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Défendre le principe du système de retraite par répartition

Les propositions de Thomas Piketty sur les retraites sont à ce jour les seules qui répondent à l’enjeu qui consiste à sauver le régime de répartition et donc la solidarité entre tous les salariés.

Qu’on en juge :

Il propose :

1) d’unifier tous les régimes de retraites dans un cadre unique en fusionnant le régime général avec les régimes Arrco (non-cadres) et Agirc (cadres) ainsi que le régime de l’Etat et du privé dès lors que ce serait une bonne chose pour tous de pouvoir passer volontairement de la fonction publique au privé et vice versa ;

2) que toutes les années de cotisations devront compter de telle sorte d’arriver après 40 années cotisées à un taux de remplacement garanti par l’Etat. Il convient donc pour cela de supprimer le durée minimale de cotisation de 15 ans dans le fonction publique ;

3) d’appliquer le taux de remplacement après 40 ans de cotisation (ou taux plein) à l’ensemble des salaires et non pas à ceux des 6 derniers mois (fonction publique) ou des 25 meilleures années (privé). Chacun pourra donc, comme en Suède, partir quand il le souhaite et toucher une retraite en proportion des points qu’il a accumulé et qui lui seront délivrés pendant toute la durée de ses cotisations ;

4) que le coefficient de conversion devra dépendre des évolutions démographiques (espérance de vie, ratio, actifs/inactifs) ;

5) de calculer la décote/surcote, fonction du nombre de cotisations en dessous ou au-dessus des 40 ans, sur la base de l’âge de départ à la retraite et de l’espérance de vie prévisible afin d’assurer l’équilibre financier du système unique. Il convient de prendre en compte, en effet, le fait que partir à la retraite un an plus tard conduit non seulement à verser une année supplémentaire de cotisations, mais surtout à toucher sa pension une année de moins (par exemple dix-neuf ans au lieu de vingt ans, soit 5 % de pension totale en moins).

Ces propositions sont limpides et traitent de tous les problèmes à la fois en les liant (unification, transparence, équilibre financier), au contraire de la démarche de NS qui consiste à séparer le régime de la fonction publique de celui du privé afin de diviser les salariés, voire les dresser les uns contre les autres, pour mieux les manipuler. Or nous savons que la question des régimes spéciaux ne concerne qu’une toute petite partie du déficit de l’ensemble des régimes de retraite. On peut donc s’étonner que, mis à part Ségolène royale et François Bayrou, d’accord sur ce point (et à mon sens sur d’autres), aucun responsable politique ou syndical ne s’en inspire, voire y fasse allusion, ne serait-ce que pour les discuter (et ne parlons pas des journalistes qui considèrent que ce qui ne vient pas des institutions est peu ou prou sans intérêt). Il faut donc supposer qu’elles heurtent encore trop le désir de certains de préserver des avantages acquis (ex : privé/public) derrière la complexité de différents régimes qui entretient une opacité propice et celui des autres de mettre en cause la régime de répartition au profit de régimes privés de capitalisation.

Or, comme le souligne Thomas Piketty, ce qui justifie la retraite par répartition c’est, d’une part, que les marchés financiers et immobiliers sont incapables de transférer une épargne garantie sur plusieurs dizaines d’années, et que, d’autre part, certains actifs risqueraient de ne pas épargner suffisamment pour leurs vieux jours.

Je signale que Thomas Pickety est un économiste mondialement reconnu ; il est directeur d’études à l’EHESS et de l’Ecole d’économie de Paris qui regroupe des économistes français étrangers.

par Sylvain Reboul (son site) mardi 4 décembre 2007 - 86 réactions
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  • Par JL (xxx.xxx.xxx.192) 4 décembre 2007 10:08
    JL1

    Sylvain Reboul, votre article est intéressant. Vous avez raison d’insister sur ce que : ""Il convient de prendre en compte le fait que partir à la retraite un an plus tard conduit non seulement à verser une année supplémentaire de cotisations, mais surtout à toucher sa pension une année de moins "",

    Il est clair que dans ce domaine des retraites, les réformes libérales ne tiennent compte ni de l’intérêt des salariés ni de l’intérêt de l’institution mais de celui des employeurs, et disons le, de l’intérêt des partisans de la retraite par capitalisation. A l’opposé, toute initiative qui vise à résorber les iniquités du système par répartition sont les bienvenues. Je pense que la démarche des organisations syndicales s’inscrit dans cette logique. Je ne sais dans quelle démarche s’inscrit celle du gouvernement.

    PS. Vous proposez comme en Suède, partir plus tôt en retraite. En fait, on peut toujours arrêter de travailler quand on veut, mais l’âge légal de liquidation de la retraite est aujourd’hui est 60 ans ou plus. Ainsi, ce n’est pas le nombre d’années de cotisation qui devrait être pris en compte mais l’âge au moment du versement des pensions. On peut se demander s’il ne serait pas plus simple que la retraite de base soit calculée, à l’instar des complémentaires, non plus par un système d’annuités mais par cumul de points ? Quel est l’intérêt de conserver ce système hybride, cette originalité des la Sécu ?

