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Dieu antique en kit

Le texte suivant – sous forme de conte pour éviter les problèmes de chronologie, mais avec des éléments réels – est constitué de pseudo-extraits de tablettes exhumées en Babylonie, que les archéologues nommèrent Voyage du jeune Amorabis en Orient. Cette série est consacrée à la religion. Les articles précédents sur le Déluge, les interdits alimentaires, la création des hommes et des lois par les dieux sont issus des mêmes tablettes du jeune bédouin.

Dans l’école de scribe que fréquentait Amorabis, la deuxième année abordait l’étude de la religion. En lisant le programme, Amo fut stupéfait par la quantité de dieux avec leur famille et leur histoire, les rites, prières, cérémonies, etc. La tribu d’Amo – des éleveurs de chèvres et de moutons dans les steppes semi-arides du nord de l’Arabie –, appartenait à ces « cultures pastorales ignorant les clergés hiérarchisés. » [ROD [1], p. 240].

Mais la stupéfaction fit bientôt place à un autre sentiment : Amo craignait d’être méprisé par les Sumériens comme plus tard d’autres Arabes ante-islamiques le seraient par les Juifs et Chrétiens qui, d’après Rodinson, les considéraient comme des sauvages, car incapables d’avoir une religion structurée. [ROD1 [2], p. 63]

« Comme toutes les peuplades antiques, le Sémite nomade croit vivre au milieu du surnaturel. Le monde est entouré, pénétré, gouverné par les élohim, myriades d’êtres actifs, vivants, translucides, inséparables en quelque sorte les uns des autres, n’ayant pas de noms propres distincts. » [REN [3], 1, III]

Amo se rappelait les nuits d’été, quand son regard se perdait dans l’infini du ciel en observant les étoiles, les planètes, les traits de feu furtifs, tous ces elohim qui se déplaçaient mystérieusement.

Le tonnerre et les éclairs des puissants orages capables d’arracher les tentes étaient de toute évidence la manifestation de colère d’autres elohim qui se faisait ensuite pardonner en distribuant une eau précieuse. Les vents étaient invisibles mais sonores, et leurs effets bien palpables quand ils criblaient de sable les mollets d’Amo, ou déclenchaient des tempêtes redoutées.

L’origine commune de âme et animé (de anima : « souffle, principe vital ») ne prouvait-elle pas que tout ce qui était animé avait une âme ?

Il y avait aussi cette divinité de l’air, douce et vénéneuse – donc féminine... –, que l’on entendait parfois gémir la nuit autour des tentes quand elle quittait sa demeure dans le désert sauvage au milieu des chacals et des hyènes pour tuer un bébé. Comme elle aimait une victime souriante, elle lui chatouillait les pieds ; quand le bébé riait, elle l’étranglait. [MON [4], p. 52] Si ce démon nocturne n’existait pas, pourquoi les mères affolées se précipitaient-elles vers le berceau pour donner trois petits coups sur le nez de leur enfant quand il gloussait ? L’arrêt du rire de l’enfant ne prouvait-il pas le départ du démon ?

« Cette vie de la tente, austère et grandiose, laissait beaucoup de place à la réflexion, » mais seuls des spécialistes pouvaient comprendre et converser avec les elohim. Amo voyait souvent passer des kohhân (sing. kâhin), respectés et consultés comme oracles [ROD], mais il pensait parfois, en écoutant leur charabia saccadé, que nombre de ces devins n’étaient que des fripons profitant des imbéciles.

Ce qu’avait découvert à son arrivée dans la Terre des rois civilisés ce garçon élevé dans le désert sous une tente en peaux de chèvre dépassait tout ce qu’il avait imaginé : de l’eau et de la verdure en abondance, des canaux, digues, barrages, réservoirs, ponts, routes pavées [ETC 358-373] des maisons « à trois et quatre étages » [HER [5], CLXXX].

Cet edin (“plaine” en sumérien) était tellement édénique que les fleuves se divisaient en quatre bras au lieu de converger comme les rares oueds de sa région. [HOM [6]]

S’il n’existait pas de lien entre civilisation et religion, pourquoi un peuple aussi évolué que les Sumériens passait-il son temps à remercier les dieux pour leurs bienfaits, et à les adorer encore plus quand ils les punissaient ?

