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Déliquants sexuels : des attouchements d’enfant à la manipulation de l’opinion

Ou comment notre président surfe sur un fait divers sordide, le viol d’Enis, pour nous faire avaler goulûment ses nouvelles mesures de restrictions des libertés.

De la même façon que l’attentat du 11 septembre 2001 immédiatement suivi de l’affaire des enveloppes aux bacilles du charbon ont mis la population américaine dans des dispositions propres à accepter, sans discussion et dans la précipitation, des mesures de surveillance et de restriction des libertés individuelles qui auraient été jugées totalement inconcevables à peine un mois plus tôt, notre président surfe sur un fait divers sordide, le viol du petit Enis, pour nous faire avaler goulûment ses nouvelles mesures de surveillance des délinquants... et de toute la population.

Nicolas Sarkozy ne se cache pas - voire revendique - d’aller chercher de l’inspiration outre-Atlantique. Et en bon pragmatique qu’il est, il n’hésite pas à reproduire les modèles qui ont fait leur preuve. De fait, malgré la différence d’échelle de gravité, le parallèle entre ces deux démarches est flagrant.

1- Bush voulait prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher que des terroristes puissent à nouveau frapper l’Amérique, Sarkozy veut faire tout le nécessaire pour empêcher des pédophiles de violer nos enfants (préoccupations évidemment légitimes pour des dirigeants, mais encore faut-il que les moyens mis en œuvre soient appropriés et cohérents, que l’objectif invoqué soit bien l’objet principal et non un simple prétexte).

2- Bush a pu transposer ses déclarations d’intention en une loi applicable en à peine un mois et demi (il a signé l’équivalent du décret d’application du Patriot Act dès le 26 octobre 2001). Le petit Nicolas, à peine moins ambitieux, espère bien réussir à d’ici novembre.

3- Le Patriot Act de Bush permet au gouvernement des États-Unis de détenir sans limite et sans inculpation toute personne qu’il juge suspecte de terrorisme, Sarkozy espère une loi qui permettra de prolonger indéfiniment l’enfermement de condamnés après qu’ils aient purgé la totalité de leur peine.

4- Bush a pu « dégainer » un texte de 150 pages et obtenir le financement de ses mesures en un mois, Nicolas sort de sa manche en quelques jours un « hôpital fermé » à Lyon, précision géographique qui suggère la préméditation (des commentaires lus au hasard d’un article connexe suggèrent que l’appel d’offre aurait été signé du temps où notre président n’était encore que le ministre de l’Intérieur, mais je n’en ai trouvé nulle trace, notamment pas sur le site de l’Agence régionale de l’hospitalisation Rhône-Alpes, en principe incontournable pour ce type d’installation).

5- Bush a retiré le contrôle de la détention des « personnes présumées dangereuses » du giron du système judiciaire au profit de l’autorité de l’Etat, Sarkozy voudrait la retirer des magistrats pour la confier à un collège d’experts (ouvrant ainsi la voie de la responsabilité pénale des médecins plutôt que celle de l’Etat en cas de récidive).

6- Un faisceau croissant d’éléments suggère que les autorités américaines ont délibérément laissé l’attentat du 11 septembre se concrétiser pour pouvoir faire accepter facilement des lois liberticides, l’enlèvement et le viol d’Enis coïncident opportunément avec une rentrée politique que le président annonçait « chargée » et on apprend déjà qu’un médecin de la prison (donc a priori connaissant le patient) a confié, sinon l’arme du crime, du moins des munitions au violeur (du Viagra, qu’il aurait de toute façon pu se procurer auprès d’un médecin de ville ou sur internet).

Dans les deux cas, on justifie le contrôle de dizaines de millions de citoyens innocents par le besoin de surveiller quelques dizaines d’individus. On viole sans état d’âme la vie privée de dizaines de millions d’entre nous pour un résultat qui n’a rien de certain, et un risque de débordement (détention abusive, erreurs judiciaires...) qui apparaît probable. C’est un fait bien connu des statisticiens médicaux que plus la prévalence d’une maladie (pour simplifier, sa fréquence) est faible, plus le risque de faux positifs du test diagnostic (le risque de conclure à tort à la présence de maladie) est élevé. Si la maladie est rare, le nombre de faux positifs peut parfois dépasser celui des vrais positifs. C’est ce risque qui oblige à limiter les mesures de dépistages aux maladies fréquentes et/ou à des populations ciblées à risque. La pédophilie étant, malgré sa très grande médiatisation, un phénomène relativement marginal, le risque d’erreurs judiciaires est donc élevé. Souvenons-nous d’Outreau !

