. Cela n’existe pas plus que les licornes ou le père noël. Il s’agit d’un concept idéologique cachant l’intérêt de la classe dominante.
       
      Il peut y avoir des intérêts communs, mais pas un « Intérêt Général ».


      • ukulele ukulele 14 janvier 2016 01:06

        Oui, le système démocratique est imparfait. Mais préférable à tout autre système connu.
        Le niveau de corruption et de prévarication prend cependant une tournure plus que préoccupante en Europe et particulièrement dans les contrées latines comme la France qui ne peut plus décemment se moquer de l’Italie sur le sujet…
        Sans médication, cette gangrène fera tomber le patient, impatient, tenté par le remède illusoire du fascisme. Lequel remède installe une gangrène plus virulente encore…


        • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 14 janvier 2016 15:16

          Connaissez vous l’anacyclose ? ^^


          • sophie 17 janvier 2016 18:22

            @bouffon(s) du roi
            non, développes !


          • Hervé Hum Hervé Hum 14 janvier 2016 23:53

            Dire que l’intérêt général est la somme des intérêts particuliers, c’est affirmer qu’il n’existe que des intérêts particuliers et pas d’intérêt général définit. C’est comme écrire que le poids total d’un tas de petits pois est la somme de tous les petits pois . C’est une lapalissade, c’est absurde,

            Par contre, écrire que

            « l’intérêt général est la somme des utilités particulières », place son intérêt particulier en fonction de son utilité particulière vis à vis de l’intérêt général.

            C’est que l’intérêt est par définition exclusif (de la collectivité), là où l’utilité est inclusive.

            C’est à dire, que l’intérêt particulier devient conséquence de son utilité particulière, relationnellement à l’intérêt général qui est lui même la cause de l’utilité particulière (celle ci étant la cause de l’intérêt particulier, obligeant toute personne voulant accroitre son intérêt particulier à passer par son utilité à servir l’intérêt général).

            On peut alors écrire l’aphorisme suivant

            l’intérêt général (collectivité) est la somme des utilités particulières (individu) à l’accomplissement de la volonté générale (retour collectivité), définit par la somme des besoins et des aspirations secondaires de chacun (retour individu), dans les limites de contraintes jugés supérieures que sont le respect des autres formes de vies et des droits/devoirs intergénérationnels ( retour collectivité).

            On peut aussi le dire ainsi :

            le laisser aller économique commence là où s’arrêtent les nécessités du contrat social et s’arrêtent là où commencent les contraintes jugés supérieures

            le laisser aller économique est la variable d’ajustement des nécessités et contraintes ;

            Mais voilà, cet aphorisme repose sur la responsabilité en lieu et place de l’irresponsabilité et comme on explique dans les institutions que la responsabilité, c’est l’intérêt et non l’utilité, les gens prennent l’irresponsabilité comme de la responsabilité et vice versa.


            • GéraldCursoux GéraldCursoux 15 janvier 2016 11:43

              @Hervé Hum
              J’ai écrit que l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers. S’il était cette somme je n’aurais pas écrit ce papier.

              On peut désigner par un autre mot l’intérêt général, il n’en reste pas moins que l’on peut multiplier les exemples pour démontrer qu’il y a là un gap démocratique qui est incomblable. On se fait élire sur des intérêts particuliers, et force est d’exercer le pouvoir pour répondre à l’intérêt général - ou encore le nommer Bien Public. D’où l’accusation répétée ad nauseam que le politique n’est pas prêt des préoccupations des gens...

              Bien à vous


            • Hervé Hum Hervé Hum 15 janvier 2016 13:36

              @GéraldCursoux

              Je vous défi de me démontrer qu’il y a un « gap démocratique incombable », car la seule chose que vous pourrez démontrer, c’est par l’exemple de systèmes non démocratiques. Bref, le gap est dans votre propre raisonnement, celui de considérer que l’absence de démocratie est la preuve de l’absence de démocratie. C’est une lapalissade, aussi absurde que dire que l’intérêt général est la somme des intérêts particuliers ;

              Vous êtes sûr d’avoir bien compris le fond de mon commentaire ?

              L’intérêt général, c’est le contrat social, c’est à dire, la satisfaction première des besoins de chaque individus composant la société et non seulement ceux qui en ont pris possession et font des autres, au mieux leurs serviteurs, au pire leurs esclaves et en dehors de cela, des crèves la faim, qui meurent effectivement de faim ou de froid, ou de maladies, de violence, ou tout à la fois.