Amo décida de doter sa tribu d’une véritable religion ; comme il n’y avait pas de copyright à l’époque, il allait imiter sans le savoir tous les peuples environnants qui s’empruntaient mutuellement leurs dieux.

À l’école, la première leçon abordait la création du monde.

Pour les Grecs, « au commencement exista le Chaos, puis la Terre... ; ensuite le sombre Tartare, placé sous les abîmes de la Terre immense » [HÉS [7]]

Les Égyptiens faisaient de Noun l’océan primordial. « Aux jours du commencement, l’action de Râ, s’étendant sur le chaos primordial, le débrouilla sans effort. » [LEN [8], t. III, §2]

La lecture de Sanchoniathon lui apprit que, chez les Phéniciens, « au commencement était le chaos ténébreux... et le souffle planait sur le chaos. » [EUS [9], I, 10]

Pour les Sumériens, « au tout début existait Nammu, déesse de l’océan primordial infini…. » [KRA1 [10], p. 119]

Reprenant une bonne partie des mythes sumériens, les Akkadiens précisaient : « lorsque ni les cieux, ni la terre n’avaient de nom, Abzu, l’océan primordial d’eau douce, leur géniteur, et Tiamat, la mer d’eau salée, leur mère à tous [manque] Leurs eaux étaient encore mêlées [manque] » [SMI [11], tabl. I]

Le mélange initial eau douce-eau salée était confirmé en Égypte où, « par ordre de Râ, le dieu Shou sépara les eaux en deux masses… l’autre… forme la voûte du ciel, les eaux d’en haut… » [LEN, op. cit.]

« La lumière et les ténèbres, l’ordre et le chaos, s’affrontent toujours, mais la victoire de la lumière et de l’ordre fut assurée depuis que Mérodach, le dieu-soleil, renversa le Dragon Tiamat, “le serpent méchant”, comme elle est aussi appelée, qui représentait le chaos et l’anarchie. Tiamat est l’équivalent assyrien de Tehôm (תְהֹ֑ום), “l’abîme” à la surface duquel, selon un texte ultérieur, l’obscurité régnait avant la création de l’univers. » [SAY [12], p. 124]. Abzu donnera abysse via le grec άβυσσος et le latin abyssus, « mot appliqué à la fois aux eaux souterraines, qui alimentent sources et rivières, et à celles du firmament, considérées comme étroitement liées. »

En échange de la royauté, le dieu Marduk réussit à vaincre Tiamat ; puis il la fendit en deux parties qui deviendront les cieux et la terre. « Le ciel étant devenu une masse liquide, Marduk y étire la peau de Tiamat pour empêcher l’eau de tomber. » [SMI, op. cit.]. Cette peau de dragon était d’une excellente facture car le firmament est toujours aussi solide « qu’un miroir de fonte. »

Il existait plusieurs techniques pour dissiper les ténèbres. Amo fut particulièrement impressionné par celle de Râ qui « dit à l’astre solaire : Viens à moi ! et le soleil, venant à lui, commença de briller. » [LEN, t. III, §2]. Amo se promit de trouver une formule latine courte et percutante pour remplacer cette phrase un peu longue.

Dans son résumé de cours, il nota les “invariants” de la création : chaos initial au-dessus des profondeurs de l’abysse, souffle, séparation des eaux, l’ordre au Soleil (quelle autorité !) ; la création de la végétation et des animaux était aussi commune que banale.

Le cours suivant abordait la création de l’homme.

Avec l’aide de ses fils Enlil, Enki et Ninḫursaĝa, « An façonna les hommes à la tête sombre, » les Sumériens. [ETC, A, 10-14] « Les Babyloniens connaissaient deux principales races : les zalmat-qaqadi (appelés aussi Adamu, Admi ou Adami), ou race sombre, et les Sarku, la race claire » [SMI [13], p. 86], peut-être les Leucosyri et Melanosyri de Strabon [STR [14], XVI, 1, 2].

