• dimanche 19 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > De la responsabilité du discours dit populiste dans le massacre (...)
60%
D'accord avec l'article ?
 
40%
(50 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

De la responsabilité du discours dit populiste dans le massacre norvégien

Ce que nous savons aujourd'hui sur l'auteur avoué du massacre norvégien nous permet de faire quelques réflexions sur ce passage à l'acte terroriste de la haine fantasmatique entretenue et instrumentalisée par un certain discours populiste xénophobe.

Loin de moi l'idée que le parti populaire norvégien xénophobe soit à l'origine directe de passage à l'acte extrême commis par l'auteur de cet acte : il faut faire la part entre une discours électoral démagogique et la réalité d'un tel massacre qui renvoie certainement à un déséquilibre psycho-affectif profond de son auteur, semble-t-il, unique dans ce cas, bien que cette haine purificatrice et sacrificielle puisse et est de fait partagée par d'autres. Il n' y a donc pas de responsabilité juridique collective de la droite xénophobe dans ce passage à l'acte. Mais on ne peut pas ne pas s'interroger sur l'influence ambivalente , c'est à dire contradictoire, du discours xénophobe sur des personnalités déséquilibrées et/ou fanatiques.

D'un côté un tel discours de haine aveugle contre tous les musulmans au nom d'une identité ethique et/ou religieuse pure est dans le cadre formel de la démocratie en vue de la compétition électorale un moyen de capter et donc de détourner la violence raciste vers les conditions pacifiques de la compétition électorale. D'un autre côté il nourrit les fantasmes ethniques fanatiques et haineux d'un renversement de la démocratie pluraliste et tolérante universaliste au profit d'un régime plus ou moins formellement démocratique, mais communautariste, voire raciste. Ce qui est une contradiction absolue.

Cette contradiction affecte particulièrement le psychisme des individus fanatiques déséquilibrés qui succombent à ces fantasmes : il peuvent constater que les discours xénophobes sont sans effets suffisamment radicaux, au regard de leur fantasme de pureté ethnique, sur les décisions politiques des gouvernants, soit perçue que le populisme (la démocratie contre les droits de l'homme) ne parvient pas au pouvoir et reste minoritaire électoralement, soit qu'il participe avec d'autres forces de droite à un gouvernement qui se trouve incapable d'aller au bout de l'option xénophobe (dépoter voire éliminer les étrangers) dans un cadre démocratique, constitutionnel et/ou européen qui lui interdit une telle radicalisation dans la réalité.

Cet écart entre le fantasme et la réalité du discours et de la pratique de la xénophobie extrême devient insupportable au fanatique, car il menace directement la valeur qu'il donne à ces fantasmes qui lui collent à la peau, au point de s'y identifier, à savoir de faire sans distance possible du la valorisation absolue de ce fantasme de la pureté raciale et ethnique le fondement de la valeur qu'il s'attribue à ses yeux et à ceux des autres. Cette menace l'engage donc à briser le cadre de la démocratie formelle, toujours plus ou moins pacificateur et pluraliste (donc impur), par un acte de violence extrême, seul à même de se valoriser aux yeux de ceux auxquels il croit s'identifier, les nationalistes, et de faire de son acte hyper-violent assumé un acte héroïque, propre à servir d'exemple sacrificiel à tous ceux qui partagent sa xénophobie . Celle-ci, ne l'oublions pas, est une réaction compensatrice au sentiment de ne plus maitriser sa vie personnelle et collective en un monde ou sociétés complexes et ouverts. Elle est de ce fait la réaction passionnelle spontanée et séduisante d'une collectivité qui se vit comme tout à la fois impossible et impuissante. Impossible car impuissante.

C'est dire que les forces politiques qui s'emploient à faire un usage électoralement plus ou moins efficace des discours xénophobes ne savent pas, car elles ne veulent pas savoir, le risque extrême qu'elles prennent, tout en étant conscientes de leur incapacité à les mettre en pratique dans un cadre démocratique qu'elles refusent de renverser formellement. Leur responsabilité vis-à-vis de ce massacre est d'influence et n'est pas juridique, mais elle fait de leur irresponsabilité politique quant aux conséquences violentes de leurs mots d'ordre, une cause indirecte, mais indéniable, de leur responsabilité politique.




par Sylvain Reboul (son site) lundi 25 juillet 2011 - 60 réactions
60%
D'accord avec l'article ?
 
