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Du sens du mot « courage » en politique

Il se voit « authentique », l’UMP le dit « courageux ». Le courage, voilà donc la maîtresse manivelle de fin de règne, le slogan catalyseur miracle des ultimes extases, le condiment essentiel utilisé pour réveiller une sauce UMP qui rancit depuis trop longtemps au coin du fourneau de la République. Mais quel est donc ce « courage », dont on nous rebat les oreilles ?

« C’est à marée basse qu’on reconnait le bulot » (Shakespeare). Dramatisation pathétique, fausse compassion, continuelles envolées indignées contre un système dont il est lui-même l’artisan, disons-le net, l’amphigouri qui nous a été servi par Nicolas Sarkozy, dimanche soir, n’aura convaincu que ses partisans indéfectibles. Et encore… Un dernier baroud de mesures bâclées, imposées sans plus de concertation que de réflexion, la subite et impérieuse nécessité d’une TVA sociale « sans hausse des prix », un serpent de mer pourtant échoué sur la grève depuis le début du quinquennat, la farce sans réplique d’une surélévation de 30% des constructions sans frais, ou la pirouette saugrenue d’une taxe Tobin à la Française qui remplacera un impôt de bourse qu’il a lui-même supprimé.

 
Souvent Allemand, notamment quand il se fait le disciple du socialiste Schröder, qui a inventé l’équivalent de notre TVA sociale en 2004 — mise en œuvre en 2007 par Merkel, après plus de deux ans de concertation, et en partant d’une TVA à 16% —, tantôt Grec, quand il nous invente un rebondissement dramatique de la crise à l’été 2011, afin de justifier son « réveil » tardif à trois mois de la fin du quinquennat.
Bien Tartuffe toujours ! Inspecteur Gadget d’une « hausse de TVA sans hausse des prix », ou spectateur « horrifié » des maux quotidiens et concrets des Français — le chômage, les inégalités croissantes entre les personnes comme entre les entreprises, le délabrement de nos finances, l’appauvrissement général. Pour la énième fois, il a réaffirmé sa détermination sans faille à s’attaquer à ces fléaux, manifestant une constance à la hauteur de son incapacité chronique à les régler, depuis cinq ans qu’il gouverne.
 
Après cinq ans à nous faire miroiter des arcs-en-ciel, voilà qu’il veut nous entraîner dans la vision miragineuse d'on ne sait quelle félicité, une fois que nos impôts auront encore augmenté, au seul bénéfice d’un état incapable de gérer ses finances et de banques ou entreprises, elles très capables. Et qui s’en sortent fort bien toutes seules. Et à ceux qui douteraient de sa légitimité, ou qui estimeraient que d’autres que lui seraient mieux placés, l’UMP oppose, non sa compétence, mais… son courage : « C'est le courage qui donne la force d'agir », dit la voix off de Nicolas Sarkozy dans le clip de campagne de l’UMP diffusé samedi, « Le courage fera la différence ! » affirme un email péremptoire signé Jean François Copé, malencontreusement accepté par mon logiciel anti-spam.
 
Mais quel est donc ce mystérieux courage devenu slogan d’une campagne qui ne dit pas son nom ? Quel est son mythe, à l’Hercule du Fouquet’s ? Quel prodige raconterons-nous à nos enfants ?
— Dis-moi papa, a-t-il nettoyé les écuries d’Augias de nos finances publiques, terrassé le minotaure de la dette ?
— Ce serait plutôt le contraire, fiston. Mais il a fait mieux !
— Rapporté les pommes d'or du jardin du commerce extérieur ?
— Ça non. Mais mieux !
— Tué l’hydre du chômage, dont les têtes repoussent à mesure qu’on les coupe ?
— Elles n’ont jamais autant poussé. Cherche encore !
— Vaincu Angela, la biche de Germanie aux pieds d'airain et à la poigne d’acier, dans la course au sauvetage financier de l’Europe ?
— Non ! Non ! Pas ces foireuses mélasses. Bien mieux !
— Ah ! Je n’ose imaginer… Ecouté un CD de sa femme en entier ?
— Cela se pourrait, tu chauffes… mais c’est encore plus fort.
— Grâce ! Je donne ma langue au minou. Quel est donc cette fabuleuse prouesse ? Et, sans blablas, son Annapurna ?
— Il a augmenté la TVA, la CSG, créé un impôt de bourse et augmenté la taille des habitations de 30%.
— Cancer du manche ! Incroyable.
— Si ! En deux coups les gros !
— Ah ! le grand homme. Et la merveilleuse inspiration qu’il a eu de vous knouter ainsi. Et comme il a dû lui en falloir, du courage et de l’abnégation, pour vous imposer ses schlagues, alors qu’il disposait tout au plus d’une majorité carpette pour les voter, et d’à peine 70 000 fonctionnaires des services fiscaux pour veiller à ce qu’elles soient bien appliquées.
— Tu l’as dit, fiston. Et je te passe le reste, la longue liste des foirades, comme cette guerre en Lybie soi-disant pour la paix, financée par l’émir Wahhabite du Qatar, et qui s’est achevée, une fois de plus, sur le chaos.
— Un bel exemple de courage moral, en effet. Comment un gouvernement qui hier légitimait la guerre par la justice et le respect des droits de l’homme, peut-il fermer les yeux sur les exactions de ceux qu’il a porté au pouvoir, et qui aujourd’hui torturent et assassinent ?
— Ah ! T’es un vrai révolutionnaire, fiston. Tu vivras pas vieux si tu continues.
 