Ayant déjà lu un article sur la création des premiers hommes, Amo décida de sécher les cours pour vérifier un point qui l’intriguait : dans l’Épopée de Gilgamesh, il avait lu que la prostituée Shamat avait civilisé l’homme sauvage Enkidu en couchant avec lui pendant six jours et sept nuits. Amo connaissait les balbales dédiés à Inanna [ETC], la future Ishtar. Il connaissait tous les textes [WOL [15]] relatifs à cette déesse de l’amour sexuel associée à Vénus, qui avait dérobé à son frère Enki les pouvoirs divins (les mes) parmi lesquels « les rapports sexuels, les baisers, la prostitution, la prostitution cultuelle, la sainte taverne » [ETC, Inanna and Enki, Segt J]. Il envisageait d’en mettre certains en musique sous forme de super-cantique après en avoir supprimé les parties les plus hard. (« Kramer suggère que le Cantique des Cantiques est une version révisée et expurgée des hymnes sumériens de Tammuz et Ishtar » [HUM [16]])

En « permettant les rapports sexuels dans les places publiques de Kulaba » [ETC, 358-367], Inanna avait solidement établi la réputation d’Uruk, la cité jumelle, comme « ville des prostituées, courtisanes et filles de joie. » [BOT [17], tabl. IV, 52-53, p. 130]. Amo n’eut donc aucune difficulté à trouver une jeune femme dans une taverne. Il n’égala pas Dumuzi en « lui faisant 50 fois » [ETC, 12-18], mais il apprit à ses dépens que « quand je suis contre le mur, c’est un sicle ; quand je me penche en avant, c’est un sicle et demi. » [ETC [18], 20A-29, traduction de M. Roth [19], p. 24–25]

Revenu à ses études, mais encore ému par son expérience récente, Amo fit une confusion classique chez les débutants : « le mot sumérien pour côte [l’os] est ti. La déesse créée pour guérir la côte d’Enki fut appelée Nin-ti, “la dame de la côte.” Mais le même mot sumérien ti signifie aussi “faire vivre”. Le nom Nin-ti peut donc signifier “la dame qui fait vivre”, et “la dame de la côte”. » [KRA [20], p. 58]

Amo nota que certains animaux parlaient [SMI, op. cit., Power of speech in animals]. Un employé perse de son oncle lui apprit que l’Ahriman mazdéen, esprit démoniaque équivalent à Satan, avait les traits d’un serpent.

Amo ne fut donc guère étonné d’apprendre qu’un serpent avait volé à Gilgamesh la plante qui conférait l’immortalité, privant ainsi l’homme de la vie éternelle. Ne pas mourir était un privilège que les dieux conservaient jalousement : Zeus tua Asclépios (Esculape) qui avait ressuscité un mort ; manipulé par le dieu Enki, Adapa ne put devenir éternel. Une autre divinité déclara : « Empêchons l’homme de prendre de l’arbre de vie, d’en manger, et de vivre éternellement. »

L’arbre de vie apparaissait souvent dans les textes sumériens. « Le plus ancien nom de Babylone, dans l’idiome de la population antésémitique, Tin-tir-kî, signifie le lieu de l’arbre de vie. » [LEN, t. I, §2]. Bien que le sens de Tin-tir-kî soit toujours discuté, le palmier avait joué un rôle capital en Babylonie : « Tout le reste de sa subsistance, elle le tire du palmier : c’est le palmier qui lui fournit le pain, le vin, le vinaigre, le miel et la farine. » [STR, XVI, 2]

« “L’Arbre de Vérité”, planté à l’Est, était gardé par le Soleil levant. L’arbre de vie, conception mythologique, était répliqué dans le jardin du temple d’Eridu. » [DHO [21], p. 454]

Pour se distraire, Amo allaient parfois écouter les complaintes de lamentations. « La littérature de lamentation en Mésopotamie comprend un ensemble important de complaintes appartenant à un genre unique et incomparable, à savoir les lamentations sur la destruction de villes et de temples. » [NIL [22], p. 7]. Amo trouvait que se lamenter était aussi utile que parler à un mur, mais comme les chants des travestis l’amusaient beaucoup, ils pourraient intéresser d’autres personnes.

Lors de la procession précédant une lamentation, il avait découvert une invention très pratique pour les nomades auxquels la vie itinérante interdisait de construire un temple : « les arches ou tabernacles [du latin, petite taverne] : c’était un naos portatif, grâce auquel le dieu pouvait quelquefois accomplir d’assez longs voyages sans être privé en route d’aucun de ses honneurs. » [REN, I, XI]. Quand les membres de sa tribu auraient un dieu, ils pourraient lui faire un sanctuaire pour qu’il habite au milieu d’eux.