40%
(50 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par TDK1 (---.---.---.14) 25 juillet 2011 16:22
    TDK1

    Bonjour,


    C’est avec soulagement que je lis dans votre bio que vous êtes professeur « honoraire » ! Ouf, vu le niveau de raisonnement philosophique de votre papier, il y a bien des élèves qui échappent au pire, vous n’enseignez pas... Remarquez, ils n’auraient pas eu beaucoup de mal à vous comprendre, ils regardent TF1...
    Ceci étant quelques pistes pour votre réflexion : 
    Anders Behring Breivik était aussi (et surtout au vu de son implication dans sa loge) franc maçon. Allez vous nous démontrer que le discours maçonnique est responsable de son acte ?
    Richard Durn qui a abattu les membres du conseil municipal de Nanterre il y a quelques années était un militant écologiste, vous allez nous démontrer que le discours écolo est responsable de son acte ?
    *Sylvain Reboul est un fervent lecteur de BHL, vous allez nous démontrer que cela explique son niveau philosophique...... euh, pardon, je m’égare.. smiley
  • Par Alpo47 (---.---.---.64) 25 juillet 2011 11:19
    Alpo47

    L’auteur insiste sur la xénophobie de cet individu , mais ... il faut bien faire remarquer que celui ci ne s’est pas tourné vers un rassemblement musulman, une mosquée, mais vers un rassemblement regroupant largement des Norvégiens de toute origine, dont ces « frères blancs ». Que je sache (?) il a tué sans discrimination. Où est la logique ?

    D’autre par, il faut dénoncer cette tentative, qui se répand chez nombre de politiques et commentateurs des grands médias, ici chez l’auteur, d’utiliser le terme populisme à tout propos, pour tenter de décrédibiliser toute action populaire. Il serait peut être temps de faire le constat qu’il s’agit là de manipuler l’opinion pour lutter contre un « éveil » et un début de rassemblement de citoyens mécontents.

    « Nous sommes le peuple, nous sommes le Droit ».

  • Par Furax (---.---.---.157) 25 juillet 2011 14:06
    Furax

    Je rappelle ce que dit Mélenchon :
    « On me traite de populiste. Je ne sais pas ce que ce que ça signifie. Ce dont je suis sûr, c’est que ceux qui emploient ce terme méprisent et craignent le peuple »
    Aucun de ceux qui ont fait adopter le traité de Lisbonne ne peut se revendiquer « démocrate ».

  • Par jullien (---.---.---.253) 25 juillet 2011 14:18

    que se serait-t-il passé si cet attentat avait eu lieu il y a 15 ans ? Que diraient les médias ?
    Voici ce qui se serait probablement passé.
    Personne n’aurait parlé d’un « fondamentaliste chrétien » parce que le fondamentalisme n’était pas la menace à la mode. Les médias auraient décrit Anders Breivik comme un « membre de l’extrême-droite norvégienne » (ce qu’il est) et probablement montré des images de néo-nazis norvégiens, danois ou suédois. Les Français auraient appris (ou réappris pour les plus de quarante ans) qui était Anton Quisling et des comparaisons auraient été faites entre son régime et le régime de Vichy ou le IIIème Reich. Des experts auraient été invités sur les plateaux pour faire l’historique du racisme à travers les âges. Des grandes consciences comme BHL par exemple se seraient montrés pour nous jouer leurs numéros de « résistants anti-fascistes » et proclamé que l’Europe vivait sous la menace d’une nouvelle vague nazie, fasciste ou totalitaire (rayer la mention inutile). Jean-Marie Le Pen, Bruno Mégret et Marie-France Stribois auraient été convoqués à des interviews ou des débats où leurs interlocuteurs auraient essayé de leur faire dire qu’ils approuvaient l’attentat.
    Là où je veux en venir est que les médias présentent à la population des histoires afin d’expliquer le monde et que ces histoires sont destinées à faire approuver telle ou telle idée jugée désirable.
    Dans les années 1990 la petite histoire que la télévision racontait aux gens avant qu’ils aillent se coucher était que le monde était menacé par le racisme et les nationalismes et qu’il fallait poursuivre l’intégration européenne, la mondialisation et la « Tôôôlérance » (comprendre les préjugés dominants même et surtout quand en pratique rien ne change).
    Aujourd’hui la petite histoire que la télévision raconte aux gens avant qu’ils aillent se coucher est que le monde est menacé par le « populisme » et les « intégrismes » et qu’il faut poursuivre l’intégration européenne, la mondialisation et la « Tôôôlérance » (comprendre les préjugés dominants même et surtout quand en pratique rien ne change).

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération