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Des « éléments de langage » de l’UMP aux aveux extorqués des « députés-taxis » britanniques

 L’information, on l’ignore ou on l’oublie, n’est pas une mais double : elle se présente sous deux variétés à la fiabilité inégale. La semaine écoulée vient d’offrir à cet égard d’excellents travaux pratiques pour mesurer l’écart entre l’information donnée qui est livrée volontairement par l’émetteur et l’information extorquée qui est obtenue à son insu et/ou contre son gré.


« Les éléments de langage » de l’information donnée
 
On entend ainsi parler depuis quelque temps d’ « éléments de langage » dans la bouche des représentants de l’UMP. C’est encore un leurre de publicitaires qui, toujours soucieux de brouiller les pistes, ont déjà remplacé par le passé le mot « publicité » par celui de « communication ». Le but est de faire croire que dans la relation d’information, émetteur et récepteur ne cherchent pas à s’influencer ! Ces « éléments de langage » sont, par l’apparente neutralité de l’expression, destinés à remplacer le mot « argumentaire » qui sent trop le suint de la volonté d’influencer. Ils ont ainsi, au cours de cette dernière semaine, structuré la représentation officielle que l’UMP a entendu livrer du résultat des élections régionales. Les mots étaient minutieusement choisis et calibrés.
 
L’exercice expose cependant à un inconvénient : quand les propos de plusieurs représentants de l’UMP sont placés l’un après l’autre, comme il est arrivé à France Inter de le faire pour s’amuser, on sombre dans le comique de répétition. On a affaire à de véritables perroquets. Après le premier tour, on les a tous entendus l’un après l’autre soutenir que l’abstention massive interdisait de tirer des leçons nationales, qu’on ne pouvait donc parler de vote sanction, qu’on n’était qu’à la mi-temps du match, qu’une nouvelle élection commençait, etc. Au soir du second tour, la même comédie s’est rejouée : c’était une déception, on n’avait pas réussi à convaincre mais les réformes devaient être poursuivies, etc. Ainsi pour éviter la cacophonie sans doute, les porte-parole de la majorité sont-ils sommés d’apprendre par coeur des répliques dictées par le président de la République pour donner au mot près la représentation officielle d’un événement.
 
On ne saurait trouver meilleure illustration de l’information donnée qu’un émetteur ne consent à livrer volontairement que dans la mesure où elle sert ses intérêts ou du moins ne leur nuit pas. On a pu voir, entre les deux tours, que cette information donnée pouvait aller jusqu’au déni de la réalité puisque, le 14 mars, l’UMP niait tranquillement sa défaite. À cela rien d’anormal ! Le principe fondamental qui régit la relation d’information est respecté. Mais le corollaire de ce principe est le manque de fiabilité de l’information donnée aussi corsetée.
 
L’information extorquée obtenue par des leurres
 
On le mesure d’autant mieux à son contraire, l’information extorquée qui, pour être obtenue à l’insu et/ou contre le gré de l’émetteur, en retire une plus grande fiabilité. Au cours de cette même semaine, lundi 22 mars 2010, une enquête de la chaîne britannique Channel 4 associée au Sunday Times, intitulée « Députés à louer  », a permis de le vérifier (1). Des journalistes ont approché en caméra cachée vingt députés, 13 Travaillistes et 7 Conservateurs, dont plusieurs anciens ministres, en recourant à un leurre, le quiproquo : ils se sont fait passer pour des agents d’un groupe de pression, des lobbyistes. Ils leur ont proposé d’user de leur influence et de leur carnet d’adresses en leur faveur. Rien de plus naturel pour ces honorables parlementaires ! Certains ont acquiescé en affichant même leurs tarifs qui variaient entre 3.000 et 5.000 livres par jour, soit 3.350 euros à 5.590 euros.
 
On se doute que la même question, posée devant un micro à visage découvert, n’aurait pas reçu en réponse des « éléments de langage » aussi croustillants. Un député travailliste s’est même prévalu d’excellentes relations avec l’entourage du Premier Ministre et d’interventions fructueuses passées auprès de ministres. Il s’est défini en toute candeur comme un «  taxi à louer » ! Le Parti Travailliste a suspendu les trois anciens ministres.
 