En étudiant les peuples de l’Ouest, Amo releva une pratique intéressante à Ougarit et chez les Hittites : « Si la ville est sur le point d’être conquise, si la mort s’en prend méchamment à l’homme, une personne conduira une chèvre dans la steppe et l’abandonnera » Certains chercheurs font remonter le rituel du bouc émissaire à Ebla, vers –2400/–2300 [FIN [23], p. 22-24]

Amo connaissait bien le sacrifice de l’animal premier-né le jour de l’équinoxe de printemps ; il découvrit qu’une fête agricole en l’honneur d’Astarté et Tammuz (le couple sumérien Inanna/Dumuzi), à Canaan, tombait à peu près en même temps. « Lors de cette fête annuelle de bergers, pratiquée par la grande majorité des nomades sémites des premiers temps, les premiers-nés étaient offerts à la divinité. Avec l’évolution et la sédentarisation, elle évolua en sacrifice d’un agneau ou d’un chevreau pour chaque ménage. La fête cananéenne de Massoth, purement agricole, était célébrée à l’équinoxe de printemps. Sa principale caractéristique était la consommation de pain sans levain préparé avec les restes de l’ancienne récolte qui devait être consommée avant la toute nouvelle récolte offerte à la divinité. Des cérémonies similaires se retrouvent chez les peuples primitifs dans toutes les régions du monde. » [MOR [24]]. Amo pensa regrouper ces deux fêtes en un pack, ce qui donna, par altérations du mot, une fête de sept jours à l’occasion de laquelle un nombre étonnant d’événements importants auraient lieu.

Le chiffre 7 lui avait causé une grande surprise à son arrivée à Sumer. « Le sabbat, ou repos du septième jour, était peut-être l’institution chaldéenne qui produisait sur les [pasteurs] Sémites le plus d’étonnement. » [REN]. « Il était interdit de travailler les 7e, 14e, 21e et 28e jours de la semaine » [SMI [25], p. 20]. « L’Assyrie organisa la vie humaine, en fondant la semaine, le sabbat. Les sept planètes avaient donné leurs noms aux sept jours de la semaine, et le septième jour revêtait un caractère spécial qui le destinait au repos. » [REN]

Outre les 7 planètes, chaque phase de la Lune ne compte-t-elle pas 7 jours ? Cela ne pouvait être un hasard, d’autant que l’orage du Déluge dura 7 jours et 7 sept nuits ; pour chercher 7 arbres dans la forêt gardée par Humbaba aux 7 « fulgurances », Gilgamesh part avec 7 guerriers, et franchit 7 montagnes ; Inanna, descendant aux Enfers équipée de 7 Mes, passe 7 portes avant de rencontrer 7 juges. Elle envoie 7 démons chercher son mari Dumuzid qu’elle avait connu accompagnée de 7 paranymphes ; dans le mythe d’Ebih, elle brandit l’arme à 7 têtes [53-58] ; armée de 7 massues [514-518], elle descend du ciel sur 7 grosses bêtes [99-108] en se déplaçant comme les 7 orages d’Ickur. Même dans le Rig-Véda, on trouve 7 dieux suprêmes, 7 rivières de Varuna, 7 prêtres, 7 régions, 7 soleils, 7 chevaux du ciel, 7 rishis, 7 terres, 7 vaches, 7 trésors, etc. [DAR [26], p. 60 sq]

Amo s'étonna fort de la remarque d’un “savant” dont la religion vénère le 7 : « pour des raisons qui nous échappent, il semble que [Dieu] ait eu une affection particulière pour le chiffre 7. »

Revenu dans son école, Amo découvrit l’étonnante histoire de l’un des plus anciens dieux : « Les anciens poètes font naître Bacchus en Égypte ; il est exposé sur le Nil, il est nommé Myses par le premier Orphée, ce qui veut dire en ancien égyptien sauvé des eaux. Il passa la mer Rouge à pied avec une multitude d’hommes, de femmes et d’enfants. Une autre fois le fleuve Oronte suspendit ses eaux à droite et à gauche pour le laisser passer ; l’Hydaspe en fit autant. Il commanda au soleil de s’arrêter ; deux rayons lumineux lui sortaient de la tête. Il fit jaillir une fontaine de vin en frappant la terre de son thyrse ; il grava ses lois sur deux tables de marbre. » [VOL [27], Bacchus.]

