Faire réagir un adepte de la pensée hygiéniquement correcte n'est pas très difficile en 2012, il s'agit de prononcer certains mots, c'est comme appuyer sur des boutons, la réponse vient automatiquement ce qui permet à celle ou celui qui la prononce de ne pas avoir à réfléchir ou se fatiguer à chercher construire une réflexion saine et argumentée :
Dîtes « nation », (ou drapeau, patrie, etc...).
Toc ! On vous accuse d'être xénophobe, raciste, fââchiiste, un nervi de Marine le Pen.
Prononcez le mot « catholique », dîtes que vous l'êtes, ou que vous n'êtes pas hostile à l'Église, vous voilà un soutien des bigots, et on vous soupçonne très vite d'intégrisme.
Et parlez d'Algérie sans parler aussitôt de la torture, des horreurs de la colonisation, vous voilà révisionniste politique, assimilé aux pires théoriciens des « ordres noirs » quand l'injure n'est pas immédiate et généralement des plus abjectes.
La guerre d'Algérie est un sujet que l'on ne peut pas aborder en France en le nuançant sans provoquer aussitôt une levée de boucliers courroucés et maintenant indignés (depuis l'opuscule de Saint Stéphane Hessel, les beaux esprits ont l'indignation rapide, il la dégaine plus vite que leur ombre).
Le Mal absolu est irréductiblement pour eux du côté français, le Bien absolu du côté FLN. Aucune critique n'est possible sur les agissements de ce mouvement qui n'était d'ailleurs pas le seul à militer pour l'indépendance de l'Algérie (on modère souvent l'importance dans la décolonisation du Mouvement National Algérien et du Parti Communiste Algérien).
Pour les belles consciences, la colonisation est dans l'ensemble à rejeter, donc aussi la culture du colonisateur où ses valeurs.
Celles-ci, qui promeuvent pourtant le « vivrensemble » en France, oublient que dans la plupart des quartiers d'Alger ou d'Oran, des populations diverses arrivaient à vivre dans les mêmes endroits sans pour autant se rejeter ou se détester, sans que la haine ne prospère ou le communautarisme, donc pratiquaient déjà le « vivrensemble »...
Les uns et les autres se retrouvaient pour fêter Noël, Kippour ou l'Aïd, sans que les uns cherchent à prendre le pas sur les autres.
Dans « la Peste » ou « l'Étranger » de Camus, l'auteur décrit l'animation des rues, les jeunes filles qui n'étaient pas poussées par la pression sociale, l'instinct grégaire et (-ou ?-) la peur à porter un voile sur leurs cheveux.
Albert Camus est d'ailleurs l'exemple parfait du « pied noir » faisant partie avec sa mère d'un milieu simple, comme beaucoup d'autres, et ne pouvait être assimilé, comme beaucoup d'autres, à la caricature habituelle des colons profiteurs, racistes, avides et cyniques que l'on répand par ailleurs.
Camus, ainsi que le rappelle Michel Onfray dans son dernier livre, avait averti de la question du devenir des populations d'origine européenne après la fin de la guerre d'Algérie ainsi que des harkis, et qu'opposer seulement la haine et l'esprit de vengeance à ces personnes était tout aussi inhumain que la torture pratiquée par l'Armée française de 1954 à 1962.
Simplement pour avoir proposé de ne pas avoir d'indignation sélective, simplement pour son désir de traitement humain et équitable de chacun, Camus fut trainé dans la boue, soupçonné de sympathies pour l'Algérie Française et bien sûr la droite la plus radicale.
En lisant cet article d'Edward Saïd, le raccourci est vite fait là encore, Camus est « Algérie Française ».
Cela ne fait aucun doute.
Pourtant ce que proposait Camus était largement généreux et plus intelligent qu'une partition, qu'une séparation, il suggérait la création d'une fédération des pays du Maghreb et de la France par delà la Méditerranée, où arabes et français auraient vécu à égalité, soluble dans son esprit dans l'Union Européenne qui était à venir, et qu'à cette époque on pouvait rêver comme une véritable fédération de nations. C'est ce que beaucoup de partisans de l'« Algérie Française » souhaitaient, car ils n'étaient ni fââchiistes, ni réactionnaires.