Avec le même conditionnement des consciences qui permet de renforcer les mesures de surveillance, aidé par le tapage médiatique et avec le consentement (peu éclairé) du public, on peut faire accepter des mesures répressives à l’avenant. Nicolas Sarkozy a bien retenu Nicolas Gramsci. Le sondage en cours sur Agoravox, site qui n’a pourtant pas la réputation de drainer un public réactionnaire ou conservateur mais plutôt éclairé et réfléchi, montre tout de même, à l’heure où j’écris, que 40 % des votants sont favorables à des mesures « dures » (23 % pour la castration physique et 17 % pour l’internement). Lorsque les peines sont irréversibles, l’erreur judiciaire prend une gravité toute particulière. Souvenons-nous d’Outreau !

On peut d’ores et déjà prédire, sans grand risque de se tromper, que seront également annoncées très bientôt des mesures de surveillance d’internet, terrain de chasse de prédilection des pédocriminels, mesures auxquelles la CNIL ne pourra guère s’opposer, la protection de la chair de notre chair ne pouvant souffrir aucune économie de moyens, fut-ce le sacrifice de nos libertés. Bénéfice collatéral, cela permettra de surveiller plus étroitement les internautes, notamment ceux qui se livrent à des activités par comparaison bien anodines, tels que le téléchargement illégal. Mais Nicolas n’a-t-il pas précisément promis son aide aux professionnels de l’industrie du disque alors que la CNIL s’opposait aux mesures de surveillance qu’ils réclamaient parce qu’elle les jugeait trop intrusives ? En plus, l’amalgame entre p2p et pédophilie est si facile !

Et si malgré tout cet arsenal juridique et répressif, un nouveau viol d’enfant se produit (ce qui est malheureusement inévitable dans le temps, comme le sont les attentats), remettra-t-on en question le moins du monde la pertinence des mesures initiales ? Vous l’avez deviné, on les renforcera plutôt ! En jouant sur nos peurs, il devient tellement facile de nous convaincre d’accepter l’inacceptable !

S’il y a une chose qu’on ne peut pas retirer à Nicolas Sarkozy, c’est qu’il apprend vite ! Et souvent dans son cas, l’élève dépasse le maître. Préparez-vous pour un 11 septembre français, un Patriot Act français...

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Les réactions les plus appréciées

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    Par Vilain petit canard (xxx.xxx.xxx.250) 23 août 2007 12:31
    Vilain petit canard

    Bien vu, c’est exactement ce que je pense : on prend une cause indiscutable (la pédophilie, c’est mal), et on déploie un arsenal de mesures disproportionné, et si ça rate, on renforcera encore ces mesures.

    Le pédophile présente d’ailleurs certains avantages, comme prétexte à cette stratégie, tout comme le terroriste : on ne peut le détecter facilement, il ressemble à tout le monde, et de plus son mal est censément héréditaire, donc il est mauvais à vie, même sorti de prison, il faut le ré-enfermer.

    Comme le suicide semble lui aussi le résultat d’une prédisposition héréditaire (selon notre bien-aimé président), et dans un noble but de prévention de ce fléau, il n’y a plus qu’à surveiller les jeunes, comme on surveillera leurs parents, et tout le monde sera enfiché.

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    Par ZEN (xxx.xxx.xxx.245) 23 août 2007 13:38
    ZEN

    Cet éditorial du Monde d’avant-hier constitue, à mon sens, un point de vue équilibré :

    "L’affaire du petit Enis est l’un de ces faits divers dramatiques qui marquent l’opinion, suscitent l’émotion, soulèvent l’indignation. À la fois parce que la victime est un enfant, et parce que nul ne peut s’empêcher de penser que cette récidive-là aurait pu - aurait dû - être évitée. Dès lors il est normal que l’exécutif démontre rapidement qu’il entend tirer les leçons de cette agression pédophile. D’autant que Nicolas Sarkozy est en phase avec une époque où, dans l’imaginaire des peuples, les destins individuels ont pris le pas sur les grandes aventures collectives. Il entend donc témoigner, à tout instant, d’une attention à la vie quotidienne que la politique et ses acteurs semblaient avoir oubliée.

    C’est là que le bât blesse. La politique ne peut se contenter de réponses à l’emporte-pièce, ni se cantonner à une succession de réactions compassionnelles, presque épidermiques à tout épisode marquant de la vie publique. Sauf à prendre le risque d’épouser, et finalement amplifier, tous les emballements de l’opinion publique, aussi compréhensibles soient-ils. La responsabilité de l’exécutif et plus encore celle du chef de l’Etat doit être, évidemment, de chercher des solutions, mais en prenant en compte et en expliquant la complexité des problèmes plutôt qu’en la balayant d’un revers de main ou d’un haussement de menton.