L’histoire du berceau abandonné sur le fleuve était un peu usée depuis que Sargon d’Akkad l’avait employée, et ce Bacchus devait être un brigand vantard qui échappa à la police égyptienne en pataugeant dans quelque marécage, écartant les roseaux avec un bâton. Mais Amo pensa que cette histoire de Mer Rouge, avec une bonne mise en scène, pourrait servir de trame à un roman à succès, voire même à des films.

En histoire, un fait divers égyptien attira son attention : « Le roi d’Égypte Actisanès fit couper le nez aux brigands afin que, s’ils reprenaient leurs habitudes anciennes, ils ne restassent pas inconnus en se mêlant aux autres citoyens. Il les envoya à l’extrémité du désert, ... sur les frontières de l’Égypte et de la Syrie, ... dans une contrée déserte et presque dépourvue des choses les plus nécessaires... Ils faisaient de longs filets pour faire la chasse aux cailles. Ils en prenaient en quantité assez grande pour assurer leur subsistance. » [DIO [28], L. 1, LX]. Les lois assyriennes (ca –1075) attestent que couper le nez ou les oreilles était une punition commune (par ex. I.57). Avec une marque d’infamie aussi visible, ces brigands durent rester très longtemps à l’écart des autres peuples. Amo se demanda s’ils n’avaient pas croisé ces autres brigands qui avaient eux aussi « dépouillé les Égyptiens » (et s’en vantaient), qui étaient aussi de grands mangeurs de cailles, et que leur guide avait gardés 40 ans dans le désert afin que tous ceux d’entre eux qui avaient connu une “humiliation” n’en sortissent pas vivants. Après s’être renseigné auprès d’un grand spécialiste [ATT [29], p. 32], Amo découvrit que cette “humiliation” avait consisté à avoir été “esclave” et adoré un veau. Il trouva l’explication peu convaincante car, à cette époque, les brigands emprisonnés n’étaient pas esclaves, mais condamnés aux travaux forcés. Et si tous les gens qui ont adoré des veaux – qu’ils soient politiques ou autres – étaient “humiliés”, combien de Français mangeraient des cailles dans le désert ?

Quelques tablettes gravées par le jeune Amo indiquaient des sujets à approfondir.

– Expurger Enki et Ninhursag des prouesses sexuelles d’Enki [ETC [30], ou traduction française de Pascal Attinger] pour ne garder que les conditions paradisiaques du “Séjour des bienheureux” [KRA [31], p. 18-28] ;

– Tirer quelque chose de l’intervention divine sur l’unité/confusion des langues, après avoir levé le doute entre cette version sur la (ou les ?) langue(s) initiale(s) : « Enki doit changer les langues qu’il y avait placées, et que le discours de l’humanité soit vraiment unique. » [ETC [32], 134-155] et celle-ci [KRA [33]], qui dit l’inverse, Kramer pensant peut-être à tous les travailleurs nécessaires pour exaucer le vœu : « Sumer,... puissent tes bons temples atteindre le ciel ! » [ETC [34], 192-209]. Si impossible, conserver les deux versions.

– Découvrir par quel tour de magie Inanna remplit de sang tous les puits du pays pour retrouver son violeur [ETC [35], 129-138]. Chercher la technique pour remplir les fleuves de sang dans [LUC [36], LXXII, §8] ou, pour le fleuve Atratus, dans [CIC[CICÉRON, De divinatione.]], L. 2, XXVII]

– Faire un job sur la vanité en s’inspirant d’Enlil et Namzitarra [KRA, p. 157 sq, et COH [37]]

Pour les prières, une tablette donnait quelques indications dont la modernité impressionna les archéologues connaissant certaines pratiques religieuses :

– Ablutions dans la maison du bain rituel, le bît rimki (cf. wudu), en particulier le typique rinçage de bouche de Gilgamesh (« il effectua correctement les rites de lavage des mains et de bouche » [ETC [38], segt F, 1-22]) que l’on retrouvera dans les petites ablutions.

