• dimanche 19 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Dominique l’insubmersible
88%
D'accord avec l'article ?
 
12%
(31 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Dominique l’insubmersible

Lorsque ce lundi 16 mai, la juge Melissa Carow Jackson du tribunal de New York, finit d’énumérer les sept chefs d'accusation, rejette la mise en liberté sous caution et décide du maintien en détention provisoire à la prison de Rikers Island, tout un monde s’écroule sur un illustre personnage. Le Procureur de Manhattan, Cyrus Vance Jr., assure disposer d’un dossier solide contre la plus grosse prise de sa carrière. Le monde retient son souffle. Il va y avoir des révélations terribles sur l’infâme prédateur sexuel qui aurait sévi même en France et en Afrique. Aux quatre coins de la planète on amoncelle des pierres dans l’imminence d’une lapidation sans état d’âme. Il ne reste qu’une infime minorité de gens accrochés au principe de la « présomption d’innocence »… A juste titre. En effet, quelle que fût la légitimité de l’émotion qu’elle avait suscitée, l’affaire du Sofitel de New York n’aurait jamais dû échapper à ce principe élémentaire commun à tout Etat de droit.

L’accusé est à la fois un brillant économiste et un remarquable homme politique à la tête d’une prestigieuse institution financière. En ce moment-là, son enviable carrière ne peut plus être sauvée. Elle va finir inexorablement dans un crash judiciaire. Mais quoi qu’il arrive, sa condition matérielle sera toujours préférable à celle de sa présumée « victime ». On veille donc à ne pas occulter le sort de cette modeste femme africaine qui s’est retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Sa malheureuse vie d’immigrée et les petits secrets qui l’entourent vont être étalés sur la place publique par l’implacable tempête médiatique et judiciaire que son accusation vient de soulever.

Quant à l’homme politique, tout le monde – ou presque - s’accorde à dire, à ce moment-là comme aujourd’hui encore, qu’il est fini. Ici aussi on est une infime minorité à croire qu’un homme politique n’est jamais mort que physiquement mort. Encore que… Même physiquement mort, l’ombre d’un poids lourd politique continue de planer sur la mémoire collective durant plusieurs générations de suite. On sait, par exemple, que l’architecture institutionnelle de la Vème République est l’œuvre du Général de Gaulle et qu’elle tiendra encore longtemps. Avant cette consécration pour la postérité, l’Homme a surmonté d’innombrables épreuves et survécu à au moins une vingtaine de tentatives d’assassinat qui n’ont pas atteint son flegme !

Le parallèle est assez osé, je le concède, mais il y a indiscutablement quelque chose de commun aux hommes politiques lorsqu’ils ont franchi un certain cap pour basculer dans la catégorie de « monuments ». Ils ont pris des coups et enduré de terribles épreuves dont le commun des mortels ne se serait jamais relevé. Ils y ont survécu et, vivants ou morts, leur ombre plane sur la vie politique du pays.

Dominique Strauss-Kahn, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, est de cette trempe-là. Ceux qui s’attendaient à ce qu’il s’effondre au cours de la walk of shame (marche de la honte) ou qu’il rende les armes face à la stratégie du bluff concoctée par le Procureur Vance, ont vite compris qu’ils s’étaient trompés de personnage. Car ce n’était pas la première fois que DSK se retrouvait au milieu de la tempête. Et, comme par hasard, chaque fois, tout se terminait par un « happy end ».

Lorsqu’en 1998 éclate l’affaire de la Mnef, un certain Dominique Strauss-Kahn est ministre de l’économie et des finances dans le gouvernement Jospin. La Mutuelle nationale des étudiants de France – Mnef - est accusée par la justice d'avoir mis en place un système d'enrichissement personnel et d'emplois fictifs profitant, en partie, à des personnalités du Parti socialiste. Dominique Strauss-Kahn est rattrapé du fait de son activité d’avocat d’affaires. Il est accusé de « faux et usage de faux » pour avoir produit des justificatifs d'honoraires antidatés, ce qui le contraint à démissionner du gouvernement Jospin. Il est finalement relaxé en 2001.

Mais avant même l’heureuse issue de l’affaire de la Mnef, Dominique Strauss-Kahn est rattrapé par une autre affaire, l’affaire de la cassette Méry. L’homme d’affaire Jean-Claude Méry, décédé en 1999, avait enregistré une vidéo trois ans auparavant dans laquelle il avouait avoir orchestré un système de financement occulte du RPR, l’ancêtre de l’UMP. L’originale de la cassette avait été remise à DSK soupçonné par ailleurs de trafic d’influence. Il avait reconnu avoir détenu la fameuse cassette, mais n'en avait jamais regardé le contenu et ne savait plus où elle se trouvait. Finalement, ses ennuis étaient restés au stade de simples soupçons. Pas de mise en examen.

