Plutôt décevant pour l’électeur qui cherche à comprendre le programme des deux candidats, ce débat a dû ravir les journalistes avec les nombreuses passes d’armes qui n’ont d’intérêt qu’en terme de communication politique mais certainement pas en terme d’intérêt du pays. Cour de récréation. Qui va donc sonner la fin de la récré ?
Tant attendu, le débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et François Hollande a duré deux heures cinquante ce mercredi 2 mai 2012, tout juste cinq ans après la confrontation entre le Président actuel et l’ancienne compagne du candidat socialiste d’aujourd’hui.
Il est inutile d’écouter les commentaires à chaud des partisans puisque chaque camp pourra dire qu’il a gagné. L’avenir proche dira si ce débat a eu ou pas une influence dans le vote du 6 mai 2012.
Mes premières impressions sont plutôt négatives : tout au long de ce long débat, la tension était présente créant même un malaise, avec parfois une violence verbale qui traduisait assez bien la violence généralisée de cette campagne présidentielle depuis plusieurs mois.
Contrairement à certains commentateurs, j’ai trouvé ce débat assez misérable, pas du tout à la hauteur, dans le registre de la cour de récréation assez pitoyable où sans arrêt les deux protagonistes se lançaient des petits scuds. Pourtant, il s’agissait d’aborder l’avenir de notre pays. Où sont De Gaulle, Mitterrand… ?
Mon plus grand étonnement vient du comportement de François Hollande pas du tout posé, pas du tout calme, très mal à l’aise (surtout au début) et qui n’a cessé de couper son rival tout au long de l’émission, à tel point que sa voix grave signifiait à la fois agressivité, arrogance et stress. Au contraire, Nicolas Sarkozy m’a semblé plus calme que prévu, même s’il réagissait au quart de tour. Donné perdant par les sondages, il s’est retrouvé dans la position de son ancienne concurrente de 2007, Ségolène Royal, en cherchant à provoquer son interlocuteur.
Mon étonnement, donc, c’est que François Hollande a choisi l’agressivité au lieu de rester sur une sorte de piédestal d’imperator. Ses multiples interruptions rendaient les dialogues difficiles à suivre mais au moins, il a dû quitter l’écorce imitative de son mentor, François Mitterrand, et se découvrir plus vrai que nature devant les électeurs. Il est même allé imiter Jean-Paul II en suggérant de ne pas avoir peur de son élection.
Aucun des deux candidats n’a pu s’empêcher d’envoyer à l’autre les peaux de bananes qu’ils avaient savamment préparées. En quelques sortes, ce duel a été le résumé de quatre mois de campagne plutôt déplorable, un condensé en quelques heures, sans doute épuisant pour les deux protagonistes.
Je livre ici quelques éléments du duel que j’ai retenus et quelques impressions personnelles.
21h00 : début du débat
Après une courte introduction, le dialogue est entré très vite dans le vif des enjeux économiques et financiers.
Les attaques ont commencé à fuser dès le début du débat, François Hollande coupant son rival dans son introduction. Il l’aura fait souvent et même dans la dernière minute de conclusion. Il m’a fait immédiatement penser à Laurent Fabius dans son débat avec Jacques Chirac le 27 octobre 1985 où ce dernier l’avait traité de « roquet ».
Ce qui était étonnant, c’est que François Hollande coupait souvent à contretemps, et le seul moment où il aurait dû répondre, s’insurger, c’était à la fin mais il a laissé filer sans rien dire, quand Nicolas Sarkozy lui a balancé cette petite phrase : « Vous être un petit calomniateur ! » (à 23h27).

Autres éléments récurrents dans ce débat : à de multiples reprises, les deux candidats se sont opposés sur des données statistiques et c’est vraiment décevant qu’il n’y ait pas, sur le plateau même, un arbitre ayant accès à des sources documentaires neutres (INSEE, etc.) capable de donner les bons nombres car une discussion sur du factuel n’a aucun intérêt.
De même, l’arrogance du candidat socialiste avec plusieurs questions assez peu courtoises a engendré un « Je ne suis pas votre élève ! » de la part de Nicolas Sarkozy.
La discussion a été émaillé de pas mal d’erreurs de la part des protagonistes et également de déclarations bizarres qui n’ont même pas été relevées.
Dans son introduction, François Hollande a misé sur sa capacité de rassemblement, un point fort qu’il a répété dans sa conclusion, malheureusement, son comportement agressif l’a discrédité dans cet avantage déterminant.
21h10, François Hollande a déclaré : « L’opposition a gagné toutes les élections intermédiaires. » ce qui est faux (pas relevé par Nicolas Sarkozy). Le 7 juin 2009, le PS a été en déroute aux élections européennes (16%) et l’UMP a gagné plus de la moitié des sièges qu’elle détenait déjà.