– Position de prière à partir du sceau-cylindre dans lequel un orant prie devant Inanna dans une attitude qui frappe par son actualité. Pour lui montrer du respect, la déesse exigeait en outre de « mettre le nez contre le sol, et frotter les lèvres dans la poussière. » [ETC, 33-36], ce qui laisse imaginer une autre position de prière.

Les nombreuses incantations pour les exorcismes intéresseraient nombre de successeurs.

Après cette série de tablettes, dans laquelle il n’avait indiqué qu’une partie de ses emprunts, Amorabis allait aborder le sujet principal : fabriquer un dieu.

[1] RODINSON in « Joseph Chelhod. Le Sacrifice chez les Arabes. »

[2] RODINSON, Maxime, Muhammad.

[3] RENAN, Histoire du peuple d’Israël.

[4] MONAGHAN, Patricia, Encyclopedia of Godesses and Heroines.

[5] HÉRODOTE, Histoire.

[6] HOMMEL, The Four Sacred Rivers.

[7] HÉSIODE, Theogonie.

[8] LENORMANT, François, Civilisation, mœurs, religion et art de l’Égypte.

[9] EUSÈBE de CÉSARÉE, Préparation Évangélique.

[10] KRAMER, Samuel Noah, L’histoire commence à Sumer.

[11] SMITH, George, Enûma Eliš.

[12] SAYCE, Archibald, The Assyrian Story Of The Creation.

[13] SMITH, George, The Chaldean Account of Genesis.

[14] STRABON, Géographie.

[15] WOLKSTEIN, Diane, KRAMER, Samuel, Inanna, queen of heaven and earth.

[16] Humanistic Texts, Sumerian Songs.

[17] BOTTÉRO, Épopée d’Erra.

[18] ETCSL, A balbale to Inanna as Nanaya.

[19] ROTH, Martha, Prostitutes and Courtesans in the Ancient World.

[20] KRAMER, Sumerian Mythology.

[21] DHORME, R., American Journal of Archeology, vol XI, 1907.

[22] NILI, Samet, The lamentation Over the Destruction of Ur.

[23] FINSTERBUSCH, Karin et ali, Human Sacrifice in Jewish and Christian Tradition.

[24] MORGENSTERN, Julian, The Origin of Massoth and the Massoth Festival.

[25] SMITH, Assyrian Eponym Canon.

[26] DARMESTETER, James, Ormazd et Ahriman : leurs origines et leur histoire.

[27] VOLTAIRE, Dictionnaire philosophique.

[28] DIODORE DE SICILE, Bibliothèque historique.

[29] ATTALI, Jacques, Les Juifs, le monde et l’argent.

[30] ETCSL, Enki and Ninhursaja.

[31] KRAMER, Dilmun, the Land of the Living.

[32] ETCSL, Enmerkar and the lord of Aratta.

[33] KRAMER, The “Babel of Tongues” : A Sumerian Version.

[34] ETCSL, Enki and the world order.

[35] ETCSL, Inanna and Shukaletuda.

[36] LUCIEN DE SAMOSATE, Sur la déesse syrienne.

[37] COHEN, Yoram, ‘Enlil and Namzitarra’ : A New Understanding of the ‘Vanity Theme’ Speech.

[38] ETCSL, The death of Gilgamesh, version de Niru.


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15 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 21 août 2013 15:56

    une fois de plus bravo
    continuez !


    • jack mandon jack mandon 21 août 2013 16:08

      Bonjour Alex,

      Article bien construit et bien documenté.
      Vous demandez peut être un gros effort aux commentateurs.
      Apprendre oui bien sur mais avec peut être plus de fantaisie.
      Le monde s’est construit sur des faits mais aussi dans l’imaginaire.
      Que savons nous sur l’essence de la vie ?
      Beaucoup de choses et peu de choses.
      L’émotion, l’intuition, le sentiment existent aussi.
      Je constate que les plus grands savants regardent le monde
      avec des grands yeux d’enfant. Ils portent en eux quelque chose
      de pur, de profondément respectueux et ne savent rien.
      Enfin c’est ce qu’il disent en prenant tout à coup les attitudes
      de Pythagore qui évoquait les dieux, en robe de lin, en développant
      ses théorèmes, qui pourtant ne firent pas que des heureux dans
      les lycées et collèges de mon enfance.
      Le merveilleux, l’imaginaire, la facétie, accompagnent les plus belles découvertes.
      Einstein était un sacré fripon.
      Bonne chance à votre article. 