Malheureusement la plupart des français étaient plus ou moins indifférents à l'Algérie et son avenir, pensant comme De Gaulle que l'on « ne pouvait faire de ces bicots des français » (cf les mémoires de « mongénéral »).
Les premiers colons étaient des petites gens, souvent des paysans alsaciens, ou parfois allemands, à partir de 1846, et surtout après la guerre de 1870/71 et l'annexion de l'Alsace-Lorraine, où ceux qui voulaient rester français ont émigré, créant les vignobles du « Sidi Brahim ». On aura plus de renseignements sur les colons alsaciens par ici, à ce lien.
En 1848, seize convois ferroviaires partirent de Paris et un de Lyon, chargés de 12000 ouvriers français émigrant en Algérie (un lien par là). On dans les deux cas très loin de l'image d'Épinal du colon profiteur et exploiteur, riche et avide.
En 1962, quand ils furent rapatriés, les « pied-noirs » étaient encore majoritairement composés de petites gens. Parmi eux, il n'y avait pas de juifs séfarades dont l'histoire avec l'Algérie commence plus tôt que les français, et pourtant le cliché du « pied-noir » est encore relié maintenant à celui du marchand d'habits du Sentier, hâbleur et extraverti, alors que cela n'a rien à voir. Ils furent plus de un million (précisément 968685 rapatriés venus d'Algérie, 263357 du Maroc, 179985 de Tunisie, d'autres renseignements précis à ce lien), à rentrer en France, avec pour seule possession une valise, ce qui était déjà mieux que le cercueil.
Le terme « pied-noir » était plus ou moins péjoratif puisqu'il désignait ces colons issus de la plus petite paysannerie.
Certes, soyons honnêtes, deux-cent mille parmi eux choisirent de rester, ce qu'ils firent sans trop d'encombres, après s'être attiré les bonnes grâces des nouvelles autorités algériennes.
Tout comme lorsque l'on aborde la question des massacres de la « Vendée » pendant la Révolution, aborder celui des 220 000 « harkis » pourtant écorchés vifs, dépecés, et j'en passe, provoque des réactions extrêmes (le détail de leur massacre à ce lien, chiffres et statistiques). Là encore c'est comme appuyer sur un bouton qui déclenche une réaction automatique, on vous soupçonne immédiatement de révisionnisme, de négationnisme, des pires intentions.
Citons à leur propos le témoignage de Mohammed Hamoumou dans son livre « Et ils devinrent harkis » paru chez Fayard en 1993 :
« la plupart furent humiliés et torturés publiquement, longuement avec un luxe de raffinement dans l'horreur. La mort était une délivrance, d'où la recherche de morts lentes pour faire durer l'expiation. Le supplice est destiné à rendre infâme celui qui en est la victime et à attester le triomphe de celui l'impose. Plus le doute est permis sur le l'infamie de l'accusé plus le supplice doit être démesuré pour persuader l'assistance de la culpabilité de la victime ».
Curieusement, ce genre de témoignages, et tous les autres, ne suffit pas à éveiller la moindre parcelle de compassion chez les beaux esprits qui poussés à bout il est vrai admettent qu'ils sont indifférents au sort des harkis.

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Certes, mais hélas, cela tourne souvent à l’attaque personnelle. Je ne suis pas vexé par (...)
13/02 17:15 - Amaury WatremezJe serais tenté de vous dire, susceptible comme vous l’êtes, que susciter des commentaire (...)
13/02 17:08 - minidouJustement, non, où est-ce que je dis une chose pareille dans l’article ? Si j’avais (...)
13/02 15:47 - Amaury WatremezJe ne dis pas cela, mais vous laissez à penser que les exactions du fln minorent les exactions (...)
13/02 15:04 - minidouIl y a critique et critique, la vôtre part du point de vue que mon point de vue ne vaut rien. (...)
13/02 14:55 - Amaury WatremezEncore une fois vous avez une interprétation des mots qui ne correspond pas au sens commun tel (...)
13/02 14:46 - minidou
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