Le cirque continue ! Il faut croire que le désordre dans les établissements scolaire n’est pas encore assez dissuasif pour que nombre de familles fuient vers le privé. Les quelques petites frappes qui suffisent à pourrir le climat d’un établissement scolaire et à rendre impossible l’acte d’enseigner, peuvent se réjouir. Le décret n° 2011-729 du 24 juin 2011 relatif à la discipline dans les établissements d'enseignement du second degré (1), portant la signature du Premier Ministre et les contreseings du ministre de l’Éducation nationale et du ministre de l’Écologie, leur laisse le champ encore plus libre pour paralyser un peu plus le Service public d’éducation. Si après ça les parents rechignent encore à inscrire leurs enfants dans une école privée, c’est à désespérer.
I- LE LEURRE D’UN RENFORCEMENT DES MESURES DISCIPLINAIRES
Comme d’habitude, le ministère use de leurres pour parvenir à ses fins. Il ne peut évidemment pas dire ouvertement aux parents qui en ont les moyens : « Inscrivez donc vos gosses dans le privé ! » Il feint, au contraire, de renforcer le dispositif punitif envers les délinquants alors qu’il le rend encore plus inopérant avec comme conséquence un accroissement prévisible du désordre dans les établissements.
1- Deux astuces cousues de fil blanc
Il fait croire à un renforcement des moyens répressifs par deux astuces dans un leurre de diversion.
- L’une est « l’engagement d’une action disciplinaire automatique dans certains cas de violences verbales, physiques ou d’autres actes graves ».
- L’autre est la création d’une « nouvelle sanction, appelée mesure de responsabilisation », « afin de responsabiliser les élèves sur les conséquences de leurs actes » : « cette sanction, lit-on, consiste à participer, en dehors des heures d’enseignement à des activités de solidarité, culturelles ou de formation à des fins éducatives, « soit au sein de l’établissement ou au sein d’une association, d’une collectivité territoriale (…) »
2- Deux mesures contre-éducatives
Ces deux astuces posent déjà problème en elles-mêmes car elles sont à l’évidence contre-éducatives.
1- L’éducation s’accommode mal, d’abord, de l’automaticité des sanctions : elle exige par principe pour être efficace la pondération dans leur application qui est précisément le contraire de l’automaticité.
2- Ensuite, la nouvelle sanction, qui s’apparente aux travaux d’intérêt général, est très difficile à mettre en pratique et surtout peut avoir un effet pervers : demandera-t-on à un élève, en guise de punition, d’effectuer un travail de nettoyage qui relève des fonctions d’un agent de service ? Jolie éducation que celle d’inculquer l’idée que le métier d’entretien et de nettoyage est une punition ! Cette nouvelle sanction est surtout mise en avant pour servir d'écran. Le leurre a fonctionné : c'est d'elle que les médias officiels ont surtout parlé, aveugles à ce qu'elle vise à masquer.
II- LA DISSIMULATION DE DEUX RECULS SÉVÈRES AUX EFFETS TRAGIQUES PRÉVISIBLES
Cette poudre aux yeux dissipée, on observe, en effet, deux reculs habilement dissimulés.
1- Les deux reculs sévères
1- Une exclusion temporaire de l’établissement limitée à 8 jours
Le premier est la limitation de l’exclusion temporaire de l’établissement à 8 jours, au lieu d’un mois aujourd’hui. La noble raison avancée est de conférer à la sanction un « caractère exceptionnel ». On se demande bien en quoi 8 jours au lieu d’un mois peuvent être plus efficaces en la matière.
2- L’exclusion ponctuelle de la classe confiée au seul bon vouloir de l’administration
Le second recul qui évidemment peut échapper au non-initié, est vicelard : c’est la requalification discrète en « sanction » de la simple « punition scolaire » qu’était jusqu’ici « l’exclusion ponctuelle de la classe ». Elle peut apparaître comme un accroissement de sévérité. Il n’en est rien : elle opère seulement un transfert de compétence pour la neutraliser. Laissée jusqu'ici à la discrétion du professeur sous réserve de rapport circonstancié au chef d’établissement, depuis la circulaire n°2000-105 du 11 juillet 2000, elle est désormais inscrite par décret dans l’échelle des « sanctions scolaires » sous le nom d’ « exclusion temporaire de la classe », et relève donc de la responsabilité de la seule autorité administrative. Dans la hiérarchie des textes juridiques, un décret prévaut sur une simple circulaire ! Joli tour de passe-passe ! Sans doute est-ce la seule raison pour laquelle on a choisi de prendre un décret avec signature du Premier Ministre, s'il vous plaît, dans une affaire qui relève de l'administration la plus routinière du Service public d'éducation.