  • Par Christophe (xxx.xxx.xxx.31) 4 décembre 2007 13:51
    Christophe

    @Sylvain Reboul,

    En effet, il serait temps de mettre à plat tous les systèmes de retraites différentiés.

    Certes, la fonction publique y perdrait, mais elle ne serait pas la seule. Entre l’AGIRC et l’ARCO, le taux de remplacement n’est pas le même ; les cadres retraités ont un système plus favorable que les non cadres, ce qui a abouti au fait que l’ARCO (non cadre) a dû renflouer les caisses de l’AGIRC (cadre).

    D’autre part, dans les négociations sur les retraites, il faut retenir que l’Etat refuse qu’il n’y ait pas d’âge légal de départ à la retraite. Cette limite que l’Etat veut imposer, ou du moins refuse de voir disparaître, limite la liberté de chacun de partir avant cet âge sans pénalité. L’Etat veut qu’il soit fixé à 65 ans pour tous (au début avec possibilité de l’augmenter) ; ce qui signifie qu’un salarié travaillant depuis l’âge de 20 ans devra travailler 45 ans pour avoir une retraite complète.

    Pour trouver des compromis, il faut aussi que l’Etat accepte l’équité et ne la voit pas comme des concessions à sens unique.

    Pour information, le groupe d’économistes auquel vous faites référence a fait une étude sur les trentes dernières années afin de comparer les retraites par répartition et celles par capitalisation. Au niveau macro, la rentabilité est quasiment identique ; au niveau micro, la répartition assure une garantie individuelle que le système par capitalisation ne garantit pas ; de gros gains pour certains, une faillite pour d’autres, et le reste entre les deux. C’est donc, comme beaucoup de points touchant la société, un choix des citoyens qui doit motiver l’orientation ; du moins en démocratie ! smiley

  • Par Garp (xxx.xxx.xxx.7) 4 décembre 2007 12:25
    Garp

    Votre article me plait bien ! Court, simple, clair et précis. Je ne connais pas les travaux de Thomas Pickety mais sa vision est séduisante.

    Je déplore comme vous l’attitude des pouvoirs publics qui semblent plus occupés à diviser les citoyens au lieu d’écouter les spécialistes.

    Le point qui attire mon attention est le numéro 4). Il rejoint l’article ci-dessous : http://www.mouvements.info/spip.php...

    "En confondant le baby boom, transitoire, et l’allongement séculaire de la durée de vie, on fournit des évolutions affolantes de la démographie dans le but de justifier les mesures les plus réactionnaires"

    Effectivement "le coefficient de conversion devra dépendre des évolutions démographiques (espérance de vie, ratio, actifs/inactifs)" mais à la stricte condition que ces évolutions démographiques soient comptabilisées rationnellement avec des modèles cohérents et réactualisés !

    Oui la durée de vie s’allonge. Oui il y a une évolution du nombre de retraités par rapport au nombre d’actifs. Oui il faut modifier le régime de répartition des retraites. Mais il faut garder à l’esprit que les Baby-Boomer devenus maintenant Papy-Boomer en vont pas le rester éternellement et que ce n’est qu’un phénomène transitoire dont la solution ne réside pas en la simple stygmatisation des régimes spéciaux de retraites dont le plus spécial ne sera pas même amoché : celui des parlementaires !

  • Par at974 (xxx.xxx.xxx.88) 4 décembre 2007 15:51
    at974

    Je voudrais vous exposer un cas : le mien et vous demandez si votre système vu de mon nombril est plus juste que celui en vigueur.
    Je suis fonctionnaire. J’ai 57 ans. Mon administration qui n’en est plus une (France Telecom) m’a demandé de ne plus mettre les pieds au bureau. Je penses que je n’ai pas besoin de vous expliquer comment se passe cette demande. Et cela pour une seule raison, mon age. Cela fait deux ans que je percois 70% de mon salaire à la maison.
    Maintenant, revenons quelque temps en arrière. Que disait-on aux fonctionnaires qui comme moi et d’autres travaillaient (j’ose, mais je vous assure que dans les télécoms, nous ne chomions pas. Pour les plus anciens, le 22 à ASNIERES, puis l’électronisation avant les réseaux) ? Votre salaire est inférieur à ceux du privé, mais la retraite sera meilleure. Prenez votre mal en patience. Evidemment, nous aurions pu rejoindre LMT, ALCATEL ou autre, mais nous ne l’avons pas fait. Qui peut nous le reprocher ?

    Par contre, aujourd’hui, c’est l’acharnement. On nous refuserait ce qui nous a été promis et mis sur la table durant toute notre vie professionnelle. C’est bien la jeunesse, mais quelle ingratitude !!!

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