    L’annonce de la création d’hôpitaux fermés pour les délinquants sexuels, après la prison, illustre cette dérive. Que le dispositif actuel ait montré, une nouvelle fois, ses limites, voire des carences criantes, c’est une évidence. Ce n’est pas une raison pour y répondre par une solution qui pose de redoutables problèmes juridiques, moraux, déontologiques ou constitutionnels. Cela ne conduit-il pas, subrepticement, à rétablir les peines à perpétuité, au mépris des peines prononcées par la justice ? Comment ne pas mesurer les risques de dérapage que cela pourrait entraîner dans d’autres domaines ? Comment distinguer crimes sexuels et crimes "ordinaires", si l’on ose dire ? Comment confier à des commissions de médecins la responsabilité de trancher, à nouveau, le sort de personnes déjà jugées ? Comment enfin faire croire qu’une nouvelle loi réglerait le problème, quand les dispositions existantes sont aussi peu et mal appliquées, faute de moyens notamment.

    A force de vouloir prouver son efficacité, tous les jours et sur tous les fronts, l’"hyperprésident" en fait trop. Non seulement parce qu’il brouille les institutions, réduit ses ministres à faire de la figuration et, au passage, s’expose trop pour durer. Mais surtout parce que le président est menacé de glisser sur une pente dangereuse. Celle qui, à partir de l’attention légitime prêtée aux victimes, aux "vraies gens" et à leurs problèmes, conduit à la démagogie."

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    Par Thomas (xxx.xxx.xxx.5) 23 août 2007 13:59
    Thomas

    Je me sens assez en phase avec cet éditorial. J’ai juste été plus provocateur dans le raisonnement parce que, à tort ou à raison, j’anticipe sur les mesures à venir dont les prémices ont déjà été annoncées ici et là.

    Ce qui est important, c’est de garder les yeux bien ouverts et l’esprit bien lucide face à la politique spectacle. M. Sarkozy a tendance à s’abaisser vers son public alors qu’il devrait au contraire essayer de l’élever à lui. Il accompagne la réaction épidermique de la population au lieu d’apaiser les esprits.

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    Par desperado (xxx.xxx.xxx.101) 23 août 2007 17:25

    Quelques remarques générales :

    1) Sur le fonds, on ne peut pas déplorer qu’il y ait une réaction à chaud des autorités sur ce sujet. C’est malheureusement notre mentalité (fonds gaulois ?)que de ne réagir que devant des catastrophes, soit avérées, soit imminentes. De plus celà fait des décennies que la doite comme la gauche déblatèrent sur le sujet sans rien faire. Je ne sais pas si les mesures du gouvernement seront bonnes ou mauvaises, mais je les préfère à l’immobilisme.

    2) Sur la manière et le style, M. Sarkosy se délecte évidemment du strass et des paillettes médiatiques, mais l’actualité politique de l’année écoulée a démontré avec éclat que cette attitude était très bien répartie entre la droite et la gauche. Ce qui compte c’est le résultat des mesures annoncées ou à venir, et il faudra du recul pour les apprécier.

    3) Le parallèle entre MM.Bush et Sarkosy me semble dénué de toute crédibilité du fait de son outrance. A ma perception Bush est un crétin fini. M. Sarkosy n’est pas un ange, mais certainement pas un idiot. On peut penser ce que l’on veut de ses qualités et de ses défauts, mais son seul parcours politique devrait imposer un minimum de réserve quant à ses capacités intellectuelles.

    4) Il faut avoir bien peu de confiance envers soi ou envers les français, ou être bien outrageusement paranoïaque, pour parler de "conditionnement des consciences" devant ammener des mesures de contrôle et de répression adéquates. Je crains que nous ne soyons là dans dans la spéculation fantasmée pure et simple...

    5) Il est regrettable que sur un sujet de société aussi sensible on ne puisse transcender des clivages politiques (qui tiennent d’ailleurs beaucoup plus de la posture que d’un comportement raisonné) pour aboutir à des solutions et des mesures consensuelles non définitives (comme par exemple la castration chimique). Par ailleurs il n’est pas inutile de relever que les erreurs judiciaires existeront malheureusment toujours, quel que soit notre systême (personne n’échappe aux lois statistiques). Nous ne pouvons que nous efforcer d’en réduire le nombre.

    Cdt

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