Mercredi 17 mars, on avait déjà relevé une méthode d’investigation comparable au cours du documentaire de Christophe Nick, « Le jeu de la mort ». Celui-ci retraçait les expériences de J.-L. Beauvois et de son équipe menées, dans le cadre de la télévision, sur le modèle des expériences de Stanley Milgram pour étudier la soumission à l’autorité (2). Les sujets étudiés avaient été soigneusement égarés au sujet du jeu auquel ils participaient : on leur avait fait croire que leur partenaire devait, pour gagner une fortune, faire preuve de mémoire et résister à des décharges électriques de plus en plus puissantes qu’ils lui infligeraient à chaque erreur d’association de mots. En fait, c’était la capacité de ces sujets questionneurs à se soumettre aveuglément à une autorité malveillante qui était étudiée. Nul ne sachant quel peut être son comportement en pareil circonstance, seule l’information extorquée devait être recherchée et, pour y accéder, il fallait recourir aux leurres appropriés si on voulait neutraliser l’autocensure des sujets.
Un récent livre de Florence Aubenas, « Le quai de Ouistreham » dont on a rendu compte, illustre la même méthode (3). Elle use aussi du leurre du quiproquo  pour obtenir une information extorquée : pendant plusieurs mois, elle s’est fait passer pour une chômeuse à la recherche de n’importe quel emploi : sans se méfier, les personnes qu’elle a rencontrées, se sont révélées sans fard dans leur hideur le plus souvent. Aucune enquête à visage découvert n’aurait pu faire à ce point tomber les masques.
 
La société dite d’information est surtout celle de l’information donnée corsetée par « les éléments de langage » : des acteurs récitent des rôles préécrits. L’information est, en effet, une guerre où chacun veille à ne pas s’exposer aux coups de l’adversaire. Il n’est donc pas étonnant qu’ en réplique, une recherche de l’information cachée soit activement entreprise : le leurre comme le quiproquo employé par les journalistes de Channel 4 et du Sunday Times, Jean-Léon Beauvois ou Florence Aubenas, est un des moyens qui permettent de l’extorquer. Échappant à l’autocensure de l’émetteur, cette variété d’information en retire une plus grande fiabilité, quand l’information donnée laisse sceptique ou fait sourire.
 
Paul Villach
 
 
(1) Pauline Fréour « Députés à louer  », Le Figaro.fr, 23.03.2010
(2) Paul Villach, « « Le jeu de la mort » sur France 2 : la dangereuse soumission aveugle à l’autorité expliquée à tous  », AgoraVox, 19 mars 2010
(3) Paul Villach, « Le quai de Ouistreham » de Florence Aubenas : le courage de "l’information extorquée », AgoraVox, 24 février 2010.
 
par Paul Villach jeudi 25 mars 2010 - 11 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Ancalimon (xxx.xxx.xxx.162) 25 mars 2010 14:47
    Ancalimon

    Hormis replacer deux de ses précédents articles, je ne comprend pas ce que l’auteur souhaite démontrer par ce texte...


    Titre sans signification, introduction qui n’introduit rien car ne donnant pas les clés du propos, contenu s’apparentant à du verbiage et à la découverte de l’eau chaude.

    Étonnant !
  • Par ddacoudre (xxx.xxx.xxx.248) 25 mars 2010 15:41

    bonjour paul

    tu reviens sur cette évolution de l’usage du leurre langagier, et je suis bien d’accord la publicité est devenu communication, et quand l’on fait tomber les masques, la réalité est plus dure.
     c’est ce que j’ai fait avec le résultat des élections. j’en ai fais un article.
    je te le copie, il y a la vision des commentateurs et celle des réalités.

    La politique par défaut.

     

    Comme dans l’existence nous vivons par défaut de tout connaître, nous faisons de la politique par défaut d’en disposer des pouvoirs.

    Les Français se sont exprimés par un rejet sans précédent de toutes les formes de représentations « partitaires ». 43 350 204 inscrits et 21 192 314 exprimés, le plus représentatif a obtenu 9 834 486, et celui qui est au pouvoir ump 7 497 649. Aucun d’entre eux ne peut dire que les français veulent de leur politique, pourtant nous n’entendons que cela, parce que l’abstention n’a pas de VOIX.

    Faute de cela nous pourrions penser que les analystes politiques s’intéressent aux raisons profondes de cela, car c’est leur travail, est en faire profiter la société afin de nourrir la réflexion des citoyens, quid. A l’exception d’un, les autres racolent les infos trottoirs et triturent les pourcentages minoritaires et extrapolent des stratégies politiciennes.