Ce qui n’a pas été le cas de l’affaire Elf dont les ramifications avaient fini par atteindre le même Dominique Strauss-Kahn, soupçonné d'avoir fait prendre en charge une partie des rémunérations d'une de ses secrétaires par une filiale du groupe pétrolier. Il rencontra, dans le cadre de cette affaire, une certaine Eva Joly, juge d’instruction au Pôle financier de Paris. La rencontre fut mémorable puisque pour l’anecdote, en août 2010, la candidate EELV dira du « favori des sondages » : « DSK, je le connais bien, je l'ai mis en examen ». Une mise en examen qui se termina par un non-lieu en 2001.

Au sein même du FMI, Dominique Strauss-Kahn avait, en 2008, provoqué une tempête d’avertissement pour sa liaison avec une certaine Piroska Nagy, économiste hongroise, mariée, mais qui avait succombé aux charmes du célèbre « homme à femmes » et non de son supérieur hiérarchique au FMI, une nuance qui a eu toute son importance. L’affaire s’était soldée par des excuses publiques. Rien à voir avec l’affaire du Sofitel. Cette fois-ci, l’accusation avait du lourd ! Un autre aurait choisi de négocier une peine aménagée en plaidant coupable. Mais à quoi cela aurait servi puisqu’il encourait plus de 70 ans de prison. Un aménagement de peine, même particulièrement généreux, n’aurait pas permis d’écourter son séjour sous les verrous en-deçà d’une dizaine d’années.

Connaissant mieux que quiconque l’insondable vérité de ce qui s’était passé dans la suite 2806, il a pris appui sur sa stoïque épouse Anne Saint-Claire et son imperturbable avocat Benjamin Brafman pour montrer à un monde incrédule que la bataille vaut toujours la peine d’être menée lorsque subsiste une chance, même infime, de l’emporter. C’est aussi la particularité des « monuments » politiques. Même lorsque toute la France a rendu les armes, ils restent au combat. On connait la suite.

L’accusation s’est fissurée avant de sombrer comme un Titanic. L’insubmersible éléphant est revenu dans sa douce France, la tête haute, et, comme les phares d’une voiture, a repoussé dans la pénombre de la discrétion tous ceux qui avaient rivalisé de « courage » en piétinant un homme à terre.

Comme pour se rattraper, quelques irréductibles malins se sont cru bien inspirés en fouillant dans les poubelles pour sortir cette sordide affaire du Carlton de Lille et lui coller dans le dos l’effigie d’un ténébreux personnage. Aux dernières nouvelles, on apprend que le fameux Dodo La Saumure ne risque finalement pas grand-chose devant la justice. Tout ça pour ça ! Mais pour Dominique Strauss-Kahn, il y a longtemps que l’affaire avait fait pschitt ! Même pas une mise en examen. Pschitt aussi l’affaire Tristane Banon… La pauvre.

Une dernière polémique de désespoir, en novembre, lui prêtant de vouloir s’exiler à Tel-Aviv pour fuir… quoi ? Il n’y a plus rien à fuir. Donc, re-pschitt ! DSK est bien là. Et il a eu l’occasion de le démontrer en se faisant inviter à Pékin où il a prononcé un remarquable discours sur la crise et l’euro le 19 décembre 2011. Il interviendra à nouveau fin janvier début février à Bruxelles à l’invitation de l’association U 40[1].

Maintenant que ses ennemis se sont cassé la figure, il a en plus compris le mystère révélé par le très sérieux journaliste américain Edward Jay Epstein. Deux guignols s’étaient livrés à une danse de joie alors que le pronostiqué Président de la République se faisait passer les menottes. Il peut à nouveau se dire, Dieu, protège-moi de mes amis, mes ennemis, je les connais déjà et je vais m’en occuper.

Ceux qui s’accrochent à l’infime espoir que le donjuanisme du bonhomme le disqualifie à vie aux yeux des Français se trompent de pays. En France, sur ce sujet, on ne joue jamais à « qui va lancer la première pierre ». La cour se vide avant même d’avoir fini de prononcer la phrase. Puisqu’on n’est pas de tradition puritaine, plus aucun obstacle ne subsiste entre Dominique Strauss-Kahn et ses compatriotes. Quelques formules bien ajustées par les communicants, qu’il a tout à fait les moyens de recruter, des paroles touchantes à l’oreille de l’électeur, une goutte de larme sur un coin de l’œil et une bise publique sur la joue de son adorable Anne Saint-Claire, et hop, au Palais Bourbon ! Ou du Luxembourg ! Matignon est à deux pas de là. Et, à Matignon, on ne rêve que de l’Elysée.