21h27, ce fut la bataille du déficit du commerce extérieur, 70 milliards d’euros en 2011. Nicolas Sarkozy a relativisé en disant que dans ces 70 milliards d’euros, il y a 63 milliards qui provenaient du pétrole qui a augmenté de 36 milliards par rapport à 2010 et a rebondi sur le nucléaire en fustigeant le programme de François Hollande qui casserait la filière nucléaire. Le nucléaire a été un sujet qui est revenu trois fois sur le tapis.
21h31, mesquinerie NS : en évoquant les IPAD que François Hollande a distribués aux collégiens de Corrèze. Ma question, pas abordée, c’est qu’il existe une entreprise française qui vend une tablette électronique, pourquoi une collectivité publique achète-t-elle un produit américain alors qu’il y a un concurrent français ?
21h36, on en était toujours au commerce extérieur avec Nicolas Sarkozy qui a prétendu que sous le gouvernement Jospin, il était en déficit (en 2001-2002).
Plus généralement, Nicolas Sarkozy s’est montré convaincant quand il a pointé du doigt une incohérence de raisonnement de François Hollande qui a comparé le nombre de chômeurs de la France avec l’Allemagne mais qui a refusé les réformes que ce même pays a réalisées en 2004 pour parvenir à ces bons résultats. Le Président sortant a remis les statistiques du chômage dans le contexte européen avec une aggravation de 18% en cinq ans, alors que ce fut de 60% en Grande-Bretagne et plus de 100% en Espagne (le taux est de 24% !).
21h42, François Hollande a exposé enfin une partie de son programme : indexer le SMIC sur la croissance (mais personne pour lui demander si en cas de récession, il faudrait alors abaisser le SMIC ?) et sur le forfait de base de consommation pour l’électricité et l’eau. Sur ce dernier sujet, Nicolas Sarkozy n’a visiblement pas compris la proposition (il croyait que le prix dépendait des revenus) et a eu la mauvaise foi de demander comment cela se passerait pour les entreprises (alors qu’elles ont déjà une tarification différente des particuliers).
Mesquinerie FH : c’est à cette occasion que François Hollande lui a proposé son programme et a glissé malicieusement : « Je ne connais pas le vôtre ! » (pas relevé par l’intéressé).
Nicolas Sarkozy a sorti beaucoup de nombres durant cette émission, notamment sur le nombre d’heures supplémentaires, 180 millions, ce qui a coûté 1 milliard d’euros.
21h56, nouveau différent sur le déficit budgétaire : aggravation de 600 milliards d’euros en cinq ans pour François Hollande, seulement de 500 milliards pour Nicolas Sarkozy en indiquant que la plupart correspondaient au déficit antérieur et 200 milliards à la crise, selon la Cour des Comptes.
21h57, mesquinerie NS : en pointant des mauvaises statistiques, le candidat sortant a lâché : « Vous qui êtes tant éloigné des affaires… » tout en l’associant à de l’incompétence.
22h13, mesquinerie FH : en parlant des supposés cadeaux fiscaux, le candidat socialiste s’est avancé : « Ce sont vos proches… » et après demande de précision, il a ajouté madame Bettencourt, alors Nicolas Sarkozy lui a dit qu’il y avait aussi des personnalités de gauche comme Claude Perdriel et Mathieu Pigasse (ce qui, soit dit en passant, est une publication d’informations fiscales a priori confidentielles).
François Hollande a eu alors la facilité d’asséner qu’au lieu de voir le Trésor public donner des chèques aux plus riches, il voudrait que ce soient les plus riches qui fassent des chèques au Trésor public.
La tension a été très palpable, avec un Nicolas Sarkozy qui a parlé de « mensonge » puis de « calomnie » pour répondre à des affirmations fausses comme "Vous êtes content de la situation actuelle" ou encore "Vous donnez des cadeaux fiscaux aux plus riches".
22h11, soudain, la démonstration de François Hollande est allée dans le décor, car le candidat socialiste a répliqué à son interlocuteur qui expliquait que la France était l’un des pays les plus imposés. François Hollande lui a rappelé que c’est lui qui a augmenté le taux global d’imposition à 44% du PIB… ce qui permettait au Président sortant de pointer une nouvelle incohérence de raisonnement, car il prouvait ainsi qu’il avait augmenté les impôts et qu’il n’avait pas fait de cadeaux aux plus riches puisqu’il a établi une taxe sur les transactions financières.
Ce n’est pas la seule fois où l’opposition systématique de François Hollande, son seul objectif de le contrer, a rendu son raisonnement intellectuellement faillible.
22h20, il y a eu une nouvelle dispute sur du factuel. La question : l’école primaire française est-elle la moins bien encadrée d’Europe ? Il y a un taux de 23 par classe. Nicolas Sarkozy a parlé de l’ensemble des classes (primaire et secondaire) tandis que François Hollande n’a parlé que du primaire.
22h23, François Hollande a développé son plan de croissance européenne qui paraît intéressant, en quatre points dont les eurobonds et un changement de fonctionnement avec la BCE. Pour les autres points, Nicolas Sarkozy a dit qu’ils étaient déjà à l’œuvre mais s’est montré farouchement hostile aux eurobonds (ce qui est une erreur à mon avis) et a rappelé que des négociations difficiles ont déjà eu lieu avec la BCE pour assouplir son mode de fonctionnement (en ajoutant que Maastricht avait été négocié par les socialistes).
Alors que le candidat socialiste avait réussi à relever le niveau en mettant en avant son plan européen, il s’est ensuite enlisé en rappelant l’amitié entre l’ancien Premier Ministre espagnol Zapatero et le Président sortant qui fustigeait les socialistes espagnols, ce qui n’est pas très futé puisqu’il a conforté ainsi la démonstration de son rival (à 22h26).




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