    Nous sommes tellement habitués à cela, à faire de la vie politique un spectacle, que chacun retrouve ses vieux réflexes conditionnant.

    Pourquoi faisons-nous de la vie politique un spectacle, parce que c’est le seul pouvoir qu’il nous reste avec celui de la sécurité intérieure.

    Le pouvoir économique ne nous appartient plus, il est la possession de la loi du marché via l’OMC et le traité de Lisbonne.

    Le pouvoir financier, il ne nous appartient plus depuis 1973 et les français le découvrent aujourd’hui.

    Depuis donc de nombreuses années (30 ans), nous votons en conscience pour des partis politiques qui nous garantissent par leurs programmes, croissance, prospérité, emploi.

    Le dernier en date celui de notre président fut la promesse du jardin de l’Eden, et le vote des régionales indique qu’ils n’y croient plus.

     

     

    Mais comme je préfère le pragmatisme même si j’ai des espérances, je préférerais que les partis et le gouvernement répondent à des questions qu’ont émises les français.

    Ils veulent réformer le capitalisme à91%, quelles sont les propositions des partis et du gouvernement.

    Ils n’ont plus confiance en l’OMC 61%, quelles sont les propositions des uns et des autres.

    Ils se méfient à 55% de l’UE, comment leur redonner confiance.

    Ils pensent que les entreprises les exploitent et sont les actrices de la vie chère à 55%, que leur proposer.

    Ils n’ont pas confiance aux banques à 63%, quelles modifications apporter au système bancaire.

    Ils n’ont pas confiance en leurs élites, partis etc. j’arrête là.

    C’est environ plus de 60% de français, soit 26 millions d’entre eux et les commentateurs vont cueillir sur les trottoirs l’écoute de Pierre ou Paul, comme les politiciens celles de leurs mandants, jusqu’à ce qu’ils trouvent dans leur propos ce qui confirment leur refus d’écouter les 26 millions autres.

    C’est 26 millions ont compris, tardivement peut-être, qu’ils ne possédaient plus ni le pouvoir économique ni le pouvoir financier, et que le gouvernement ne leur vendait que des peurs intérieurs comme toute politique, même si par leur votes antérieurs ils y ont contribués.

     

    Si les français voulaient plus de répressions, ils auraient voté massivement pour le FN or il a totalisé1 943 307 voix soit 4.48% des inscrits

    Si les français voulaient plus du jardin d’Edem du président ils auraient voté massivement pour l’UMP qui a eu 7 497 649, soit 17.3% des inscrits.

    L’union de la gauche 9 834 486, soit 22.7% des inscrits et les commentateurs saluent leur victoire par défaut.

    Si les français avaient voulu d’un grand parti de politique démocrate comme aux USA, ils auraient voté massivement pour le MoDem, or il totalise 178 858 voix soit 0.04% des inscrits.

    Si Europe écologie était l’avenir, ils n’auraient pas été que 207 435 à voter pour eux, soit 0.05% des inscrits. J’en termine avec eux.

     

    On ne peut pas passer l’abstention sous silence, certes c’était une élection régionale, mais compte tenu de la porté politique qui lui fut donné, l’on ne peut pas dire que ce fut un vote régional, dire cela est se mentir, même s’il a retrouvé un peu plus ce caractère au deuxième tour. Sans cela il y a des seuils ou la valeur d’une abstention est un choix politique, c’est le cas présent, comme ce fut celui des Européennes.

    Ainsi donc durant ces deux prochaines années la politique va se faire par défaut.

    Défaut de disposer du pouvoir économique.

    Défaut du pouvoir financier.

    Défaut du pouvoir politique.

    Que restent ils à nos gouvernants que la pulsion de mort ; la gestion de tous les désastres qu’entraine ce défaut de pouvoir.

    A savoir un retour sur les promesses illusoires d’un paradis après la mort et un renforcement sécuritaire liberticide, l’on en a n’a pas fini avec les spectacles dramatiques, et la dramaturgie des faits divers.

    Il y a de la joie en perspective. Jamais France ne fut aussi mal en point depuis 1945.

     cordialement.

     

  • Par cti41 (xxx.xxx.xxx.193) 25 mars 2010 12:21
    cti41

    Personnellement je trouve que les commentaires entendus des gens proches du pouvoir en place s’apparentent plus à la "méthode Coué" qu’à une véritbale prise en compte de la réalité du résultat de ces élections.
    C Contini

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