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Devons-nous nous préparer au pire ? Les premiers soins d’urgence en situation de chaos

Trois mois après les événements du 13 novembre, vingt-sept victimes étaient toujours hospitalisées. Lors d'un attentat, les blessures rencontrées sont celles du militaire au combat : blessures par balle, éclats de grenade, arme blanche, explosion (souffle, éclats secondaires), lésions par écrasement, lésions par ondes de choc, brûlures, agent chimique ou toxique. Il s’agit souvent de blessures avec la présence d’un corps étranger (risques d’infection surajoutés, hémorragique), de polytraumatismes. 

L'efficacité des secours décroît en fonction du délai d'intervention et chaque seconde compte. Les sapeurs-pompiers avec la disponibilité citoyenne qui les caractérise et instruits par les attentats de Paris, dispensent des formations aux Premiers Secours. Le citoyen amené à prêter assistance dans ce cadre d'intervention qui s'apparente au secourisme de « l'avant », fut-il secouriste certifié, se doit de savoir réagir d’une façon particulière face aux circonstances et blessures auxquelles il pourra être confronté qui ne saurait s'agir que d'une situation transitoire. Le secourisme spécifique repose sur le secourisme habituellement enseigné et les Premiers Soins Tactiques (PST) dont l'enseignement est généralement réservé aux forces spéciales, groupes d'intervention et à certains gardes du corps.

 Lors de la survenance d'un attentat, la panique est difficilement contrôlable, la réaction engendrée par la peur revêt une importance capitale. La peur peut se communiquer à quelques personnes et s'étendre à l’ensemble d’un groupe. Il suffit qu'une ampoule d'un lampadaire éclate pour entraîner un mouvement de panique dans tout un quartier. La peur se traduit par des troubles persistants de quelques minutes à plusieurs heures. Pour tenter d’enrayer cet état de stupeur, il faut bien entendu conserver soi-même son sang-froid, et cela, l'intervenant n’en aura la révélation que le jour venu. En attendant il doit se forger un mental qui a envisagé la situation. Il faut tenir à la victime des propos encourageants sur un ton ferme et persuasif, lui montrer que l’on contrôle la situation, et si possible lui faire accomplir une tâche pour lui redonner la confiance perdue et qui l’aidera à faire retomber l’intensité émotionnelle. Cela pourra être par exemple s’occuper d’une personne.

 Nous n’allons pas alourdir cet article en vous disant ce que vous pourrez trouver dans un manuel de secourisme : bilan, PLS et positions de confort (position demi-assise pour les victimes respirant difficilement, à plat dos pour une plaie à l'abdomen, etc.), le massage cardiaque externe, la respiration artificielle (Il est important d'en maîtriser plusieurs méthodes. Si le bouche-à-bouche ou bouche-à-nez peut être pratiqué dans un endroit exigu, elle ne l'est pas pour des blessures de la face), nous allons survoler plus particulièrement les aspects rarement évoqués dans les manuels. L’urgence absolue comprend tous les cas de danger de mort imminente pour lesquels un traitement sur place et sans délai est nécessaire : danger d’asphyxie - arrêt circulatoire - hémorragie massive - choc - infarctus. Pour toutes les personnes proches du lieu d'une explosion, il est nécessaire de suspecter une blessure par blast, ceci même si aucune lésion extérieure n’est visible et surtout si la victime est : angoissée, tremblante.

 Les premiers gestes ne doivent pas porter préjudice au traitement ultérieur en milieu hospitalier. Si le délai d'évacuation reste inférieur à 30 minutes, cela augmente de 50 % de chance de survie. La prise en charge des blessés incombe dans les premiers instants aux seules personnes présentes jusqu’à l’arrivée d’un élément de la chaîne de secours (SAMU, SMUR, SP). Si le danger menace toujours, le sauveteur doit tout en se soumettant à la situation de danger : mettre la victime à couvert (Ne procéder au déplacement du blessé qu’en cas de nécessité absolue et pour mettre la victime à l’abri d’un danger immédiat. Déplacer un blessé peut entraîner de sérieuses complications) - dispenser les premiers soins pour éviter l’aggravation des blessures - alerter les secours - maintenir la surveillance jusqu’à l’arrivée des secours.