              Seulement, placer l’intérêt général (respect du contrat social, unité sociale) avant l’intérêt particulier (imposition du rapport de force brute, division sociale), implique que ce dernier passe par son utilité à servir l’intérêt général et non a se placer au dessus. Le principe de relation de causalité est indépassable et implacable à relever les dissonances cognitives.

              Les médias rendent hommage à Balavoine dans un esprit manipulatoire, mais il n’en demeure pas moins qu’il a eut cette phrase dans une de ses chansons « les lois ne font plus (pas) les hommes, mais quelques hommes font la loi ». Or, le problème que vous soulignez ici, c’est précisément ce fait là, qu’au dessus des lois se trouvent des hommes qui les font pour leur compte propre et non pour s’y placer en dessous, qui implique alors de placer l’intérêt général au dessus. Autrement dit, tant que demeure quelques hommes pour faire les lois, nul ne peut servir la loi, mais seulement ceux qui la font. Ici il y a un gap démocratique, par l’absence de démocratie.

              Pour servir la loi, il faut donc que celle ci soit au dessus de tous les humains sans exception. La question est alors de savoir s’il existe des lois qui portent sur l’intérêt général et non sur des intérêts particuliers, même si c’est une majorité ?

              La déclaration universelle des droits de l’humain y prétend, le seul hic, c’est que ce n’est pas un devoir et donc, c’est juste un voeu pieux, comme savent le faire les politiciens. Mais que ces droits deviennent des devoirs d’application et alors, l’intérêt général est la somme des utilités particulières. Seulement, c’est incompatible avec le système actuel fondé sur l’exploitation et non sur la coopération. Le voilà, votre gap démocratique, il est incompatible avec la propriété et l’exploitation des uns par les autres, mais uniquement compatible avec la responsabilité (en lieu et place de la propriété économique) et l’association des uns avec les autres.

               Ce que j’écris là est simple et je défi quiconque de le mettre en défaut de quelque manière. Cela ne pose donc pas de problème d’intelligence, mais de conscience, celle de dépasser le conditionnement dans lequel vous vivez et ne pouvez ou voulez vous défaire. et qui me fait reprendre l’aphorisme de Bossuet « Dieu se rit de ceux qui vénèrent les causes dont ils déplorent les conséquences » ou bien Einstein disant « on ne résous pas un problème avec les mêmes modes de pensées qui l’ont engendré ». Et de comprendre qu’on ne supprime pas un problème en le niant, car on ne fait que lui donner plus de force, on le supprime en modifiant sa cause, pas en s’acharnant sur sa conséquence et/ou en niant sa cause, c’est absurde. Mais c’est le fait d’une humanité qui croit pouvoir se placer au dessus du principe de relation de causalité.. Arrogance suprême et surtout, auto destructrice.


            • Hervé Hum Hervé Hum 16 janvier 2016 09:20

              @Hervé Hum

              "celui de considérer que l’absence de démocratie est la preuve de l’absence de démocratie. C’est une lapalissade, aussi absurde que dire que l’intérêt général est la somme des intérêts particuliers "

              Pas exactement, en fait, vous semblez dire que l’absence de démocratie prouve l’impossibilité démocratique, mais ce qui est prouvé, c’est l’incompatibilité entre le système capitaliste et la démocratie. Qu’à la fin il faut choisir entre la démocratie politique avec ses conséquences économiques (collectivisation) ou bien, conserver le système économique capitaliste avec sa conséquence politique, l’impossibilité démocratique pour permettre le maintien de l’exploitation et la domination économique d’une minorité sur tous les autres.


            • Zolko Zolko 15 janvier 2016 12:58

              @ l’auteur :
               
              « Pourquoi donc la démocratie ne donne-t-elle pas de meilleurs résultats ? »
               
              parce-que vous n’avez pas défini selon quels critères vous jugez les bons et mauvais résultats :

              • - Dans un monde où les représentants veulent effectivement le meilleur pour tout le monde, le résultat semble mauvais
              • - Du point de vue écologique le résultat est très mauvais
              • - Du point de vue des financiers, des rentiers et des milliardaires, le résultat est très bon

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