2- Des effets tragiques prévisibles
Quels sont les effets prévisibles de ces deux mesures nouvelles ? Ils sont tragiques.
1- La présence imposée du délinquant
La présence délétère du délinquant est imposée à l’établissement et à la classe qui ne peuvent plus l’éloigner au-delà de huit jours, sauf à prononcer en conseil de discipline une exclusion définitive. Or, on sait que l’humanitarisme dévoyé de nombre de professeurs rejoint la répugnance des chefs d’établissement à en venir à cette extrémité : les premiers rivalisent de sollicitude envers les délinquants pour se faire valoir auprès de leur hiérarchie ; les seconds craignent de nuire à leur réputation et à leur carrière : le conseil de discipline est regardé par la haute hiérarchie comme l’aveu d’une incompétence locale ! Avec seulement 8 jours d’exclusion temporaire possible, chef d’établissement et professeurs seront donc obligés de subir la présence des délinquants avec leurs caprices, sûrs, comme ils disent souvent, qu’ « on ne peut rien (leur) faire », quand la seule solution qui préserve les intérêts des autres élèves est leur éviction.
Ce ne sont pas les nouvelles « commissions éducatives » qui changeront quoi que ce soit ! Elles ne font qu’institutionnaliser les « commissions de remédiation » qui existent déjà depuis une quinzaine d’années. Chargées « d’examiner la situation d’un élève dont le comportement est inadapté aux règles de vie dans l’établissement et de favoriser la recherche d’une réponse éducative », elles ont fait la preuve de leur inutilité, à de rares exceptions près ! Elles amusent la galerie, permettent de lanterner et de gagner du temps pour attendre la fin de l’année scolaire !
2- Le professeur privé de sa seule arme efficace : l’exclusion ponctuelle de la classe
Mieux, cette « exclusion temporaire de la classe », inscrite désormais dans l’échelle des « sanctions scolaires », n’arrive qu’en 4ème position après 1- l’avertissement, 2- le blâme, 3- la mesure de responsabilisation. Déjà, malgré la circulaire du 11 juillet 2000, des chefs d’établissement avaient le culot, dans leur livret d’accueil de rentrée, de préciser aux professeurs que toute « exclusion ponctuelle de la classe » était interdite. On peut présager désormais qu’ils ne se priveront pas de fonder leur interdiction de toute exclusion ponctuelle de la classe sur sa nature nouvelle de « sanction scolaire » qui relève désormais de leurs prérogatives et non plus de celles des professeurs. Les petites frappes devront donc être gardées en cage dans les classes et la partie sera aussi égale qu’entre un fauve déchaîné et un dompteur ligoté !
On souhaite bonne chance et bien du plaisir aux malheureux qui se seront laissés berner par les marionnettes de la publicité ministérielle, Laura et Julien qui prétendent devenir enseignants pour « faire vivre et partager (leur) passion, transmettre des savoirs et des valeurs, se consacrer à la réussite de chacun de (leurs) élèves. » ! (2)
Fidèle à sa méthode sournoise appliquée depuis quinze ans et qui consiste, sous couvert d’humanitarisme et de maintien de l’ordre, à protéger les délinquants, appelés abusivement « élèves en difficulté » ou « élève en souffrance » (3), l’administration de l’Éducation nationale vient d’ouvrir plus grandes encore les portes du désordre à venir. Le rapport de l’OCDE de 1996 sur « La faisabilité politique de l’ajustement » ne cesse pas d’inspirer sa conduite : le désordre entretenu dans le Service public d’éducation doit contraindre coûte que coûte les parents qui y rechignent encore, à inscrire leurs enfants dans le privé s’ils ne veulent pas compromettre la formation initiale de leur progéniture. Qu’on se le dise ! « L’élève en difficulté ou en souffrance » est l’objet de toutes les sollicitudes de l’Éducation nationale, dût-elle mettre en péril l’institution scolaire et la mission de service public qui lui est confiée. Mais qu’on se rassure, l’École privée doit prendre le relais en faisant payer cash ! Paul Villach
(1) http://www.journal-officiel.gouv.fr/frameset.html
(2) Paul Villach, « Novatrice ! La promotion de ses turpitudes par l’Éducation nationale… », AgoraVox, 9 juin 2011.
(3) « Élève en souffrance » est la formule employée par le programme du Parti Socialiste pour la prochaine élection présidentielle.

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