 La gravité de la blessure est fonction : des organes atteints - de la nature de la lésion - de l'hémorragie externe ou interne par l’atteinte des gros vaisseaux - du choc - des fractures. Il se peut dans l’examen rapide qu'une blessure par balle passe inaperçue, l’orifice d'entrée peut être de faible diamètre (quelques millimètres) en raison de l'élasticité des chairs ; l’orifice de sortie est généralement plus important et entouré par la présence de matières expulsées (chair, os). Un mot des blessures par « Kalachnikov », si la plupart des projectiles militaires sont conçus pour se retourner et occasionner des blessures plus graves, la balle russe de 5,45 mm est plus allongée que le calibre réglementaire 5,56 des forces de l'OTAN, ce qui a pour effet d'entraîner une instabilité plus importante et son basculement après 7 cm de pénétration de gélatine, alors que la balle des forces de l'OTAN ne bascule qu'après 12 cm. La cavité occasionnée par un projectile peut selon la nature de la munition être agrandie jusqu'à 30 fois le calibre ! 

 Cette branche de la médecine militaire commence à apparaitre avec la bataille de Solférino (1859) après qu'Henri Dunant ait réussi à sensibiliser l'opinion publique des atrocités du champ de bataille (« Souvenir de Solférino » un livre à lire et à relire). Le 29 août 1864, seize États paraphaient la Convention de Genève et la Croix Rouge sur fond blanc allait en devenir le signe distinctif (La Croix Rouge est aujourd'hui présente dans quatre-vingts pays). Furley les qualifiera de « touristes de la charité ». Des chirurgiens de différentes nationalités allaient s'engager dans les conflits armés et ainsi pouvoir échanger leur savoir-faire. Avant 1870, la chirurgie militaire est une véritable « boucherie » ! Pour « anesthésier » le blessé, le chirurgien provoquait une syncope par la pression du sinus carotidien ! L'anesthésie est balbutiante : «  Éviter la douleur dans les opérations est une chimère » (Velpeau 1839). L'antisepsie était inconnue et les chirurgiens français ne se lavaient pas les mains... La transfusion sanguine n'avait pas cours, le blessé qui avait perdu trop de sang mourait. L'importance du groupe sanguin sera découverte au début du XX° siècle. Les médecins n'avaient pas compris qu'un arrêt cardiaque pouvait être réversible et la fiabilité des signes indiquant la mort sujets à caution avec possibilité d'erreur et inhumation prématurée.

La guerre de 1870 allait apporter quelques améliorations, mais le traitement des blessures du thorax rester l'exception et l'extraction des corps étrangers continuer à poser problème, aussi compte t-on sur mère nature pour expulser le projectile ! La « panacée » des chirurgiens militaires reste l'amputation. Ils allaient en faire près de 8 000 avec un taux de mortalité de 63 % et de 78 % pour les désarticulations ! Le Fort dira : « Le service de santé s'est montré déplorable pendant les Campagnes de Crimée et d'Italie comme pendant la guerre de 1870. » Chenu de renchérir : « La bonne volonté même avec de grandes ressources ne suffit pas, il faut de l'ordre, de la discipline, des connaissances pratiques sérieuses, de l'expérience et une bonne organisation » (1874). La Société des Secouristes Français allait voir le jour en 1892 et la chirurgie de guerre et le transport des blessés s'améliorer lors de la Première Guerre mondiale, si l'on peut dire, car les blessés étaient évacués vers leur région de mobilisation ! Le médecin militaire Ferraton de déclarer : « Avec les balles, la douleur ressentie est faible, les lésions produites sont assez minimes pour permettre au blessé de se rendre seul au poste de secours. »

 