      • Alex Alex 22 août 2013 10:35

        @jack mandon

        « Apprendre oui bien sur mais avec peut être plus de fantaisie. »

        Bonjour.
        J’ai conscience du manque de fantaisie de ces articles.
        D’une part, je ne sais pas rédiger (je suis plus à l’aise sur du scientifique ou du technique) .
        D’autre part, le sujet est sérieux puisqu’il vise à exposer le fonds de l’Ancien Testament, base des religions abrahamiques ; il exige donc une approche sérieuse avec des références sérieuses, ce qui alourdit considérablement le texte.


      • jack mandon jack mandon 22 août 2013 11:15

        Alex,

        Je fais comme vous, j’essaie de me faire comprendre avec mes papiers.
        l’humour, la fantaisie, indispensables. Il en va de notre santé et de celle
        d’une société de plus en plus étrange ou des découvertes scientifiques
        tout à fait remarquables cohabitent avec la folie des cités, le chômage,
        la misère morale et matérielle, la monstruosité de la finance qui enlève
        la dernière espérance d’humanité.
        Regardez un instant la teneur des articles de l’agora, leur titre déjà qui
        s’inspire des plus mauvais torchons qui s’incrustent encore.
        Par le passé j’avais commencé des études de théologie.
        En quelques mois, j’ai préféré la psycho et l’art, et de loin le spirituel
        au religieux et au politique.
        Il y a de plus en plus une immense dichotomie entre les pauvres de tout
        et les riches de pas grand chose...tout au plus de l’argent...une illusion.

        Ce journal rend compte, beaucoup plus qu’il l’imagine, d’une profonde maladie
        de l’humanité. Bien des connaissances qui publiaient des articles respectables
        se sont enfuis devant la pandémie grandissante. C’est une folie collective.

        Il ne s’agit plus de bien ou mal écrire, mais que pouvons nous faire d’utile,
        pour retarder le naufrage avec nos petits moyens.

        Je vous souhaite bonne chance.


      • gaijin gaijin 22 août 2013 13:18

        salut ami jack
        «  mais que pouvons nous faire d’utile,pour retarder le naufrage avec nos petits moyens. »
        retarder le naufrage dit tu ?
        pas grand chose et pourquoi faire ?
        j’ai plutôt l’impression que plus il tardera plus il sera catastrophique.
        pour moi un objectif ça a toujours été d’essayer de semer les graines d’un meilleur plus tard .
        illusion surement mais a laquelle j’ai envie de croire que l’on pourrait construire quelque chose qui ne soit pas voué a devenir une nouvelle atlantide


      • jack mandon jack mandon 22 août 2013 14:46

        Bonjour Gaijin,

        Comme je le disais à Selena,
        L’enfer de l’Agora, et cela n’est pas trivial,
        nous fait aussi découvrir un joli monde,
        il suffit de pivoter à 180 ° et l’on voit la lumière.

        A long terme, on ne peut que s’en remettre aux cycles incontournables
        de la nature et de la culture, pour accepter une évolution...qui prend la
        forme d’une involution. Le temps humain est court, nous n’avons
        pas toujours l’occasion de mesurer l’ampleur des changements.
        L’Atlantide, selon Homère fut brutale. Peut être prit elle sa source
        dans l’irruption volcanique de l’ile ronde, accompagnée d’un tsunami
        aux répercutions continentale sur le pourtour égéen.

        Cette évocation fait rêver car l’on perçoit Ulysse en toile de fond.
        Nos perspectives modernes sont moins attractives et plus sombres.

        Au plaisir Porthos.


      • gaijin gaijin 22 août 2013 15:45

        ulysse ?
        il n’a jamais été aussi d’actualité
        égaré par les dieux et condamné a errer avant de pouvoir rentrer chez lui
        n’en est t’ il pas de même pour nous tous navigateurs sur des mers qui ne sont pas géographiques ?
        et sans doute si nous risquons de sombrer c’est pour avoir trop prêté l’oreille a certaines trompeuses sirènes.........