Mais venons-en aux définitions. « Le courage est la vertu cardinale exaltée par le chef quand l’heure est venue de signifier à ses troupes qu’elle vont morfler » (Shakespeare). « Courage, mes enfants » disait le maréchal Joffre en titillant la joue de ses poilus avant de les renvoyer au carnage.
Attention ! Quand un général ou un dirigeant politique parle de courage, il faut savoir que ce terme ne s’applique pas à lui-même, mais à ses soldats, à ses concitoyens. Et la dose de courage qui leur sera nécessaire est inversement proportionnelle aux qualités d’intelligence et de stratège de leur dirigeant. Sarkozy, Guaino, Copé, entre un président et ses chantres qui sont à la compréhension de l’économie ce que Zahia et Ribery, au plus fort de leur nuit d’ivresse, ont pu être à l’exécution à quatre mains de la Fantaisie en fa mineur de Schubert… je vous laisse faire les calculs de la quantité de courage que nous devrons emmagasiner. Au-delà d’un certain nombre de zéros, mes compteurs s’affolent.
 
Il faudra donc du courage aux Français pour survivre à la débandade finale et à son cortège de mesures à l’emporte-pièce, officialisées dimanche soir. Ils en ont. « Un peuple qui s’est aperçu que les escargots étaient comestibles et qui a autorisé Christine Angot à écrire des livres ou Didier Barbelivien à chanter en public, ne peut être totalement dépourvu de courage » (Shakespeare).
 
Une fois n’est pas coutume, j’aimerais avoir une pensée pour l’UMP. « Le courage, c’est ce qu’il reste à l’homme qui vient de sauter de l’avion et s’aperçoit qu’il a oublié son parachute » (Shakespeare). Ou comme dit Marcel, mon camarade de comptoir au café des Sports de Saint-Fiasqueux-sur-Bilouze, agriculteur en journée et philosophe, le soir, à l’apéro : « Le courage c’est la signature du désespoir ». Début de digression (Saint-Fiasqueux-sur-Bilouze, où je coule des jours paisibles — pour combien de temps ? —, n’a rien à envier à Stratford-Upon-Avon, et si ses habitants n’ont pas encore accédé à la notoriété d’un Shakespeare, sachez que ce village, et non Bugarach, sera le seul épargné par l’apocalypse annoncée par les Mayas, l’UMP et, dans une moindre mesure, BVA et l’IFOP, en mai 2012, si François Hollande est élu.) Fin de digression.
 
Du courage, il en faudra donc aussi, dans les rangs de l’UMP, pour entretenir l’illusion des balivernes de leurs chefs, et continuer à courir joyeusement dans le mur des législatives, tête la première et sans casque. Moi, à leur place, n’écoutant que mon courage — qui d’ailleurs ne me parle jamais — je me garderais bien d’intervenir. Soutenir un Nicolas Sarkozy au bout du rouleau — ne comptez pas sur moi pour vous préciser lequel — c’est un peu comme si les pilotes de la Patrouille de France plébiscitaient la nomination à leur tête… de Gilbert Montagné. Le genre de fulgurance héroïque qui témoigne plus de la stupidité que du courage. Sauf à considérer que ces deux défauts ne soient assez proches… ce qui pourrait fournir un sujet du bac acceptable aux cancres de l’UMP qui auront le temps de le ruminer, après avoir perdu successivement, sous la bannière de leur champion, les régions, le Sénat, l’Elysée et les législatives.
 
Pour l’heure, on s’affaire à la critique du programme de François Hollande, sous la houlette du grand druide Copé. Pour lui, les 60 mesures sont rangées en deux coups de serpette et autant de catégories : d’un côté celles qui sont néfastes, de l’autre celles qui sont impossibles à mettre en œuvre. Ah ! la magnifique crécelle à sornettes. Un homme de devoir, à l’épreuve de toutes les contradictions de son maître. Quand François Hollande s’en prend à la finance internationale, Copé tilte : c’est insensé… suicidaire. Gaffe, Jean-François, que la terre ne quitte pas l’orbite ! Mais que Nicolas Sarkozy en fasse autant et, je vous le donne en mille, c’est… courageux. Si ce n’était pathétique, il y aurait du comique à voir la droite dénoncer à grands cris d’orfraie, dans le programme de François Hollande, les stigmates précis des maux qu’elle nous a infligés pendant cinq ans.
 