La Première Guerre mondiale terminée, on compte près de trois millions de blessés - 300 000 mutilés - 200 000 invalides à plus de 10% (infirmes, aveugles, gazés, traumatisés) et 12 500 « gueules cassées » français. Soixante-quinze pour-cent des blessures sont le fait de l'artillerie, autant de patients qui vont participer à l'essor de la chirurgie orthopédique et/ou esthétique. On endort le patient à l'éther ou au chloroforme et on utilise peu la morphine pour soulager les douleurs par crainte d'une accoutumance. Le chirurgien Leriche affirme que : « l'amputé morphinomane est incurable. »

Alexander Fleming a découvert la pénicilline vers la fin des années vingt mais la généralisation de son usage ne se fera qu'à partir de la Seconde Guerre mondiale. La Croix-Rouge lançait sa première formation au secourisme en 1941 et ses équipes d'Urgence furent intégrées à la Défense passive l'année suivante. La guerre terminée, la Croix-rouge pouvait compter sur 60 000 secouristes aguerris ayant acquis un savoir-faire certain : sauvetage de la populations - dégagement des blessés - les premiers soins - évacuations - reconnaissance des corps.

Depuis 2009, Les militaires sont formés au sauvetage au combat par le centre d'instruction santé de l'armée de Terre. Le Sauvetage au Combat du 1er niveau est dispensé à tous les combattants. L'enseignement du SC 2 d'une durée de deux semaines forme des auxiliaires sanitaires capables de maintenir les fonctions vitales d'un blessé en attendant son « évasan » ou évacuation sanitaire : sutures hémostatiques, pose d'un garrot tourniquet, d'une perfusion intraveineuse, injection d'une syrette de morphine (10ml), « trachéotomie ». Le titulaire du SC2 doit ensuite suivre trois demi-journées de formation tous les semestre afin que ses compétences ne s'émoussent. Le SC3 est réservé aux infirmiers et aux médecins exclusivement. Petite phrase du jour : « Il faut se garder de construire des principes à partir d'exceptions. »

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3 réactions à cet article    


  • Massada Massada 17 mars 09:28

    Un chercheur israélien de l’Université d’Ariel en Samarie a découvert une nouvelle méthode révolutionnaire pour arrêter les saignements incontrôlables commun chez les victimes d’agressions - une innovation médicale qui pourrait sauver d’innombrables vies en Israël et dans le monde entier.
     
    Des groupes de terroristes palestiniens comme le Hamas et le Fatah ont distribué des instructions détaillé sur la façon de « mieux » porter un coup de poignard ou trancher la victime pour provoquer maximiser les dommages, et ainsi les blessures infligées aux victimes sont souvent vastes et extrêmement dangereuses.
     
    Jusqu’à présent les seules solutions d’arrêter le sang pour ce type de blessures profondes causées par ces agressions violentes sont trop faibles pour les traiter efficacement, ou si forte qu’elles engendrent des caillots sanguins mortels. Les Secouristes médicaux les plus capables n’ont souvent pas les solutions les plus efficaces pour sauver des vies quand chaque seconde compte.
     
     Le scientifique israélien Moshe Rogosnitzky a découvert que le gallium, un biometal actuellement utilisé pour arrêter la perte osseuse chez les patients cancéreux, peut, sous forme liquide (appelé nitrate de gallium), rapidement stopper l’hémorragie de blessures profondes sans provoquer des caillots sanguins.
     
    https://www.youtube.com/watch?v=t03eZVuPh9w


    • Allexandre 17 mars 21:52

      @Massada

      Quand arrêteras-tu de prendre les goys pour des cons indécrottables ?

    • hervepasgrave ! hervepasgrave ! 17 mars 13:55

      bonjour,
      tu fais là une éloge relativement involontaire aux chirurgiens ,même si ta datation est plus récente que la vérité. Il aura fallut pour simplifier les premières armes à feu pour s’en soucier. Avant c’était l’imputation ou la mort . Le nombre de victimes aussi c’est grâce à la guerre que la médecine à progresser,mais n’est pas du fait des médecins qui ne sont que des charlatans et chapardeurs de ces progrès. Il y eut d’ailleurs de grandes confrontations entre médecins/mire et chirurgien. Oui ! c’’est terrible de progresser en médecine garce aux guerres.

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