      • Abou Antoun Abou Antoun 22 août 2013 09:56

        Article fort intéressant, bien écrit et bien documenté. Compliments et remerciements à l’auteur.


        • Alex Alex 22 août 2013 10:37

          Merci.
          Mais vous auriez dû éviter « bien écrit » smiley


        • Loatse Loatse 22 août 2013 16:37

          Passionnant, merci Alex pour cet article qui représente surement de longues heures de travail ! Toutefois, l’ouverture des nombreux liens ne facilitent pas la lecture.. et donc j’ai de la lecture pour plusieurs jours je crois sauf si les articles en liens renvoient à d’autres articles.. smiley

          Je vous taquine là... ca vaut la peine de prendre le temps d’approndir et donc merci encore, j’ai grâce à vous de la lecture pour plusieurs jours.. ;)

          ps : Je me disais bien qu’on avait plus de chance de rencontrer des dattiers que des pommiers dans ces régions mais bon partager sa datte ca fait un peu pingre... smiley


          • Alex Alex 22 août 2013 20:50

            « nombreux liens »

            Vous pouvez éviter les notes : elles indiquent le titre de l’ouvrage cité, et donnent parfois un lien sur le CV de l’auteur. Les liens sur les articles sont parfois un peu lourds s’ils pointent sur un gros pdf, mais je m’efforce de trouver des articles visibles sur Internet pour que chacun puisse vérifier (y compris la traduction).
            Attention : certaines cibles de liens contiennent des images « sexually explicit ».


          • jeanpiètre jeanpiètre 22 août 2013 21:06

            merci beaucoup pour cet article qui m’envoie directement lire ceux que j’ai manqué.


            • jeanpiètre jeanpiètre 22 août 2013 22:30

              j’ai du mal à saisir comment on peut ne pas être d’accord avec ce genre d’article

              trop long , pas assez d’image, manque de lien avec l’actualité fn ?
              mis à part la démonstration de la fabrication des religions contemporaines, je ne vois pas.
              ou alors c’est les jeux de mots.
              mystère et bulles d’ogum

              • Aleth Aleth 23 août 2013 01:10

                Salut Alex. Superbe article (puis ce n’est pas tous les jours que les textes sumériens sont mis en valeur sur AV).

                .oO( et ne faites pas le modeste il est bien écrit )Oo. smiley

                Il faut se rendre à l’évidence, bon nombre de passages de l’Ancien Testament sont des plagiats (et pas uniquement des plagiats mais aussi des remaniements et simulacres) - preuves à l’appui - de textes plus anciens, et notamment de textes sumériens. Pierre Jovanovic s’est intéressé à la question dans Le Mensonge Universel. Ou comment faire prendre des vessies pour des lanternes par quelques scribes et tours de passe-passe. Alors que la version originale est tellement plus belle et plus subtile.

                Les civilisations se sont inspirées les unes les autres au fil du temps, de Mésopotamie au bassin Méditerranéen, de la péninsule Indienne jusqu’en Extrême-Orient, etc. Il n’y a rien d’étonnant, seulement il reste comme un certain tabou en matière de religion et ces informations - à savoir les nombreux plagiats contenus dans le best-seller de tous les temps - sont très peu diffusées dans les merdias, allez savoir pourquoi. Cela remettrait certainement pas mal de choses en cause.

                Cher Alex, vous êtes-vous intéressé aux écrits d’Anton Parks ? Les Chroniques du Girku (trilogie) ou bien encore Eden : la vérité sur nos origines. J’imagine que cela ne vous est pas étranger. Je trouve que Parks a une grande connaissance et une bonne approche de la langue sumérienne, ainsi qu’un zeste d’intuition.

                D’ailleurs, en aparté, êtes-vous favorable à l’idée selon laquelle « des dieux venus des cieux » - et plutôt adroits en génie génétique - aient pu engendrer l’Homme (accessoirement pour s’en servir d’esclave au préalable) ?


                • COVADONGA722 COVADONGA722 23 août 2013 07:16

                  yep , perso quand j’apprend je dis merci , alors Merci 





                  Asinus : ne varietur

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