A cette fin, je ne résiste pas à l’envie de reproduire texto leurs éléments de langage des sourds, parus sous le titre turlupin de « Projet de François Hollande : l'imposture continue ». Attention, brûlot : « La marque de fabrique du programme de François Hollande c’est l’absence de courage et de vision. Il n’y a rien de crédible sur la réduction de la dette, rien sur la compétitivité et l’emploi, rien sur l’augmentation du pouvoir d’achat ». Pour les plus intrépides, la suite du pamphlet est ici. En trois citations, voici ce que ce texte m’inspire. « C’est l’amiral qui se fout du chalutier » (Shakespeare). « Le chameau qui se fout de la bosse du dromadaire » (Marcel, à l’apéro). « L’ambulance qui tire sur le pianiste » (d’autres, au café des Sports, mais plus tard en soirée).
 
Dimanche soir, on a eu l’image d’un président dont la détermination croît à mesure qu’il touche au terme de sa carrière politique. On a vu un homme qui ne semble pas — dans ses moments de grande exaltation — avoir conscience du désamour des Français et du peu de légitimité qu’ils lui conservent.
Et sans doute son action, jusqu'à l’élection, bénéficiera-t-elle de cette « bévue », et le seul et invariable argument qui orientera ses discours est qu’un grand chef d’état doit rester « authentique » et avoir le courage de ne pas faire plaisir à l’opinion publique, quitte à s’en faire détester. Gageons qu’il est en bonne voie d’y parvenir. Oui, c’est à marée basse qu’on reconnait le bulot. Et il y a peu de chances que celui-ci ne daigne, d’ici la débâcle, revenir un instant sur le slogan de ses troupes, et réfléchir au sens du mot « courage », en politique.
 
Source : argumentaire UMP
par Argo (son site) lundi 30 janvier 2012 - 24 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Gabriel (xxx.xxx.xxx.98) 30 janvier 10:20
    Gabriel

    Que dire d’une prestation sans surprise et d’un avatar de président égal à lui-même ? Il prétend parler avec sincérité lui qui n’a pas arrêter de mentir et de trahir durant tous ce quinquennat. Il prétend défendre l’emploi en donnant aux entreprises, ce que font les gouvernements successifs depuis plus de 15 ans avec les résultats qu’on connaît, en faisant payer les citoyens. Une série de mesures injustes et catastrophiques pour les plus faibles. L’obsession du travailler plus alors que 8 millions de personnes cherchent un emploi. L’Allemagne en exemple avec ses 12 millions de pauvres répertoriés, en effet bel exemple et beau résultat d’un libéralisme tueur. Ce type et ses groupies sont le cancer la société. Ils n’ont qu’une seule règle, celle de la jungle ou les plus fort doivent bouffer les plus faibles et une seule attitude, injustice à tous les étages. Voyez le puant Copé qui ose dire : « Il faut être minable pour se satisfaire de 5000 € mensuel … » Pour résumer cela un mot, un seul : ‘ Dégoût…’

  • Par geo63 (xxx.xxx.xxx.245) 30 janvier 10:23

    Une relecture de Shakespeare qui donne du "courage" pour la journée, avec le rire pour vitamine.

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.47) 30 janvier 10:38
    Fergus

    Bonjour à tous.

    D’accord avec l’article et avec les premiers commentaires. Sarkozy jette ses dernières cartes, mais ce sont des cartes incohérentes et néfastes pour les classes populaires et moyennes, une fois de plus les dindons de la farce sarkozyste.

    Qui plus est, il le fait avec maladresse et en tentant d’user une nouvelle fois des vieilles ficelles propagandistes consistant à accuser les autres de ses propres défauts. Qui peut encore croire que Sarkozy est authentique alors qu’il ne cesse depuis 2 ans de masquer sa réelle personnalité, celle du Fouquet’s et du yacht de Bolloré ? Qui peut encore croire qu’il dit la vérité alors qu’il a affirmé tout et son contraire dans à peu près tous les domaines depuis la campagne de 2007 ? Le reste à l’avenant.

    Quant à accuser les autres d’arrogance, voilà une accusation des plus plaisantes : jamais un président ne s’est montré aussi arrogant que Sarkozy : arrogant avec le peuple, arrogant avec ses opposants, arrogant avec les journalistes qui ne lui cirent pas les pompes, arrogant même avec des chefs d’état et de gouvernement en désaccord avec lui.

    Tout Sarkozy est résumé dans un adage populaire qui illustre parfaitement sa personnalité : "tel on est on voit les autres !"

  • Par BARTH (xxx.xxx.xxx.176) 30 janvier 10:41

    P....., mais c’est quoi leur définition du courage ?
    Ce serait courageux de mentir sans aucune vergogne, avec un cynisme dégradant : TVA sociale/Schroder, jamais parlé de TVA sociale, pas de hausse des prix si hausse TVA, .. ? 

    Ce serait courageux d’enrichir les riches en appauvrissant les pauvres ?

    Ce serait courageux de prendre les gens pour des cons ?

    P....., voir cette bande de racailles du 92 et de Meaux - qu’il va bien falloir karchériser - venir affirmer sans état d’âme l’exact contraire de ce qu’ils disaient quelques heures auparavant est proprement indécent : Oséo, le logement, ... !

    Croisons les doigts, il va bien y avoir une majorité de Français qui ne seront pas dupes.
     Quelle honte ! 

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