Le scénario d’un retour plus rapide sous les feux de la rampe est même envisageable. La droite, en dix ans de surendettement vertigineux, a fini par humilier la France en lui faisant perdre le précieux triple A. En face, le bateau Hollande ne finit pas de tanguer et, quelle que soit l’issue de la Présidentielle, la Gauche en sortira bien amochée. Les quelques têtes roses qui tiendront encore sur les épaules résisteront quelques mois face à l’implacable crise avant de sombrer. Il faudra trouver du renfort quelque part. Qui serait assez stupide pour se priver des atouts d’une véritable carapace blindée au milieu d’une crise où ça caillasse de tous côtés ?

Non, sérieusement, Dominique Strauss-Kahn est toujours là !

Boniface MUSAVULI





par MUSAVULI mercredi 18 janvier 2012 - 60 réactions
88%
D'accord avec l'article ?
 
12%
(31 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Alpo47 (---.---.---.12) 18 janvier 2012 13:11
    Alpo47

    Merci à l’auteur ... de nous rappeler toutes (?) les turpitudes qui ont jalonné la vie de son modèle.
    En attendant, il est très heureux que nous n’ayons pas eu « l’opportunité » d’installer cet homme à l’Elysée. On voit déjà ce que donne l’excité-bling-bling actuel, avec DSK c’était « partouze à tous les étages »....

    Juste un texte qui tente de contribuer à reconstruire l’image de l’ex « homme providentiel ».
    Aucun intérêt ...

  • Par Cocasse (---.---.---.36) 18 janvier 2012 11:02
    Cocasse

    Je suis d’accord avec toi, mais de là à vouloir être gouverné par un dépravé, violeur, ne pouvant envisager sa sexualité qu’avec brutalité ou sous une forme d’un rapport de pouvoir, il y a une marge.

  • Par Dominitille (---.---.---.163) 18 janvier 2012 13:32

    Militant des droits de l’homme pas de l’Homme.
    Chassez le naturel il revient au galop.
    Il est d’usage en ce moment pour les hommes forts, d’abandonner le navire avec femmes et enfants à bord.
    Après moi le déluge, phrase attribuée à un autre homme mais pas fort du tout car il a aussi de son temps contribué à laisser couler le bateau France. Les hommes forts se succèdent mais sont toujours pareils que les précédents.

  • Par kali (---.---.---.106) 18 janvier 2012 15:32

    @l’auteur

    Toutes les tentatives de réhabiliter cet homme ont échoué mais c’est épatant de voir que ce genre d’homme a encore des serviteurs fidèles qui récidivent...
    @Imhotep : je ne crois même pas qu’il soit financé. C’est un penchant naturel qu’ont certains de prendre la défense des puissants déchus..Ou alors c’est Anne Hommel déguisée smiley ou un troll envoyé par Anne Sinclair smiley
    Regardez les votes..c’est un échantillon peut-être pas représentatif mais regardez les commentaires sur tous les articles qui parlent de DSK... L’opinion a tranché. Je ne dis pas « jugé » je dis tranché. On attend des hommes politiques autre chose comme éthique que celle- si même il en a- de ce bourgeois pervers.
    Et en plus, je ne vois pas en quoi il vous apparaît insubmersible, il fait honte à la France ; et il n’a même pas fait preuve de courage, il s’est sans cesse défaussé... Il a essayé comme l’hydre de lerne de renaître sans succès. Il s’est défendu malhonnêtement et le résultat est là.
    Plus personne de sensé n’en veut comme homme public. 

    Et il peut toujours aller faire ses conférences à Cambridge et après ? Cambridge a déjà invité d’autres personnes peu recommandables pour conférer (je peux vous citer des noms) ... Et alors ?

    Occupez-vous de vous mon ami, la crise l’épargnera, lui, peut-être pas vous et on peut toujours parler des dangers que courent les fantassins dans le champ de bataille, quand on ne quitte pas son mirador..

    C’est affligeant de voir que DSK a encore des fans, et dans le peuple en plus ! comme certaines tristes figures de l’Histoire qui ont encore leurs tristes admirateurs..

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération