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Dégustation des émissions de cuisine télévisuelles

 Manger est aussi et surtout un plaisir, et non un moyen de gérer son capital-santé. Dans les médias, la pub et j'en passe, on nous serine un peu tout le temps que pour bien vivre, il faudrait gérer sa santé comme un portefeuille d'actions et donc manger et boire de l'eau.

Ce pseudo-hygiénisme oublie que la bonne chère c'est donc du plaisir, répétons le, que c'est encore mieux quand ce plaisir est pris à plusieurs. Les bilieux, les culs pincés trouveront ça dégoûtant, tant pis pour eux.

photo ci-dessous de Julie Andrieu prise ici

A la télévision, depuis quelques années déjà, la cuisine est à la mode, cela va de l'émission de coaching culinaire et compétitif à celle qui joue sur la nostalgie patrimoniale, sans oublier l'émission de gastronomie bobo privilégiant la « world cuisine » et puis il y a celle qui parlent vraiment des plaisirs de la table, plus rares.

On a un peu de mal à s'y retrouver quand on aime la bonne chère, ce qui est le cas de l'auteur de cet article.

Le plus trompeur à mon avis sont les émissions pseudo patrimoniales comme celle de Jean-Luc Petitrenaud sur France 5 qui officie également sur Europe 1. Je comprend certes que l'on puisse aimer sa nostalgie à la Robert Doisneau de Prisunic, son goût pour les plats dits de cuisine bourgeoise un peu lourds, mais il parle d'habitudes gastronomiques qui ne correspondent plus à grand-chose, et on y parle de la gastronomie comme en parlait nos grand-mères. Il parle de bistros qui étaient populaires il y a cinquante ans, de restaurants qui étaient simples après la guerre, la première, et qui sont maintenant comme des ghettos de vieux combattants chenus et radoteurs.

Il oublie également que dans les bistros le vin qui était renversé sur le zinc était épongé par le patron qui le resservait pour deux sous aux clochards ensuite ou aux pauvres hères qui n'avaient pas les moyens de se payer du meilleur, et que bien souvent le « petit vin de pays » servi dans ses caboulots était une immonde piquette plus proche du taffetas du duodénum que d'un « Côtes-rôties ».

A l'inverse, Julie Andrieu, dans « Fourchettes et Sac à dos », fait plutôt dans la « world cuisine » un rien bobo sur les bords. Comme elle est plutôt bien faite de sa personne, l'émission est presque agréable à regarder, mais la voir s'immiscer partout dans des cuisines simples où parfois les plats proposés, loin d'être des mets sublimes conçus pour exciter les papilles des bobos qui paieront ça une fortune à Paris dans le dernier restaurant à la mode sont la nourriture basique des plus pauvres. S'extasier là-dessus me semble parfois un peu déplacé.

Et elle semble oublier que l'exotisme change beaucoup de choses à ce que l'on mange, il rend la cuisine huileuse et grasse gouteuse et pleine de saveurs, il donne des parfums délicats à une saucisse-curry bien chargée en colorants, et ce que l'on identifie pas dans un plat surtout parce que c'est infâme devient de l'exploration des saveurs.

De plus, il y a ce côté professoral et docte qui manque de chaleur, et de sensualité. Comme dans ces émissions de « coaching culinaire », où la compétition tue toute la chair de la chère, la convivialité, ainsi dans « Masterchef  », un peu moins dans « un Dîner presque parfait » qui présente un côté ludique parfois sympathique. Dans « un dîner... », c'est surtout quand les participants n'ont aucune prétention et qu'ils cherchent surtout à faire plaisir à leurs convives, à les accueillir du mieux possible. Bien sûr, entre deux, il faut se farcir un festival de verrines de toutes sortes, dans le vent en ce moment, d'assiettes carrées violettes, avec le trait de vinaigre de xérès ou d'huile maintenant obligatoire visiblement pour donner l'impression de bien faire la cuisine.

La meilleure personne parlant de cuisine à la télévision, avec Périco Légasse (qui a fait quelques émissions sur des produits spécifiques), c'est quand même dans toutes les séries d'émission-journaux de voyages de Sarah Wiener sur Arte qu'on la trouve.

Elle ne s'intéresse pas seulement aux produits des régions qu'elle traverse, mais aussi aux personnes derrière les plats, à leur histoire, leurs traditions et leur façon de concevoir la vie.

photo ci-dessous de Sarah Wiener prise ici

6a0105355e391a970c0105364f5778970b-800wiCar faire la cuisine, c'est aussi prendre son temps tranquillement, patiemment, se donner du temps, c'est mettre le doigt dans la crème, ou la sauce, faire goûter à celui ou celle qui est avec vous dans la cuisine.

C'est la seule à aborder cette idée de plaisir dans la gastronomie, que ce plaisir ce n'est pas forcément un plat raffiné, construit comme une œuvre d'art moderne, que déguster une caille conique ne rajoute pas grand-chose aux sensations que cela provoque. Et il y a un côté « bonne franquette » chez Sarah Wiener, avec infiniment moins de prétentions que chez ses collègues et consœurs français, plus enclins à théoriser tout ce qu'ils font.

Quand elle éxécute des recettes des régions françaises, d'un terroir qui est tout sauf ringard ou figé dans un passéisme pénible à la Petitrenaud, on sent le plaisir qu'elle a à respirer les parfums des produits qu'elle utilise, les effluves des légumes, des fruits ou des rôtis, à pétrir les pâtes, préparer les viandes, de la mort de l'animal à son arrivée sur la table, à mêler des couleurs et des textures, et se distraire en laissant ses petits plats mijoter en dégustant un bon vin avec d'autres amateurs de bonnes choses. Elle a aussi un sens de l'esthétique et de la beauté de ses préparations qui est très charnel (on éprouve souvent la même émotion, la même plénitude que devant une toile d'un maître flamand de genre)

A ce lien, un excellent texte de Desproges sur les plaisirs de la table.

par Amaury Watremez (son site) mercredi 21 septembre 2011 - 17 réactions
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